mercredi 23 août 2017

Axarquie

Bonheur de se promener au marché du village, d'entendre les commères négocier les tomates et les mangues, et ces dames qui étirent des culottes dans la lumière crue du soleil pour juger de leur taille tandis que les maris sirotent des cognacs aux terrasses. Dans tout cela, une simplicité et une bonne humeur que je ne retrouve dans aucunes de nos villes du nord percluses d'argent et de doutes. J'allais acheter des shorts. Un couple brasse un monceau d'habits que se disputent déjà d'autres clients et en tire trois modèles des meilleures marques. Payé le tout 11 euros. Puis chez le céramiste pour acheter des faïences, enfin chez le gitan pour les autocollants de la légion. Sur le retour, je prends mes bières hollandaises, désormais vendues en bouteilles de verre quand l'habitude se généralise dans la grande distribution de nous vendre l'excellent liquide dans des contenants de plastique. Il  y a du monde partout: le long des trottoirs, chez les trente coiffeurs, sur les toits et autour des bars, dans les chocolateries et sur les échafaudages, se hélant à distance, prenant des nouvelles les uns des autres. Une société à l'équilibre.

Elite

Avec plus de la moitié des jeunes andalous au chômage, on pourrait placer un vigile pour chaque cinq cent mètres de plage afin de refouler les analphabètes d'Afrique qui abordent les côtes, mais alors l'argent qui reste une fois payés les frais de fonctionnement de l'Etat reviendrait au peuple plutôt qu'à l'élite.

Devenir monde

Il y a une vingtaines d'années, pendant la première époque de l'internet participatif, un ami me disait: "si le monde entier est transposé sur l'internet, alors internet deviendra le monde". Avec la connexion des objets courants, cette science spéculative, alors simple fiction, tend à devenir réelle. Si en plus de transférer notre mémoire dans les machines, nous lui confions nos voitures et nos cuisines, soit ces deux fonctions essentielles de la vie que sont la mobilité et la sustentation, il ne restera plus qu'à appréhender l'espace sous forme de temps pour achever le programme.  

Rêve 2

Cette phrase sur la Grâce est sans lien avec mes excursions de pensée. Si j'étais croyant, j'y verrais un signe. Si dieu existe, c'est de cette manière qu'il se manifesterait dans une âme indifférente.

Rêve

Reconquête du territoire. Les soldats de l'équipe marquent au sol les galeries du "tube" londonien quand survient un problème, l'un des hommes est en état de mort imminente. Il flotte à hauteur de poitrine, sans bras ni buste, il n'est plus qu'une image. A l'endroit du ventre, un frigidaire avec ses compartiments. Or, le serveur informatique a cessé de lui fournir des victuailles. Une après l'autre ses provisions disparaissent. Alors j'entends: "une force supérieure amène à la purification sur l'autel".

mardi 22 août 2017

Lycée

En taxi au lycée français, là haut sur la colline, dans la zone résidentielle des Montes de Calderon. C'est le rendez-vous de la dernière chance. Trois fois de suite, l'inscription d'Aplo a été rejetée. J'essaie de sauver la situation. Question de sécurité, m'explique la proviseur, une femme élégante et vive, la loi n'autorise que trente-deux élèves par classe. Or, pour l'année à venir, le compte est bon  En taxi, disais-je, car je veux l'emporter. A défaut, j'aurai a mettre Aplo à Lausanne dans une école privée. Du résultat, je ne doute pas, il sera excellent, mais le prix est à la mesure, taillé pour les rois saoudiens. Et puis j'aimerais bien avoir mon fils avec moi. En taxi, car le lycée est situé au pinacle de la colline et la chaleur m'eut liquéfié si je m'étais avisé d'y grimper à pied, ce d'autant plus que je n'ai trouvé dans mes armoires à habit ni Bermudes ni short décent, appelant Gala au téléphone pour savoir si elles sait le parage de ces habits bien utiles en période de canicule, à quoi elle répond que j'ai délibérément laissé fin juin mes seuls Bermudes dans la montagne, misant sur la paire que mon papa devait me rapporter de Bangkok, ce qu'il fit, mais à la mauvaise taille (la faute aux marchands thaï qui modifient les découpes sans adapter les mesures américaines correspondantes, S, M, L, XL). Et donc, l'entrevue terminée, je descends de la colline vêtu de mes jeans, de mes chaussures de faux cuir à embout métallique et d'une chemise d'homme de cinquante ans, constatant qu'après tout, il eut été envisageable de venir sans l'aide d'un taxi - précisons, comme je pense cela, je suis dans la descente. De fait, dix minutes plus tard, lorsque le bus me récupère le long de la plage, je ruisselle comme une douche. Et je me demande si j'ai su convaincre. S'il était tout bonnement possible de convaincre.

