samedi 25 janvier 2020

Myanmar 8


Toujours à moto, sans repères (peu de panneaux, moins d'une cinquantaine pour la capitale) dès lors que les routes et avenues sont conçues sur un modèle unique et qu’il n’y a presque aucun immeuble sur les côtés, nous roulons trente kilomètres pour atteindre la gare centrale, édifice couleur aluminium dont le hall est muni d’un lustre géant. Un individu dort contre un pilier, une femme de ménage pousse une serpillère sur deux cents mètres. Au guichet, l’employé nous dit de venir samedi matin, une heure avant le départ du train pour Rangoun. Temps de voyage prévu, 12 heures.

Myanmar 7


A un chauffeur-livreur qui se tenait au carrefour de l’avenue Thingaha, nous avons loué sa moto chinoise : à l’avant, quatre vitesses progressives, à l’arrière quatre vitesses dégressives. Les casques en plastique sont munis de pare-brise dans le style agents du feu. Avec cet équipage, nous roulons en direction des fontaines géantes aux tulipes de plâtre qui décorent les croisements du centre de Naypyidaw, puis installons la caméra au scotch sur l’avant du carénage de la moto avant d’entrer dans la zone militaire, autour du parlement. Bientôt seuls, ou à peu-près (une voiture à l’horizon, un piéton sous les palmiers cubains), je conduis au milieu des vingt pistes sur plusieurs kilomètres. Sur le côté, porte monumentale, gradins de parade, postes de guet. Puis l’enceinte noir et or du parlement, clos de l’extérieur, plus vaste que Lausanne, et désert. Nous ressortons par l’autre bout. Le militaire de faction s’incline. Nous contournons deux stades. Les portails sont fermés par de gros cadenas. Derrière une colline en pente douce, une « zone » d’habitation populaire : cinquante locatifs à l’identique.

Myanmar 6


Montés dans un camion de proximité à quatre heures, puis de la gare routière, dans un bus blanc. Dès que le moteur est démarré, l’assistant du chauffeur prend place sur le marchepied. Penché sur la route, il crie : « Naypido, Naypido, Naypidooo ! ». Lorsque qu’un poids-lourd arrive en sens contraire, il indique l’écart nécessaire à son chauffeur en montrant un doigt pour chaque dizaine de centimètres. Lorsqu’un piéton campé sur le bord de la route hèle notre bus, il le signale au chauffeur qui plante sur les freins. Le client monte. S’il est chargé, l’assistant porte et range. Le bus fait aussi poste. Des paysans apportent des sacs de graine, des bidons d’huile, des caisses. L’assistant met où il peut, on repart. A huit heures, à la hauteur d’un hameau, tous les sièges sont occupés, le couloir se remplit : ce sont écoliers, cartables au dos, qui vont à l’école. Ils descendent deux kilomètres plus loin. Et l’assistant, caché derrière la porte à vantail dont il se sert comme d’un bouclier fixe la route et soudain se penche, le bras tendu, un doigt indiquant la direction :

-Naypidooo ! Naypido, Naypido, !

vendredi 24 janvier 2020

Myanmar 5


Deux livres que l’on trouve en Birmanie, des gosses les vendent sur les quais de l’Irrawadi et devant les temples: La forêt de rubis de Kessel et Une histoire birmane de Georges Orwell, copies pirates des originaux. Pour ce dernier, la couverture jaune est frappée du signe des éditions Ivrea. Directeur d’édition : Gérard Lebovici.

lundi 20 janvier 2020

Myanmar 4

Surgi des champs, alors que j'entre dans un temple au bouddha assis, un jeune touriste à barbe et monocle désigne la porte que je viens de franchir, "la porte du bien, il faut d'avancer et reculer… deux fois", puis comme j'assène un coup sur la cloche des prières, "maintenant, tu t'agenouilles, tu dis ta prière, tu te relèves et tu recommences... trois fois". Je le regarde incrédule. Et poursuis en direction de la niche.
-Le bouddha assis. En verre et en or. Bonne journée!
Il recule, disparaît. Une moto démarre derrière le bananier.