vendredi 6 juillet 2018

Pour le bombardement de la ville de Lausanne (suite).

Emeutes de voyous à Nantes, France. Les simples du quartier, habitants primitifs, sautent, pillent, vocifèrent, brûlent. Je m'en réjouis. Détruire l'habitat est de première utilité. Le sentiment de dépression, déjà lourd à porter au quotidien, augmente à proportion. Mais surtout, un territoire national devant être considéré comme une plan innervé, il pèse sur les mentalités lointaines, ravage donc par télé-empathie les dernières virtualités énergétiques de ce peuple, les Français, qui triche depuis trop longtemps avec les valeurs. Notant cela, je m'empresse de dédouaner toute approche nationale. Ma plus grande satisfaction serait que se calcinent sur nos chaussées de doux velours municipal, dans Lausanne, des limousines incendiées par les analphabètes d'importation. Ce qui, selon les lois de la physique classique (et l'histoire n'est pas encore passée au schéma quantique), mêmes causes, même effets donc, ne manquera pas d'arriver. Ce grand soir, comme disent en se gargarisant les révolutionnaires, lequel ne se produira pas dans cette forme, rien d'aussi stratosphérique ne pouvant se produire sans l'aide de l'intelligence,  je me réjouis de revenir dans ma ville de naissance pour débattre du futur.

Fascination

Fasciné par la beauté des femmes, que je confonds avec la grâce, c'est plutôt elle l'objet de ma fascination, je m'étonne à l'instant, comme je passais par la salle de bains et jetais à un œil sur mon médiocre portrait, par la conformation ridicule, disons-le laide, de l'humain eu égards aux règles de la convenance et de la géométrie telles qu'elles sont exploitées dans la définition du parfait.

Lenbachhaus

Toiles splendides, romantiques, expressionnistes et pompiers, œuvres de peintres qui savent dessiner et peindre, qui connaissent les couleurs et savent traiter la lumière (Lowis Cortinth par exemple), un régal; puis on passe à ce formalisme dont la justification historique évidente ne rachète pas l'absence du plaisir de contemplation (Klee); enfin, on arrive dans les salles contemporaines, dont il faut ressortir au plus vite (idéalement, pour aller chercher un type à l'esprit brocanteur qui débarrasserait), encombrées qu'elles sont d'un bric-à-brac pop, conceptuel, installateur et objectif (même l'excellent Gehrard Richter était représenté par des toiles proches du gribouillis).

Autriche 2

Même si elles ne fonctionnent pas, j'aime les solutions simples. "Tu n'as qu'à traverser ce pont et on va dans le premier village côté autrichien!", ai-je dit. Et comme c'est la voiture de Gala et que c'est Gala qui conduit, je guide, du moins j'essaie. Je fais: "là!". Car il m'a semblé voir un panneau indiquant notre village, ce "premier village autrichien", Niederdorf. Nous roulons sur une voie de service, devant un barrage, au-dessus de plusieurs réservoirs, puis sur un chemin de terre. Ce n'est pas là. A l'évidence. Pourtant, j'ai vu un panneau. De fait (nous le vérifierons plus tard), il y a un panneau… réservé aux cyclistes. Mais voici le miracle. Entêtés que nous sommes, nous poursuivons le long du chemin et soudain, planté sur le bord de route, nous trouvons un édicule en forme de chalet, en réalité une vitrine contenant des images de chalets d'été et des Gasthaus, avec chaque fois le nom du propriétaire et son numéro de téléphone. Tandis que je siffle et donne des coups de pieds dans les cailloux, Gala, brusquement revigorée, téléphone. Et miracle, le deuxième, grâce à elle, quelqu'un décroche et dit: "venez, je vous attends". Ainsi, nous arrivons chez une merveilleuse petite dame qui tient, ou plutôt tenait avec son mari, une auberge énorme de trente tables et autant de chambres et non, elle ne fait plus commerce, mais enfin, "vous êtes là, je vais vous préparer une chambre (car, il faut dire, Gala est une femme qui inspire la confiance, tout le contraire de ce que j'inspire - comme quoi les apparences son trompeuse - je plaisante - à moitié...)". Bref, nous voici dans une chambre en bois, avec son balcon régional, ses couvre-lits brodés et, au rez, son immense salle à boire garnie de bocks anciens et de médailles et de scènes de chasse. Et en attendant de profiter de cette situation idéale, comme nous n'aimons pas la bière du café de village, la Anker, nous retraversons l'Inn et allons boire de l'autre côté, en Allemagne.

