samedi 27 avril 2019

Monastère

Une accalmie. Au départ de la ville de Jaca, je grimpe vers le nouveau monastère de San Juan de la Peña. Nouveau, car l'ancien où sont enterrés les rois d'Espagne, forgé dans une grotte, a brûlé. Les moines se sont déplacés dans ce bâtiment neuf, construit sur le plateau, dans un lieu aussi reculé, mais moins hostile. Là encore, le monastère à brûlé. Aujourd'hui, l'édifice, long, très long, de brique rouge, abrite des centaines de chambre louées par la chaîne des Paradors nationaux, des chambres le plus souvent inoccupées. Autour, une chapelle et de la forêt. Pour l'accès, il y a deux routes. L'une monte à pic, contre la façade de montagne, depuis la plaine du fleuve Aragon; elle est impraticable en mauvaise saison. L'autre passe au pied du Mont Oroel, un piton rocheux du type "maillo", nom que l'on donne en Jacetania à ces géants tectoniques. Vingt-sept kilomètres de montée. Une brise légère sur l'herbe pauvre. Le silence. Une maison fermée dans un virage. Demi-heure plus tard, un four à pain ruiné. Sur le sommet, le village de Bernués. Il se détache sur une colline ronde. Autour le ciel, des nuages de bourrasque, au loin Huesca et Saragosse. Une route étroite commence là. Elle mène au monastère. Pour l'avoir empruntée en voiture, je la sais longue. Il se met à pleuvoir, à grêler. Je souffle sur mes mains. Des talus dévalent des gerbes d'eau. La pente est raide. Pas assez pour se réchauffer. Au bout d'une heure, une pelle mécanique sur le côté. En cabine, un ouvrier chargé de nettoyer les éboulements. Il téléphone. Je fais signe et continue. A la fin, le panneau qui annonce le monastère. C'est juste un panneau. Inchangée, la route sinue contre la hauteur. Partout la montagne, ouverte et des pins, et de la terre jaune. Encore une demi-heure. Au dernier croisement, là où l'on jurerait que nul ne peut vivre, Botaya, un hameau. Un ermitage, quelques granges, des vieux pavés. Puis des kilomètres plat au milieu d'une forêt et c'est le Monastère. Il surgit. On ne le voit pas. Soudain il est là, dans une clairière, long, rouge, austère, immobile. Le soleil revient. Je tremble. Je mange des figues. D'une voiture descend une famille de touristes. Les portières claquent. Des vapeurs flottent sur le bitume.

Aucun commentaire: