samedi 18 novembre 2017

Sans fin

Extraordinaire puissance combinatoire de la langue qui permet de parler sans fin de rien ou de presque rien.

Travail

Partout dans le monde des gens simples, honnêtes, parlent d'argent, le visualisent, en tas, se demandent "comment, mais comment font-ils ?" et ce "ils" en dit long sur leur incompréhension, sur la distance absolue entre le lieu actuel de la conversation et le tas d'argent, à leurs yeux une image de la fortune, et alors qu'ils retournent au travail dont ils venaient avant de commencer la conversation, ils pensent encore à ce tas constatant jour après jour avec dépit que leur travail ne les en rapproche pas d'un centimètre.

vendredi 17 novembre 2017

Courageux

Ces courageux qui après que vous avez fait votre choix et subit ses conséquences affirment péremptoires: "j'ai tout de suite vu qu'il en serait ainsi!"

Reconnaissance

Monfrère de retour d'un repas en soirée chez des amis : "c'était ennuyeux, j'ai préféré jouer avec les enfants!" Ce qui me vaut la nuit venue de nommer en rêve, un à un, tous les camarades d'école et de jeux que j'ai fréquenté depuis l'âge de douze ans. Leurs portraits apparaissent, je nomme. Puis ceux de l'adolescence, de l'université et de Mexico, quelques autres enfin, connus à Fribourg il y a trois ans. Par exemple, des photographies prises lors d'une fête tenue en 1986 apparaissent et j'identifie les visages dont celui de ce Français que je n'ai croisé qu'une fois dans ma vie, ce soir-là.

jeudi 16 novembre 2017

Lire en Espagne

Au restaurant ce midi j'ouvre un livre sur la table, je me penche, je demeure penché, bref je lis et je sens que cette activité étonne: l'air gêné les gens se redressent, sont moins spontanés et moins volubiles comme s'il s'efforçaient de ne pas remarquer cet acte rare.

mercredi 15 novembre 2017

Vienne

Le cosmopolitisme viennois des années 1930 que défend un Stefan Zweig promeut une vision essentiellement humaine de la politique, mais défendre notre poubelle sociale en se revendiquant de son héritage revient à vouloir danser la valse en discothèque.

Aires

Comment tout cela va-t-il finir? Par l'ordre. Mais cette fois, puisqu'il n'y a pas de valeurs faîtières, nous aurons deux aires coexistant, l'une, réservée, domaine des instigateurs, l'autre massive, ordurière, bestiale. Et un emballement communicationnel, outil du pouvoir des bourreaux de l'aire première sur les victimes de l'aire seconde.

Jours

Toujours cette lumière éblouissante venue de la mer, elle efface le quai, les roches, le sable, se propage, envahit le ciel, il n'y a plus personne, que des timides qui arpentent le quai à petit pas comme s'ils allaient déranger. De l'autre côté - l'appartement traverse - sur la place, le couple de vieillards des montagnes rouges grille des marrons entouré de deux chiens graciles qui ont le physique des girafes de Dali. Je fais des aller-retours. De mes pâtes à la salle de sport, des carnets d'écriture au lit, au salon, aux documentaires - ils défilent sur l'écran, mais demeurent invisibles avant le soir tant il y a de lumière.

Flexion

De la réflexion qui produit l'écart à la flexion qui produit le même: la machine qui happe la personnalité et la met en réseau s'empare de ce que l'on dit et le répète afin de confiner l'être dans son être et opérer la réduction.

Graffiti

"Je ne pense plus - j'ai déjà réfléchi à pas mal de choses - que nous ayons été mis au monde pour savoir ce qu'est la vie." C.A. Cingria

Revenu

La gestion des foules par l'octroi du revenu universel est un programme de type militaire. Qui nourrit commande ; quant aux héros et aux mutins, ces figures qui réagissent à la détresse matérielle et morale, privées de leur motifs elles sont abolies.

Editeurs

Si les éditeurs refusent les manuscrits parce que je pense ce que je pense, c'est qu'ils les acceptaient parce que je pensais ce que je pensais (ce sont eux qui évoluent dans la censure plutôt que moi dans l'opinion) et dans ce cas mieux vaut aller se promener et boire, dormir, manger et faire l'amour sans jamais confier un seul mot à ces gens qui font métier de les rendre public.

Sapin

A mon arrivée dans la région, j'ai acheté un sapin. Il n'était pas plus grand que ma main et je compte les racines; celles-ci plongeaient dans un gel bleu. Enfermé dans un carton, ses quelques aiguilles lorgnaient par une fenêtre afin que le spécimen dise son nom. A l'évidence, il n'avait jamais vu la nature. D'ailleurs, il n'était pas seul. Il côtoyait quarante collègues tous identiques disposés sur une palette au milieu des tondeuses, de la vaisselle, du beurre et des fruits - nous étions dans un supermarché. N'ayant ni terrain ni terre, je n'avais aucun besoin d'un sapin, ma priorité d'ameublement allait aux lits, aux chaises et à une table puisque le nouvel appartement était loué vide, cependant je n'hésitais pas, j'achetais le sapin. Pour l'acclimater, je me rendis chez un Chinois à qui je demandais du terreau universel que je versais dans un pot ramassé sur une poubelle, puis je transplantais le spécimen, retirant le sachet de gel bleu qu'il avait autour du pied. Plus tard, lorsque je partais à l'étranger, je pris soin de remettre les clefs au propriétaire afin qu'il lui donne de l'eau pour tenir devant le soleil andalou. Le sapin est toujours sur la terrasse, au-dessus de la mer et il a pris de la taille, disons qu'il a triplé de hauteur, mais ceci d'étrange s'est produit récemment: il s'est séparé. D'un côté il est resté sapin, de l'autre est venue une branche inédite, d'une variété exotique.