samedi 28 octobre 2017

Solidarité

Dirigeants catalans hors-la-loi mais en liberté: solidarité de voyous au sein de la classe politique internationale.

Imagination

"Inspiré de faits réels" souligne que l'imagination des créateurs est défaillante.

jeudi 26 octobre 2017

Effort

L'Europe est fatiguée, chacun le sait et peut en outre le constater: de Bucarest à Madrid, personne pour déplacer une chaise ne la soulève plus, il la traîne.

mercredi 25 octobre 2017

Idéologie 3

"Dommage, me dit cet ami, que la censure revienne." Dommage? "Dommage", est insuffisant. Quand il y a censure, il y a Vérité. Fausse vérité. Et ceux qui l'administrent s'arrogent un pouvoir sur la discussion, donc sur le liberté ce qui vaut hypothèque sur l'homme. Se contenter de ce "dommage!" est plus que de la résignation, une sorte de fatalité complice. L'histoire l'a montré. Elle aboutit toujours à la mort érigée en système politique.

Boxe

Le couturier du village parce qu'il est boxeur s'occupe de recoudre les gants de tous les boxeurs du village.

Hallucinations

"Alexandre, tu ne sais rien", constatai-je hier, moins vexé que contrit, embêté, alors que j'arpentais ma chambre dans la demi-obscurité. Là-dessus, je me couche et toutes sortes d'hallucinations s'emparent de mon esprit, me valant de passer une nuit épouvantable, en examen, face à un comité d'experts dont certains titulaires d'enseignement à Normal sup' devant qui j'avais à produire un exposé sur la nature des relations épistolaires à l'époque romantique en montrant l'ascendance romaine et grecque des manières de dire, cela avec des exemples pris dans la poésie, et tout le long de cette préparation de l'oral je maudissais mon ignorance des textes, des concepts et des dates.

Idéologie 2

Gérard Depardieu dans un entretien donné cette semaine dit, ne substance : quand je rentre en France, je me réfugie dans mon appartement avec mes livres, je ne sors pas; pourquoi voudrais-je voir ces Français qui sont tristes comme la mort. Je vais appeler cela le "syndrome de l'arrière-boutique". Savoir ce qu'on a autour de soi, même si c'est peu, plutôt qu'être versé dans le grand chaudron multiculturel où toute qualité produit un infâme brouet - ce qu'il ne dit pas, car la presse, toujours plus théâtrale et fausse a beau prévenir, "l'acteur ne mâche pas ses mots", c'est que vivre dans des rues transformées en supermarché qu'arpentent des imbéciles parachutés du tiers-monde dont le seul point commun est de savoir user d'une téléphone portable démoralise, désole et à terme anéantit tout bonne volonté. Le dialogue avec le passé relève des langues mortes, mais il y a au moins une langue.

Panama

Splendide fin de journée, la plage est lumineuse, la falaise rose de soleil. Je requinque mon pneu de vélo, prend l'ascenseur, me mets en selle, fais deux mètres, le pneu est dégonflé. Tant pis pour la balade en direction d'Almeria; j'en profite pour apporter le vélo à la révision. Là, je me rappelle à la bonne mémoire du mécanicien. "Je sais, me dit-il, c'est ce vélo avec lequel tu as voyagé".
-Jusqu'en Syrie. Vingt-cinq ans sans une réparation.
-Epatant! Je vais te le briquer.
-Attention, pas question d'en faire un trophée, je l'utilise.
Il l'empoigne:
-Et par où es-tu passé pour aller jusqu'en...
-...Syrie.
J'énumère.
-Oui, me dit-il, donc tu as dû traversé ce fameux canal?
-Un canal? Le détroit de Corinthe, peut-être?
-Non, cet autre qui a déclenché tant de guerres, un axe marchand... le canal de Panama.
Maintenant, songeur, je marche sur le quai et j'écris - après avoir longtemps repoussé pour ne plus savoir ce qu'il convient de dire - le premier chapitre du livre consacré au voyage dans l'Est entrepris en septembre.


