samedi 2 juin 2018

Libre

Ce sentiment de liberté, enthousiasmant. Savoir que l'on peut. Maintenant. Pas besoin de le dire - je le fais ici pour alimenter la confiance - l'action, la parole, la pensée, tout est palpable, à la fois possible et certain. Que je me souvienne, étudiant, et après, nous tentions avec mes amis qu'agitait cette question, en fin de nuit, souvent ivres, de quitter les lieux. Nous avions tôt fait de revenir, tenus territorialement, financièrement mais surtout - il faut avec honte l'avouer - moralement, c'est à dire liés, attachés, handicapés. Tel n'est plus le cas. Cela se paie par un niveau de solitude supérieur. Pour rien au monde je n'en changerais. Je fais ce que je veux.

Wings

Lorsqu'il nous rendit visite à Helsinki en 1976, mon oncle hockeyeur, venu de Lausanne à bord de sa Mini 500, écoutait l'album At The Speed Of Sound des Wings. Mon père, féru de jazz et de classique, de ce fait peu initié au pop-rock, fit longtemps jouer l'album des McCartney. Monfrère et moi l'avons écouté et réécouté, y compris lors des grandes ruptures, celles du punk, du hardocre, du darkmetal, de la première techno ou du grunge. Il y a dix jours, comme nous quittions Agrabuey en voiture, je passe de cet album Silly Love Song. Aussitôt Aplo (qui est de la génération faux-nègres français hip-hop):
- C'est bien ça! Tu le remets?

Stan

Stan de Detroit (il vend du savon pour les barbes des hipsters), à qui je demande des nouvelles:
- Oui, ça va, mais en avril, la situation s'est corsée en périphérie Nord... Tu vois le liquor shop? Celui qui est près de la station-service abandonnée. Bref, une bande s'est implantée dans un entrepôt et avec les gars du "neighborhood watching" nous avons dû brûler la plupart des maisons du quartier. Depuis, on est à découvert."

Arrêt

A quel moment et pourquoi, dans une vie marquée par les déplacements, se dit-on, "voilà, je vais rester ici"? De longue date me fascinent ces trajectoires d'aventuriers fébriles qui ayant parcouru aléatoirement le globe inscrivent soudain leur existence dans des lieux éloignés et improbables.

Anne

Il y a dix ans, cette animatrice culturelle de Genève, Anne Bisang, alors directrice de la Comédie de Genève (théâtre majeur de notre capitale de province) qui me disait à l'occasion d'un débat tenu pour le compte de la télévision officielle sur le thème "faut-il vouloir un statut professionnel de l'artiste?":
-Toi, de toute manière, tu es contre tout!
Je ne nie pas - du moins fis-je valoir au moment où on me passa le micro que le statut de l'écrivain d'Etat tel qu'il avait existé dans l'URSS, lequel réduisait de pauvres hères à passer sous silence leur fait pour relayer une doctrine politique, n'était pas le choix des amateurs de liberté (j'ajoute ici avec malveillance: sauf lorsqu'on doit son poste d'animateur de la culture capitaliste à l'ascendant légal exercé sur l'artiste).

Souvenir

Olofso m'envoie des photographies du squat prises dans les années 2000. Nous posons dans la cuisine des casseroles sur la tête, au salon en costume noir et cravate pour une performance du G3 alors qu'elle est enceinte (Aplo ou Luv?), dans le couloir avec P.de R. des affiches militantes sur la poitrine que nous allions j'imagine tartiner la nuit sur les murs de Genève, et Olfoso écrit: "il faut que nous fassions une soirée-souvenir !" J'en serais le premier content, mais ce serait pour faire une soirée avec Olofso, pas pour le souvenir. S'agissant de mémoire, je ne m'intéresse qu'à l'avenir. Le passé, le mien, celui des autres, l'histoire, je veux bien, mais comme assise. Avant de se lever. Le temps qui reste se déroule dans une seule direction.

Nos enfants

L'un des débats intimes qui vient et dont hériteront spécialement nos enfants: faut-il concourir par la générosité, la parole, les engagements, l'intelligence, l'effort, à l'élévation d'une société dont le schéma de construction est fonction d'un vaste cerveau dépersonnalisé?

Confession

"Vous savez me disait cet homme, dans ma vie, j'ai beaucoup fait, mais jamais je n'ai cru que ces choses fussent utiles, c'est le prix à payer pour faire partie du monde. Lorsqu'on s'en échappe, qui peut dire où on va?"

vendredi 1 juin 2018

Veille

L'heure de se mettre au lit après la casserole de pâtes. La foudre vient de s'abattre à petite distance de la maison, aussi suis-je sorti dans le village pour m'assurer qu'aucun de nos toits ne brûlait. La météo annonce une journée de samedi ensoleillée. Le vélo est chargé, et le sac, livré cet après-midi suite à une commande sur internet, m'étant aperçu in extremis que le mien est à.. (Malaga, Fribourg, Clarens, Lausanne?).

jeudi 31 mai 2018

Préparatifs

Ils accumulaient carnets, cahiers, blocs-notes et paquets de feuilles, inquiets à l'idée de se retrouver démunis le jour où enfin l'inspiration les visiterait.

Drôle 3

Le bar où nous avons rendez-vous se trouve dans la rue centrale. Il n'y a qu'une table occupée, la leur. Dix personnes, j'en connais trois. Avantage, le silence n'est pas de ce pays, les Espagnols parlent. Sauf que - le temps de boire une choppe, ils se lèvent. Demain ils travaillent (c'est un fait). Chacun s'embrasse et file sa direction. Il pleut. Je propose. Nous marchons le long de la citadelle. Menela prenant place dans ma voiture (elle qui tenait à retourner au plus vite à Agrabuey dimanche pour acheter une savon au calendula fabriqué par une néo-rurale):
- Elle sent bon ta voiture. Elle est neuve?

Drôle 2

Eh bien non, je ne connais pas encore le caractère national ou plutôt, lorsque je noue des relations et  les rapporte abstraitement à ce que je sais, je défais mes conclusions, je me juge aberrant. Arrive le démenti. Dans ce cas sous la forme d'un message téléphonique à 22h45: "nous sommes au bar dans la ville d'à côté, as-tu envie de nous rejoindre?"  Je viens d'avaler deux litres, il y a vingt deux kilomètres de route en lacets. Je monte en voiture.

Anti-loi de Moore

Il y a, il y aura des livres, donc des auteurs de livres, mais il n'y aura plus d'écrivains, du moins identifiables par le public, débattus, lisibles, existants.

Provoquer

Provoquer, c'est dire: vous avez refusé de m'écouter quand je ne demandais pas la parole, maintenant je conteste votre droit.

Techno-comportement

La progression du coût d'achat des droits de retransmission télévisée des tournois de football est un indicateur pertinent du recul de la démocratie, et je note ceci par défi: nous aurons à terme dans les tribunes un schéma de parution des supporters équivalant au système nord-coréen des enfants-pixels, l'embrigadement accepté au degré initial ouvrant fatalement sur les degrés supérieurs.

Maçon

A seize ans je travaillais à Fribourg, sur les chantiers, en tant qu'aide-maçon. L'autre manoeuvre, un Yougoslave que le ouvriers appelaient "youyou", me donnait des ordres. Il le pouvait: il était à la fois plus fort, plus grand et plus ancien. Il avait deux sujets de conversation. Du lundi au mercredi, il parlait des filles qu'il avait connues pendant le week-end à Châtel-Saint-Denis. A partir de jeudi, il racontait ce qu'il ferait avec les filles de Châtel dès vendredi, à la sortie du travail. Fin du mois, le patron m'a remis la paie. L'enveloppe contenait Fr. 1000.- je les ai dépensés dans la boutique d'un couturier international de la place Colon à Madrid. La vendeuse m'a passé sur les épaules un manteau de laine vierge à la coupe impeccable. Prix: Fr. 700.- Impressionné par le prix, je n'ai pas osé dire qu'il me paraissait un peu trop grand ni attirer son attention - ce qui longtemps gâcha mon plaisir - sur un fil qui pendait de l'ourlet inférieur.

Avant

Ils nous demanderont avec raison pourquoi nous n'avons pas réagi avant.

Drôle

Pas revu Menela. Drôle de peuple ces Espagnols! J'envoie un message au philosophe à nattes. "C'est bien moi, me répond-il. Je te contacte!". Ayant entendu dire que les amis se rencontraient les jeudis, j'appelle - personne en décroche - je rappelle - toujours personne. Surpris? Non. Depuis le temps que je pratique ce pays! Tempérament baroque. A l'euphorie succède l'atonie. Dit ainsi, nul ne l'admettrait. Plus que cela: si un Espagnol entendait, il se récrierait - et il serait sincère, c'est qu'il s'ignore, simple atavisme.

Préparation 3

Sanz de retour de Saragosse me dit qu'il y faisait vingt-sept degrés. Ici, à mil mètres, il en fait dix de moins, mais surtout ce sont ces pluies; elles vont, elles viennent, la terre ne sèche pas. Chaque fois que je m'installe au jardin, les nuages fondent sur la vallée, le ciel se brouille, il tombe des gouttes. Le temps de réunir ses affaires, c'est l'averse. Je pense à mon voyage à vélo. Il y a deux ans, nous partions à la même époque d'Aveiro dans le nord du Portugal; mal nous en prit. Entre les neiges, les grêles et les tempêtes d'eau, nous avons eu froid, froid et froid, au point - cela ne nous ressemble pas - de renoncer après 500 kilomètres. Nos habits avaient le poids d'une serpillère, dès les premiers tours de pédaliers, nous tremblions. Pire, les routes étaient dangereuses. Sur les descentes, le vent qui soufflait en rafale nous obligeait à ralentir, parfois à marcher pour ne pas tomber dans les ravins (les vélos flanchaient sous le corps). Après-demain, passée la première cordillère, la plaine sera chaude et ensoleillée - voilà ce que je me dis. Et aussi: c'est l'Espagne, le mauvais temps, oui, mais cela ne dure pas (en Suisse, sachant ces conditions, je me retiendrais de prendre le départ).

Funeste

Sauf à être aveugle, les signaux concordent: importation massive d'analphabètes du tiers-monde (nommés "migrants"), défense sur nos territoires d'un culte allogène et rétrograde (islam), généralisation de la surveillance électronique (piratage étatique de réseaux sociaux privés), ajournement des décisions populaires (Brexit) et neutralisation du vote (Italie), arrestation des opposants (Tommy Robinson), relaxe des militants mondialiste (gauchistes au service du capital), confiscation des armes aux citoyens (adaptation de la loi Suisse). Doublons l'entraînement, le ciel est bas!

Préparation 2

Avouons-le, je suis inquiet. Avant de parcourir de grandes distances, je m'entraînais. Sans même parler du périple sur la route du Tour de France 2015, dans les Pyrénées, avec ses vingt-deux cols, ce qui avait requis plusieurs mois d'efforts préalables afin de ne pas finir en queue de peloton ou pire succomber, la diagonale Oviedo-Malaga, entreprise trois fois de suite avec Monfrère, étaiet toujours précédée d'une préparation au vélo statique et d'une vingtaine de sorties; là, rien. Deux ans que je me concentre sur le Krav-Maga et la course. Mais enfin je serai seul, il n'y a pas de rythme imposé. Et sitôt baissée, l'inquiétude revient: la météo annonce dix jours de pluie, du moins sur la moitié Nord de l'Espagne. Or, il n'est pas possible de transporter des habits de rechange - trop lourd.

Préparation

Occupé à tracer ma route à travers l'Espagne, je cherche à me faufiler entre les montagnes afin d'éviter les passages par les cols aujourd'hui régulièrement desservis par des tunnels, joignant des routes secondaires, régionales ou vicinales. Encore faut-il trouver le ravitaillement, donc des villages habités, ce qui dans des provinces désertes telles que Ciudad Real ou Teruel, n'est pas facile. Pour la première fois depuis que je me lance dans ces traversées surgit un obstacle aussi paradoxal que réel : le tourisme. Lorsqu'on a roulé huit ou dix heures, l'hôtel le plus commode est celui qui accueille les camionneurs. Ce n'est pas la même fatigue que celle du sportif, mais eux aussi ont à récupérer. Descendus de cabine, ils boivent, mangent, aussitôt fait se couchent. Or, ces établissements sont distribués sur les grands axes, ceux que le cycliste prudent évite. La solution de rechange consiste à finir l'étape dans des bourgs pourvus d'hôtels de commerce. Le bar et le restaurant sont à proximité quand ils ne font pas partie de l'hôtel. Mais à en juger par le peu d'hôtels dans cette catégorie, la figure du voyageur de commerce relève du passé : les échanges numériques l'auront rendue obsolète. Quoiqu'il en soit, me voici confronté à des régions complètes où ne tiennent le couvert et le lit que des familles disposant de chambres rurales, d'auberges de charme et de maisons d'hôtes. Par exemple, lors de la troisième étape, mon point d'arrivée devrait être Maranchon dans la Province de Guadalajara. Pour l'atteindre j'ai compté 118 kilomètres. Cela sans connaître les dénivelés, ni le climat du jour (en ce moment, il pleut). Inutile de préciser, je ne peux pas ajouter vingt ou trente kilomètres pour rejoindre l'hôtel. Et pourtant, c'est bien ce que font les voyageurs: ils visitent (des sources sises près d'un lac si je comprends bien) puis roulent cette distance afin de se loger dans un établissement de qualité. J'agrandis la carte électronique. Je fouille. Rien à faire, pas de bourg, pas d'hôtel modeste, une ou deux étoiles, faisant bar et lit. Trois mouvements de populations successifs, à la charnière du siècle dernier et du notre, expliquent cette situation. D'abord, les jeunes ont migré vers les villes. Abandon des villages. Puis le travail a manqué. Sont demeurés les vieux et les retraités, tandis que les clients de passages, camionneurs ou voyageurs de commerce, se rabattaient sur les petites villes. Enfin, dernier mouvement, une offre réfléchie a été créée afin d'attirer les visiteurs lointains. Sur la foi de ces rentrées saisonnières, quelques habitants ont donc adapté leurs maisons à l'attente de ces argentés des capitales, proposant des séjours à thèmes. Non que j'y sois opposé, mais ces lieux étant tenus d'avoir du cachet, ils se dressent sur des promontoires, occupent des vieux moulins ou des châteaux, et entre les périodes d'affluence, on se retrouve seul dans des chambres fantomatiques sans une biscotte à se mettre sous la dent.

Stiegler

Afin de dénoncer le faux-progrès du capitalisme de prédation, Stiegler fait un usage politique des catégories aristotéliciennes de la causalité, distinguant entre causes efficientes et causes finales, les premières marquées d'un a-priori positif validant l'ensemble des procédés d'appropriation du réel, les secondes, porteuse de valeurs morales, exclues du débat voire niées, analysant ainsi les conséquences toxiques sur le corps et l'esprit de ce que Habermas, avant de croire à la possibilité d'un sauvetage de la conscience collective par l' "agir communicationnel" (à la fin du siècle dernier), résumait par ce titre: "La technique et la science comme idéologie". Face à cette stratégie de l'efficience, Stiegler en appelle alors à la réaffirmation de l'état de droit, faute de quoi le niveau général d'entropie dans la société augmentera jusqu'à l'éclatement de la guerre civile (qu'il envisage, si je comprends bien, sous la forme d'une révolte de la minorité éclairée contre les tenants de l'ingénierie sociale, point sur lequel je le trouve utopiste - si guerre civile il y a, ce sera entre les masses méthodiquement divisées par l'ingénierie en groupe aux visées pseudo-antagonistes).

mercredi 30 mai 2018

Chute


Il faut dire ce que l'on ne veut pas entendre : les conquêtes de l’esprit menées par l’Occident sur ses territoires maternels n’ont pas d’équivalent dans l'histoire. Nous sommes devenus l’homme. Au moment du contact (avec Dieu, aussitôt devenu faux-Dieu), il nous a été donné de lire en nous-mêmes. Alors a eu lieu la chute. La chute ne date pas de l’époque de la Genèse, mais d'avant-hier. Plutôt que de se suicider avec raison, comme ferait une secte de fous, nous avons cligné des yeux, nous avons reculé, nous sommes rentrés dans l’ombre. Très vite cette ombre est devenue insupportable. Alors nous l'avons retoquée et voici la civilisation des adjuvants, la civilisation de la remilitarisation des corps.

