samedi 19 octobre 2019

Attaches

Les familles sont faites pour être lourdes. Elle ancrent au sol.

Guerre

Le gouvernement de France parle désormais de risque de "guerre civile". Ce faisant, il fait le jeu de l'ennemi. Que je sache, la guerre d'Algérie n'avait rien de civil.

Daugthers

Concert dans une discothèque proche de la Gran Vía de Madrid. Depuis longtemps, ce que j'ai vu et entendu de mieux en rock industriel. Entendu comme je pouvais, un doigt sur l'oreille gauche, celle qui a explosé voilà maintenant onze ans au concert de Killing Joke.

Déserts 5

Contrée de pinèdes et de prés, de pierre sèche et de sources (dont la naissance du Tage), magnifiques Serranías de Cuenca. Et ce village que j'avais aimé entre tous lors de mon dernier passage, Lagunas del Marquesado. Un lieu impressionniste. Dans l'eau semée de feuilles rouges se reflète le ciel, un chemin de terre amène aux maisons. Première épicerie à soixante kilomètres.

Déserts 4

L'étape la plus longue, de Aliaga à Albarracín, en passant par Bronchales, demi-ville construite à 1700 mètres. L'ascension se fait sur une route large, tout entière à notre disposition, mais il fait chaud et l'ouverture des paysages apporte du vent, à l'occasion les cadres flottent. Après 126 kilomètres d'effort, un tracas hôtelier. Nous quittons la chambre réservée, le propriétaire refusant d'entreposer les vélos. A l'aide du téléphone, je réserve plus loin. Un appel, c'est la propriétaire: elle s'est trompée, l'appartement n'est pas disponible. Or, ce week-end les Aragonais fêtent la Vierge del Pilar, tout est plein. Nous aboutissons dans un dortoir grée par une Russe, toilettes à l'étage, douches partagées. Qui par trois fois nous fait répéter:
-Vous voulez louer tout le dortoir?
-Oui.
-Mais il ya cinq lit!
-Les cinq, pour êtres seuls.
Elle fait l'addition lit par lit, présente sa facture, compte les billets, recompte.

Déserts 3

Vaste salle à manger rustique à Aliaga, dans une ferme qui rappelle les posadas des contes picaresques. Le repas pourrait être d'époque:  brasero de mouton, soupe à l'ail dans un bol de terre cuite, vin rouge et crème brûlée. Le village d'Aliaga est au fond d'une gorge. Une rue, des immeubles franquistes à l'approche, des bâtisses en colombages dans le cœur. Une église affublée d'un portail peint en turquoise. Grosse, surdimensionnée. Comme si cet endroit reculé avait, plus qu'aucun, besoin de Dieu. Juste derrière, un ruisseau et des potagers. Sur le flanc de colline, un chemin de croix. Du bout du doigt, je parcours le zig-zag. Quinze croix. Pourquoi? Plus une, de métal, entre pierre et ciel. En face, un pont de pierre qui donne sur une haute falaise. Un panneau indique la deirection de Pitarque. A en juger par le décor, un nid d'altitude. Nous avions prévu cette rallonge d'étape. Une boucle de 36 kilomètres dans la pierre. Mon voisin au village d'Agrabuey, ingénieur des mines, m'a vanté l'excursion. Réserve oblige, nous renonçons. Demain nous attend l'étape la plus longue. Programme de la soirée, boire de la bière, grignoter des chips et du Manchego. Hors-programme, un sommeil épouvantable. Musculaire. Cela m'arrive chaque fois au début des circuits: le corps peine à s'habituer. Au lieu de s'apaiser, il décontracte lentement pendant la nuit, si lentement qu'il est impossible de dormir.

Déserts 2

La surface de champs que nous avons devant nous, pour donner une échelle, ressemble à la vue que l'on a sur le lac Léman un jour où l'on voit Villeneuve depuis les hauts de Lausanne. Et ce n'est que terre rouge et jaune, pierraille, sillons et tumulus (les cailloux retirés des profondeurs). Quant à la route, elle soupe au cordeau. Elle est droite. Quinze kilomètres de bitume silencieux, puis un virage et encore dix kilomètres. Ensuite des collines, puis en roue libre à travers l'immensité avec un pointe de vitesse à 55km/h. Sauf que le soir, l'hôtel que j'ai choisi (le seul disponible) est dans un hameau. Le propriétaire nous ouvre, nous installe. Il est pêcheur. Il parle de truites. Montre le bassin qu'il a maçonné dans la réception.
"Mais ça ne va pas, elles s'échappent".
Les vélos rangés, il indique le bar.
-Ici.
Nous regardons une porte. Voyant notre peu de motivation à rentrer dans ce local éteint, il ajoute:
-Ou de l'autre côté de la rue.
Nous traversons, nous rentrons dans une pièce sombre où sont quatre anciens, bérets vissés, appui sur cannes. Eparpillés le long du comptoir des quenouilles d'oignons, des tasses sales, des patates terreuses, des sacs. Contre le mur, un coffre à boissons "ne pas se servir seul".
-Elle va arriver, dit l'un des hommes.
Devant eux, ni jeu de cartes ni boissons. Sans tenir de conversation, ils parlent au hasard. Monfrère m'attend dans la cou - il faudrait dire basse-cour s'il ne manquait les animaux car pour les épluchures, les bassines, le grain répandu et les chiures, tout y est.
-Oui, allez à l'extérieur, elle arrivera de la rue.
Mais non, "elle"ne vient pas. Alors, nous retournons à notre "hostal". Le propriétaire fait de la lumière dans la bar, apporte deux petites bouteilles de Estrella Galicia. Puis nous trouvons la solution. Peut-il nous conduire au village voisin, celui où nous avons dîner à la mi-journée? Alfambra, un bourg ingrat, à demi-écroulé, un bourg de l'Espagne vide vers lequel les gouvernements successifs s'efforcent de déplacer les immigrés à coups d'allocations. Le propriétaire nous dépose. Il nous reprendra à sept heures tapante car après il cuisine pour les couvriers de la mine. A peine la camionnette reparti, nous voyons que le bar est fermé. La suite st plus heureuse: pêcheur, femme de ménage, chauffeur, tenancier, comptable, solitaire, le propriétaire de l'hôtel est aussi bon cuisinier.  

Déserts

De retour à Cañete, ville emmuraillée, bâtie au centre des Serranías de Cuenca. En mai, alors que je roulais depuis Malaga, j'ai passé la nuit dans ce même hôtel, avant d'attendre Agrabuey. Aujourd'hui, je prends Monfrère au train, à soixante kilomètres - il arrive de Madrid et de Genève. En soirée, nous obtenons nos chambre, je gare la voiture dans la garage de l'hôtel. Le lendemain, première étape. J'ai dessiné une circuit de 450 kilomètres. Des petites routes, des cols à chèvres, des forêts de pins; vers Teruel, des plaines sans fin; autour d'Albaracín, une montagne poudreuse et blanche, des villages suspendus, des défilés, des mines. Et pour commencer, deux heures après le départ, une montée à 10%. Elle sépare les provinces de Cuenca et Teruel. Aussitôt m'est rappelé que je ne suis plus monté à vélo depuis le printemps, que cet été la chaleur étouffante qui régnait à Venise à eu raison des mes projets de course à pied - je monte avec peine, Monfrère me prend vingt mètres, puis quarante. En fin d'étape, après avoir roulé 94 kilomètres pour 1500 mètres de dénivelé, nous prenons place sur une terrasse. Le garçon sert des "jarras" puis balaie devant nous, comme il peut, ce qu'il peut, dans le désordre, sans persévérance, ramassant ici un papier, là un mégot, renonçant à récupérer une pelure d'orange ou un chewing-gum (le balai, sujet de mon livre à paraître en novembre). Comme je vais passer une nouvelle commande, nous sympathisons. Il est Uruguayen. Ancien membre des forces de police. Et m'explique avoir été pris dans les forces spéciales, celles qui porte l'arme, pour son exceptionnelle rigueur.  

mercredi 16 octobre 2019

Cirque

Mouvements de foule à Barcelone. Mille, deux mille individus, désoeuvrés, incertains, dont la presse fait des milliers. Ce qui a pour conséquence de prendre en otage le reste du peuple catalan, qu'il soit ou non favorable au verdict du tribunal de Madrid. Mais revenons à la rue: pourquoi est-ce que ces jeunes qui s'amusent sous couvert de revendications indépendantistes ne commanderaient-ils pas - dès lors qu'ils s'amusent et ne risquent rien, ni prison ni répression - sur des sites chinois via internet des uniformes de la "policía nacional" des "mossos d'esquadra" afin d'attaquer et violenter le personnel des corps intermédiaires ?