Autriche

Quitté Brannenburg, la quête d'un hôtel recommence et ce sont toujours ces jolis villages, avec en leur centre le clocher, la fontaine, les bacs d'oeillets rouges et verts, la brasserie et le Gasthaus, dont le tarif des nuitées vous troue les poches, de sorte que nous passons la frontière, sommes en Autriche, à Kufstein, ville répandue au  pied d'un gros caillou sur lequel est édifiée une forteresse (haute et grosse et pleine de meurtrières, un funiculaire monte les visiteurs), même décor, intérêt, bonheur que Viège, notre ville garde-meuble du fond de la vallée du Rhône (si Migros, le monopole nationale de nourriture avait fait les plans de notre beau pays toutes les agglomérations ressembleraient à Viège), et qu'y faisions-nous, à Kufstein, dans la rue principale et presque unique nous allons, Gala lentement, il y a des boutiques de chaussures, moi plus vite (il y a des Turcs), allant et venant, répétant "bon, on y va!" et Gala, fascinée par la possibilité d'achat d'une trois-cent quarante-cinquième paire de chaussures, distraite au point de ne pas entendre "oui, oui…", et à la fin, je veux dire la fin de la rue, se tient une magasin de sport, j'achète une barre de traction pendant que Gala profite du réseau internet pour chercher un hôtel et nous repassons la frontière allemande, arrêtons devant un hôtel, Gala entre, demande les toilettes, ressort dit "j'ai dû payer".

Pour l'art

Que peut faire de mieux l'Etat pour détruire la culture, ici littéraire, que d'aider financièrement les éditeurs?

Messages

Quoiqu'il se dise au cours de l'échange, la phrase qui toujours revient chez Gala est "je dois faire ma valise" et pour moi "où va-t-on?"

Allemagne 5

Changé de chambre au Schlosswirt. "Pourquoi?", demande Gala. Peut-être à cause d'un habitué, plutôt d'un maniaque, qui réservant réserve "sa" chambre. Même étage, porte d'à côté. Avantage, empilées sur la table de nuit m'attendent trois pièces de deux euros.

Allemagne 4

Sommet du Wendelstein dans les alpes bavaroises. Gravi par le train crémaillère les mille trois cent mètres qui séparent la plaine de Brannenburg du piton rocheux. A bord des deux wagons, vingt personnes pour un âge cumulé de 1400 ans. Le convoi glisse à travers la forêt, surmonte des précipices, coiffe les alpages. A la fin, il entre dans un tunnel, les passagers débarquent dans une grotte, empruntent un boyau dans le roc et débouchent dans la lumière, sur une esplanade qui domine trois vallées. Au fond, des champs en damier, des lacs ovales, des villages minutieux; au-dessus de vastes pentes aux sapins sombres, puis la pierre, la glace, et au loin, parcouru de nuées, les pics neigeux. De l'esplanade où boivent et dînent cent vieillards qui, les pauvres, peinent à marcher jusqu'au comptoir pour passer la commande de bière et de saucisse, partent des escaliers en tourbillons. D'un côté ils mènent à un promontoire flanqué d'une longue vue que l'on oriente vers Brechtesgaden et le Chiemsee, de l'autre côté à une petite chapelle entouré d'un déambulatoire qui ouvre sur le vide. De la base au sommet physique, il y a encore une demi-heure de marche qui se fait sur des escaliers creusés, scellés (en métal) ou par des tunnels piétons. Qui lève les yeux depuis l'esplanade aperçoit à 1800 mètres la boule blanche de la station météo. L'exercice de voir, de tous côtés, la tête dans les nuages, est fascinant, mais aussi difficile: cette dentelle de cimes posée devant le ciel, ces montagnes coniques qui jalonnent des fonds luminescents, ces avalanches de pierre morte, tout cela, devant nous, à portée de la main, à la fois naturel et construit, échappe sinon à la vue du moins à l'appréhension. Comme disait je ne sais plus quel philosophe devant les Alpes, ce qui me fait toujours rire, "das ist".

Allemagne 3

Chassé de la ville par les prix des chambres d'hôtel. Trois, quatre cent euros la nuit, et tout affiche complet! Die Messe! Qu'y montre-t-on? Des BMW, des frigidaires et des tracteurs, du vin et des turbines? Presque envie d'aller y voir. Gala s'y oppose. Elle fait bien, comme nous roulons sur l'autoroute pour quitter Munich par le sud, nous remontons un embouteillage de quinze kilomètres. Une partie des chambres va donc rester vide, les clients dormiront dans leur voiture; les villes-vitrines, les villes-machines, les tas de choses, quels attrape-nigauds! En octobre, de retour de Belgrade et de Budapest, même saturation, c'était la fête de la bière. A cinquante kilomètres, Rosenheim n'avait plus un lit à louer. C'est d'ailleurs dans cette direction que nous filons, mais cette fois, à peine ai-je vu le panneau je mets en garde Gala: "sort de l'autoroute, Rosenheim, c'est rempli d'immigrés débarqués d'Italie." Maintenant, au hasard dans une campagne verte et ordrée, nous commençons notre quête des Gasthaus. Arrêt devant une splendide ferme à balcons de bois et volets sculptés. La pente de toit est en tavaillons, le jardin est planté d'un sole, il y a deux bûchers… "Réception à partir de 17 heures". Affaire réglée (j'observe d'ailleurs que les journées ou plutôt les nuits en hôtel, c'est général en Europe, sont de plus en plus courtes: on vous dit à quelle heure arriver, à quelle heure repartir, 15h00-10h00, si je compte bien, cela fait dix-neuf heures et, génie robotique au service de l'optimisation civile, les bâtiments les plus modernes sont désormais dotés d'un système de verrouillage des portes, à l'heure dite de fin du contrat, votre carte d'accès à la chambre se bloque). Gala démarre, nous roulons entre des terrains coquets clôturés de bois tendre, les fontaines coulent, les montagnes brillent dans le ciel turquoise, un paysage fait pour la pensée, un paysage heideggérien. Seulement, depuis que j'ai voyagé dix-huit mois (années 1990) en changeant chaque soir ou presque de parage, tenu de négocier parfois des heures pour obtenir un lieu de sommeil faute d'avoir les moyens financiers pour choisir à mon goût, je n'ai plus aucune patience pour ces recherches d'hôtels. Autre Gasthaus. Au tour de Gala. Elle pousse la porte, appelle. Dix minutes plus tard : "il n'y a personne". En début d'après-midi, nous emménageons au Schlosswirt de Brannenburg, entre l'église, sa flèche claire, son toit rouge et le château, massif, brun, dressé sur un rocher mousseux. Le balcon donne sur la terrasse de l'auberge, tables avec bancs alignées au pied de la façade, bruit d'eau dans le bassin de pierre, cloches au campanile pour le rythme des heures et un kiosque à musique, moderne celui-là, avec pour sculpture ornementale une clef de sol que Gala aime, que je n'aime pas. En face, dans la montée, une étable qui selon la direction du vent donne l'impression de partager la chambre avec les vaches.