mardi 29 mai 2018

Llanura

Sur la place de la Cathédrale, à huit heures, prêt à prendre le départ de la marche, les candidats boivent du chocolat et partagent des churros. J'ai revêtu le maillot officiel orange, épinglé le dossard. Passe devant moi un gars petit à la chevelure rare. Une fois de dos, je vois que deux tresses pendent sur ses épaules. Arrive Menela, qui me le présente: Minguez, professeur de philosophie. Nous tendons la main, la marche est ouverte, deux cent personnes s'élancent en direction de la forteresse ancienne, piétinant une herbe lumineuse. Mon quotidien ne tenant plus compte de l'horaire légal (couché tard dans la nuit, je me réveille à l'heure du premier repas), je suis surpris de me trouver là, au milieu de ces marcheurs enthousiastes; je suis dépassé. Menela, le philosophe, mais aussi le couple observateur d'oiseaux rencontré la veille à Agrabuey, tous filent en tête de colonne laquelle s'étire maintenant de la falaise qui borde la ville (le "rompeolas", brise-vagues) aux champs de la Llanura. Je suis mal réveillé, incertain de l'endroit, du sens de cette marche. Je m'y suis inscrit précipitamment, la veille, pour revoir ces gens, revoir cette fille, faire des amis. Or, maintenant que j'y suis, je marche seul, en silence. Nous franchissons un pont médiéval jeté sur l'Aragon, gravissons une colline de blé, au loin apparaît un village suspendu. J'ai l'habitude de courir, pas de marcher, du moins pas à un rythme effréné comme font ces gens; je me tâte - oui, je participe à une marche, oui, nous sommes partis pour vingt kilomètres. Alors je remonte les groupes, aperçois Menela. Elle va à grands pas, si légère qu'elle semble voler. Je m'approche, reste derrière. Ainsi je n'ai pas à converser. La parole, dans une langue étrangère, dans ces conditions, où l'on parle avec toute la spontanéité requise pour ne rien dire, n'est pas aussi facile qu'on l'imagine. Et puis, je suis essoufflé. Plus tard, je chemine avec l'Administrateur, ce garçon au physique d'athlète (il est champion de curling), au caractère d'une rare gentillesse. A la fin, nous rejoignons les filles et le philosophe, mangeons du pain à l'ail et parlons de l'Ecole de Francfort. De retour au pied de la Cathédrale, nous voyons que nous avons bouclé les vingt kilomètres en trois heures trente. A Agrabuey, une paella géante est cuisinée dans l'ancienne école, j'apporte du vin, nous finissons par des fraises. Tout du long, j'aurai cherché à comprendre qui est cette Menela, sympathique, réservée, par moment absente, supposant ceci et cela, que son ami vient de la quitter, qu'elle est portée à la dépression, secrète ou seulement solitaire, les deux derniers cas étant des figures rares en Espagne, au moins en public. A l'heure du café, il est sept heures du soir, le week-end fini, j'apprends que je serai le bienvenu en soirée, le vendredi, jour où tous se retrouvent à la ville et sortent.

lundi 28 mai 2018

Tommy Robinson

Peuples d'Europe, niés, asservis, et pour les plus audacieux, futurs héros, tel hier Tommy Robinson, décapités. C'est à dire privé du droit à l'existence, d'abord symbolique (cessation de la parole) et - nous verrons ces prochains jours - effective, car si les autorités vont jusqu'à livrer l'Anglais, après l'avoir emballé, aux prisons islamisées du royaume où sévissent les va-nus-pieds, nul doute qu'il n'en meure. Le problème tenant ici en un mot: démocratie. Convaincu que ce concept a encore un sens, la majorité des individus se fait spontanément l'avocat du pouvoir totalitaire, minimisant ses actes anticonstitutionnels, dont la triste journée que nous venons de vivre donne deux exemples, la confiscation du vote populaire en Italie et l'arrestation d'un partisan du droit en Angleterre. Pour ce qui est de la Suisse, j'ai honte d'en être. Les exemples de déni des libertés se multiplient tant et si bien, que l'on se souhaite de relever d'un autre peuple. Mais mon propos est ailleurs; j'aimerais avancer une métaphore pour expliquer l'absence de réaction devant ces actes d'Etat qui bafouent l'héritage libéral. Lorsqu'un individu bien élevé et moral est confronté à une attaque, il la voit sans la voir. L'attaque identifiée, le temps ralentit, de sorte qu'il succombe à la violence avant d'avoir pu organisé une riposte. Situation connue des combattants professionnels, analogue pour ce qui est de nos peuples, aujourd'hui confrontés à l'extension d'un schéma totalitaire dont le projet est de prendre de vitesse toute les résistances. Et en effet, en analysant à l'aune de notre héritage cultivé (mais aussi déculturé) des décisions d'Etat telles que l'arrestation de Robinson ou le sabotage du gouvernement italien, nous ne trouvons pas la parade, nous soupesons, envisageons, cherchons la nuance... et poursuivons notre course décapités.