jeudi 10 mai 2018

Tarbes

A Tarbes, dans un supermarché en réfection. Les clients, innombrables, poussent leurs chariots à travers des coursives instables, poursuivant les produits qui charrient ici et là, à bord d'étagères sur routes le personnel chargé du réagencement. Les légumes sont sur le parking, les fromages au milieu des pantalons. Sortant du parking, la Dodge roule sur des bouteilles cassées.
-Etrange, juge Aplo.
-Tout est comme ça désormais - pénible.

mercredi 9 mai 2018

Balaruc

Le soir, nous atteignons l'hôtel des curistes, à Balaruc. Prévoyant de voyager seul, j'ai réservé une chambre simple. Je suggère un lit de camp. Le patron propose un lit plus grand mais unique. Puis il fait porter par son factotum qui vient de commencer le service du restaurant le nécessaire dans une chambre de réserve; celui-ci se présente à l'étage avec son nœud papillon, jette une matelas dans le vestibule, annonce qu'il apportera des serviettes. Nous sommes en soupente, dans une sorte de galetas. La nuit, je me réveille et hume l'air: sensation de dormir dans un garde-meuble de l'armée du salut.

Bac 3

A Genève, je vais au bureau et remue le stock. A force de persévérance, je trouve ma canne à pêche. Elle est derrière les cartons de robinets, de joints et de douchettes anales qui nous sont restés sur les bras suite à la faillite de la société de sanitaire. Son état vérifié, je la cache dans une anfractuosité du mur (c'est un modèle de prix), puis je déjeune avec Luv, en face de la gare, dans cette brasserie qui donne sur la scène de la drogue, la rue de la Servette et sa cour des miracles, heureux de voir que ma fille va bien, qu'elle travaille avec patience ses cours du collège, dans un monde bâti à sa mesure. Elle s'en va, Aplo me rejoint. Entre temps, il a vu son amie qui vit à Lausanne et lui a expliqué la situation. Nous roulons jusqu'à Carouge où je dois obtenir le duplicatum de la carte grise de ma Dacia récemment mise en vente. Avant d'emprunter l'autoroute, nous filons les yeux grands ouverts en direction de Saint-Julien à la recherche d'une boîte à lettres. La carte grise confiée aux bons soins de la poste, je tourne la voiture en direction du Bachet-de-Pesay, entrée de l'autoroute fermée. Je tourne le voiture. Nous voici enfin dans la bonne position. Alors le téléphone sonne. Mamère: "tu ne peux pas conduire dans ce état!" J'accélère. "Promets-moi, dès que tu auras passé la frontière, gare la voiture sur le côté et repose-toi!"
-Dès que j'aurai quitté la Suisse, ça ira mieux.
 

Bac 2

Au téléphone, Olofso s'écrie: "Tu ne peux pas faire ça! Et il faudrait je donne mon accord? Maintenant, juste maintenant? Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt?"
-... il vient de me montrer ses notes.
Elle raccroche. Et rappelle. Aplo répond, sort dans la rue, tourne en rond, écoute, hésite. Fin de la conversation. D'un pas lent, il vient vers moi:
-Bon, je viens!
J'appelle l'école. La professeur principale :
-Prenons rendez-vous, nous en discuterons.
-Madame, je pars dans cinq minutes.
-Vous... Comment ça? Et votre fils, qu'en dit-il? Est-ce qu'au moins il viendra au cours?
-Quand est-ce?
-La cloche ne va pas tarder à sonner.
-Je vous l'envoie. Il vous dira ce qu'il en pense.
Je raccroche. A Aplo:
-Tu montes voir ta professeur, tu lui expliques!
Pendant ce temps, je charge la voiture: tapis, livres, bière, tables de nuit et table d'écriture. Le portable sonne. Cette fois, c'est la directrice. Elle ne comprend pas. Et insiste: Aplo a un devoir de maths cette semaine, il lui reste toute la fin du programme à voir!
-Ecoutez, lui dis-je, il a fait 5 sur 20 à son examen de math, vous pensez vraiment qu'il va remonter sa note d'ici à vendredi?
Avantage, je paie cette école. Il y a deux ans, le directeur de l'école de secondaire de Jolimont de Fribourg, un Français, à pu, avec l'aide du préfet africain de ce canton, me faire arrêter à l'aéroport de Cointrin alors que je m'envolais pour Londres afin de me contraindre à payer une amende d'ordre pour avoir sorti Aplo de l'école pendant une demi-journée, mais là, nous sommes dans le privé, je suis client, avantage aux (faux) riches.



Bac

Après quoi je dis à Mamère ce que je pense de ces Suisses abrutis de civisme qui, non contents d'avoir dans les jambes des populations d'ectoplasmes débarqués des poubelles du tiers-monde, redoublent de zèle, font de la vie en société une science exacte et portent aux conseils de village des édiles qui les rançonnent pour lancer des projets somptuaires telles que ces étables de luxe pour vaches fribourgeoises qui déparent la campagne ou ces parkings de bitume lisse avec horodateurs qui écrasent dix prés, me couchant en colère, me réveillant en colère, avant de regagner l'arrière-boutique de Lausanne où, recevant Aplo quelques heures avant de prendre la route pour l'Espagne, celui-ci me présente des notes de bac blanc médiocres, ce qui m'amène à le placer devant un dilemme, continuer la préparation de l'épreuve ainsi, avec ses propres moyens, ou réunir dans l'heure ses cours dans une valise et monter en voiture afin que je lui explique à raison de sept heures quotidiennes, dix jours de suite, dans la maison d'Agrabuey, à mille kilomètres, comment faire pour étudier, mémoriser, organiser et présenter valablement la matière de son examen.

mardi 8 mai 2018

Etouffer 2

A peine installé dans la ferme, Mamère demande de l'aider. Nous chargeons la Toyota, nous roulons jusqu'à la déchetterie. Nous roulons pare-chocs contre pare-chocs, à travers ce village de paysans désormais encombrés de hangars Aldi, Lidl, Denner, Migros, Bricochose et Choseauto. Commentaire de Mamère:
-C'est la plus mauvaise heure.
Celle où les hommes et les femmes du village finissent le travail et montent en voiture pour se répandre à cinquante mètres, en même temps, tous, dans les centrales d'achat, ce qui leur permet de constater que "c'est le plus mauvaise heure". Du moins pour ceux qui ne privilégient pas d'abord le passage en déchetterie, celui-ci étant le complément logique de l'achat de choses emballées, fragiles, inutiles, encombrantes et usées, que l'on jette. Ici et là, je vous prie, dans des conteneurs, des seaux, des bennes, des tonneaux dûment étiquetés par des fonctionnaires orange qui une baguette à la main, la gueule avinée, dirigent en chefs d'orchestres cette symphonie du déchet. Mais tout cela est si sympathique! Les villageois se saluent, fiers de montrer qu'ils jettent par civisme et connaissent leur affaire:
-L'huile ménagère, dans le bleu Roger?
-Merci Jean.
Et comme nous sommes venus, nous repartons, dans le petit embouteillage-minute qui égaye à heure fixe, quatre fois par jour, la vie quotidienne de ce village autrefois sensé.

Etouffer

Des papiers, encore des papiers, des papiers factures, des papiers-versements, des lettres-contestation et des réponses-types, ce régime affreux qui étouffe comme étouffait dans le film Brasil sous une tornade de papier ce pauvre piéton qui se hâtait vers son travail. Ayant fini le mien, traiter ces et classer ce papier, je monte en train pour rejoindre la Glâne. Or, à peine assis dans le wagon, j'ai dans le dos une Arabe qui dialogue en arabe dans son téléphone portable, que je prie de se taire, qui se tait pour faire entendre aussitôt, à deux sièges du mien, une Brésilienne qui dialogue en brésilien dans son téléphone, et dans ces conditions, celles du charabia universel qui bloque toute velléité de pensée ou de lecture, nous traversons le Lavaux, Puidoux-Chexbres et Palézieux. Peu après, au milieu d'un champ, la valise ouverte, je me change, c'est à dire que je quitte mes jeans pour enfiler une paire de Bermudes et c'est ainsi que Mamère, descendue me prendre en voiture me découvre, en slips, sur le bord de la route.