Supermarché 2

Bientôt, j'entrerai en concurrence avec Jarry lequel faisait livrer une citerne de vin au pied de son immeuble.
-Vous comprenez, dis-je au placeur de produits, je viens de la montagne, donc je dois savoir si, en général, vous aurez plus de bière…
Ne comprenant pas, saisissant une bouteille par le col:
-Là... elle est là.
-Je sais, mais six bouteilles, comptez vous-même, cela ne fait que six litres. Voyez, je les mets dans mon caddie, votre étagère est vide.
-Oui, bien sûr…
-Eh oui! Alexandre, enchanté.
-Manolo.
-Bien, Manolo, que pouvez-vous faire pour moi? Car je vais revenir!
L'employé retire l'étiquette du rayon:
-Je vais avertir, et nous allons déplacer une autre marque, pour vous mettre à disposition de la Skol.
-Prévoyez dix ou quinze bouteilles. Disons pour demain, et ainsi de suite, au fil de la semaine.
-Très bien, je m'en occupe! Alors à demain Monsieur Alexandre, merci!

Supermarché

File d'attente de la caisse de supermarché hier à Puente (jamais plus de une ou deux personnes), j'ai soudain l'image d'attentes similaires, le matin, après une nuit à poser des affiches dans Genève ou une fête finissant à l'aube, à l'époque où je vivais avec Olofso dans le quat de Roche. Considérant toutes choses autour de la caisse, tapis roulant, présentoir à chewing-gums, caddies pleins, portemonnaies des dames, vitres coulissantes, blouse orange de la vendeuse de fleurs, chiens attachés, trafic au feu, sur le carrefour des Eaux-vives, "quelle blague!". Sauf que, moins il y a de gens pour penser ainsi, moins elle est drôle.

Bras 3

"Ces derniers jours, vous vous êtes relâché!" Ce qui dans le jargon de la médecin veut dire: vous vous êtes servi de votre main.

Bras 2

Aux urgences à Puente. Attendent dans le couloir un vieux Monsieur victime d'un coup de chaleur et un couple. Un ouvrier en bleu, la main droite dans la main gauche, montre son doigt sectionné, réparé, et qui peine à cicatriser; considérations catholiques, mêlées de rire, d'exclamations, de soupirs sonores, mieux qu'un commentaire de match de football dans une salle de bistrot: " ce que cette vie nous réserve!", "si Dieu le veut…",  "voyez, moi, par exemple…", "on est pas grand chose!". Les autres acquiescent, évoquant le temps qu'il fait, qu'il ne fait pas, l'hiver trop long, l'été trop chaud, puis la porte du cabinet s'ouvre, le couple d'engouffre. Il ressort et appelle mon nom - j'entre. La médecin, m'écoute et constate: "il n'y a rien à faire. Attendre." Elle prescrit des anti-inflammatoires, me dit d'appeler le suivant. Or, c'est ce que je voulais: savoir. Ou plutôt: entendre un avis (c'est en général l'usage de la médecine). Content du service dont j'ai profité, je rends son salut à la secrétaire et, venant à la porte de sortie, fait demi-tour. A la secrétaire:
-Y a-t-il quelque chose à payer?
-Ah... Montrez votre carte d'identité, je vais faire une photocopie. Voilà.
Des urgences, je vais chercher les anti-inflammatoires. La pharmacienne attrape un formulaire. Elle note ma date de naissance, mon numéro AVS suisse, mon prénom, mon nom que j'épelle. Ne sachant à quoi cela peut servir, je fais:
-C'est utile?
-Oh oui, ainsi vous payez moins.
En effet, elle emballe la boîte de cachets, y ajoute la pommade que j'ai réclamée et facture un prix dérisoire. Être bien traité en pays étranger, on ne peut que se féliciter, et à si bon compte! Mais aussi, il y a de quoi s'inquiéter - à la fin, quelqu'un doit payer.

mercredi 4 juillet 2018

Loi

Les forces de police françaises abattent un criminel arabe qui force un barrage puis tente d'assassiner un flic. La ministre de la justice: "ma douleur va d'abord à la famille". Faut-il que ces gens en charge de la loi aient peur pour défendre d'emblée le crime.

