lundi 31 décembre 2018

Heureuse métaphore

D'un clandestin français de l'internet, cette métaphore : "Il ne faut pas sous estimer la situation actuelle. A force de remonter la rivière, le peuple finira bien par trouver la source. Il verra d’abord la cascade qui mène à la source, qui se situe en haut de la falaise, et construira une échelle pour y parvenir."

De l'an

Ce jour de l'an, ciel tendu et grand soleil sur Agrabuey. Les enfants prennent le bus pour aller fêter à Huesca, ville modeste et provinciale derrière le col de Monrepos. J'ai retenu un hôtel, ils y dormiront. Cette excitation que j'imagine, je la connaissais bien: avoir devant soi la nuit et la ville. En route, chiens de chasseurs qui rabattent le gibier et pasteur appuyé sur sa canne devant le troupeau. De notre côté, nous avons marché le long de la rivière et nous irons chez le paysan croquer les douze grains de raisin sur les coups de minuit. "Si je suis encore debout", ai-je précisé. Aussi remarqué la fébrilité qui saisit les touristes ayant loué dans la station basse et qui faute de neige tournent en rond et consomment. Plaisir de vivre en retrait, au calme, de demeurer assis, de boire à petites gorgées, de dormir longtemps.

dimanche 30 décembre 2018

Saut

L'imagination peut produire des effets inédits. Elle n'intéresse personne. Ou, à partir du présent, produire des extensions. Qui seront retenues si le pouvoir y trouve son avantage. C'est dire que la nature ne fait pas de saut.

samedi 29 décembre 2018

Marché porteur

Pourquoi tant de gens, chaque jour, s'occupent de mourir violemment? Pour vérifier qu'ils sont vivants.

vendredi 28 décembre 2018

Assurance

Toutes sortes de choses se promenaient au sol, mais je n'avais aucune crainte parce que je connaissais chaque spécimen par son nom.

jeudi 27 décembre 2018

Zarathoustra

Nietzsche avait ce problème. Son monde était possible et peut-être réalisable. Mais il n'était pas compossible. Il ne pouvait rencontrer celui des autres individus projetant leur psychologie sur la matière vivante et morte, sans que ceux-là, sous l'effet de la peur, n'imposent un plus petit dénominateur commun et ne détruisent le monde de Nietzsche. Ainsi l'a-t-il expliqué dans Zarathoustra. Ainsi l'expliqueront à jamais les manoeuvres humains que visite le don de clairvoyance.

Au-delà

Lorsqu'on se place devant une vitrine, on pense à la transparence, cette qualité du matériau. Certains pensent séparation. Or, l'important c'est ce que produisent, pour le plus grand profit des êtres et objets posés au-delà du verre, cette transparence et cette séparation conjuguées.

Idée

L'amour est une affaire privée. Jésus a donc eu une idée géniale. A moins que d'autres l'aient eue pour lui.

Entreprise France

Que sanctionne la direction d'une entreprise? Sans jeux de mots: les comportements contreproductifs. Dans l'entreprise France, mesurer la dureté de la sanction judiciaire telle que réclamée par le politique permet de mesurer le danger que la direction d'Etat croit encourir face aux menées individuelles. Un assassin arabe tue sur le marché de Noël de Strasbourg. Arrêté vingt-sept fois, il avait été relâché. Abattu, ses parents s'expriment dans les médias - le père porte la barbe des intégristes. Libre de rentrer chez lui (en France, je veux dire). Semaine suivante, manifestation de rue des Gilets jaunes. Deux contestataires usent de projectiles contre les forces de l'ordre. L'un jette des boulons, l'autre des billes. Condamné l'un et l'autre à un an de prison ferme. Conclusion, la justice comme les terroristes sont des alliés de la direction.

mercredi 26 décembre 2018

Progrès

La nouvelle formule de l'âge de l'assistance, proférée par une personne inconnue: "vous vous en sortez très bien (ici, votre prénom)".

Solutions

Obsédés par la conservation, les conseils donnaient pour sûre une chambre de béton souterraine, mais les faibles moyens dont disposaient les Gonzalesz les mirent en quête de solutions plus modestes (www.servivalkit_us.com). Harelson McVoy, au cours d'un entretien en ligne (0,02 ct/US/min) leur recommanda la construction d'un congélateur anti-thermo-résistant autonome. Cent dix litres de volumes, verrouillage électrique, télécommande, activation de piège, un meuble de haute-technologie ménagère. Ils y remisèrent les rations hebdomadaires. Les réserves à moyenne échéance. Les rations longue durée. Les vêtements double-tissage, potentiellement menacés des parasites. Et les outils. Sujets à la corrosion, à l'inondation, au feu, à l'explosion nucléaire. Les armes. Alors, il fallut faire des choix. Ce qui ne trouvait pas place, ils le jetèrent. Remplacèrent le moins urgent (-) par le plus urgent (+) ; le durable par les secours; les piles par les seringues atropine. Et se trouvèrent enfin, six mois plus tard, au milieu de leur maison forestière, avec leur congélateur qui disposait du nécessaire en cas de catastrophe avec une catastrophe qui tardait alors qu'il fallait manger.

mardi 25 décembre 2018

Fête

- Je vais vous demander de fermer les yeux et de garder le silence jusqu'à ce que le démocratie soit rétablie en Europe. Cela ne prendra que quelques minutes.

Conseil

Ecriture; un seul conseil, précieux: moins d'adjectifs.

lundi 24 décembre 2018

Futurologie

Des Arabes dans l'espace? Des comédiens de films de science-fiction français.

SD

Socialisme, paravent des dictatures.

Révision

2007, Catherine Safonoff avec qui je correspondais alors jour après jour par lettre postée, m'écrivait: « quand tu seras fatigué, tu feras de grandes choses. » Mon sentiment aujourd'hui avec la venue de la fatigue est que je ne ferais rien de plus, et peut-être plus rien, sinon me demander comment finir. Avec, sans ou contre la société.

Clandestins

Histoires clandestines des familles. Peu éventées, bientôt enfouies. Ou alors à titre posthume, par voie de testament, à travers une autobiographie, parfois un lynchage. Car la famille, ce n'est jamais l'autre. Ce que l'on sait n'a d'égal que ce que les familiers savent. A ce jeu, tout le monde est perdant. Sous son aspect de groupe biologique doublé d'une d'institution symbolique, les familles, nécessairement clandestines, sont donc un facteur de stabilité sociale. Ou étaient.

Jurer

En terrasse, devant la plage, début décembre, nous dînions avec un couple d'amis et leurs deux enfants, huit et dix ans. Lui est au Ministère, elle travaille dans une banque. Réagissant à un propos, je m'exclame. "Joder!". Ce qui veut dire en plus vulgaire, mais aussi courant: "nom de dieu!" Regard inquiet et de biais du grand à son père. Belle rigueur de l'éducation que de tenir les jeunes à distance du juron. Pour moi, j'ai repris Aplo et Luv jusqu'à leur huit, peut-être dix ans. Puis je me suis remis à jurer comme j'ai toujours fait, abondamment.

Veste

Quand ils retourneront leur veste, il sera trop tard, elle n'aura plus qu'un côté.

Liberté

Pour atteindre à la liberté, il faut commencer par lever les obstacles qui empêchent de se rejoindre soi-même. Par chance, j'ai évité les deux principaux, l'école public et le travail salarié.

Noël

Seul ce soir et ces jours. Les enfants et Gala arrivent jeudi à Barcelone, je roulerai sept cent kilomètres. A peine sorti. Me faisant discret. Aucune envie de croiser, de parler, de féliciter ni de raconter. Au point qu'hier, comme je marchais le long de l'eau, il me vient l'idée de prolonger jusqu'à l'ermitage du Saint-Graal. Je vais un bâton à la main, des chiens gardent la ferme. Devant le pont, je renonce à prendre le sentier, je continue par la route (pas envie d'abois). Mais alors j'entend des rires. Des silhouettes au fond de la vallée. J'ai rebroussé chemin. Plus tard, je ressors. C'est presque nuit. L'heure d'aller couper un sapin. La hache norvégienne et les gants de garagiste dans un sac, je monte par l'église, rejoins le sentier du Nueno. Surgit Manal. Pendant toute la discussion, il tient une pierre à la hauteur de ma tête. Comme moi, il appelle le gouvernement de France, "les monarchistes". Après s'être souhaité un bon Noël, il lance:
-La prochaine fois, il faut qu'on parle de politique planétaire.
Dix minutes plus tard, j'ai mon arbre. Moyen (l'an dernier il mesurait trois mètres), touffu et bien galbé. J'emballe les cadeaux en musique. Ouvre mes bières. Et me couche. Ne dors pas. Me relève. Toutes sortes de livres dans la chambre, Simenon, Montaigne, Polanyi, Calaferte, mais l'impression ne me quitte pas; elle suggère, "attend l'année prochaine! ne fais plus rien! c'est assez pour 2018!". Conseil, long feu. Sur la table, devant la cheminée, je travaille aux albums de photos. Six heures d'affilée, je coupe et colle des clichés pris sur les dernières vingt années. Olofso, Aplo. Luv. Gala. Au squat, dans le Gers, les Landes, au Mexique, à la mer, à la montagne, à la plage, et les enfants de la taille de ma main grandissent au fil des pages...

Conscience-machine

Que la conscience soit, comme le postulent les philosophes théorisant dans le giron du posthumanisme, une fonction émergente de la matière, je veux bien et l'admets d'autant plus volontiers qu'il s'agit souvent dans le camp anglo-saxon de battre en brèche les idéologues créationnistes. Le problème survient lorsque ces mêmes philosophes infèrent de ce postulat la future calculabilité de cette conscience qui devient dès lors une fonction supplémentaire de la machine. Imputation contradictoire d'ailleurs, puisque d'un côté ces philosophes misent sur la singularité (la machine, ou l'hybride homme-machine, acquiert des qualités qui dépassent le jeu des causes), de l'autre côté ils prétendent faire émerger la conscience en tant que qualité qui dépasse la compréhension d'une démarche volontaire et scientifiquement ordonnée.

Bague

Bague de couleur à 1,50 Euros chez le Chinois.
-C'est de l'or? Demande le gitan.
-Non.
-Alors c'est quoi?
-Une bague de couleur.

samedi 22 décembre 2018

Soleil

Au jardin le torse nu, mis à bronzer, près de Noël, et cela à mil mètres.

vendredi 21 décembre 2018

Mesure

Pour conserver foi dans nos démocraties, il faut être croyant, ou naïf. Talents qui se conjuguent.

jeudi 20 décembre 2018

Vertu

Impressionné par cette maxime de Spinoza chaque fois que je me la dis: "Le bonheur n'est pas la récompense de la vertu, c'est la vertu."

Avocats

Il y a dix jours à La Cala del Moral, j'achète de nuit, à un marchand à la sauvette posté devant le supermarché dix-sept avocats. A l'aide d'une balance à main, il les pèse. Comme lui, je lis 2,450 kg.
-Là, ça fait exactement deux kilos! Deux euros!
Voyant la pièce, il me remercie, ce n'est pas assez, il me sert la main.
-Mettez-les au chaud sur le frigidaire et attendez cinq jours.
Le lendemain, je le croise dans la rue, il accompagne son fils à l'école, et baisse les yeux.

Fuite

Gala, de Suisse, me dit, et pour que je comprenne bien crie: "tu as fui!"

Spectacle 2

L'élite se déchire et avec conviction, mais que le public sorte des rangs et prétende accéder à la scène aussitôt elle se réconcilie.

Vision d'un latin

Note du Journal de Miguel Torga, datée du 29 septembre 1950, il est à Lausanne:
"Ces gens finalement, ne doivent pas être heureux. En y regardent de près et avec attention, on observe une sorte d'amertume pétrifiée sur chaque regard. La mécanique sociale fonctionne parfaitement, comme un chronomètre. Reste à savoir si, dans chaque pièce du mécanisme il n'y a pas une nostalgie anarchique et cachée, un cri de révolte étouffé.
Peut-être est-ce une impression personnelle. Mais il viendra un jour, je crois, où sera nécessaire une psychanalyse collective de ce peuple, une radiographie en série de toutes ces vies. Libéré de son geste mécanique et conventionnel, le coucou aura enfin la possibilité de se défouler. De raconter comment, pendant si longtemps, il apus supporter la solitude, au fon du boîtier de l'horloge…"

Six

Ainsi vont les choses, j'ai écrit six livres depuis l'année passée, deux essais, un roman, deux récits, et un… comment le qualifier : en corrections ces jours, Paléodémassificateur est hors catégorie. Ceci pour dire, que dire par écrit ne permet pas, faute d'être publié, d'être lu, ce qui pourrait, quoique j'ai toujours jugé que l'acte d'écrire relevait de la foi, raboter les énergies primitives qui prédestinent à l'art, ici celui de faire des textes, et font de la vie de l'écrivain une vie d'écrivain.

Lui

Caractère entre tous inquiétant en cette époque de confusion des idées, il avait son opinion.

Rêve X

Nombre d'interrogations autour du rêve. Sujet aux occurrence nocturnes les plus étranges, peu enclin cependant à en tirer d'hâtives interprétations, je me suis contenté pendant des années de recevoir, si possible d'enregistrer, puis de transcrire. Or, se multiplient les étrangetés qui m'obligent à faire retour à ce que Jung croyait pourvoir établir sur la transitivité des rêves obsessionnels entre individus généalogiquement liés. Ainsi ma fille Luv, auprès de qui jamais je ne me suis ouvert des mes rêves récurrents, me confie le mois dernier se trouver plus d'une fois par semaine à bord d'une voiture lancée à grande vitesse dont elle ne peut actionner le frein. Il se trouve que si le rêve de l'avion qui tombe, fait pendant plus de trente ans, a cessé de me visiter depuis l'an dernier, celui de la voiture demeure fréquent, et avec les mêmes détails    

Agrabuey

Jours de grand calme. Dans le pré au-dessus de la rivière, les vaches. Elles agitent leurs cloches derrière les arbres, les corps sont invisibles. Un bruit métallique dans l'escalier qui conduit à l'église. Je sors. Juan afile sa hache. Plus tard, j'entends débiter le bois. Vers la fontaine, un chantier. Le maire et son ouvrier bâtissent une salle de bains dans les étages d'une maison étroite. Je me couche tard, je me lève tard. Hormsi Juan et sa femme, nul ne passe dans la rue - si, les livreurs qui apportent les cadeaux de Noël commandés sur internet, en tout dix paquets et sept fournisseurs, Madrid, Saragosse, Paris, Pékin, Houston. Et puis mercredi c'est jour d'épicerie. Le camion déboule sur la place, ouvre ses éventaires, les femmes prennent le tour. Alisse va la première, elle a nonante-trois ans. Vers midi, j'achète une seiche géante et un choux fleur au bourgeonnement géométrique, quasi-fractal (même goût que le brocolo). Pendant la cuisine, verre de rouge du Somontano. Le soir, séance de suspensions. J'accroche à la poutre, je chronomètre quatre cent tractions. Enfin, visionnement de deux matchs de MMA (dont l'extraordinaire Gustafsson) et travaux en ligne pour gérer, du fond de mon trou, les réseaux d'affiches.

Bâton

Le bâton, premier outil, éloigne l'homme de la nature; mais qui eut pensé que l'outil internet séparerait les hommes les uns des autres, plus que cela, couperait l'homme de lui-même?

mercredi 19 décembre 2018

Rêve

Ami intime des Frank, Anna m'a remis des cahiers inédits de son journal. Le metteur en scène montre en public le drame de la famille avant l'arrestation, je joue le rôle du confident extérieur. La pièce, sommes-nous convenu, doit servir à sauver les Frank. Soudain, on braque une arme sur moi, on tire, la balle se loge dans le front, je suis mort. Le rideau tombe. Lorsque je me relève, le metteur en scène m'explique: "désolé, j'ai changé d'avis; je suis passé dans l'autre camp, il n'y a aucune raison de sauver ces juifs". Eberlué, je traîne un peu en coulisse. Aucun des membres de la troupe. Au lieu de quoi il y a des pupitres et des élèves penchés sur leur copie - j'en suis. Le metteur en scène maintenant joue le rôle du maître. Il distribue une brochure plastifiée de six pages. Et déclare l'examen ouvert. Ma voisine, belle femme, demande mon aide. Les écritures portés sur la brochure sont illisibles, la consigne introuvable, quant aux lignes, elles flottent.
"Donnez! En s'entraidant, on doit pouvoir comprendre!"
Je me creuse la cervelle, je feuillette. Troisième page, je m'écrie:
-Crusty!
Le femme, interdite.
-Là, voyez, c'est un crusty! Une sorte de sandwich américain! Donc ce que nous avons là, c'est un menu!
Aussitôt ma voisine fond en pleurs, elle porte les mains à son visage, se lève, fuit.
-Que fait-elle? Gronde le metteur en scène et maître, c'est un examen, on ne part pas!
Et moi:
-Mais enfin, tu 'aides jamais personne toi?

France

De Gaulle était le dernier homme politique au sens où l'on peu avec ce titre gouverner pour la France et non pour soi; Mitterand, le dernier homme politique au sens où l'on peut gouverner pour soi et non pour la France - ensuite, ce ne sont plus que demi-experts, cadres supérieures et graines de parti.

dimanche 16 décembre 2018

Spectacle

Qu'est-ce qu'un spectacle? Ce qui a lieu lorsque toutes les décisions relèvent de la donnée d'ordre.

Route

Longue route. Mil deux centre kilomètres entre hier et aujourd'hui. Ce même sentiment toujours: ce que je fais? Que fais-je? Je conduis. Fondement de la peur. A cent trente, cent-cinquante. Alors je freine. Et accélère. M'inquiète de cet appareillage avec la machine. Je baisse la vitre pour me souvenir: je suis vivant. Au milieu du désert. Jaén, ses oliveraies. Le Nord de Grenade, la sierra de Guadix, les moulins de la Manche. Tolède, le périphérique serré de Madrid-M50, puis les terres rouges, apaches, gitanes, troglodytes de Medinaceli et Santa-Maria la Huerta près de Soria. Me penchant au-dessus des pont j'aperçois les chemins, les rivières, les hameaux tassés, oublieux courus à vélo en mai. Puis le col Monrépos, en Aragon, passé seul, en pole position, à quinze heures, tout le monde mange. Et de loin, je vois, je devine, j'atteins sous la grêle, ma maison, Agrabuey.

Lune

Seul à dîner en soirée dans la salle de restaurant de l'hôtel Tryp de Guadalajara. Le maître d'hôtel verse du vin, encore du vin. 
-Ne vous inquiétez pas, il n'y a qu'un verre avec le menu, mais moi, ce que j'en pense…
-Impensable chez nous, je veux dire en Suisse...
-Vous êtes Suisse? Le pays riche! Combien d'Espagnols sont allés en Suisse!
-Beaucoup de Galiciens.
-Les Galiciens, c'est bien connu! Il y en partout! Même sur la lune!

Adolescence

Enfin à l'âge où je vais faire ma chambre d'adolescent; pour mon grand bonheur, certaines passions retardées sont toujours vives - les mains suffisent. Quand mes enfants quitteront le domicile, je vais illustrer une pièce. Cette pièce sera dédiée à la mémoire travailleuse. Elle fonctionnera comme une extension de la personnalité, pièce que je dénomme adolescente car elle permet à celui qui l'occupe de visualiser ses choix, ou jalons ou obsessions, après accrochage contre les parois de la chambre (une pièce devient chambre après soin). Ces accrochés sont autant de rappels, de volontés, de prétentions que l'on a tout loisir de raisonner sous forme de catégories. Donc je suspendrai, organiserai, accrocherai, dans le désordre, à force de clous, sur les verticales, afin que survienne dans le cours de la contemplation un ordre, mes livres, mes haches, mon matériel de vélo, mes tableaux religieux, ma collection de cailloux, mes vingt-trois Casio, mes cordes à sauter, mes skateboards, trois encyclopédies, une pile de carnets vierges.  

samedi 15 décembre 2018

Télévision 3


Dire de ce qui est petit, « c’est grand ». Dire de ce qui est lourd, « c’est léger ». Et montrer le petit, le lourd afin que personne ne doute du pouvoir de l’image.

Henri Chinaski


Après deux litres de vin, comment faisait Charles Bukowski pour se relire ?

Télévision 2


Prouesse de ce médium entre tous génial : montrer en continu une réalité qui n’existe pas.

jeudi 13 décembre 2018

Garde


L’organisme dont nous avions la garde avait été saisi dans un quartier secondaire au début du couvre-feu. La police du périmètre avait rempli la fiche sans aucun soin de sorte que ma femme et moi, seuls vigiles affectés pour la surveillance de nuit, nous préparâmes à faire face à toutes les éventualités.

Patates


L’habileté à conduit les marchands de patates à créer des variétés spéciales. Nous avons ainsi des pommes de terre « à frire », des pommes de terre « vapeur », des pommes de terre « spéciales mets au fromage » ou encore des pommes de terre « à gratin ». Et depuis peu une nouvelle variété, des pommes de terre « tous usages ».

Chat


Mon marchand de dentifrice, de shampoing, de savon et de parfum a un chat. Il est noir. Il a les yeux jaunes comme souvent les chats noirs. J’ai pour lui une grande sympathie car il ne sort pas du laboratoire. C’est un animal véritable, biologique. Produit par deux chats. Entouré de chiens miniatures, drogués, aboyeurs, fous et coiffés que leurs propriétaires manipulent, cajolent, exhibent persuadés d’avoir entre les mains des homuncules, ce chat véritable se réfugie sous le triangle publicitaire de son maître savonnier et, royal, assiste au cirque.    

Mobile


Un ami de Mamère, voyageur contraint, aux ordres d’une entreprise qui le balade à travers le monde.

-Il fait quoi ?

-Des magasins Ikea.

Spéculation


A six générations, la seule spéculation sûre porte sur la fin du pétrole. Aujourd’hui comme autrefois se créent sur de simples calculs les dynasties. Condition : avoir les reins assez solides pour financer l’attente.

lundi 10 décembre 2018

Actes d’antimondialisation 2


Plusieurs années, j’ai cherché à comprendre quels intérêts servait l’importation massive dans nos sociétés d’énergumènes du tiers-monde marqués au sceau de la religiosité, arriérés et aculturés (ne possédant aucune culture, ni la leur ni la nôtre). Les données du problème apparaissaient contradictoires et irréconciliables. Détruire la démocratie, certes. User de l’islam comme outil indirect d’oppression, soit. Augmenter le nombre de fonctionnaires à proportion du nombre d’énergumènes assistés afin de renforcer l’Etat, bien. Mais en fin de compte, je ne voyais là – pour le pouvoir – que des calculs à court terme, et le pouvoir, c’est bien connu, n’a qu’une visée : la pérennité. A Florence, j’ai observé l’une de ces compagnies de la nouvelle économie qui fleurissent dans nos villes. En l’occurrence, un système de livraison de repas à domicile, à vélo, postes occupés par des immigrés loqueteux qui dorment dans la rue et survivent grâce à l’aide sociale (on ferait les mêmes observations en se penchant sur ces entreprises commerciales entre toutes néfastes que son Uber, Airbnb ou Glovo). Car il suffit pour se figurer pleinement l’usage des énergumènes dans notre système postlibéral d’abandonner toute référence politique. Nous ne vivons pas dans des sociétés qui organisent entre les citoyens des rapports politiques, nous vivons dans une entreprise fonctionnant à l’échelle mondiale qui organise entre ses employés un système de redistribution de l’argent du bas vers le haut.

Assadissa


La télécommande à la main, j’égrène les chaînes que propose le téléviseur. Nouvelles en continu, football, culture du raisin, série colombienne, jeu avec paillettes côté espagnol ; atterrissage du robot de recherche sur la face froide la lune, dessin animé synthétique, télé-réalité sur les camions de l’outback australien côté américain ; et une dernière chaîne, musulmane, Assadissa. L’exercice du jour, apprendre à s’agenouiller. En habit blanc, coiffé d’une calotte, à demi-barbu, un savant décompose le mouvement. Debout, plié, les genoux à terre. Il recommence. Puis, afin de faciliter la compréhension, l’écran est divisé en trois. Debout, en haut à gauche ; plié en bas à gauche et, le plus important, la position finale, en demi-écran : agenouillé.

Pourboire


Luis surveillait les fins de repas. Au retour des employés, il se saisissait de la monnaie de l’addition puis glissait le pourboire dans la tirelire commune. Auparavant, il le comptait. Dans ces moments, le plongeur observait le patron. L’expression de son visage était fonction de l’importance du pourboire. Deux, pas de commentaires, visage impassible. Moins de deux, rictus. Au-dessous de 1,50, le patron faisait venir le personnel en cuisine :

-Je vous écoute, que s’est-il passé ?

Actes d’antimondialisation


Rôle primordial des casseurs dans le dispositif de contestation. Le pouvoir déploie sa rhétorique pour distinguer entre justes revendications et casse gratuite. La pénalisation de cette dernière montre en réalité que seul importe l’outil de production de l’argent - c’est lui qui permet la ponction.

Grand soleil


Brumes sur les collines rouges que la chaleur disperse en matinée. Je vais sur mon toit, avec les perroquets. Dernier chapitre du livre commencé il y a dix jours, Paléodémassificateur. Sur la Plaza Mayor les terrasses sont pleines, les villageois parlent et chantent, les téléviseurs sont allumés, les gosses tapent dans le ballon. Nous descendons les vélos par l’ascenseur, roulons quinze kilomètres sur la plage. Dans les tunnels creusés à travers la falaise (l’ancienne voie ferroviaire de la cimenterie), il faut enlever les lunettes. Des chauve-souris s’affolent contre le roc bosselé. Les parents hissent les enfants. Près des Chiringuitos, sur le sable, à bord de barques de métal, le bois d’olivier se consume, les cuisiniers grillent sardines et poulpes. A 17 heures, nous atteignons Benagalbón, garons les vélos sous le Deo (pour « doigt », en espagnol « dedo », ici prononcé à l’Andalouse). La paellera est vide, les familles finissent de manger. Le garçon nous désigne une table au soleil. Il étend une nappe de papier, nous vante ses fritures de poisson, apporte de la bière et des olives.

samedi 8 décembre 2018

Tête

-Et la tête, j'en fais quoi?
-Tu la mets sur les épaules.

lundi 3 décembre 2018

Connaissances de l'IA.

Des cheveux côte à côte, ce qui ne fait pas une chevelure.

dimanche 2 décembre 2018

Chants

Hier, je courais. Course excellente. Rythme cardiaque impeccable. Une première depuis trente ans. Et tout le long de la plage, sur le quai, la population chantait. Un spectacle heureux et réjouissant. Je courais le sourire aux lèvres. D'abord ces enfants pour qui le restaurateur avait dressé une longue, une belle table. Ils célébraient l'anniversaire d'une fille de trois ans en tutu rose. Puis des familles en cercle autour d'un guitariste, donnant de la voix et du rire, et des castagnettes. Plus loin, des fiancés que les témoins chantent. Et le long de la promenade, un cortège d'anciens le torse bombé qui reprend en chœur, à tue-tête, sur un rythme produit au moyen d'un manche à balai enfoncé dans une poubelle de peau, les couplets du maître chanteur.

El Palo

Dans le quartier populaire El Palo, le magasin d'appareils électroniques Ventura electricidad fait distribuer dans les boîtes au lettres son dépliant publicitaire de Noël. En page de garde figure un billet de la loterie national, le no 66785, participant au grand tirage de Noël, "jusqu'à 50 millions en cagnotte". Avec ce message: "si nous gagnons, tous les achats fait entre le 15 novembre et le 24 décembre vous seront remboursés!".

Animalier

Fauves hostiles, dans un environnement sauvage, portant clochette au cou.

jeudi 29 novembre 2018

Anniversaire

Soleil radieux pour le jour de mon anniversaire. Commencé à cette occasion un nouveau livre. J’écris sur le toit, parmi les perroquets. Rédigé au fil de la plume, le texte est bavard : point d’accroche, un village de montagne dans un trou, une fabrique d’eaux minérales. Et un visiteur trouvé ventre contre terre au milieu d’un aplat de carottes. Je m’amuse. Ensuite, vélo sur la plage, pendant les heures calmes, celles dont profitent les pêcheurs. Sur la plateforme qui ferme la digue, il y en a deux aujourd’hui, équipés avec pulls, glacières, chaises longues, radios en sourdine et les femmes qui bronzent derrière le rocher, à qui ils racontent, après chaque lancer (pas remarqué de prises) leurs tentatives. De mon côté, programme habituel, pompes, squats, sauts de grenouille, planche et shadow. Bonne nouvelle, nous n’irons pas au restaurant ce soir ; je redoutais la corvée : prendre le taxi pour déguster une cuisine dont nous ne savons pas même si elle sera de luxe. Ajoutons que je suis difficile, j’ai peu de goût pour ces échantillons de plat que l’on nomme « nouvelle cuisine » et sorti de cette option spectaculaire les Andalous ne savent que le commun, fritures et soupes grasses. Aussi avons-nous fait des achats. Guacamole de la région (mélangé avec de l’oignon frais) et faux caviar, poulet gros sel aux légumes, chèvre et camembert, tarte tatin. Bière mexicaine et cidre basque à l’apéritif, un Rioja Coto de Imaz 2011 pour la viande.

Mondialisme 3


Y a-t-il des Africains blancs ? Oui – en Afrique du Sud par exemple. Ce sont des colons.

Mondialisme 2


L’énoncé exact eut été : « Des Africains citoyens de l’un des pays membre de l’Union Européenne ».

mercredi 28 novembre 2018

Mondialisme

Le Monde: "Les Européens d'ascendance africaine".

Venezuela 2


-Dans mon village, à sept heures, le soir, dit Diego le Vénézuélien, il n’y a plus personne dans la rue.

-Un petit village ?

-Centre trente mille habitants. C’est l’insécurité.

-Déjà avant la crise ?

-Oui, mais là c’est pire.

Guadalajara 3


A son tour, Gala regarde par la fenêtre de la chambre d’hôtel. Prés noirs, terrains vagues, puis la nuit en pente douce jusqu’aux collines. La route file à l’est vers la Castille de Don Quichotte, oliviers, moulins, forts en ruines.

-Tu es sûr qu’il y avait des réverbères ?

-Mais enfin !

-Oui, oui. Enfin, moi, je n’en sais rien, je ne suis jamais repassée par ici.

Ce qui est faux : nous y sommes venus deux fois, ensemble, après le voyage d’été à Tolède et Alcazar de San Juan. J’insiste. Gala aussi : elle est certaine. Mémoire pour mémoire, la mienne est plus incertaine que je ne le crois. En effet le lendemain, tandis que je compile pour une revue de Paris des extraits du Journal de l’année 2007, je jette un œil à des notes plus anciennes et tombe sur cette remarque de l’automne 1980 : « la première chose que nous avons fait à New-York, ce qui n’est pas bien original, est de monter au cent-unième étage du World Trade center ». Alors qu’après l’effondrement, comme le sujet était sur toutes les lèvres, je disais n’y être jamais monté.

mardi 27 novembre 2018

Venezuela


A vingt-trois heures, au retour de l’entraînement, repas vénézuelien dans un restaurant que les patrons ne gardent ouvert que pour nous. Sur une table en milieu de salle, nous ouvrons nos ordinateurs. On nous sert sur la table voisine afin que nous n’ayons pas à les refermer. Rondelles de banane frite, yuca, riz noir et plume de porc. Délicieux. Sur la nappe, des fourmis. Avant que le garçon apporte les plats, elles n’y sont pas ; après qu’il débarrasse, elles n’y sont plus.

Titre


Plus d’une semaine que je cherche chaque nuit, raison probable de mes insomnies et moyen veux-je croire de me désennuyer dans l’attente du sommeil, le titre de rechange que je pourrai proposer à mon éditeur, celui-ci ayant émis des réserves quant au choix actuel et souligner dans le contrat, à côté de mon premier choix « titre provisoire ». Eh bien, moi qui me flatte de maîtriser la fabrique des titres, je sèche. A l’heure qu’il est, j’en ai envisagé plus de deux cents. Il faudrait relire le texte. En extraire quelques mots. Mais relire avant les dernières corrections n’est jamais une bonne idée. Superinconnu, voilà ce que j’ai trouvé de mieux. Cherchons encore.  

Télévision


L’appartement est équipé d’un téléviseur. Exception faite des chambres d’hôtel, je n’ai jamais eu la télévision. Ni enfant ni adulte. Mes parents la tenaient en réserve dans une armoire. Elle s’ouvrait un samedi sur deux. A la fin, nous n’y pensions plus. Ces jours, je l’allume. Conclusion : la seule chose que l’on peut regarder ce sont les dessins animés. Toute théorique, puisque j’éteins. La semaine suivante, je rallume. Cette fois, je choisis la chaîne d’information en continu. Autant les dessins animés me réjouissaient autant les informations m’angoissent. Et cela, à raison de deux gros quarts d’heure de visionnement par jour. C’est que les problèmes évoqués à l’écran comme leurs solutions semblent avoir été fabriqués pour occuper le temps d’antenne. Ils traitent de notre société telle qu’elle n’est pas. Rôle de la télévision : faire écran.

lundi 26 novembre 2018

Rythme


Etrange rythme. Peut-être dû au climat. Chaud, assez chaud, agréable, mais inhabituel pour ces gens de la mer - il désordonne les comportements. Car ici la règle veut que l’on travaille peu et lentement pour vaquer aux trois occupations essentielles, aller à la rencontre des autres, manger en terrasse, regarder les matchs de football. Or, les rafales de vent, l’air humide, la fraîcheur des soirées dépossèdent les villageois de ces plaisirs. Elle les dénude, les simplifie. Ils se cherchent dans la rue, s’apostrophent et se trouvent d’accord : où est le soleil ? que cela finisse ! Ce qui retentit encore sur notre horaire. A minuit, je me couche. Gala va jusqu’au bout du film, qui ne m’intéresse ni en son début ni à la fin. Gala se couche. Quand je me lève, il est midi. Gala dort une heure de plus. A quinze heures, nous mangeons, puis je vais à l’entraînement. A vingt-deux heures, film suivant et à nouveau le lit.

Pain


Distrait, je pose le pain à l’envers sur la planche. Gala se précipite :

-Le pain ! Jamais à l’envers !

vendredi 23 novembre 2018

Président


Le président des Français loue le patriotisme et condamne le nationalisme. Il n’y a qu’un acteur de théâtre pour croire que l’on peut faire dire aux mots ce que l’on veut.

Rêve


Monpère dort dans le même lit. J’entends des bruits derrière la cloison. De l’eau. Puis des voix. Je m’alarme. J’appelle. Je crie. Si bien que Gala se réveille :

-Quoi, qu’est-ce qu’il y a ?

-Rien, je te raconterai.

Cinq heures plus tard, après l’insomnie, je me rendors. Je rêve que je vomis de la bile noire. Monpère me demande :

-Que se passe-t-il ?

-Je rêvais, j’ai cru que tu dormais à côté de moi.

-Je parle de ce que tu as mangé.

«Sais pas, me dis-je, un produit pour l’entraînement ? »

-Qu’as-tu mangé ? insiste Monpère.

(il sait tout sur les causes et les effets).

Je réfléchis à ce que je devrais et ne devrais pas lui dire.

-Un petit pain ?

Platter 2


« Nous n’étions pas encore bien éloignés de Dresde lorsqu’un jour, comme je mendiais dans un village, un paysan qui se trouvait devant sa maison s’enquit de mon origine. En apprenant que j’étais Suisse, il me demanda si je n’avais pas de compagnons. « Ils m’attendent à l’entrée du village », répondis-je. « Amène-les ici », dit-il. Et il nous donna un bon repas avec de la bière en quantité. Nous fûmes bientôt en belle humeur et le paysan aussi. Sa mère était au lit dans la même chambre ; il lui dit. « Mère, tu as souhaité maintes fois de voir un Suisse avant ta mort ; eh bien ! en voici quelques uns que j’ai invités pour l’amour de toi ! » A ces mots, la vieille se mit sur son séant et remercia son fils de nous avoir régalés : « J’ai, ajouta-t-elle, entendu si souvent dire du bien des Suisses que j’avais grand désir d’en voir un ; il me semble que maintenant je mourrai plus volontiers. Allons, amusez-vous. »

Thomas Platter, Ma vie.

Pluie


Drôle de temps. Comme il ne pleut jamais, personne ne sait que faire de la pluie. Les gens se consultent. On ne trouve pas la solution. Chacun vaque à ses occupations, l’air de ne pas comprendre.

KM


Entraînement de Krav Maga dans le quartier de la Magualeta. Tous les amis sont là. Embrassades. Une joie ! Et Victor, plus inquiet qu’il ne veut : « tu t’es entraîné ? ».

Grosse


-Chéri, la bête est grosse !

-Où ?

-Là, c’est terrible, ça doit être un moustique !

Platter


« Le soir, j’ai fait souvent cinq ou six voyages pour porter à mes bacchants, qui demeuraient à l’école, le fruit de ma quête du jour. Les gens me donnaient l’aumône volontiers, parce que j’étais petit et Suisse : en effet, les Suisses étaient très aimés et la nouvelle des pertes qu’ils venaient d’éprouver à la grande bataille de Milan avait excité la compassion générale. Le peuple disait : « Les Suisses ont perdu leur meilleur pater noster », vu qu’auparavant ils passaient pour invincibles. »

Thomas Platter, Ma vie.

Essai sur le posthumanisme – dernier.


Péniblement corrigé sept pages en trois jours. J’y pense, j’y pense encore, pars pour l’entraînement, oublie. Au milieu de la nuit, je me réveille, j’allume, je me mets à travailler. A l’aube, je me recouche. A dix heures, je continue les corrections, avale des pâtes, y retourne. Pendant deux jours. Soudain, c’est fini. Jésus branche la clef qui contient le manuscrit, imprime, j’emballe, achète une enveloppe chez Sing, donne à la poste, rentre et dors. Dix heures, encore dix, puis onze.

Rincon


La plage est sous la pluie. C’est rare. Je décharge nos cartons, valises, vestes, ordinateurs, gare la voiture à un kilomètre, dans les hauts du village, car le nouvel appartement est en plein centre, devant la Plaza Mayor, l’immeuble donne sur l’arrêt de bus. Il est humide. A croire qu’il pleut dedans. Je me penche par la fenêtre. Très peu d’Andalous. Les terrasses sont en place, inondées. Les piétons rasent les murs. Nous nous mettons au lit. La chaleur du corps condense l’humidité. Nous sommes dans l’eau. Le matin, grands cernes. Gala est défaite. Même la crème n’y suffit pas. Et il pleut.

Guadalajara 2


L’hôtel s’élève sur le côté gauche de l’autoroute A2 ; en face, la ville. Pour y accéder, une passerelle d’architecte dont la courbure évoque l’aile d’un Boeing. Nous traversons.

-Premier bar, fais-je.

Mais la marque de la bière, le sordide du local, l’absence de tapas ; nous passons un bar, un autre, empruntons une rue, revenons sur l’avenue, descendons (Guadalajara est en pente). Gala demande. Pour moi, un calvaire. Les Espagnols aiment renseigner, Gala parler. Cela dure, je me dandine, j’attends. Pessimiste, je le suis. Mais on pourrait aussi dire qu’il s’agit d’un calcul : je sais que les Espagnols ne savent pas. Ou plutôt, qu’ils ne savent que les proximités. Vous êtes devant un bar. Vous avez décidé qu’il ne convient pas. Ils vous diront : « ce bar est le meilleur qui existe ». Pour cause, ils habitent dans le même immeuble. C’est leur bar. Le meilleur. Bref, nous marchons. Nous descendons. Après six cents kilomètres de route à travers l’Aragon et la Castille, je mérite une bière, mais Gala n’a pas tort : l’ambiance est misérable, obscure, humide. A force, nous voici sur la rue commerçante, celle que la municipalité arrose à hauteur du premier étage en période de chaleur. Et qu’y trouve-t-on ? De splendides devantures en bois des années 1950 au fond desquelles nichent des Chinois camelots (ils s’éclairent à l’ampoule 40 watt, comme dans la junge indonésienne), des boutiques d’habits pour grand-pères franquistes (pulls en pointe, chemises rayées, boutons de manchettes et pantalons de flanelle) et des kiosques de la loterie à numéros. Un bar aussi. Au service, des Chiliens. Gentils. Esclavagisés.

-Non, je ne peux pas.

Me répond l’homme quand je lui demande me verser de la bière dans une verre à cidre. Ce qui veut dire qu’il s’agit d’un établissement franchisé. Le bar comme les Chiliens relèvent de la multinationale. Car il faut savoir, en Espagne, le contenu entretient avec le contenant un rapport des plus libres. Vous préférez votre vin dans une tasse à café ? Nul ne vous le reprochera. Le chilien confirme :

-Nous sommes un bistrot de chaîne.

Par ailleurs agréable et aux prix modiques, pas à se plaindre, mais l’ambiance est légèrement malhonnête ; conceptualisée dans un bureau. Nous retournons dans la rue. Cette fois, il n’y a plus rien. Le magnifique hôtel à la façade ornée de conques (déjà visité), la cathédrale, le parc, plongé dans le noir, puis le trafic, de plus en plus dense.

-Une heure et demie que nous marchons, dit Gala. Tu crois que c’est possible ?

Comment savoir ? J’ai vingt-huit Casio et Gala n’en aime qu’une. Elle me l’a mise au bras alors que nous quittions la montagne.

-Pas celle-là, objecté-je, la pile est plate !

-Les autres sont ridicules !

Donc je n’ai pas l’heure. Et Gala se met en tête de demander. J’ai dit ce que j’en pensais. Miracle, ce que nous cherchons existe. Dans l’obscurité, nous trouvons un taxi. Tous feux éteints, il attend devant la gare routière, elle-même éteinte. Nous remontons la ville et mangeons à l’hôtel.

Guadalajara


L’Espagne du Nord au Sud. A mi-chemin. Hôtel d’étape à Guadalajara, ville des Faubourgs de Madrid. Par hasard, la réceptionniste nous attribue la même chambre qu’il y a huit ans. Le choix pourtant ne manque pas, l’établissement compte deux cents chambres. Je tire les rideaux. Devant nous, en pente douce, des prés semés de giratoires, d’ossatures d’immeubles, de hangars à camion. Ils s‘étendent vers la Manche. L’été où nous avons fait halte dans cette chambre, il faisait quarante degrés. Des pulvérisateurs d’eau arrosaient en rythme les rues commerçantes. Un luxe tout municipal. Pour le reste, le pays bradait ses immeubles, les banques étaient en faillite, les gens souffraient. C’était au plus fort de la crise. De la terrasse, je considère le paysage. La nuit tombe.

-Tu te souviens, fais-je à Gala, comme ce soir nous fixions le noir et soudain une ville entière de réverbères fraîchement piqués s’est allumée.

Les années, suivantes, lorsque je passais seul, je vérifiais ; ils étaient là, déposant leur halos orange sur un labyrinthe de bitume. Deux mille, trois milles habitants étaient attendus. Jamais le chantier ne démarra.

-Ils ont rasé les réverbères, dis-je à Gala.

mercredi 14 novembre 2018

Expérience genevoise 3

Dans un bar, rue Prévost-Martin, en vitrine, ainsi le veut la nouvelle mode, vous êtes exposé. Désespéré, je commande une canette. Une autre. Défilent toute l'arche de Noé. Des espèces, des variétés, des couleurs, toutes solubles dans le capitalisme, mieux qu'un programme de l'O.N.U. D'où une troisième canette: pour oublier. Et soudain s'installent juste derrière mon dos, en terrasse, trois skinheads. Habillement canal historique. Jeans javellisées, bottes rouges , têtes rases, polos. Mon moral remonte en flèche. Je sors. Je me réjouis de savoir comment ils se débrouillent. Après m'être présenté, je demande si je peux m'asseoir. Ce faisant, je leur glisse, afin de les rassurer, "j'ai quelques contacts chez Résistance helvétique". Ils sursautent, montrent le poing, menacent:
-Fous le camp ou on cogne! Nous sommes des redskins!

Expérience genevoise 2

A la Trocante, cette librairie d'anciens au choix formidable. A la caisse, le propriétaire Baronne. Autrefois jeune con, aujourd'hui vieux con. Je me faufile entre les tas de livres, les paquets de livres et les livres, cherche, ne trouve pas, prend ce que je peux, en viens à ma demande.
-Avez-vous quelque chose sur la philosophie des réseaux?
Recroquevillé derrière un pile de livres, plus aigri qu'un cornichon:
-Sur quoi? C'est quoi?
J'explique en deux mots.
-C'est pas intéressant.
-Dommage.
-Non.

Expérience genevoise

Dans le bâtiment de la nouvelle université, rue Carl-Vogt, au milieu des ces jeunes magnifiques, femmes aux longs cheveux, gars solides, qui tous font plaisir à voir et j'imagine, ne demandent qu'à s'aimer et à s'entrelacer, à boire et rire, et jouir. Et que voit-on au sol? De gros autocollants ronds qui incitent à se méfier les uns des autres. Messages idiots, délétères: "il m'a mis la main aux fesses", "tu n'es pas obligé de supporter tous les regards", "depuis que j'en parle, ça va mieux"

Rêve

Avec l'écrivain O.T. dans cette salle à boire. La serveuse ne vient pas. Je me lève pour la quérir. Elle file. Je sors du café. Tout en me sachant attendu, je m'éloigne. Désormais, il me faut faire le tour de la ville. Le long de l'avenue, des kayakistes ruisselants. Ils tirent leurs embarcations de la rivière. Les dresse, les pose sur cales. Je bouscule un catamaran qui tombe. "Ce n'est pas moi!", dis-je au chef de groupe. Je me rapproche du café où m'attend O.T, mais voici un marché. Je me faufile entre les marchandises éparpillées au sol, foulards, bracelets, encens, ceintures. Les chemins se referment. Je piétine des sacs, des mouchoirs, des montres. Est-ce grave? Sans perdre de vue mon but, j'interroge les hommes assis au milieu de la pacotille. Ils m'ignorent. Le café est encore loin.

mardi 13 novembre 2018

Cravate

Malgré la cravate de l'hôte, le couple nous fit bonne impression. Cet objet usuel n'était pas en tissu mais de métal. Raide, patiné, il obligeait ce Monsieur d'âge moyen à parler haut et fort, le menton tendu. Au cours de la soirée, égayée par des chanteuses burkinabés, nous comprîmes que toute la vie du château tournait autour de cette cravate. A l'heure de gagner nos chambres, le maître d'hôtel l'enferma dans une vitrine. Cet enfermement fut précédé d'une courte cérémonie à laquelle les jumelles du propriétaire nous convièrent avec insistance.

New age

Rêver toute la nuit de l'hyperindividu. De la façon dont il considérera son corps et son esprit, ces deux composantes vides de l'être brut et, rationnellement, après évaluation des plaisirs recherchés, placera des demandes d'achat pour devenir quelqu'un, bifurquant à l'occasion sur la foi d'une publicité ou par l'effet de la concurrence mimétique.

Emballement

Et dans ce silence, au village, sans raison, l'esprit s'emballe, les nerfs sont agacés, je donne dans toutes les directions. L'essai, je crois. Hâte d'en finir, conscience que cela avance à petits pas. D'où cette accélération à vide. Comme pour me venger, je multiplie les affaires: élabore un projet de réseau d'affichage électronique, me renseigne sur les fabriques de T-shirt au Cambodge, compile les extraits de ce Journal pour une revue parisienne, achète des billets d'avion, fais les plans de notre future chambre en bois, réserve et annule des hôtels, étudie mon "knife ans tomahawk throwing guide", mène mon vélo à réparer, cuisine indien et castillan. Si bien qu'il semble que je suis en train de courir - sur place - un marathon doublé d'un parcours d'obstacles.

Confusion

Les sociétés vieillissantes confondent religion et charité, les jeunes religion et puissance.

lundi 12 novembre 2018

Skis

Pris livraison de mon matériel de randonnée. Skis, peaux, crochets, bâtons télescopiques et radar de cou. Le vendeur s'arrête de trier ses champignons. A peine m'a-t-il salué:
-Tu cois que c'est possible toi? Personne n'a franchi le seuil de ma boutique aujourd'hui et maintenant que tu es là, voilà deux clients. Bouge pas, je reviens!
De retour, il vérifie mes achat, règle les fixations.
-Là.
-Et le radar.
-Ah, oui.
-Comment ça fonctionne?
-Oh, tu verras bien. Demande à ton voisin, le guide.
Et il retourne à ses champignons.

dimanche 11 novembre 2018

Dit-il.

"Notre mission est de conserver les actifs."

Bois

Par temps de brouillard, jours paisibles, coupés du temps. Le chat miaule devant la maison. Dans son lit la rivière coule sur une demi-largeur charriant des eaux de pluie terreuses. Il a neigé sur les sommets, mais avec des températures aussi hautes le ciel ne blanchira pas les rues avant décembre. Hier, Bustos a débarqué une tonne de bois. J'étais allé le chercher à la ville, dans cette zone industrielle où il travaille avec ses fils, des gaillards velus, comme sortis de la grotte. En approchant de leur repaire, je vois qu'il n'y est plus; à la place, un terrain éventré.
-Bon dieu, dis-je à Gala, ils ont rasé!
En fait, je me trompais de trois numéros. Leur affaire est plus bas dans la rue. Les homme se tenaient dans le local. C'est une baraque posée plus que bâtie, sans porte, sans confort. Elle sert à la fois de bureau et de cuisine, on y voit un lit. Un vieillard est assis. Il porte une cape. Son physique rappelle celui d'Antonin Artaud dans Napoléon. Tandis que le père énonce "du mélange, mille kilos.. et du petit, vous en prenez? Alors deux sacs!", un collègue griffonne la commande sur un bout de papier. Un des fils se tient devant la table. Il déballe des chewing-gum, bonbons, ficelles au sucre et caramels, les renifle et les jette dans un sceau remplis d'épluchures. Quand l'autre a fini de noter, Bustos fait:
-Voilà! On vient quand, maintenant?
-Plutôt demain.
-Demain?
Les personnes présentes dans le local s'interrompent.
-Le matin?
-Pas trop tôt.
-Onze heures.
Alors celui qui a noté la commande:
-12h30, après on mange.
Tous grognent pour approuver. Et Bustos:
-Merci Alexandre (car je viens de lui rappeler mon prénom).
Le lendemain, à l'heure dite, il recule le camion dans notre rue, lève le pont, renverse les mil kilos de bûches sur le pavé.
-Tu crois qu'il va neiger Alexandre?
Il encaisse, s'en va. Le silence revenu, le voisin passe la tête par la porte cochère de sa maison:
-Hé!
-Oui.
-J'arrive, on va rentrer ça!
Il pose sa canne et pendant une heure porte mon bois.

samedi 10 novembre 2018

Bar

Arrivé à Agrabuey. Vaste silence, le vallon ruisselle. Au bar, juché sur un échafaudage, je trouve le maire. Avec des plâtriers, il abaisse le plafond, cloisonne, lisse de l'enduit. Sentiment que les choses changent trop vite. Qu'elles changent précisément quand on arrive. Moi qui ait connu l'avant. Lequel ne reviendra pas. Ce qui, bien sûr, est une erreur d'interprétation. Il y a toujours un avant et un après. Ils se succèdent. Infiniment. Ainsi, chacun a la pouvoir de dire, quelque soit le moment de son constat, "autrefois, ici...". Pourtant, comme je m'entretiens avec les autres villageois du chantier du bar, tous s'accordent pour dire: "Oui, dommage, ce bar, c'était bien, pourquoi changer?".

Bien

Tout va bien. Quelle satisfaction de pouvoir le dire! Si bien que je me le répète, et cela depuis deux, même trois . Nuit acrobatique, torride, le matin voiture grosse et chaude, traversé la montagne en écoutant du hard-rock à pleins tubes, de retour à la maison, un feu épais, de la bière suisse au frigidaire, que demandez de plus?

Femme

Femme charmante dans le train, jupe et talons, cils arqués, sourire élégant.
-Je peux?
Elle retire son sac de marque, me prie de m'asseoir, se replonge dans la lecture d'un texte de loi.
-J'ai moi-même lu ce texte sur les armes hier, mais pas en entier, là vous étudiez la version complète!
-Je suis avocate.
-Je suis partisan le droit aux armes.
Elle soulève le texte de loi, apparaît le nom du lobby.
-Comme vous, j'en suis membre.
Alors elle m'apprend qu'elle est commandante d'une compagnie de chars, nous parlons munition, tactique, course à pied.

Public

Mon éditeur dont je ne peux pas parler - il me l'interdit.
-Mais enfin, lui dis-je, tu es un personnage public!
-Non, non.
Puis il s'étonne de mes ventes: ces dernières années médiocres.

Jean

Jean, concentré, intelligent, fatigué. Visage sec, les yeux vifs. Nous prenons une bière à Genève. La discussion va à l'essentiel. Sentiment heureux : chaque moment de l'échange est profit. Dans la rue, derrière la vitre, passent les trams chargés des travailleurs du soir. Instantanés de l'esclavage. Sur le trottoir se hâtent des piétons venus des quatre coins de la planète. Vision épouvantable. De dépossession. Fin de la culture, fin du savoir-vivre, début de l'assemblage technique, début de la massification. Je me raccroche à la conversation. Elle est passionnante car précise; lectures, théories, citations. Jean explique le rapport entre l'extrême-droite brésilienne, l'évangélisme et le sionisme loubavitch. Les images de la ville s'effacent.
-Moi, dit Jean, je ne supporte plus.
Il vit dans la montagne, retiré, il tutoie le silence.
-D'ailleurs ici, même dans l'appartement, ce n'est plus possible. Un nouveau locataire à emménagé à l'étage. Il a installé une lessiveuse. L'a enclenchée. Est sorti. Le lendemain, tout l'immeuble était inondé. Six mois de travaux. Maintenant, il a deux gosses. La famille hurle. Il y aurait la solution de fixer un haut-parleur sous son plancher, de passer du Schönberg.
-Ou le poème électronique de Varèse.
-Ou de monter avec un flingue.

Baccalauréat 2

Un bus de banlieue à Genève. Il pleut. J'ai rendez-vous. Sept heures, à peine, il fait nuit, déjà. Jamais je ne prends le bus. J'ose dire: cela fait trente cinq ans que je ne suis pas monté dans un bus en Suisse (exception: la ligne 10 pour l'aéroport, à l'aube, chargé de valises). Seulement j'arrive de Lausanne, de la cérémonie du baccalauréat, je n'ai pas le temps de marcher, je suis en retard. Et une fille accompagné d'un garçon de dix ans, assise sur le côté soudain fait : "Alexandre?"
Encore agacé par ce cirque d'adultes, je rétorque :
-Je ne te connais pas.
-Mais si, si...
-Tu nous avais aidé à squatter! Après avoir cassé les portes, tu t'étais hissé sur le toit de la maison pour planter le drapeau.
-Tiens, tiens! Où ça?
-Rue des Photographes.
Et en effet, peu à peu.
-Tu m'avais aussi aidé à traduire.
-De quel langue?
-De français en français. Un texte incompréhensible, de l'Ecole de Francfort.
-Adorno, Horkeimer... Oui, j'aime bien.

Baccalauréat

Remise des diplômes du baccalauréat ridicule, pathétique. Mais il s'agit de mon fils. Que je sache, bachelier je n'ai jamais eu droit - je m'en réjouis - à aucune cérémonie. Aujourd'hui le spectacle prime. Puis c'est une école privée, on rend la monnaie de la pièce. Nous voici serrés dans une sale jaune avec d'autres parents. Olofso insiste pour placer Aplo entre nous. J'obtempère. Attendu à Genève, je manque de temps. Un programme papier circule. Trois pages. Elles annoncent un discours, des témoignages d'élèves, un autre discours, des intermèdes musicaux, un sketch et un tour de magie. Affolant! A quel moment la remise du diplôme? En milieu de séance, après les Maturités. Il faudra tenir. Cependant Aplo me désigne une dame longue aux cheveux maigres, sa professeur de philosophie. Je salue. Elle répond distraitement, prend place une rangée devant nous, sort une liasse de feuilles. Par dessus son épaule, je lis: des phrases décousues, semées de points, qui dansent. Et un mot qui revient, "Sartre". Réflexion: "pauvre enseignants, à corriger des devoirs aussi médiocres!". La directrice s'avance. Elle parle. Dans sa barbe. Mal. Comment dire? Tronque ses phrases, change de rythme, hésite. Arrive un collègue. Il se présente, professeur de physique et de chimie. Il nous raconte ses difficultés, s'emmêle, précise "c'est qu'est-ce que je veux dire", cumule les fautes de français, s'excuse, rebondit, passe la parole au chef d'établissement. Celui-là remonte le niveau, parle juste et bien, tel une administrateur. S'avancent les musiciens. Un gamine, un guitariste. L'homme à la guitare donne le titre de l'oeuvre. Explique ce titre. Demande si nous reconnaissons la langue. Commente, "c'est une langue d'époque", si je comprends bien de l'anglais médiéval. Après quoi, série de fausses notes. La honte me gagne. Comment fuir? Je sais. Mentalement, je refais les calculs de mon devis pour installation du réseau électronique dans les dix-sept bâtiments de l'hôpital de Genève, avec la TVA, la rémunération des ouvriers et le bénéfice pour l'entreprise. Exercice salutaire, je n'entends plus, ne vois plus. Lorsque la flûte se tait, la philosophe s'avance et occupe la scène. Elle coiffe une casquette de rappeur, ses feuillets à la main, elle pastiche un élève décontenancé par cette matière nouvelle qui décline les mots "essence", "néant", "être". Mon devis mental achevé, je n'ai plus de recours. Je transpire. Je souffre. Comment peut-on? Cette équipe de bras-cassés, à mille lieues de toute discipline, qui exalte les vertus du travail! C'est l'hôpital qui se moque de la charité! Vite, un autre devis! Que j'échappe à ces grands immatures qui - paraît-il - donnent des leçons à des candidats au bac. Parmi lesquels mon fils. Qui a obtenu son passage. Qu'on appelle. Il se lève. Les parents applaudissent. Je me joins à eux. Aplo traverse la salle. Droit, sérieux. Beau jeune homme. Les mains dans les poches (dommage). Il reçoit son diplôme, serre la main du directeur et du chef, pose pour la photo, lance"j'aimerais remercier mes parents et (ici, le nom d'une professeur). Voilà qui est touchant! Bien, je peux partir. Olofso comprend. D'ailleurs, je lui rappelle: "la licence de philosophie, au Petit palais, tu te souviens ? Tu m'attendais dehors. Je suis entré et ressorti. Sept minutes. Puis nous sommes allés boire et fêter."

jeudi 8 novembre 2018

Idée folle

Cette idée folle qu'ont certains fous: le corps accuse les coups, ce n'est pas nous qui subissons. Ainsi mènent-ils leur vie jusqu'au retranchement, après quoi, les forces intactes, ils luttent pour relever et le corps et l'esprit (qui a mal jugé de la situation).

Corrections

Travaillé d'arrache-pied aux dernières corrections de l'essai. Hélas, ce ne sont pas encore les retouches. Il manque des transitions entre les raisonnements, la logique ne suffit pas, il les faut glissantes. A l'instant, je disais à Gala: "quelle labeur! Rien à voir avec une fiction!" En parallèle, je choisis des extraits de ce Journal des années 2006 et 2007, avant sa mise en ligne, sur demande d'une revue parisienne; petite satisfaction, il y a dix ans ma phrase n'était ni aussi rapide ni aussi souple.

Comique

Afin de rendre la vie plus sympathique, ils ponctuent leur conversation de rires. Cela ne les fait pas plus comiques mais plus rieurs. Lorsque le mécanisme est entraîné, ils s'esclaffent compulsivement, avant et après la phrase. Cette semaine, en Suisse, j'ai observé que le tic se répandait. Nous avions les rires automatiques des séries américaines. Elles inversaient le rapport entre le comique et son effet; désormais, nous avons le spectacle de soi. J'imagine que la nouvelle manière n'est pas sans rapport avec le travail des studios de télévision.

lundi 5 novembre 2018

Bûchers

Le jour où l'écrivain, dégoûté d'avoir à faire ses preuves quotidiennes en société, se met en tête de gagner de l'argent au moyen de l'écriture, il est bon pour la poubelle. Livres de commande, textes à format, ateliers d'écriture, bûchers. Thomas Bernhard a tout dit là-dessus.

samedi 3 novembre 2018

Bibliothèque

J. me dit: "parler avec sa bibliothèque ou se parler, ce n'est pas la même  chose. La bibliothèque, c'est un rempart contre la folie!"

samedi 27 octobre 2018

Arabes 6

Merveilleuses multinationales qui se soucient de notre morale! Airbnb m'écrit: "The report that we recieved alleges that you have had an attitude towards the neighbors belonging to the islamic community, wich is in contrast with our non-discrimation policy". Dans le message suivant le robot de la compagnie (à qui je demande de prouver qu'il n'est pas un robot) m'explique: "we are working to make the world better and more inclusive for everyone." 

Paroles

Les Italiens parlent beaucoup, fort, tout le temps. Ils aiment parler, ils s'écoutent parler. Surprise majeure, cela débouche sur des actes. En Espagne, où le plaisir de parler est le même, les joutes continues et tonitruantes, quand on a fini, on se sépare, on rentre chez soi; jusqu'à la prochaine conversation. Nul ne se mêle d'agir.

Rap

Tel rappeur est mort cette semaine. Comment? Il est tombé de l'aile d'un avion. Que faisait-il? Il enregistrait un clip sur l'aile d'un avion en vol.

Destin des théories

Les théories ne sont ni vraies ni fausses. Elle sont faites, reprises ou délaissées. Si la reprise est générale, elles connaissent leur moment de vérité.

Arabes 5

Rue Borgo Allegri, une semaine que la ligne est tracée au sol côté Arabes. Déjà dit, pas de changement pour les automobilistes. Il y avait des cases de stationnement, ils se garaient, il y a interdiction, ils se garent. Et soudain, ce matin, deux municipales portant le casque blanc façon Grand d'Espagne époque El Greco verbalisent. Deux, trois, dix automobiles ont droit à la bûche. "Mais enfin, dis-je à Gala, il y a ce noir qui vend des godasses au milieu du trottoir et son acolyte de souk qui tartine des sandwichs et encaisse et c'est les automobilistes qui ramassent!" Surprise, après avoir posé vingt bûches, les municipales disent au noir que non, cela ne se peut pas, lequel répond ahuri, pourquoi, mais enfin pourquoi? Elles lèvent les bras au ciel, baissent les bras, ajustent leur superbe casque, s'en vont. Un quart d'heure plus tard, un premier automobiliste récupère son automobile. Et la facture. Grande comme une serpillière. Il plie et empoche. Maugréant met le contact. Sur le trottoir, sept marchands clandestins vendent, achètent, trafiquent, occupent et bloquent le passage.

Irocquois

Après avoir pris congé des amis de la Palestra, je rends - selon arrangement - le vélo que j'ai acheté à mon vendeur, Aldo, un homme grand, percé, coiffé en irocquois, surfeur de Sao Paulo, mécanicien, hippie, fumeur et clown, qui me dit:
-Tu n'as rien cassé? Zut alors, comment vais-je gagner de l'argent si personne n'a besoin de réparations?
Puis, comme je lui parle de ce garçon rencontré dans son atelier le jour de la vente:
-Je ne vois pas.
-Petit, brun, à catogan... qui vend des applications...
-Non.
Il réfléchit encore:
-Je devais être bourré.
Et hissant sa birra Moretti:
-Là, c'est le dernière que je bois. La police vient de fermer le commerce de mon voisin tamoul, il vendait la nuit en douce. Sept jours de fermeture. Bien sûr, je pourrais aller plus loin... Mais bon...

Urgence

Message d'une cliente: "rendez-vous à fixer de toute urgence, rappelez-moi!". Dix minutes après émission de la demande, je rappelle. La personne, me dit-on, est absente. Par courrier, je propose des dates de rendez-vous. Juste après, j'appelle mon collègue à Genève pour savoir s'il sera disponible. A notre bureau, on me dit: "il est à New-York." J'envoie un texte sur son téléphone portable. Sachant qu'il sera de retour à Genève lundi prochain, je suggère des dates pour le jour d'après et le suivant. A quoi il répond: dès mardi, je suis en Allemagne. J'en informe la cliente, qui par courrier répond: "pour le rendez-vous urgent, voici le numéro de ma collègue, je suis en vacances dès ce soir".

Modification

Rue Pietrapiana cet homme retour du marché tire un cabas à roulettes sur lequel il a aménagé trois poches extérieures à saucissons.

Fiesole

Après la dissipation des brumes, réapparaissent les collines de cyprès. Nous grimpons dans un bus à deux étages, l'un de ces bus de type anglais qui sillonne désormais tout les villes-musées d'Europe. Il y a cinq ans nous l'empruntions à Lisbonne. Aujourd'hui il longe l'Arno, monte sur le terrasse Michel-Ange, plonge dans les ruelles pierreuses; véritable morceau de conduite entre les scooters classées en épi, les livreurs qui roulent à contre-sens, les taxis électriques et les bancs de touristes chinois. A hauteur de deck, en salon ou en cuisine, dans les étages des immeubles, une dame devant son téléviseur, une mère avec un bébé. Nous accompagne une jeune brésilienne, amie d'un jour et femme de ce garçon rencontré au magasin de vélo, lequel travaille, la délaisse. Le tour de la ville fini, nous grimpons dans un second bus, identique au premier, mais qui qui traverse le Champ de Mars et ses installation sportives, entre dans la campagne, rejoins Fiesole, village perché sur la colline où l'on trouve une amphithéâtre romain et deux monastères. Gala qui ne marche jamais nous pousse en direction de la passegiatta panoramica. Le chemin de ronde donne sur Florence. Les quartiers sont enfouis dans la lumière et la végétation. Plus loin, des gosses jouent, comme à l'abri de temps. Nous revenons à la nuit avec deux pièces de bœuf de 1700 grammes, sortons les alcools, les chips, les rondelles de pomme, le chèvre. Aplo pèles les patates, Luv distribue des assiettes. Gala lave la chicorée dans l'évier.  Une verre d'eau à la main, la Brésilienne contemple l'activité. Bientôt les fumées montent. Épais comme des bottins, les steaks sautent dans la poêle.

mercredi 24 octobre 2018

Arabes 4

Ce vendredi, même scène des tapis. Il va sonner midi. Lorsque je me penche à la fenêtre, le square a été repeint aux couleurs de l'islam. Je fulmine. Pas d'enfants. Ils ont fui. Remplacés par des Magrhébins et des noirs en pyjama, djellabas et que sais-je. Ils se tiennent la main, se couchent, s'agenouillent, fument et monopolisent. De la mosquée sort un barbu un haut-parleur à la main. Il s'en va. Revient avec un second haut-parleur. Maintenant, il tire un câble en travers de la route. Et apporte un engin. Cinq minutes plus tard, un chant retentit. Enfin, chant, c'est beaucoup dire. Les Arabes, les noirs s'agenouillent, commencent à prier. Je me dresse à la fenêtre. "Viva Italia! Back to Africa! Islam e merda!" Quinze ans de hardcore ont cultivé ma voix; elle porte. "Democrazia! No Islam!" Cette fois, c'est l'émeute. Les Italiens de Borgo Allegri sont aux fenêtres: les cuisiniers sortent des trattorias, et les antiquaires, et le boulanger du Forno. Commence la prière. Deux cent énergumènes en rythme, et je me relève et je me couche. Des gars qui dorment dans la rue, sentent encore la casbah et l'eau de la Méditerranée. Au centre de Florence, à trois cent mètres du Dôme! Je prends mon souffle et double la mise: "Is-lam, mer-da! Democrazia!". Entre-deux:
-Gala, va chercher les flics avant que ces crétins ne montent me lyncher!
Les bras se tendent, les insultes fusent. Gala se maquille.
-Maintenant Gala, si tu veux me retrouve entier! Ils sont deux cent!
Calme et affolée, elle répète:
-Oui, attend, oui, j'y vais!
De retour à la fenêtre, j'envoie de nouveaux slogans, mais dois couper court, on sonne: la police. Deux agents montent, la main sur leurs flingues. Gala fait entrer. Au début, ils ne sont pas rassurés. Puis ils voient que je suis sobre et décidé. Ils comprennent ce que je dis:
-Rassurez-moi, cette saloperie n'est pas autorisée!
Elle l'est. Par le préfet. Ces pauvres clandestins débarqués par la maffia n'auraient pas assez de place pour prier donc, en attendant une meilleure solution, les politiciens leur ont donné le square. Je me tape la tête. En langage universel: "mais enfin, vous les Italiens, êtes complètement fous!". A nouveau on sonne. Il me semblait bien, tantôt le flic a parlait dans son walkie-talkie. Gala ouvre: c'est l'inspecteur. Il est en civil. Le flic a dû lui dire que ce n'était pas dangereux. Il vient pour clore l'affaire. Pendant qu'il parle en italien avec Gala, les flics en uniforme me font signe. Ils m'entraînent dans la chambre à coucher et referment la porte sur nous.
-Moi, me dit l'un des agents, je pense comme vous, il faut les pendre, mais je ne peux rien faire. C'est le préfet.
-De quel parti?
-Siniestra.
-Porca miseria!
Une heure plus tard (les flics sont partis), c'est les propriétaires de l'appartement qui débarquent. Ils sont inquiets. Tremblants. Surtout la femme. Gala leur fait des politesses. Je tranche: "écoutez, si j'avais su qu'il y avait une mosquée sous ce logement, jamais je n'aurai loué. Je déteste ces musulmans qui viennent pourrir ce qui reste de nos démocraties".
Alors le propriétaire:
-Je suis musulman.
Depuis vendredi, je sors armé. Et avant ou après Gala. Car il me faut chaque fois passer devant les quinze, vingt, trente énergumènes qui règlent leur trafic sur le trottoir. Et qui savent qui je suis.

Arabes 3

Vendredi dernier, c'est le matin, le soleil éclaire la rue Borgo Allegri, le parc et le square. Les cloches sonnent. Je m'habille devant la fenêtre. Un enfant joue au pied du toboggan. Assis, les parents bavardent. Un Arabe pousse une charrette. De loin, je vois des tuyaux. Ce sont des tapis. Il en déroule un. Long et vert. Tapis de propagande avec croissant et minarets. Un deuxième. Peu à peu, il recouvre le gravier, la pelouse, une moitié du square. Les parents sont étonnés. L'Arabe passe et repasse, lisse ses tapis. Il se retire. Le gamin monte sur le toboggan, se reçoit sur un tapis.
-Gala? Viens-voir! Qu'est-ce que tu en penses? Tu trouves normal?
A peine ai-je fini que l'Arabe ressort de la mosquée et gronde le gamin. Pas un regard pour les parents. Si: voilà que d'un revers de main, il leur intime l'ordre de s'en aller. Et secoue le tapis. Je descends l'escalier quatre à quatre, passe devant les quinze corréligionaires de l'Arabe au tapis (qui le jour et le soir encore stationnent et s'occupent à de menus trafics). Désignant le gamin:
-Ici, c'est une parc pour les enfants, et là c'est un enfant, pas une succursale de l'islam. Pas d'islam!
Cela en Italien, comme il me vient. Réaction immédiate, les Arabes se mobilisent. J'avais prévu: je me suis mis à l'abri dans le square, je les invective depuis l'autre côté de la barrière. Ils essaient de camber. Je recule. Un barbu sort de la mosquée. J'attrape les deux tapis à mes pieds et les jette en l'air. Aussitôt je m'excuse auprès du père, je n'avais pas remarqué que l'Arabe, en lissant, avait fait glisser son trousseau de clefs dans le gravier - il le cherche à quatre pattes. Cependant le ton monte côté Arabes. Pour moi, je hurle. Des choses pleines de bon sens telles que "retournez dans votre désert!" La maman enlève l'enfant et bat en retraite. Le père a peur. Soit. Et maintenant, le plus difficile: passer devant les quinze énergumènes musulmans sans avoir à se battre. Un noir a enfin compris, il s'écrie:
-Racista!
Sur quoi je le traite de noir, marche en crabe et rentre dans l'immeuble. Un Arabe se jette sur la porte. Il veut défoncer. A notre étage, Gala me dit:
-L'imam est sorti, il a calmé le type qui voulait casser la porte.
-Appelle les flics! Non mais, un jardin public! Manque plus  que la prière de rue!


mercredi 17 octobre 2018

Sonnante et trébuchante

Idée d'un livre qui pourrait me faire gagner beaucoup d'argent; de la littérature. Immédiatement, cela m'a posé un problème de morale. Même avec les moyens de contournement et sous-pseudonyme. La littérature mérite mieux. Oui, mais...

Recevoir

Ces hôtes qui vous reçoivent chez eux comme s'ils étaient seuls.

Egyptologie

Visite attentive des galeries égyptiennes du musée archéologique. A quelques rues, la file d'attente pour les splendeurs des Offices s'étire sur cinq cent mètres, ici c'est le silence. Étonnants sarcophages de bois peints ouverts sur des momies entières, au milieu de collections rapportées par le disciple italien de Champollion, Ippolito Rosellini. Ce que je peine à comprendre c'est comment des vestiges de trente siècles et plus sont mieux conservés que des poteries étrusques ou romaines. Affaire de matériau et de techniques j'imagine (quel futur pour les vestiges modernes ?) : un érudit balayerait la remarque en un tournemain. Tout de même, ce chariot royal qui semble prêt à servir aux champs? cette urne canopique comme neuve? Bref, je me suis avancé dans ces pièces construites en enfilade où régnait une pénombre jaune. Les vitrines étaient pleines d'amulettes, de bas-reliefs, de papyrus. Plus loin, un panneau expliquait la technique de l'embaumement. Pour exemple pratique, un crocodile sous bandelettes, un specimen jeune, de la taille d'une miche de pain. C'est alors que je remarque de dos une surveillante assise sur une chaise. La même que dans une autre partie du musée. Elle pianote sur son téléphone, je ne vois que sa chevelure, mais je la reconnais, c'est la dame qui était assise dans la première salle, et dans la même posture. Aussitôt je conclus: s'il y a deux gardiennes identiques, ce sont des jumelles. Pour en avoir le cœur net, je reviens sur mes pas. A la place qu'occupait la première gardienne, il y a désormais un homme. Discrètement, alors que j'étais penché sur les momies, un tournus a eut lieu.

Générateur de vocabulaire 7

Soumonde.

Spaghettis

L'autre jour chez Monpère à Lausanne en l'absence de sa femme.
Lui: Tu as faim?
-Je mangerais bien quelque chose.
-Quoi?
-N'importe quoi! Fais des spaghettis!
-Des spaghettis? Tu sais toi?

mardi 16 octobre 2018

Italiens.

