mercredi 6 mars 2019

Deuxième souffle


A l'âge où ayant fait ce qu'on pouvait faire, on se prépare à faire ce qu'on ne pouvait pas faire, ou du moins, ce qui engage sur les pentes.

Piscine

Une longue, très longue, grande, très grande piscine, si longue, si grande et calme que les poissons s'y installèrent.

Liberté de ton


Hier avec une dame de quatre-vingt ans, amie de Mamère et sa nièce de mon âge. M'a aussitôt frappé la liberté de ton et la franchise de cette femme née pendant la guerre. A les comparer, nos caractères hésitants semblent ne pouvoir se passer des circonlocutions ou, ce qui revient au même, tranchent au moyen d'affirmations péremptoires. Hasard peut-être, du moins je l'espère, car s'il faut y voir l'expression d'un passage typique d'une époque à l'autre et d'un degré de complication des esprits à un autre, c'est peu dire que je fais bien de m'inquiéter de la difficulté à communiquer avec la génération aujourd'hui adolescente et plus encore à comprendre son relativisme.

mardi 5 mars 2019

Rêve second


Chaos dans les pièces, vaisselle sale, tapis maculés et une puanteur de caverne. A peine si on peut traverser l'appartement jonché d'ordures. Je saisis Aplo par le collet, le pousse dans la salle de bains.
-Nettoie!
Il proteste. Je le frappe. Emmène sa sœur à la cuisine:
-Nettoie!
Ma femme est là, c'est Gala, je lui dis:
-Tu es sûr que l'on a bien fait de s'installer dans cet appartement sur la falaise pour la durée des vacances sans demander au propriétaire? Or, voici la propriétaire.
-Que faites-vous là?
-C'est Maria Dolorosa qui a parlé avec vous!
Et je montre Gala. Qui s'est transformée en une vieille à la face de cire. Tandis que la conversation s'engage entre les deux femmes, je coudoie les enfants, je veux leur montrer que ce n'est plus Gala. Fait son entrée un monstre plat, sanguinolent, la gueule ravagée. Il me bave dans le col. M'oblige à faire la vaisselle tout en me bourrant les côtes. Il me visse la colonne, je me tortille, je hurle. Il écarte ses mâchoires et les plante dans ma bouche. Réveil.

Rêve


Dans la salle, au crépuscule, il n'y a qu'un jeune. Il médite assis en tailleur. Me tend le pot. Les cubes blancs sont crayeux, j'en met un dans le verre. Il absorbe d'eau. Avec le bout du doigt, j'écrase. Les autres fidèles font signe de boire. La salle se remplit. On me trouve une partenaire. Elle m'évite, rejoint un autre homme. Puis vient une belle fille, derrière moi. Un bruit. La prêtresse entre juché sur les épaules de son assistant. Les corps s'abaissent. Les chants s'élèvent.
-Tu sens l'esprit qui pénètre? Me dit ma partenaire.
-Je ne peux pas, j'ai le nez bouché, lui dis-je.
Elle trace des signes dans le vide, respire, souffle, s'allège.
-Maintenant.
-Quoi?
-Laisse faire.
Elle retire mon pantalon. Je suis vêtu d'une robe épaisse, le torse exposé. Elle change de position, m'invite à la débarrasser de "cet habit qui n'est qu'un souvenir". La prêtresse balaie ostensiblement mon verre de mixture qui se brise au sol.
"C'est contre moi! Elle montre par là, que je ne vaux rien".
-Elle fait souvent ça? Demande ma partenaire de culte.
-Je n'en sais rien, c'est la première fois que je viens.
-Alors oublie tes raisonnements rationnels!
"Impossible!" "Et si je le faisais?" "Ils ont raison, ce qui est est." "La vérité, est là."
J'essaie d'attirer ma partenaire hors de la salle. Elle résiste. Elle n'a pas fini son élévation. Je sors. C'est une grange au milieu d'un pré américain. Des 4x4 sont garés en désordre. La cérémonie s'accélère, des fidèles poussent des cris, d'autres sont suspendus par des systèmes de poulies, d'autres encore rampent.
"J'espère que personne ne va surgir à l'improviste, quelle équipe de fous!"