Ipskov-2045

Quand les Russes promettent de télécharger la conscience sur un support-machine, déréaliser le travail, robotiser l'espace domestique ou conquérir la galaxie, ils font leur propagande en anglais avec un accent américain.

Eluder

Pour éluder la question, se démettre, ces gens qui objectent, "c'est pire ailleurs!". Seul m'intéresse le mieux. A l'aune duquel toujours je juge. Si elle est, l'action est à ce prix.

11

Las Vegas, à l'Arena, combat poids-moyens entre Canelo Alvarez et Amir Khan. La famille du Mexicain, un roux massif et barbu, est assise au premier rang. Par ordre, la fille, le garçon, leur mère, soit la femme du boxeur, une belle indigène, et puis je ne compte plus, d'autres enfants encore, il me semble même apercevoir un bébé, tous sont là. Chose étonnante, dès que l'arbitre lance la rencontre, l'aînée, six ans peut-être, fond en larmes choquée par ce crochet que l'adversaire arabe vient de mettre à son père. Le visage enfoui dans les mains, elle tremble comme une maudite, balance la tête, visiblement elle est apeurée, imagine le perdre - sentiment de mort, la caméra filme, on ne peut s'empêcher de penser à cela, à la mort du père. Reste 11 rounds.

Entrecôte

Afin de démentir les rumeurs sur son état avancé de misère, il allait saluer les voisins de l'immeuble son entrecôte sous le bras, après quoi, l'ayant seulement louée, il la rapportait à la bouchère.

Dormir

Dormir. Je ne cesse de dormir. Quelle excellente chose que le sommeil, et plus encore le jour, quand dormir il ne faudrait pas; mais que vaut ce "falloir" ? Levé en fin de matinée, vite recouché, relevé quand il me plaît de me relever et me couchant dès que la nuit se présente avec dans l'idée de dormir longtemps et amoureusement. Ces jours, le silence au village est si profond, qu'hier j'ai sursauté: ce bruit important qui me réveillait, c'était une feuille morte poussée par le vent contre ma fenêtre.

Loi-Europe

Deux mots qui me hérissent, et je ne fais pas métaphore, ils m'ont gâché une partie de mes heures, deux mots honnis sauf quand le premier est utilisé par un Alain Supiot, le second par un Bernard Stiegler, "loi" et "Europe" - c'est dire quand une idiote, pas n'importe laquelle, autorisée, légale, représentante, s'avise de les conjuguer!
Midi. Pour me rendre la mairie, je sors de mon poulailler (un vieillard apparu derrière un tronc m'a expliqué lundi qu'autrefois ma maison avait cet usage), je traverse le silence, dépasse la fontaine, gagne la place, et là, je constate que le double camion de l'épicier qui donne du Klaxon pour ameuter à 11heures est toujours stationné, lui que je croyais reparti sur sa tournée des hameaux - je l'ai dit, il est midi - de sorte que je fais mes achats, cœurs de bœuf, chou fleuri, asperges et œufs de la ferme, mais tombé au milieu d'une assemblée plus nombreuse qu'il n'y paraît de ménagères et de voisins, nous parlons, j'attends, nous parlons encore, j'attends toujours, jusqu'au moment ou Pilar accourant me dit que ma cuisine brûle. Je me précipite et en effet, ma fabada calcine; j'arrose, reviens au double-camion, rassure la population et quand enfin -ici encore ce n'est pas littérature (si l'économie suisse allait à ce rythme, nous aurions le niveau de vie de Diyarbakir)- lorsqu'enfin disais-je, je puis m'évader avec mon panier de légumes, j'entre dans la mairie, ouverte le mercredi, entre dans le bureau où siège la secrétaire du maire, figure de tous les villages autant qu'ils sont de par le monde, à qui, la secrétaire, je dis :
-Pourriez-vous me donner le nom d'une propriétaire de maison?
-Non.
-...pardon?
-C'est strictement interdit.
A ce stade, réchauffé par la bonne discussion entre voisins, les aimables légumes et le soleil d'Aragón, je crois que la dame, secrétaire et gardienne et administratrice, bref cette pécore, plaisante.
-Vous comprenez, c'est la maison d'à côté, celle qui est abandonnée…commencé-je sur le ton diplomate, mielleux qu'immanquablement suscitent ces parangons du formalisme que sont les secrétaires de mairie. Oui, ces gens sont mes voisins, et comme je n'ai vu personne depuis trois ans…
-La loi européenne interdit de communiquer les noms des propriétaires!
Racontant cela, la rage à nouveau monte. 
"Loi", "Europe"! Alors que nous parlons de "la maison voisine", de "si ça brûle", de "et moi, je fais comment?". Comme disait l'autre- pas mon ami, bien sûr, mais cependant- "quand j'entend le mot… je sors mon pistolet!".