Idéologie

Ces jours, à travers le monde, la presse unanime titrait "la parole enfin libérée". La parole des femmes s'entend. Sollicitées, celles-ci expliquent le comportement des hommes. Le comportement des hommes blancs, pour être exact et pas dans n'importe quel milieu, dans celui du pouvoir afin que cela serve de modèle au peuple. Cette parole est libérée en parfaite conformité avec la programme idéologique mondial qui commence d'imposer ce qu'il prône: la réduction de l'individu à l'unité économique asexuée.

L'écrivain romand

L'erreur de l'écrivain suisse-romand se nomme Paris. La main en visière il cherche là-bas ce qu'il est ici. Ce défaut de personnalité ne semble pas toucher les Alémaniques qui baissent les yeux, trouvent leurs pieds, les lèvent, voient le ciel, se trouvent petits et vont de l'avant, à la mesure du pays.

Nouvelle donne

Aujourd'hui, un hérétique, c'est un homme qui a une opinion.

Mouche

Dans cette grande salle de restaurant de la campagne de Villarobledo où les camionneurs de la région viennent manger plane une mouche. Agaçante. De celles qui chassées reviennent. Deux buveurs se plaignent. Massifs et couperosés, ils avalent du vin blanc, ce qui en Espagne est rare. Des locaux pourtant. Ils appellent le garçon :
-Pépé, la mouche!
-Encore?
-Encore!
Pépé attrape un aérosol de gaz anti-moustique et pulvérise les deux clients. Cheveux, visage, ventres, tout y passe, et la table, les chaises. Il se recule et tourne autour, pulvérise de haut, secoue, donne un dernier coup. Quand il rebouche son aérosol, il s'est formé un nuage, épais, acide, suffocant, qui se déplace, gagne ma table et je vois que ce n'est nullement de l'eau citronnée ou autre vapeur écologique, mais le genre de saloperie qu'on ne répand que le nez bouché et le buste en arrière.
-Là, laisse nous ton truc ! Fait le plus gros des deux clients tandis que la mouche continue de planer.

Ne rien faire

Que certains aient pour préoccupation centrale de ne rien faire me fascine. Quelle valeur peut bien avoir le rien-faire lorsqu'il n'est pas apposé au faire?

lundi 23 octobre 2017

Thovil-Yakku (citation)

"Les grands archétypes spirituels de l'humanité recèlent des évidences oubliées. Ainsi, l'irrationnel, la télépathie et la clairvoyance ne sont que des reliquats très anciens de fonctions essentiellement animales qui suppléaient à des carences intellectuelles que nous avons pu combler au fur et à mesure de notre évolution, et que nous voyons disparaître. Les animaux en général ont conservé ces fonctions. Les chiens hurlent à la mort, refusent de manger parce que leur maître est décédé à huit cent kilomètres ou parce qu'il mourra le lendemain."

dimanche 22 octobre 2017

But invisible

Avec Stefan Zweig, je crois fermement à cette idée que "la véritable orientation d'une carrière est déterminée du dedans; si absurdement que notre chemin semble s'écarter de l'objet de nos vœux, toujours il finit par nous ramener à notre but invisible"

Retour à la mer

Prévoyant, j'ai pris contact il y a deux jours avec une propriétaire de garage. Son annonce disait: "grandes places, voitures hors-gabarit et bateaux". Elle m'attend devant l'immeuble. Pose des questions. Méfiance typique: bien... mais vous n'êtes pas espagnol? "Ah, vous habitez ici? Où?". Je lui dis. C'est à cinq cent mètres. Son immeuble est au 159, le mien au 198 de la même rue.
-Je ne vois pas.
-En face de l'hôpital des urgence.
-Mm...
-La place de la Constitution, vous voyez?
-Quelle place?
Je sais, elle s'appelle "Al-Andalus", mais les gens...
-Non... En tous, cas on est bien ici, c'est un des meilleurs endroits au monde!
Sauf qu'après avoir risqué trois fois d'emboutir la porte automatique et les pots de fleurs de l'allée, je renonce à garer mon tank. Autant dire qu'elle pensait à des bateaux de petite taille, chaloupe et canots..

Droits

Plus l'Etat parle de droits moins il y en a. En parler, c'est établir des normes, poser des limites donc transférer les droits de l'individu à l'Etat.

