samedi 24 août 2019

Jésus

Plus qu'il ne faut, Maurice G. Dantec invoque le Christ. A ses yeux, schéma augural. Qui fut et sera. Mais c'est Jésus qui est révolutionnaire. C'est l'amour qui renverse l'ordre. L'anarchie fondatrice qui inspire le pèlerinage de ce va-nu-pieds. Un type comme un autre qui au lieu de fixer la terre et ses légumes, c'est à dire la production et ses rapports, s'intéresse au ciel et au vide, c'est à dire à "cette chose que je suis" - à la façon des Grec majeurs, avec en sus la folie juive. La crucifixion, c'est l'avènement de l'Eglise, donc de la politique. Le retour de Marchands du Temple.

Remède

-Ces gens ont dit, "nous avons un remède miracle"!
-Evitez-les à tout prix!

Sexe-marteau

Le délire sexuel façon marteau pilon est un symptôme de la décadence, c'est à dire de l'incapacité à imaginer l'accès à la transcendance (plus simplement l'extérieur - comme on ouvrirait une fenêtre pour respirer) sinon par la sublimation matérielle du corps, la destruction matérielle de l'être moral, l'acharnement matériel, le sexe mortifère. Que cette folie animale soit d'abord le fait des gouvernants et de leurs soutiens financiers relève de l'évidence: eux seuls ont tout misé sur le pouvoir, cette absolue perversion de l'équilibre humain.

Plis

Mon bref séjour de dix semaines en Toscane me fait dire: ces gens d'Italie n'ont que des qualités. Mais comment font-ils? Pour se mouvoir dans une telle concentration de collines et de vallées. Comment font-ils? Leur territoire me rappelle ces chiens à peau plissée, les Sharpei. Aux temps préhistoriques, un titan aura donné un coup de pied contre les falaises côtières provoquant une brusque surtension de l'espace. Le Ministère des travaux public le sait: nuit et jour, il creuse des tunnels et jette des ponts. Pour ceux qui circulent et sont nés ailleurs - les étrangers placés face à cet étrange phénomène - c'est un enfer!

Merveille...

...de beauté ce Ciacona en F mineur pour orgue de Johann Pachelbel.

Dieu

Que Dieu soit nommé est le meilleur des remparts contre l'aberration qui consiste à remplir le ciel d'illusions secondaires, tout aussi fabriquées, moins subtiles. Dieu, c'est l'habitude: on se partage et se confronte, on aime ou fustige, certain prient d'autres protestent. Vacant, la place n'est plus occupée par quelque chose d'assez visible pour que l'on puisse lui donner nom. C'est dire que cela se complique. Le régime d'occupation n'a pas changé. Il y a un occupant. Ses administrateurs, ses créanciers, ses thuriféraires y veillent. Il n'est que de voir le pape (l'imbécile vaticanais en poste), il ne sait plus où donner de la tête: ahuri d'Amérique, pousse coloniale, demi-communiste, il voit bien que l'affaire lui échappe. Alors, minable entre tous, il se met en devoir de concurrencer les pouvoirs temporels de basse extraction, parle politique et chiffons. Non vraiment, mieux vaut conserver en place ce Dieu auquel nous étions habitués, que de prétendre qu'il est mort, rangé au magasin des antiques et subir derechef les pouvoirs incontrôlés de quelques agissants, larrons de la métaphysique complotant derrière des Concepts neufs (comme si cela pouvait être, "neuf" - allons Messieurs!)

Nature

Dans l'arbre rouge du jardin, des oiseaux affolés, rapides, petits. J'ouvre la fenêtre, je me penche. Ils jouent, piquent vers le ciel, se heurtent et s'évitent, retournent dans les branches. Neuf semaines que je suis absent. Ils ne savent pas que je suis là. Ce matin, l'arbre - silencieux - rouge - attentif à ma présence.

Avers, envers

Toujours plus nombreuses, ces personnes qui ont le courage de leur opinion aussi longtemps que vous êtes d'accord avec elles.

G7

Via Skype.

Gênes 3

En cabine, ce règlement: Ne prenez une douche que si votre condition physique vous le permet.

