vendredi 13 juillet 2018

Revalorisation

Ubiquité électronique. Nous sommes, nous ne sommes nulle part. Valeurs sans lieu. Définies dans la durée: conjonction de proximité et de lieu. Autres valeurs rénovées, ou plutôt règles électroniques, fonction du principe d'ubiquité.

Balconing

Luv s'envolant dans une semaine pour une station balnéaire de la Catalogne à l'occasion de son premier voyage adulte, je lui dis:
-Ne tombe pas d'un balcon, laisse faire les autres!
Et lui enjoins, alors qu'elle me considère interdite, de se méfier d'abord des Anglais.
Ce soir, trois jours après cette mise en garde qui lui paraissait inepte, El País titre: "Touriste, anglais, âgé de vingt ans, sur la côte espagnole le "balconing" se propage.

Contraires

A l'opposé de la téléphonie mobile, la famille.

Ici

Réponse générale quand je salue dans la chaleur de l'après-midi un villageois assis sur un banc de pierre, debout appuyé sur sa canne ou encore une femme au milieu d'un champ d'un "ça va?":
- C'est ici que nous sommes!

Piscine

Au bout d'une vallée que sonde une route étroite, simple bande d'asphalte, à la recherche de la piscine publique dont nous a parlé la femme du maire, et en effet, passé un pont, nous voyons entouré de sommets ronds, boiseux, chauds, sauvages rampants jusqu'au sommets pyrénéens enneigés, un bassin en forme de dragée dont nous sommes, sous un parasol de branches sèches car l'orage roule, les seuls baigneurs.

jeudi 12 juillet 2018

Plus tard 2

Mon plaisir de plus grande jouissance est ces jours l'idée de ce que je vais faire, étant libre absolument de disposer, lequel plaisir dure quelques secondes, le soir, en chambre, à l'extinction des feux, quand j'entrevois les possibles.

Canyon

Ce matin, près de Bielsa, traversée d'un canyon enfoui au pied du col du Pourtalet. Un sentier de forêt débouche sur le torrent. Harnachés, couverts, casqués nous entrons dans le défilé. Des toboggans nous propulsent dans des trous d'eau, nous grimpons. Premier saut de cinq mètres, puis un second à exécuter depuis un parapet. Le guide lève la main pour signaler sa position. Il faut  escalader une paroi abrupte et ruisselante. Luv s'inquiète. Moi aussi. A entendre l'impact des corps dans le fond du canyon, la chute se fait de haut; je passe devant, choisis de descendre les sept mètres en rappel plutôt que de me jeter dans le vide (d'autant plus qu'il faut sauter devant soi pour ne pas percuter le tablier évasé qui forme la base de la paroi). Aplo, bien sûr, saute. Le plus marrant - si l'on peut dire- c'est que nous sommes accompagnés d'un nain. Qui ne manifeste aucune peur. Au contraire de Luv, qui commence à s'inquiéter (à un moment, dira-t-elle l'épreuve finie, j'aurais préféré représenter mon oral de géographie plutôt que continuer). Elle n'est pas seule à s'inquiéter: quand j'étais lance-mines de montagne, je n'ai jamais osé descendre des parois "à la valaisanne" - ce qui voulait dire, le corps à l'horizontal et tête devant. Cette fois, le guide est encordé à vingt mètres au dessus d'une fosse bleue. Je rassure Luv (pour me rassurer moi-même): "il ne s'agit pas de sauter!" Et j'attends mon tour.  Suspendu dans le vide, je me laisse glisser vers le fond d'eau, les jambes contre la façade. Moi qui ai le vertige et peur de tout, surtout de ce genre de témérités, je réussis même à regarder contre le bas où j'aperçois les remous que provoque la cascade, mais atterrissant dans l'eau, peut-être parce que le soulagement me brouille les idées, je ne parviens pas à me détacher, plus exactement, je ne trouve pas le mousqueton qu'il s'agit de décrocher pour que le guide, lequel se tient vingt mètres plus haut, en retrait, donc invisible, puisse remonter la corde de sécurité. Or, je ne peux pas nager, je suis attaché, pas me hisser, la roche patine comme un savon, quand aux bouillons d'eau, ils m'aveuglent. Un début de panique s'installe. Puis je vois (comme souvent) que je cherche une solution compliquée à un problème simple car le mousqueton qu'il s'agit d'ouvrir est là, juste au-dessus de ma tête. Craignant que Luv ne rencontre le même problème, je reste dans le torrent et je fais bien: atterrissant, ses cheveux s'emmêlent dans le harnais - je la dégage. Enfin arrive Aplo, à l'aise comme s'il avait fait cela toute sa vie et de trous d'eau en cascades l'excursion se poursuit, le nain allant devant, alerte, les bras déployés comme des ailes de papillon.

Mail

Depuis trente ans et l'invention de l'échange de mails, la langue de communication se dégrade. L'effet est surtout dommageable dans la relation intime, les rapports circonstanciels relevant d'un formalisme qui échappe d'emblée au littéraire. Par dégradation, ce n'est pas tellement de l'orthographe (devenu erratique à force d'accélération du médium) dont je veux parler, mais du contenu subtil et de l'idiosyncrasie que les bonheurs d'expression s'attachaient à circonscrire. Du fait de son immédiateté, le message électronique entraîne une mécanisation des sentiments; l'esprit se simplifie; le dévoilement de soi est appauvri. A la limite, la contribution de chacun d'entre nous à un monde humain est contrariée.