Catalan

Jordi Sanchez, président de l'Assembleé Nationale Catalane, emprisonné, sollicite son transfert après avoir été reçu au réfectoire par les autres prisonniers aux cris de  "Vive l'Espagne!".

Suisse

Au cours des dernières vingt années, j'aurais quitté la Suisse pour des raisons diverses. D'abord, après des années de squat en villa, afin d'éviter d'être logé en appartement, ce qui m'a toujours paru la plus grande des misères de notre siècle. Puis afin de distinguer entre le régime du travail et celui du loisir, achetant une maison en France, à soixante kilomètres de Genève. Mais hier, je voyais à l'évidence la raison qui en 2015 m'avait fait quitter Fribourg (et jusqu'ici sans le moindre velléité de retour): dans l'état actuel de notre société, il est impossible d'avoir confiance dans les inconnus avec qui nous sommes tenus de partager notre vie au quotidien. Les Espagnols, plus grégaires que les Suisses, ont gardé le bon sens. Certes, il sont fermés, xénophobes et peu cultivés, mais en tant qu'étranger, j'ai plus confiance dans n'importe quel Espagnol que dans ces gens du monde entier que contiennent nos rues suisses.

Espagne 2

Enchantement de la nature qui produit dans l'âme des effets inouïs car, contre toute attente et plus encore contre mes habitudes de caractère, arrêté un instant dans une station-service de Fuentes (village de pierre dans le coucher de soleil, arbres qui remuent en silence dans la brise), j'entreprends aussitôt la jeune fille qui me fait le plein et avec tant de spontanéité qu'elle me fait adieu du bout des doigts, un sourire gourmand au visage, se tournant pour voir si par hasard je ne changerais pas d'avis.

Espagne

Que je me souvienne, jamais je n'ai vu un aussi bel automne. Bien sûr, cela dépend des possibilités du paysage. De sa grandeur, de sa variété, de son isolement. La sensation de lumière, de matériaux détachés et voyageant dans cet espace immense qu'est la Castille centrale m'accompagne depuis plusieurs jours. Ainsi déployée, la nature ramène l'homme à sa modestie native que la ville toujours condamne.

Teruel

L'une des plus belles routes d'Espagne, la N-330/N-420 de Teruel à Cuenca. Après le haut plateau d'Aragon aux étendues rougissantes, la nationale plonge dans le lit du fleuve Turia qui coule vers le sud et Valence. Découpées en blocs poudreux devant l'horizon, les montagnes ont le profil des "monuments" du Colorado mais sur les berges qui lèchent la route pousse à foison une herbe verte et lumineuse. La voiture circule dans des méandres, rase une falaise creusée par endroits de main d'homme et qui fait un pont au-dessus du capot. Le premier village de cette vallée primaire se nomme Libros. Assis au pied des maisons, les habitants fixent par-dessus la rivière des chapelles enfouies dans les grottes. Puis la route monte brusquement pour atteindre la frondaison des arbres et ces arbres sont de toutes les variétés, soles dont le branchage traîne sur le flot, rangs de peupliers, petits chênes, sapins pointus. La route poursuit, tantôt encaissée et il faut alors lever les yeux pour attraper les taches de soleil qui dérivent contre les cheminées de fée, tantôt juchée sur la falaise et alors la vue embrasse le vallon. En même temps, je lis la carte crainte de manquer la bifurcation qui doit me ramener en Castille sauf rejoindre la Méditerranée (aidé par un Hollandais qui, plus admiratif que moi s'il est possible, conduit à 30km/h). A Torrebaja, la colonne de voitures se sépare. Je grimpe à travers le village, le paysage s'ouvre, c'est la Manche. La route est large, lisse et haute. Pendant une heure, je roule seul en direction des terres mortes et de ses grands effondrements (les Torcas). A l'occasion un tracteur décroche d'un village à demi-enterré, puis à nouveau les monts remplissent le ciel, verts, noirs et crayeux - j'ouvre grands les fenêtres, ils sont odorants. Pas de col, rien que des hauts et des bas, des rampes placées sur les côtes, cette lumière chatoyante des forêts d'automne et un sentiment d'infini.