mardi 12 décembre 2017

Dissolution

Le propagandiste ignore délibérément le réel, puis il ne le voit plus. La victime de la propagande, prend celle-ci pour le réel. L'esprit critique apprend à déjouer la propagande, au point de démettre le réel.

lundi 11 décembre 2017

Ils

Qui "ils"? Trois cent pages n'y suffiraient pas. D'ailleurs, je viens de les écrire ces trois cent pages et je contemple le même horizon, en aveugle. Une chose est sûre: pas moi, pas vous. Ils tiennent la nourriture. Elle transite par des tubes. Les routes:  hachées menu au moyen de péages, de satellites et de personnel armé. L'information, l'espace habitable et le système de troc des actifs, de même. Arrivé à ce point, vérifiable, réel, violent et point de départ, pas d'arrivée, pour lequel nous payons notre quota de travail quotidien, mensuel , année après année, sans fin, la meilleure révolte est encore de tomber malade, de boire, de se droguer, de dériver, de se faire prendre - ce que mettent en pratique - si je regarde bien nos villes d'Europe - des centaines de milliers d'ex-citoyens.

Castration

De la castration générale de l'homme blanc, sexuelle, psychologique et morale; pour l'intelligence, elle est réduite aux dimensions d'un cerveau circulant dans un réseau de puissance labyrinthique orchestré par des sons subliminaux. Jamais personne issue d'une race bien constituée - encore saine veux-je dire - n'eut imaginé pareil scénario de liquidation. Les Africains par exemple, mais les Arabes encore dont le talent simplificateur, leur caractère baignant dans une religion primitive, bloque ab intio ce genre de perversités. Quoiqu'il en soit, nous ne sommes plus au pied du mur, mais dedans,  à remuer la matière, usant de notre dernier souffle pour jurer (du moins pour les victimes auto-flagellatoires) que "tout va bien! pas du tout! qui suffoque? moi je tiens?"

dimanche 10 décembre 2017

Grade 2

A sept heures, je vois que les rues sont blanches et qu'il continue de neiger. L'examen de ceinture verte a lieu à dix heures, j'ignore si la voiture à des pneus d'hiver. Je cherche un bonnet, je n'ai pas de sac de sport. La veille, j'ai préparé vingt cartons de livres ( destinés à Agrabuey). Ils forment une muraille devant l'armoire des habits. Je tasse mon matériel dans un sac de supermarché, gants de boxe et protections, chaussures plates, protège-dents, et de l'eau, des barres de céréales. Mais comment les protégés de la neige. A la fin, je me décide à prendre une valise. A Clarens, un ouvrier casse les congères. Il m'indique le gymnase. Les examens de premier niveau sont en cours. Je lorgne. Les experts sont installés aux quatre coins de la salle. Cent personnes font les exercices en silence. Assis au sol, un Portugais révise. Lui aussi passe la verte. A l'heure dite, nous sommes douze. Des gens de Fribourg que je connais, certains sont des amis. Nous plaisantons - à vrai dire, nous ne sommes pas rassurés.
Salut en ligne.
-Sortez les tapis, on va commencer par les roulades!
Sauter par-dessus un personne roulée en boule - bon. A gauche, à droite... Une fois je manque perdre l'équilibre, mais dans l'ensemble, le résultat est présentable.
-Maintenant, plus haut!
Et que vois-je? Un escogriffe grand comme un réverbère se positionne devant le tapis, il se plie. Plié, il a le dos à la hauteur de ma poitrine.
-Non, ça je ne peux pas.
Le type derrière me pousse, c'est mon tour.
Je fais un pas, et bloque. C'est psychologique bien sûr, mais psychologique ou pas, je vais me rompre le cou. Alors, un des candidats m'encourage de quelques mots bien sentis - j'oublie lesquels- cela finit par ..."suffit de se propulser avec les deux pieds!". Miracle, je saute et je passe. Déjà les tapis sont retirés, la série des coups de pieds commence. Avec les parades, les dégagements d'étreinte et les étranglements, une heure et demi de figures.
-Décontractez-vous, ce n'est qu'un examen.
La voix de l'expert me parvient comme s'il s'agissait d'un écho. Je ne suis pas décontracté, d'ailleurs je ne sais pas ce que ça veut dire "décontracté". "Détends-toi!" me dit mon partenaire, alors que nous montrons les retournements au sol. Il a raison et je suis désolé de faire un aussi mauvais partenaire. Dur comme une planche, je ne lui facilite pas les démonstrations. Force est d'admettre: je suis né contracté et contracté je suis, d'ailleurs ce n'est pas tout, je suis aussi à court de souffle et suant, autant dire épuisé; vais-je tenir les deux heures? Ce n'est que vers la fin, quand commencent les combats, que je me relâche quelque peu, mais alors la fatigue me submerge.
Peu après midi, nous sommes dans les douches. Un des candidats panse son nez, un autre soigne sa lèvre; nous supputons nos chances. Personne en crie victoire, mais chacun pense avoir ses chances. Une fois rhabillés, les experts nous font mettre ne ligne.
-Messieurs, la décision est simple et unanime... Nous n'avons pas vu ce que nous voulions voir.  Personne n'obtient le grade. Des questions?