Dialecte

Vieillard hippie chaussé de sandales, soixante, septante ans, les cheveux maigres et longs qui dans le direct Lausanne-Yverdon déclare à la contrôleuse, une apprentie joufflue : "excuse-moi, je venu de Basel et fatigué j'endormi, je me réveillé après à Lausanne, maintenant je retour...". La fille en uniforme écoute. Elle hésite. S'adresse au hippie en dialecte, lequel répond en dialecte. A la fin, j'entends le hippie qui trois fois répète à la gamine : "Vielen Dank!"

Argent

Dans notre système d'argent, ne dérogent à la loi que les très pauvres et les très riches. C'est dire combien ceux qui soutiennent et paient la légalité vont bientôt manquer.

Hobby


Repas fini, la vaisselle lavée, elle s'installait au coin du feu et tricotait des soucoupes volantes.

lundi 4 mars 2019

Jeu


Plus il y aura de perdants parmi les gens honnêtes (en d'autres temps, on aurait fait l'économie du qualificatif), plus le socialisme nouvelle façon trouvera des alliés. Abusés par le discours de leurs tuteurs de circonstance ces perdants, comme le furent au cours de l'histoire européenne tous les amateurs de récits politiques, participent au renforcement des oppresseurs véritables, les capitalistes nouvelle façon.

dimanche 3 mars 2019

Repérages


Dimanche au CHUV, à photographier des cadres, des affiches, des bacs à papillons. Avec des malades et des infirmières, des gouttes-à-gouttes et des lits, à bord des ascenseurs de fer, dans les cafétérias ou les salles des urgences. A parking j'aide un patient en chaise, dans le centre médical universitaire l'ambulancier me félicite pour mon T-shirt Fass 90: "belle arme!". Monde étrange où l'on vient et dont on repart, c'est à dire naît et meurt. Les portes de l'existence. Faisant mon travail, je songeais à Gala - sans parage connu - le pacte était de s'aider à quitter la scène.

Famille

Aplo de retour des casernes de Thoune, grenadier de char, tenue kaki, belle démarche, et content. Ici, je répète ma surprise, me réjouis et formule une critique: force est de constater que la discipline intérieure que je pratique, cette discipline qui permet de mettre dans l'apparence autant d'anarchie que l'on souhaite, n'aura pas été un modèle suffisant. Les enfants construisent j'imagine d'après ce qu'ils voient, et ne peuvent accéder d'emblée aux rapports subtils (ajoutons que je n'ai jamais fait "le père", je veux dire conditionné mes actes et pensées pour offrir un modèle). Dès lors, je me félicite. A être soumis aux règles et administré dans ses mouvements par une hiérarchie, mon fils semble découvrir les moyens de se mouvoir en société. Il m'embrasse, affectueusement me tape dans le dos, nous gravissons le Petit-Chêne et entrons à la brasserie du Palace de Lausanne. Là, il me tâte sur son projet : prendre du galon. Pour moi un cauchemar, mais qui me semble, vu ainsi, pour Aplo, la meilleure des idées. Passer du schéma subit aux responsabilités qu'implique de faire respecter le schéma aux autres est sans doute un exercice de caractère. Que je n'en ai jamais considéré l'utilité indique seulement que j'avais en ma possession - vraies ou fausses - les principes sur lesquelles j'envisageais fonder mon avenir. Le soir, après une promenade au Denantou et autant de discussions, Aplo rentre à Genève. Je retrouve mon père (qui vient de publier son autobiographie) et sa femme dans une pizzeria sous-gare : ils arrivent d'Allemagne en voiture, repartent demain à Budapest en avion.