lundi 7 mai 2018

Swiss

Léger retard de l'avion en raison de la grève des aiguilleurs du ciel marseillais; ces luttes anachroniques, relevant du sport, ne finiront-elles donc jamais d'emmerder le reste de l''Europe? Pendant le survol de Lyon, le pilote suisse-allemand est fier d'annoncer qu'il a pu accélérer et rattraper le retard. A bord, j'achète une cartouche de cigarettes pour les employés et comme l'hôtesse me demande si je prends les "miles", je lui suggère de les inscrire sur la carte de Monfrère qui, installé à l'autre bout de l'appareil, voyage en première. A Cointrin, c'est Monpère et sa femme qui nous accueillent et nous ramènent à Lausanne à bord de la Mercedes des années 1980 qu'il viennent de rapporter de Budapest(si je comprends bien, ils font le voyage une semaine sur deux). Conversation de toujours: les dernières éclairages historiques autour de la personnalité d'Hitler dont Monpère a pris connaissance par ses lectures de la semaine et me voici à nouveau dans l'arrière-boutique, ravi d'entendre chanter les oiseaux dans la nuit précoce.

Dimanche

Avant midi à la bière, le corps couvert de bleus, la mâchoire douloureuse, dans La Cala qu'éclaire ce dimanche un superbe soleil tandis que défilent sur l'avenue de la Méditerranée, portée par des hommes à chapeaux de feutre plat, une vierge sur son char. Après quoi, je me hâte de rentrer à l'appartement pour remettre en liquide les loyers des prochains mois au père de la propriétaire, lequel occupé à peindre une clôture en bord de mer à complètement oublié notre rendez-vous. Je retrouve Monfrère sur la terrasse et comme s'ajoutent à la vierge le jour des mères, que les restaurants qui cuisent la paella sont de ce fait tous réservés, nous commandons chez Paco un poulet et ses piments, celui-ci s'inquiétant de savoir si j'écris toujours (moi, dit-il, je continue d'apprendre la guitare au milieu de mes poulets).

dimanche 6 mai 2018

Cigarette

A l'arrêt du bus, cette femme qui jette sa cigarette au sol lorsque le chauffeur lance le moteur, puis constatant qu'il n'est pas prêt de partir, la ramasse et la fume.

Car jacking

Après trois jours de combat, derniers entraînements sur l'aire de stationnement de la Foire de Malaga où nous garons huit voitures, les uns attaquant les autres à coups de poings puis à l'arme blanche et au pistolet. Positions répétées: quand je vais à ma voiture, quand j'ouvre la portière et, plus difficile, lorsque les mains sur le volant, alors que la voiture roule, le passager me glisse un couteau sous la gorge. Entre euphorie et épuisement, nous encaissons les coups en riant, aussi contents qu'une bande d'enfants.

Plastique humaine

Menu du jour avec les instructeurs et d'autres combattants dans un quartier proche de la Foire de Malaga aux maisons basses brûlées de soleil. A la table voisine, une famille d'ouvriers avec oncles, grands-parent et deux adolescents dont une fille au physique exceptionnel que je suis seul, assis dans l'angle, à voir et que je regarde à n'en plus pouvoir pendant le repas, non tellement pour sa sensualité (elle doit aller sur ses quatorze ans) que pour sa plasticité qui, chose rare, est parfaite, aussi bien dans les rapports que pour la finesse du cou, du nez, du menton. De plus, le caractère physique incarne l'Andalouse idéale: cheveux de jais, front altier, de grands yeux aux cils arqués, un port droit et fier qui ne plie pas. "Retourne-toi", dis-je à Monfrère. Ce qu'il fait sans trouver à cette image la fascination que j'y trouve. Le repas se poursuit, entre deux bouchées, je ne cesse d'admirer. Elle, jamais ne pose le regard sur notre tablée, d'où cette question: nous a-t-elle seulement vus? Plus étrange, alors que la famille entière, façon espagnole, parle, rit, s'exclame, elle ne prononce pas un mot. Nous buvons le café avec Izraeli quand elle sort derrière son père. La salle de restaurant étant construite en surplomb du trottoir, j'ai alors une vue plongeante sur la gamine, qui s'éloignant tient la main droite sur son entrefesse la paume vers l'extérieur.

Bus

Entraînement antiterroriste à la centrale des transports publics de Malaga. Au signal, les combattants répartis en deux groupes entrent chacun en courant par une des portes opposées du bus, se croisent, se battent et ressortent. Après cet échauffement par les coups, nous montons tous à bord, le chauffeur démarre et roule. Un des vingt combattants, armé d'un couteau, attaque un passager. Les autres donnent l'alerte, défendent, désarment et abattent le terroriste - ils sautent à terre. Ainsi toute la matinée, contre des preneurs d'otages armés de pistolets ou de fusils, solitaires ou en groupe.