Gênes 2

Embarqué sur l'Excellent, un ferry de neuf étages. Prévu pour midi, le départ est retardé de deux heures. Les voitures sont à l'arrêt sur les pistes. Quelques touristes à destination de Barcelone patientent sous un soleil brûlant. De l'autre côté de la clôture, cinq, six, sept cent Marocains. Ils passent les premiers, rangent leurs véhicules surchargés ( ficelés sur le toit, frigorifiques, matelas et vélos) dans le fond de la cale. Avec le couple espagnol qui me précède, nous improvisons un apéritif. Chips, "birra Moretti". A bord, je dispose d'une cabine familiale. Au dernier moment, Gala a renoncé à venir. Installé sur le pont, je lis Dantec et bois. Le couple de Madrilènes me rejoint, nous parlons jusqu'à la nuit. Au lever du jour, la côte catalane est en vue.

Gênes

Gênes, aussi laide que Toulon (moins agressive cependant). Fripée, tordue, odorante. Un vieux bouquin qui aurait pris l'eau. L'avenue principale est flanquée de bâtisses à colonnades. On croirait des théâtres. Cinquante théâtres au ventre vide. Dans les rues étroites tendues de lessive, presque des boyaux, une population de toutes les couleurs, mais délavée. Beaucoup d'Andins. Des noirs en uniformes portuaire, des musulmans vendeurs de semoule. L'air triste. Usé. Même les Italiens ont perdu le sourire. Je pensais à Pontianak. La capitale du Bornéo indonésien. J'y suis allé il y a trente ans. J'arrivais de Kuching-Sarawak. Nous logions sur les bords du fleuve noir, gris, jaune qui coupe la ville en deux. Pour aller boire, il fallait prendre une barque. Avec Olofso, nous regardions l'eau avec crainte. Combien de temps pouvait-on survivre dans cette eau puante? Puis au centre, dans des rues interlopes, entre des magasins vides, nous avons croisé un adolescent à guitare. A tue-tête, il a chanté "Aline" de Christophe. Il avait appris la chanson mais ignorait tout de la langue. Nous avons traduit les paroles. Il me semblait que c'était ça, le tiers-monde. Mais il n'y a plus besoin d'aller aussi loin - il y a Gênes ou Toulon.

Simplicité

"Simplicité de la vie que nous ne saurions plus imaginer", écrit Calaferte. Souvent je pense à cette simplicité perdue. Elle rejoint en quelque sorte la vertu: accepter ce qui est, vivre. D'aucuns imaginent qu'il suffit de réorganiser son quotidien. Mais c'est l'esprit, travaillé de tant d'inutiles spéculations, qui ne peut plus accéder au réel. Seule la vieillesse permet de renouer un peu avec cette simplicité. Hélas, ici, aucun modèle de renouveau, car ce n'est pas la vieillesse qui fait le monde, mais bien le monde la vieillesse.

vendredi 23 août 2019

Reset

Comment parler avec des gens qui vivent dans un film? Je veux dire: sans connaître le scénario.

Reprendre l'initiative

1997 - avec des squatters bernois, au terme de deux mois de préparation, nous entrions dans l'OMC à Genève. Contrôle de quelques bureaux, des toits, de l'escalier d'accès, des portes et pour "le quart d'heure de célébrité", contrôle du discours injecté. Cet après-midi, j'arrive dans Agrabuey après deux jours de voyage, croise Diego, il me dit: "si tu prévois une sortie à vélo, n'emprunte pas les routes secondaires du Somport, les camions sont à l'arrêt, le G7 tient réunion à Biarritz". A combien de kilomètres, cette ville pâtissière? Deux cent, deux cent cinquante kilomètres? Un tel schéma sécuritaire appelle au meurtre, c'est à dire à la restauration de la démocratie.

Termitière

La circulation massive va s'interrompre. Et la circulation particulière. Ici comme ailleurs, il ne faut pas reculer ses ambitions. Dont acte. Et acte. Et acte. Bientôt, la projection spatiale sera une option "non disponible" pour le peuple.

Handicap

Mon nouvel handicap, je ne trouve pas le point d'allumage des machines. Ce qui retarde d'autant ma présence sociale.

mardi 20 août 2019

Afro-progressisme 5

Comme dit l'autre, il n'y a que des énergumènes d'importation pour penser que notre modèle social offre un avenir. Il n'y a qu'eux pour considérer que le sacrifice de travail physique sous gouverne sera amplement récompensé par l'acquisition d'une Mercedes blanche (ou de la mutante blonde que les vidéos de propagande américaines pour le tiers-monde font danser devant les simples d'esprit). Les politiciens ont besoin d'une masse. Or, la masse européenne fatigue. D'où la nécessité de fabriquer une nouvelle masse. Plus primitive, mieux bâtée.