lundi 2 juillet 2018

Bras

Le bras secoué d'ondes, la main gonflée comme un pneu, par moments l'épaule prise de douleurs et cela en dépit de capsules anti-inflammatoires et de pommades chauffantes. Je n'ai plus le choix, il me faut, après avoir quinze jours de suite retardé, descendre à la ville présenter ce bras à un médecin. Je ne saurais dire à quel point cette présentation que j'imagine débutant par un formulaire, se poursuivant par une attente en salle, puis une exposition des motifs et une soumission à des machines, m'ennuie, m'ennuie et m'ennuie.

Perros

Il y a vingt ans m'avait enthousiasmé l'échange épistolaire entre Georges Perros et Brice Parrain, publié je crois par la NRF, au point de chercher son équivalent - fraîcheur de ton, désinvolture, perspicacité - dans l'oeuvre des deux écrivains; or, hier je relis les Papiers collés de Perros et n'y trouve que des phrases d'un buveur de comptoir au souffle court.

Montherlant

Proche du caractère qu'incarnait, par sa personne et dans son œuvre, Henry de Montherlant, non pas, bien entendu quant à l'ambivalence sexuelle, mais quant à la conjugaison impossible et revendiquée du pessimisme et de la soif de perfection . Précisions, perfection morale "sans valeurs" ni système pratique, qu'il soit adossé à une religion ou à une philosophie. Ce que j'ai coutume d'appeler le volontarisme et qui ressort à une sorte de digestion inconsciente de la théorie de la grâce protestante: savoir que l'on est  peu, que l'on est à peine, que le néant précède et suit, que règne l'arbitraire (pour moi plus physique que théologique il va de soi) et tenir héroïquement son rôle d'homme destiné à la mort (comme disait Sartre, lui aussi, à bien des égards proche une fois ôté le militantisme révolutionnaire et les engagements précipités). "Il faut, écrivait Montherlant, n'être de rien, n'être à rien, n'être rien."

Hésitation

Hésiter, dans la vie? Surtout pas. Car si on apprend peu de ses doutes, on apprend beaucoup de ses erreurs.

dimanche 1 juillet 2018

Décantation

Si nous autres Suisses espérons vivre demain aussi bien ou, si l'on préfère, aussi mal qu'aujourd'hui, le réquisit premier est d'admettre qu'il n'y a pas de démocratie dans notre pays, encore moins en Europe.

Vladimir

Ces jours, me saisit à nouveau une forte émotion en pensant au courage d'un Vladimir Boukovski. Des textes complets de sa confession de prisonnier publiée à l'époque sous le titre "Une nouvelle maladie mentale en U.R.S.S., l'opposition" me reviennent en mémoire. Voilà l'homme qu'il faut inviter dans les écoles.