Travail

Léon Daudet à propos de Victor Hugo, "oracle trapu, aux yeux bleus, à la barbe blanche": "Il ajouta, en me mettant sur le front une main douce et belle, ornée d'une bague que je vois encore et qui me rappela la Confirmation: "Il faut bien travailler et aimer tous ceux qui travaillent".

Plus tard

Rêver à ce que l'on fera plus tard comme si plus tard c'était les cent prochaines années.

Bousquet

"L'élévation morale, fondement du progrès artistique", écrit Joë Bousquet dans Mystique, mais une fois l'absolu ôté, il n'est plus question d'élévation comme d'un état défini, plus question d'imitation, mais bien d'une quête, celle-ci produisant un art qui tend vers la morale, autrement dit déroule une suite d'erreurs humaines.

lundi 9 juillet 2018

Local

Mondialisation peut-être, une chose est sûre, les gens s'occupent de balayer leur pas de porte, surveillent l'horaire du voisin et s'intéressent à l'équipe de football du quartier. Sauf pour un quarteron de fous du pouvoir qui tissent une toile géante dont ils espèrent tenir le milieu, l'horizon est local.  

Petites stratégies

Au lieu d'écrire sur ce que sont devenus les écrivains ou peindre sur ce que sont devenus les peintres, les artistes, effondrés mais toujours en recherche de lumière, contractent des ingénieurs en affaires pour qu''ils leur indiquent la position des scènes et l'angle utile des projecteurs.

dimanche 8 juillet 2018

Richard

Cette idée géniale de Richard Aschcroft lors de son concert à l'Arena de Londres. Nous sommes sept mille sur des gradins noirs, la lumière ne se fait pas. Soudain, un son venu des profondeurs et une image sur écran géant. La star marche dans un tunnel de vestiaire, plat comme un asmathique, drogué comme un drogué, façon boxeur, entouré de ses gorilles, et à la fin, appelé par les sifflements, le battement rapide des mains, il émerge, paraît sur scène, entonne This It How It Feels.

Bivial

Par moments c'était un chat, par moments un guéridon, l'essentiel étant pour lui de trouver la porte car il n'oubliait pas que son rendez-vous chez un nouveau spécialiste auteur d'une thèse sur la mémoire devait le rencontrer à dix-huit heures précises. Mais la porte était parfois dans le chat parfois sur le guéridon.

Substitut

Confession oblige, j'eus nettement préféré un suicide général de la société blanche, façon secte des apocalypses. La substitution mécanique de motifs utilitaires aux valeurs génétiques de notre histoire (quoiqu'on puisse en juger par ailleurs) ayant autant d'intérêt que le remplacement de l'humanité coalisée par une fourmilière de laboratoire.

Désinvestissement

Envie de partir. Sans viser un parage. En renouvelant sans fin le mouvement. Ce qui offre l'avantage de n'avoir pas à s'adapter à des circonstances extérieures lesquelles semblent, chaque jour que Dieu fait, enfin faisait, un peu plus pensées par une race extra-terrestre. L'occupation inconstante du temps, dérisoire du sol, permet au moins - car il y a un revers à la médaille -  d'admirer ce à quoi consentent les sédentaires pour faire société et aimer leurs compromis, compatir à leur souffrances, oui, admirer le prix de leur folie.

Crise

Une crise, c'est le moment où ce qu'on a appris, ce qu'on sait, ne sert plus - le réel s'échappe.

Confusion

Sur le plan de travail de la cuisine, la tapette à mouches, un pinceau imprégné (je peins au salon), mon verre de vin, plusieurs spatules et un autre verre de vin mêlé de produit vaisselle, piège à mouche selon une recette de grand-mère. Ecrivant ou peignant, distrait absolument, il faut, lorsque je surveille à distance la confection d'un plat, une grande attention pour ne pas soulever les œufs avec la tapette à mouches ou ne pas boire le piège à mouches.

Loi 2

Nantes, toujours: imagine-t-on un voyou bagdadi se faisant exploser au pied d'un véhicule chargé de soldats américains (lesquels n'ont selon moi rien à faire en Irak) dont la famille, aussitôt après l'acte meurtrier, recevrait du président des Etats-Unis un témoignage de sympathie? Le chauffard immigré qui fonce sur un barrage de police, freine, recule pour tuer et tente la fuite, par ailleurs récidiviste, n'est pas un conducteur contrôlé par la police, mais un guerrier en zone de combat. L'adaptation du vocabulaire relève de l'impératif sécuritaire. Contre lui, aussi cyniques que les nobles dégénérés de 1793 dont la réthorique n'avait d'égale que l'arrogance, les éléments fonctionnels de la classe politique nationale.

Mondial

Match éliminatoire au bar du village. Les voisins sont tous là, mais séparés: les femmes à la table du fond, sous les vues d'Agrabuey peintes par Luisa et José-Luis (un couple), les homme sur des tabourets, la tête levée vers l'écran où Croates et Russes disputent le quart de final. Serrés derrière une table, en rang d'oignons, Luv, Aplo, moi, parlant français, ce qui au comptoir inquiète un paysan, puis parlant espagnol, ce qui le surprend, et les autres, qui me connaissent, expliquent: "Oui, c'est lui… Pas Espagnol, non. Je sais, il parle comme un Castillan, mais non, il est de… Où déjà Cala?"

Bilbo -Bilbao

Assis dans un parc, sur un banc, au-dessus de Gernikako Arbola Hiribidea, dans le quartier Derio de Bilbao, j'attend les enfants qui bientôt passent à cinquante mètres au-dessus de ma tête à bord du airbus d'EasyJet en provenance de Genève, lequel termine au-dessus de ce quartier son approche de piste.