samedi 13 avril 2019

Birmanie 3


Quitté cette nuit Naypyidaw, après avoir sillonné l’espace pendant des heures. Au bout d’une autoroute de fleurs mauves, l’aéroport international. Deux gardiens assis au sol notent le passage de la voiture de Zaw Win Naing dans un cahier. Aéroport plus grand que celui de Genève, plein de colonnes, de guichets. Nous sommes quatre à prendre l’avion de 19h55, le troisième et dernier de ce dimanche. Auparavant, le gouvernement nous offre un buffet : quinze mètres de vaisselle sur nappe tendue, pas grand-chose à manger, mais de bonne qualité : un riz frit au piment, de la pastèque, des pralinés.

lundi 8 avril 2019

Pop-rock

Désordre vital de Grand Funk Rail Road, Jane, plus tard King Kurt, Beastie Boys, Unsane ou Brutal Truth ; ordre machinique de New Order, Front 242, plus tard Plastikman, Dj Anna, Lake People, Jens Buchert. L'industrie incorpore le don créatif dans la machine et le fonctionnalise. En rock (en fait de la pop), cela produit des pantomimes telles que Rammstein, Bring the Horizon ou Pulp.

Libération

Les femmes voulaient leur liberté. Elles l'obtiennent, elles l'ont. Liberté qui consiste principalement à travailler comme des hommes, s'ennuyer au travail comme des hommes, êtres administrées abstraitement comme les hommes et obéir à une hiérarchie professionnelle toute masculine qui le resterait quand bien même la majorité des positions seraient occupées par des femmes. Le salaire de ce travail libéré? D'abord,  payer la hiérarchie d'Etat. Et dans la vie des corps, du symbole, des esprits, du moral, la famille n'est plus qu'une réunion ponctuelle, sur rendez-vous, après le travail. Vide que vampirisent avec l'appui et l'aide financiers des gouvernements des primitifs du tiers-monde, pour l'essentiel des Africains, qui fuient leur poubelle nationale - qui ne la fuirait ? - et pour lesquels tout vaut mieux que cela (cette poubelle qu'ils ont créée), c'est dire que tout vaut. Je note cela, car j'étais il y a quelques jours à Lat Kradang, quartier de la périphérie de Suvarnabhumi, l'aéroport de Bangkok, lieu de transit des touristes qui sillonnent l'Asie du Sud-est. Que voit-on? Des hommes blancs de tous les âges, solides, argentés, et heureux, heureux enfin car libérés. Ils respirent! Des hommes que l'on a méprisé et contraint. Ils prennent femme et amis ici et, sentiment qu'ils avaient oublié, ils respirent! Hommes blancs en fuite, qui se demandaient si un jour ils retrouveraient leur souffle. Hommes blancs que l'on remplace, que les gouvernements remplacent, aux frais des hommes blancs, dans leur société, dans la société que leurs ancêtres blancs ont bâti, par des énergumènes d'importation, sans langue, sans culture, sans esprit, avec religion, une religion de niveau totémique, absolument inféodés et prêts à jouer le rôle d'esclaves économiques et sexuels auprès des femmes libérées d'Occident.

dimanche 7 avril 2019

Gilets


Pour la vingtième fois hier, manifestation des Gilets jaunes en France. Le Ministère de l’Intérieur annonce 25'000 personnes, la police quatre fois plus ; les intéressés? Pas vu le chiffre. Les quotidiens relaient ? Le Ministère de l’Intérieur. Quotidiens indépendants.

Birmanie 2


Espace, béton, ciel. Béton et ciel l’un contre l’autre. Grande, immense forêt cultivée. Silence dans la capitale. Juxtaposition de quartiers et de friches. Chaleur immobile. Certaines zones, sans un logement. Voitures de police qui transportent des enfants. Un centre commercial posé au milieu des rizières. Chants d’oiseaux, pneus qui chuintent, échos de voix. Le long des autoroutes, balais que traînent des milliers de cantonniers. Autre monde. Depuis longtemps, ce que j’ai vu de plus intéressant. 