Les Italiens aiment parler, ils ne s'en privent pas. Se taire si on est malade, fatigué ou dépressif, c'est possible, toute autre raison pointerait sur votre muflerie. Et d'ailleurs on parle avec tout le monde. Demander votre direction, il y en a pour dix minutes. Tout juste si l'on ne finit pas dans le salon de la personne avec ses enfants sur les genoux. Dans les rapports de commerce de même. Au supermarché, ce lieu de congélation de la spontanéité: on s'y exprime, on rit. Est-ce que j'aime? J'admire. Pour ce qui est de se refaire, je suis un Suisse.

Union

Quand nos peuples comprendront-il que l'Union européenne est une officine des grandes entreprises et qu'elle orchestre pour elles?

Dîner

Inutile d'insister, les aliments, fruits, légumes sont meilleurs à Florence que dans autres lieux d'habitation, et surtout l'Andalousie. Certes, les échanges par les mers, massifs et constants. Mais il suffit de comparer la terre grasse de la Toscane à la poudre rouge de Malaga: il n'y a pas de miracle. Si, le plaisir de dîner d'un plat pauvre mais excellent qui engage au savoir-vivre.

Nouvelles

Plus de nouvelles des éditeurs. Trois sur cinq. C'est peu dire qu'ils se méfient. Drôles de vocations. Ils aimeraient que l'on pensât en fonction de la ligne éditoriale. Dans bien des cas, vague expression de leur tempérament. Et relais d'une critique officielle.

Idée

Idée étrange qui voudrait que le pessimisme soit dû à la solitude. Si je comprends bien, un effet de l'écart entre le monde que l'on porte et le monde. Étrange, mais convaincant.

Ping-pong.

C'est peu dire que je regrette les relations épistolaires. Tout un pan de l'activité intellectuelle, en résonance, est perdu. J'y pensais cette nuit, dans un sursaut. Jusqu'en 2002, mes dossiers informatiques se remplissaient chaque semaine de longues lettres. Des mails bien sûr, mais encore marqués par le phrasé, le développement et la musique de l'écriture d'échange. Assez intimes pour créer un monde en suspend et motiver l'attente. Auparavant, à Madrid et surtout à Mexico, c'était des pages sous enveloppes, lues, relues, et rangées dans les cartons, et qui s'y trouvent toujours. Désormais, ce ne sont plus que des petits paquets de lignes, décochés et bondissant. Qui partent et reviennent. Du ping-pong.

Transmission

Dessinant son étude quatre heures de suite dans la salle d'Académie, le voisin de Gala n'a cessé de tousser et de renifler. Puis il est rentré au Japon. Aujourd'hui, nous sommes échauffés, tremblotants et nous coulons. Gala se met au lit, je renonce à me rendre à la Palestra.

Essai sur le posthumanisme (fin)

Mis un point final au texte. Avec ces derniers jours, des motifs d'étonnement. L'intuition qui orientait mes recherches sur les rapports entre cybernétique, post-libéralisme et mondialisation a trouvé plus d'une fois sa confirmation. D'abord avec le contenu des première conférences Macy à partir de 1946. Les scientifiques qui assistent aux réunions de 1946 s'inspirent de l'étude statistique d'Adorno sur La personnalité autoritaire pour élaborer un programme de contrôle du comportement (mon héros de l'Ecole de Francfort, pourfendeur dans ses Minima moralia de l'Amérique totalitaire, apparaît ici sous un jour bien sombre). Puis dans les années 1960, Ted Kaczynski, le futur Unabomber, alors élève mathématicien à Harward qui servait de cobaye à la CIA pour ses expériences au LSD25. Murray filme et enregistre toutes les séances de laboratoire. Or, toute les archives ont été détruites. Quant au discours politique de ce comportementaliste, il ferait penser à de la mauvais science-fiction s'il n'était cautionné par Washington. Par exemple quand il établit que les Etats-unis sont le modèle unique auquel devront dans le futur se conformer les sociétés terrestres.

lundi 15 octobre 2018

Ludwig

Wittgenstein, schizophrénie judaïque: dans Le tractatus logico-philosophicus, le langage est absolu; dans les Recherches philosophiques, il est absolument relatif.

dimanche 14 octobre 2018

Drapeaux

Ces derniers jours, j'ai croisé plusieurs fois dans les rues de Florence des passants qui portaient un drapeau sur le dos. Or, il n'y avait ni match de football ni rassemblement de croyants. D'abord, un jeune, le dos couvert du drapeau espagnol, puis à la gare, deux messieurs en costume enveloppés dans des drapeaux de l'Union européenne (à ne pas confondre avec le drapeau de l'Europe, qui n'existe pas); enfin, une vielle dame affublé du drapeau italien. Ces gens-là se promènent avec leur morceau de tissu noué au cou, donnant à voir lorsqu'on vient par derrière la forme d'un scarabée cheminant dans la lumière.

Données

"Il y a aujourd'hui tellement de données, explique Heinz von Foerster, qu'on ne peut plus en faire une histoire."

Générateur de vocabulaire 6

Acratoplage.

samedi 13 octobre 2018

Légumes

Trois légumes inconnus poussèrent dans son jardin. Discrètement, il les vérifia, les nomma, en consigna les noms sur un papier puis revint dans la cuisine. Au moment d'en parler à sa femme, il entendit remuer dans son dos: les légumes s'enfouissaient. Ils disparurent. Agenouillé sur la plate-bande, il constata qu'il n'en restait pas trace. Alors il déplia la feuille qu'il avait glissé dans la poche arrière de son bleu. Il lut: "méfie-toi Georges!"

Lui

Lui qui riait de tout craignait qu'on le prît au sérieux.

vendredi 12 octobre 2018

Etat

Quand l'Etat manquera de moyens - demain et aujourd'hui déjà - nous verrons les fonctionnaires qui jurent de la nécessité de leur statut devenir ennemis de leur pourvoyeur alors que la classe travailleuse habituée au mépris de l'Etat le défendra.

Générateur de vocabulaire 5

Communodivision.

Essai sur le posthumanisme 6

Deux, trois, quatre heures par jour occupé aux corrections. Toute l'affaire est de passer de l'intuition à l'argumentaire sans donner le sentiment au lecteur que l'on pratique le raccourci. Je sais ce que je veux dire; ou du moins, je crois le savoir - ce qui est fort différent. Je crois que la cybernétique en tant que modèle de pensée inspire à la fois les héritiers des l'école libérale autrichienne qui prônent aujourd'hui une organisation économique de la société et les trans-et posthumanistes qui, réduisant à une seule catégorie l'animal, l'homme et la machine, prônent la transformation artefactuelle du vivant. De cette croyance fondée sur une intuition, il faut déduire des argument solides et compréhensibles. Puis donner au texte assez de style pour balader le lecteur à travers les méandres du discours.

Arabes 2

Les services municipaux ont tracé leur ligne blanche sur toute la longueur du trottoir à l'opposé de notre immeuble, et je me perds en conjectures: que peut bien signifier cette ligne? Sortis de leur hangar à prières, les Arabes troquent leurs habits comme hier, quant aux Italiens, ils garent sur la ligne.

Ville

Délicieuse ville de Florence. Elle m'inspire peu, mais je l'apprécie pour ses rues contournées, ces bâtiments de bonne pierre, ces églises noyées au cœur des quartiers et ces échoppes par milliers, maroquineries, pâtes, antiquaires, trattorias profondes et intimes, comme éclairées à la bougie malgré le soleil. Ce matin, nous sommes montés en bus sur le belvédère Michelangelo afin de contempler des hauteurs la cité historique. Près du Ponte Vecchio on apercevait des équipes d'aviron sur des traînières minces comme un cheveu. Sur les flancs verts des collines au Nord, de riches villas à colonnades et en aval de l'Arno, piqué de cyprès-chandelles, le parc que je contourne pour me rendre chaque soir à la Palestra. C'est d'ailleurs par là que nous étions supposés quitter la ville ce midi à bord d'une voiture de location, mais Gala ayant attrapé un rhume à l'Académie alors qu'elle dessinait sa sanguine de Léonard de Vinci, nous sommes restés dans Florence.  

Savant

D'habitude quand je quitte la table de restaurant pour aller aux toilettes, je me hâte de revenir; le plus souvent, il est trop tard, Gala a engagé la conversation avec les voisins, nous ne sommes plus en couple. Ce soir à la Trattoria, ce fut l'inverse. Aussitôt le plat de spaghetti terminé, je m'adresse en allemand, au voisin, une homme coiffé en brosse, l'oeil gauche tombant. Or, il s'agit du savant Peter Hänggi, spécialiste mondial de la résonance stochastique. En Toscane pour conférence, il est accompagné de sa femme, tous deux vivent à Augsbourg, cette ville de Bavière dont l'ambiance alors que nous y séjournions il y a deux ans m'avait parue plombée par la communauté turque. Après l'échange de politesse les femmes assises côte à côte sur la banquette parlent entre elles, tandis que Peter évoque ses voyages pour enseignement, Shanghai, Beer-Sheva, San Diego, disant par exemple "en Israël, il y a beaucoup d'étudiants palestiniens" ou encore, répondant à ma critique de la gastronomie mandarine, "à la cantine de la faculté…", ce qui me donne l'occasion de voir que ce type de génie mathématique confond plus qu'à son tour le monde et l'université, confusion qui produisit dans les années 1990 et produit encore le politiquement correct, (ce qui, soit dit en passant, n'est pas la pensée que j'impute à cet homme intéressant et agréable). Là-dessus, retournement de situation, Peter fait l'éloge du tank M6 (connais pas) sur lequel il a servi en tant que soldat, tandis que nos femmes échangent les adresses en prévision de notre visite à leur domicile allemand et parlent d'aller boire de l'Ouzo dans notre appartement.

Générateur de vocabulaire 4

Péagisme.

jeudi 11 octobre 2018

Générateur de vocabulaire 3

Chronoblogueur.

Droit

Pour mémoire, tu entres en prison, qui dit qu'ils te laisseront sortir?

Leçon

Mon vendeur de bière au supermarché Conad, derrière la Casa Buonarotti:
-Toujours à remplir les étagères?
-Hé, je n'arrête pas de travailler!
-Combien d'heures par jour?
-Quatre.
-Bon.
-Oui, mais il m'en faut autant pour faire l'aller-retour depuis la banlieue.
Puis nous faisons notre petite leçon d'anglais quotidienne, lui traduisant de l'Italien, moi corrigeant.

mercredi 10 octobre 2018

Partout

Partout le même plaisir, écrire, lutter, boire, penser; mais aussi, ce programme partout le même, discipliné, constant, volontaire, dissout les circonstance, abolit l'espace comme le temps, fusionne les composants unique de Florence - anti-artistique, il réunit aux idées et sépare du réel.

Babar

Le pouvoir sidère. Même un second couteau, un bouche-trou, un tiède tel que François Hollande, suscite, dignifié par la fonction présidentielle entregent, poignées de main et basses flatteries. Preuve par l'absurde de l'ambition déplacée du dernier des quelconques.