Afro-progressisme 4

Au large de l'Italie avancée, une petite centaine d'envahisseurs tenus en respect à des fins politiciennes par un Catalan au nom des Droits de l'homme. Certains, que l'on dit "désespérés" par dix-huit jours d'attente (mesure qui relativise la situation désespérante qu'ils prétendent fuir), se jettent à l'eau. L'île de Lampedusa est à 800 mètres. Ils ne savent pas nager. Est-ce grave? Non. Ils ne savent pas lire. Ni écrire. Est-ce grave? Ne parlent aucune langue continentale. Savent à peine se laver. Prient. Châtient volontiers les incroyants. Cependant, on nous conte ceci: ils sauront s'intégrer à notre société hypersophistiquée. A titre de comparaison immédiate, mon fils, gradé à l'armée, bachelier et qui parle deux langues, ne trouve pas de travail. Qu'est-ce que le progressisme? Une idéologie qui, bien récupérée et travestie par des vampires de la politique, prétend imposer au peuple (le nôtre) un schéma de renoncement complet à ses prérogatives, sa liberté et son avenir et cela moyennant une agit-prop (celle par exemple de ce Catalan cynique) payée par notre travail via l'impôt. Un milliard deux cent millions d'Africains attendent de participer activement, avec les moyens personnels que nous avons vu, à notre société "progressiste".

Nouvelle donne

Autrefois, il s'agissait de sauver son âme. Aujourd'hui, il s'agit de sauver son esprit. Placé devant les exigences de l'intemporel, le sujet moral procédait à d'incessants ajustements. Condamné à une temporalité sans horizon il doit procéder, pour demeurer moral, à d'incessants désajustements.

Inde

Si j'en avais les moyens, je m'intéresserais volontiers au rapport, en termes de conformation psychologique, entre l'hindouisme et l'informatique. Il me semble que la facilité des indiens à se mouvoir dans le monde du computationnel à beaucoup à voir avec leur système de juxtaposition des dieux (en quelque sorte, un défaut relatif de la capacité de synthèse).

Espace publique

Convenablement posé sur le paysage, le parallélépipède pratiquait entre l'en-deçà et l'au-delà une division visuelle que les gardiens du sens jugèrent correcte.

lundi 19 août 2019

Ciel

Saturer le ciel d'avions. Impossible de savoir ce qu'il était autrefois. Bleu? Vide? Source de romantisme? Vecteur de progrès techniques? Saturé de Dieux?

dimanche 18 août 2019

Avenir

Discipline d'avenir, l'Archéologie de la conversation. Ce que c'était; comment cela prit forme; pourquoi cela disparut.

Autre monde

Partout des appels à la création d'un nouveau monde. Les outils manquent. A moins que ce soit l'homme. Caricature de ce qu'il était, dépossédé de son imagination par trois siècles de matérialisme, il ne sait plus créer. Ce qui est particulièrement vrai du secteur le plus malade de notre société, les capitalistes endurcis. Gérants ou rentiers qu'un mode de vie fondé sur la culture du corps a vidé des tout esprit : ceux-là s'enferrent à vivre engoncé dans la matière ou, quand ils sont pris d'angoisse, délirent sur le posthumain. Mais les autres? Nous tous? Nous voyons le monde actuel circonscrit, saturé, surinterprété. Dans l'état, nul ne juge l'expérience pérenne (je ne parle pas d'écologie, mais bien de psychologie). Ce monde succombe, et nous avec lui. Mais alors pourquoi ne pas réagir? D'abord, parce que les outils de création, détruits par un siècle et demi de critique matérialiste, sont rouillés et que nous avons transférer notre savoir-faire aux grands réseaux d'automates que contrôlent les capitalistes endurcis; ensuite, parce que sortir du monde plat dans lequel ces mêmes commandeurs nous enferment est difficile. C'est que nous manquons de temps libre: comme dans tout totalitarisme en effet, le temps est aliéné. Enfin, parce que nous espérons "tenir encore un peu", sentiment lié à l'épargne, c'est à dire au travail consenti, dont nous attendons logiquement une récompense. Et pourtant, ce mouvement de sortie du monde actuel aura lieu. Je dirais même qu'il ne saurait tarder. Aussi est-il urgent de fourbir ses outils.