samedi 15 décembre 2018

Télévision 3


Dire de ce qui est petit, « c’est grand ». Dire de ce qui est lourd, « c’est léger ». Et montrer le petit, le lourd afin que personne ne doute du pouvoir de l’image.

Henri Chinaski


Après deux litres de vin, comment faisait Charles Bukowski pour se relire ?

Télévision 2


Prouesse de ce médium entre tous génial : montrer en continu une réalité qui n’existe pas.

jeudi 13 décembre 2018

Garde


L’organisme dont nous avions la garde avait été saisi dans un quartier secondaire au début du couvre-feu. La police du périmètre avait rempli la fiche sans aucun soin de sorte que ma femme et moi, seuls vigiles affectés pour la surveillance de nuit, nous préparâmes à faire face à toutes les éventualités.

Patates


L’habileté à conduit les marchands de patates à créer des variétés spéciales. Nous avons ainsi des pommes de terre « à frire », des pommes de terre « vapeur », des pommes de terre « spéciales mets au fromage » ou encore des pommes de terre « à gratin ». Et depuis peu une nouvelle variété, des pommes de terre « tous usages ».

Chat


Mon marchand de dentifrice, de shampoing, de savon et de parfum a un chat. Il est noir. Il a les yeux jaunes comme souvent les chats noirs. J’ai pour lui une grande sympathie car il ne sort pas du laboratoire. C’est un animal véritable, biologique. Produit par deux chats. Entouré de chiens miniatures, drogués, aboyeurs, fous et coiffés que leurs propriétaires manipulent, cajolent, exhibent persuadés d’avoir entre les mains des homuncules, ce chat véritable se réfugie sous le triangle publicitaire de son maître savonnier et, royal, assiste au cirque.    

Mobile


Un ami de Mamère, voyageur contraint, aux ordres d’une entreprise qui le balade à travers le monde.

-Il fait quoi ?

-Des magasins Ikea.

Spéculation


A six générations, la seule spéculation sûre porte sur la fin du pétrole. Aujourd’hui comme autrefois se créent sur de simples calculs les dynasties. Condition : avoir les reins assez solides pour financer l’attente.

lundi 10 décembre 2018

Actes d’antimondialisation 2


Plusieurs années, j’ai cherché à comprendre quels intérêts servait l’importation massive dans nos sociétés d’énergumènes du tiers-monde marqués au sceau de la religiosité, arriérés et aculturés (ne possédant aucune culture, ni la leur ni la nôtre). Les données du problème apparaissaient contradictoires et irréconciliables. Détruire la démocratie, certes. User de l’islam comme outil indirect d’oppression, soit. Augmenter le nombre de fonctionnaires à proportion du nombre d’énergumènes assistés afin de renforcer l’Etat, bien. Mais en fin de compte, je ne voyais là – pour le pouvoir – que des calculs à court terme, et le pouvoir, c’est bien connu, n’a qu’une visée : la pérennité. A Florence, j’ai observé l’une de ces compagnies de la nouvelle économie qui fleurissent dans nos villes. En l’occurrence, un système de livraison de repas à domicile, à vélo, postes occupés par des immigrés loqueteux qui dorment dans la rue et survivent grâce à l’aide sociale (on ferait les mêmes observations en se penchant sur ces entreprises commerciales entre toutes néfastes que son Uber, Airbnb ou Glovo). Car il suffit pour se figurer pleinement l’usage des énergumènes dans notre système postlibéral d’abandonner toute référence politique. Nous ne vivons pas dans des sociétés qui organisent entre les citoyens des rapports politiques, nous vivons dans une entreprise fonctionnant à l’échelle mondiale qui organise entre ses employés un système de redistribution de l’argent du bas vers le haut.

Assadissa


La télécommande à la main, j’égrène les chaînes que propose le téléviseur. Nouvelles en continu, football, culture du raisin, série colombienne, jeu avec paillettes côté espagnol ; atterrissage du robot de recherche sur la face froide la lune, dessin animé synthétique, télé-réalité sur les camions de l’outback australien côté américain ; et une dernière chaîne, musulmane, Assadissa. L’exercice du jour, apprendre à s’agenouiller. En habit blanc, coiffé d’une calotte, à demi-barbu, un savant décompose le mouvement. Debout, plié, les genoux à terre. Il recommence. Puis, afin de faciliter la compréhension, l’écran est divisé en trois. Debout, en haut à gauche ; plié en bas à gauche et, le plus important, la position finale, en demi-écran : agenouillé.

Pourboire


Luis surveillait les fins de repas. Au retour des employés, il se saisissait de la monnaie de l’addition puis glissait le pourboire dans la tirelire commune. Auparavant, il le comptait. Dans ces moments, le plongeur observait le patron. L’expression de son visage était fonction de l’importance du pourboire. Deux, pas de commentaires, visage impassible. Moins de deux, rictus. Au-dessous de 1,50, le patron faisait venir le personnel en cuisine :

-Je vous écoute, que s’est-il passé ?

Actes d’antimondialisation


Rôle primordial des casseurs dans le dispositif de contestation. Le pouvoir déploie sa rhétorique pour distinguer entre justes revendications et casse gratuite. La pénalisation de cette dernière montre en réalité que seul importe l’outil de production de l’argent - c’est lui qui permet la ponction.

Grand soleil


Brumes sur les collines rouges que la chaleur disperse en matinée. Je vais sur mon toit, avec les perroquets. Dernier chapitre du livre commencé il y a dix jours, Paléodémassificateur. Sur la Plaza Mayor les terrasses sont pleines, les villageois parlent et chantent, les téléviseurs sont allumés, les gosses tapent dans le ballon. Nous descendons les vélos par l’ascenseur, roulons quinze kilomètres sur la plage. Dans les tunnels creusés à travers la falaise (l’ancienne voie ferroviaire de la cimenterie), il faut enlever les lunettes. Des chauve-souris s’affolent contre le roc bosselé. Les parents hissent les enfants. Près des Chiringuitos, sur le sable, à bord de barques de métal, le bois d’olivier se consume, les cuisiniers grillent sardines et poulpes. A 17 heures, nous atteignons Benagalbón, garons les vélos sous le Deo (pour « doigt », en espagnol « dedo », ici prononcé à l’Andalouse). La paellera est vide, les familles finissent de manger. Le garçon nous désigne une table au soleil. Il étend une nappe de papier, nous vante ses fritures de poisson, apporte de la bière et des olives.