Birmanie


Atterri à Naypyidaw. Treize passagers dans le bi-moteur. Seul avion sur le tarmac. Trois minutes plus tard, un taxi à la sortie de l’aéroport. Autoroute de dix pistes vide. Départ pour la zone 3, où je réside.

"Luxury Hotel"


Au premier étage du Vientiane luxury hotel, qui n’est pas luxueux et n’est pas bien lavé, derrière une vitre pleine de soleil, je pédale. En bas, dans la rue, deux familles vont et viennent. Elles entrent et sortent de leurs maisons qui sont mitoyennes et donnent sur la rue. Il n’y a pas de trottoir, les familles vivent chez elles, mais aussi dans la rue. Une ou deux familles ? Je ne saurais dire. Parfois un individu change de maison, mais peut-être rend-il une visite en voisin ? Comme je pédale pendant des heures, j’assiste à leur quotidien. La grand-mère vide son assiette dans une poubelle accrochée au mur, le père trie des feuilles de thé. La fille rentre du badminton, elle ressort changée. Le père démarre la moto et l’accompagne à l’école (elle porte l’uniforme et un cartable). Le père gare tous les véhicules de la famille, deux motos, un vélo, le tricycle, puis déplace la voiture, plutôt la rapproche de quelques centimètres du bord du trottoir. Le père met de l’ordre. La voisine arrive à moto, roule sur la terrasse, disparaît à l’intérieur de la maison avec la moto. La grand-mère étend le linge. La petite-fille (coupe de bonze) s’enfuit. La mère la rattrape, un 4 x 4 passe. A nouveau, elle s’enfuit. On la rattrape. La grand-mère et la mère la ramènent sur la terrasse. C’est un jeu. Les deux femmes me voient et me montrent à la gamine. Je fais signe, les femmes font signe, la gosse ne comprend pas. A cet âge, à quelle distance voit-on ? Le lendemain, à nouveau à mon poste. Ce n’étaient pas des feuilles de thé, mais une épice. La famille prépare à manger, sort différents plats sur la terrasse, attend le client. Début d’après-midi, elle mange ce qu’elle n’a pas vendu.

Disparaître

Il semble que je sois le seul à être choqué par le fait qu'on ne puisse plus disparaître. Sauf si on est riche. Ce qui ajoute à mon angoisse.

Crass

"There is not authority but yourself". Peint sur les draps accrochés aux murs des salles où le groupe jouait en 1978 son album "Stations of the Crass".

Triumvirat

Sont intimidants la beauté, le luxe et l'administration.

Activité 2

Dans un chariot dont elle actionne les roues au moyens de manettes, une handicapée, femme vieille, joyeuse et vive, arpente les rues du centre de Vientiane à l'heure où je m'installe devant l'épicerie. Le premier jour, un chien noir paraît avant son arrivée. Le lendemain, il paraît après son arrivée. Le jour suivant, il marche à côté du chariot, part et revient. Quand la femme pousse sur les manettes pour s'en aller, il est couché au sol. De l'autre côté du carrefour, elle lui parle. Le chien ouvre l'oeil, dresse l'oreille, se tourne. Il hésite. Il semble demander conseil. Je ne bouge pas. Une autre phrase de la femme, longue, une sorte d'explication, et le chien se décide.

Activité

A Vientiane, chaque après-midi, lorsque la température passe sous la barre des 40 degrés, je prends place sur un banc de étal devant une épicerie qui garde de la Laobeer au frais. Les chauffeurs, les gardiens de porte, et les maçons qui construisent l'immeuble voisin achètent des jus de mangue, de melon et d'ananas frappés avec de la glace. Dès le troisième jour de ce rituel de fin de journée - saluer la dame qui se tient dans son antre parmi les paquets de chips et les savons, ouvrir l'armoire, prendre une Laobeer, payer 10'000 Kip, s'asseoir sur le banc - la dame s'est aperçue qu'elle pouvait aussi bien transformer son épicerie en café, elle a donc sorti une table et des chaises sur le trottoir. Le reste du temps, le menton dans les mains, elle regarde des reportages sur les animaux polaires, ours de Sibérie, Rennes lapons, loups kazhaks.