Etudier

Professeurs, tenus aux règles de la charge, forcés de transmettre en tant que pièce majeur de l'école-outil la pensée critique sur la foi de textes littéraires imposés par une hiérarchie idéologue - si cette compromission ne me semblait méprisable, je les plaindrais. Me revient en mémoire cette discussion qui eut lieu sur les marches du Collège du Belvédère de Lausanne, l'année de mes quinze ans, comme nous attendions, élèves et professeurs, l'heure de rentrer en cours. Le maître de classe demandait à la ronde ce que chacun ferait l'année suivante la dernière année du cursus obligatoire venant bientôt à son terme. Apprentissage, école professionnelle, chacun fit réponse. Il se tourna vers moi.
-Quitter le plus vite l'école afin d'étudier, lui dis-je.

Mousse

Gala ne marche plus. Même dix mètres. J'exagère. Cinquante, cent, pour peu que j'insiste le double, mais alors cela hypothèque sur deux ou trois jours tout autre déplacement, aussi allons-nous en voiture, d'immeuble en immeuble, d'une rue à l'autre, ce qui revient à introduire sa vie dans le labyrinthe des lois, règles, traces, signes, cet alphabet d'interdits absurdes que le piéton peut, moyennant d'avoir cultiver son art, transgresser, mais que faire, l'alternative n'étant pas de l'ordre des possibles, et puis c'est elle qui conduit, c'est sa voiture, c'est ainsi, de sorte que l'Holiday Inn quitté, nous longeons le pâté d'immeubles pour se garer de l'autre côté de l'avenue et pénétrer dans une brasserie aux salles voûtées et plafonds peints où Gala demande à la serveuse en costume bavarois une bière "wenn es möglich is mit wenigem Schaum", ce qui revient à demander une fondue sans fromage.

Sortir

Il y a des gens qui sortent le chien; moi, je sors les cactus et les rentre le soir.

Capitulation

"Une capitulation, écrit Péguy, est essentiellement une opération par laquelle on se met à expliquer au lieu d'agir."

Allemagne 2

Une seule fois j'ai vu la voiture de Gala. Petite, grise, française, Citroën je crois. La précédente, une Honda foncée et plate, nous avons roulé des nuits entière à son bord, cherchant où coucher, où s'enfermer, se cacher, empruntant des appartements, des chambres et même un château pour le week-end, parfois loin de Genève, ou roulant dans l'herbe une couverture sur le dos, le passage d'une voiture à l'autre correspondant bien au changement de nature de notre relation, plus compliquée et disparate que jamais et c'est elle, cette voiture grise pareille à toutes les autres que je guette du fond du hall de réception du Holiday Inn de Berg Am Laim, qui surgit en effet dans l'allée autour de dix-huit heures, pointant du nez à gauche à droite comme je me précipite pour faire des gestes d'accueil, n'étant pas vu, redoublant de vigueur. Gala sort de la voiture et, comme si elle me trouvait par hasard, dit:
-Tu es là?

Armstrong

Dans son autobiographie, Lance Armstrong, le champion cycliste, fait l'éloge de la compagnie Nike, renvoyant toutes les critiques qui pleuvent sur les multinationales; atteint de cancer, il dit n'avoir jamais été lâché par ce sponsor, plus que cela et malgré le fait qu'il ne pourrait peut-être jamais plus courir, il raconte avoir été soutenu moralement et financièrement, décrivant une relation placée bien au-dessus des enjeux de pouvoir, opinion à contre-courant de la caricature et d'autant plus intéressante qu'elle contraste avec ce que rapporte par exemple Michael Moore de ce rendez-vous avec le PDG de la marque qui tout en connaissant la démarche du réalisateur le reçoit avec sympathie, mais refusera toujours de le suivre dans la visite de ses propres fabriques aux Philippines. Jugements qui réflexion faite ne sont pas exclusifs dans l'approche néo-libérale laquelle ne conçoit pas les règles du jeu comme relevant de l'universel.