mardi 28 mai 2019

Dniepr

Berges de sable blond sur la Dniepr. Elles viennent de la forêt épaisse, vont jusqu'au fleuve. Au milieu de la nappe d'eau, si vaste qu'elle se confond avec un lac, le bateau à deux niveaux, de la taille des embarcations du Léman, semble perdu. Il amorce un arc de cercle, tourne sans manoeuvre. D'un pont massif, des sauts à l'élastique. Sur la colline, la statue de la Mère-patrie, soixante-deux mètres d'acier.

Ferveur

Catacombes de Sainte-Laure que l'on parcourt baissé, un cierge à a la main, par un réseau de tunnels. Surgissant au hasard de la progression, soudain une dizaine de visages en prière, baptême ou communion ordonnée par un pope. Dans des niches ouvertes à même le rocher, les dépouilles des saints, le corps visible dans le cercueil de verre.

Capitale

Population solide, tranquille, consciente de son territoire, de son passé, du présent et des difficultés. Qui semble profiter de la vie, peut-être parce qu'elle est dure, et pourrait le devenir. Les hommes tiennent les femmes par la main, les femmes montent sur les socles des statues et se font prendre en photo par les hommes. Au terrasse, de l'alcool. Et des rues qui vont aux avenues, des places qui ouvrent sur l'horizon. Une pesanteur des corps plutôt que cet état aérien que feignent nos malades de Suisse et de France et de l'Europe multinationale qui n'osent regarder ni les étrangers ni le voisin ni l'amoureuse ni le passé ni le présent et qui, en désespoir de cause, regardent les vitrines.

lundi 27 mai 2019

Kiev 3

Tir aux pigeons dans une banlieue de la capitale. Au bout d'une allée encadrée d'arbres dont les branches ont été tronçonnées, un tank. Trois hommes en kaki fument. Nous rejoignons le stand à pied. Tirons en plein champ. Les lots de cartouches épuisés, retour sur le chemin. Photo de ces arbres violentés qui ressemblent à des pieux. Dans la forêt, des coups de feu. Autre stand. Brinquebalant. Sorte de masure pourrie sur les rives du Mékong. L'instructeur, lui, est solide. Patibulaire même. Et crasseux, brutal. Les yeux plein d'alcool, le T-shirt en sueur, une pistolet à la hanche, il est entouré d'adolescents qui font leur baptême. Alors qu'il nous fait signe d'approcher, un tireur décharge sa Kalaschnikov. Mon oreille qui siffle toute l'année, réagit mal. Je me jette sur les Pamirs. Des loques. Ne protègent pas. Heureusement, j'ai sur moi des tampons de cire. Je les cale. Suffit pas. Mais surtout, le tireur semble dangereux. Cigarette au bec, il retire le magasin de l'arme entre deux coups, tape sur la culasse, envoie des pruneaux trop bas, dans la clôture, trop haut, dans le talus. Evola et Monami tirent assis sur un tabouret bancal, le canon posé sur un bloc de vieille mousse. Je passe mon tour, vais dans la forêt. Une rombière en minijupe, la tignasse décolorée, s'amuse avec son caniche. Elle a une hache à la main. Son marie fouille le coffre de la voiture. La rombière va au stand, embrasse le patibulaire. Je regarde ce que fait le chien. Il évite les balles. Le patibulaire laisse le stand aux tireurs. Il vient saluer le chauffeur de la voiture. Ensemble, il tirent du coffre le matériel d'un pique-nique. Ils vont boire et manger au milieu des coups de feu.

dimanche 26 mai 2019

Kiev 2

Ville étagée sur des collines, ouverte sur le Dniepr, et masculine, et fière. S'y promènent de ravissantes femmes habillées comme des femmes, en robe, talons et cheveux. Aux abords des parcs à la végétation foisonnante (l'un d'entre eux se nomme Le square des intellectuels de Kiev), des bâtiments carrés et lourds, le long des trottoirs des kiosques à cigarettes, café, pain, limonade que tiennent des vieilles en fichu. Un métro début de siècle fait de marbre et de cuivre. Nous circulons ainsi, ou avec des voitures de commande, pour visiter le monastère de Sainte-Sophie puis arpenter le "Montmartre", quartier où se tient un marché aux puces. Comme dit Evola,  "c'est autre chose que Paris!". Disons-le, c'est le passé perdu, spolié plutôt, c'est l'antidote à notre Europe standardisée, numérique, malade, vendue, africaine.