Ecrire

Au fond, je pourrais arrêter d'écrire avant qu'il n'y ait plus de lecteurs. Je ne dis pas, pour moi, je dis, dans l'absolu. Comme on a cessé, dans le passage du temps, de peindre des nature mortes, de jouer du clavecin, de tailler des semelles de cuir ou de tisser des tapis.

Suites

Souvent je pense à la situation apocalyptique qui règne au centre de Paris: désordre des corps au sol, immondices, station infinie des groupes errants, reptation, commerces primitifs et médiocres illusions, coups de gueules, rapines et vies-paquet... Quand le discours des natifs, faute de ressource humaines, ne servira plus de loi civilisatrice à la rue, les envahisseurs actuels accueilleront leurs successeurs à la machette.  

Quantité

Quand on veut rester soi-même, combien d'ennemis ne se fait-on pas? Combien faut-il s'en faire pour avoir le sentiment de rester soi-même?

Goélands

En début de soirée, pendant quelques minutes, trois cent goélands tournent au-dessus du village. Je les ai vus hier, je les ai vu aujourd'hui. Est-ce qu'ils partent, est-ce qu'ils restent ? Pourquoi choisissent-ils la fin aout pour ainsi parader ?

Travail

Le propriétaire, tantôt, à l'agence, en conversation avec son factotum. J'entre, il me reçoit avec un grand sourire:
-Alexandre! Tu es bien rentré? Je vais te rendre tes clefs.
-Merci d'avoir soigné mes plantes Paco... je t'apporte une bouteille. Il faut dire que je tiens beaucoup à mon pin.
Alors, l'air inquiet:
- Je t'en prie! Mais... tu n'as besoin de rien? Je dis ça parce qu'on ne travaille pas. On est là par hasard.

Liberté

Le courage ne mérite donc vraiment d'être appelé le courage [selon Platon dans le Lachès] que s'il s'ordonne à la liberté. Mais on pourrait inverser la formule. La liberté ne mérite vraiment d'être appelée la liberté que si elle trouve des hommes assez courageux pour la défendre. Car elle ne se suffit pas à elle-même. Elle renferme le thème général de l'Occident, c'est exact, mais il n'est pas écrit d'avance qu'elle le renfermera toujours. Eric Werner, Un air de guerre.

Tard

A l'instant, je finis de regarder un film dans mon salon surchauffé. Pour me rafraîchir, je sors sur la terrasse. Le long du quai déambulent les promeneurs, des enfants rebondissent sur le trampoline de la plage, au restaurant El Fogon del Abuelo, le patron réunit trois tables et lisse les nappes, une famille de huit personnes s'installe pour souper. Il est minuit trente.

Paralogisme

Dans l'avion qui me ramène à Séville, deux sœurs petites, belles et drôles. Elle sont assises derrière moi. Pendant deux heures, elles jouent. Chose étonnante - l'aînée n'a pas six ans - avant de commencer, elles discutent les règles du jeu. Enfin, l'appareil entame sa descente. Au sol, la campagne sèche d'Andalousie jalonnée de ses retenues d'eau. Mon siège est dans la rangée vingt-six, j'ai la vue longue sur les autres passagers. Et que vois-je? Dans un mouvement quasi synchrone, tous les passagers se pressent contre les hublots. S'ensuit un moment de silence, puis des commentaires. Le jeune couple installé devant moi:
-Tu vois? Tu as vu? Qu'est-ce que c'est?
- Je ne sais pas, je ne sais pas, fait la fille.
Alors la cadette des gosses, derrière moi:
-Papa, l'hélice s'est arrêtée!
Assis côté couloir, je ne peux pas juger par moi même, ma voisine, une Galicienne avec qui j'ai échangé quelques mots, remplit le hublot. Ma main se crispe sur l'accoudoir. Le père tranquillement:
-Mais non Cindy, c'est un volet. Il se lève pour freiner l'avion. Tiens, je vais te montrer... Nous planons... dans l'air...

Immobile

L'hôpital des urgences, de l'autre côté de la rue, a enclenché sa centrale d'air conditionné. Installée sur le toit, le moteur fait ce bruit: "cla-cla... cla-cla"! Le même que les trains lorsqu'ils passent sur la voie et que résonnent les traverses. Mais le bruit ne passe pas, il est continu, je suis donc à l'intérieur du train, pour un voyage immobile. 

Espagne

Chaleur étouffante, mais: qu'on est bien ici! A l'arrêt de bus, je bois à même le trottoir une bière pression servie dans un verre. Arrive le 160. Le chauffeur est souriant, il appelle la plupart des clients par leur prénom. Nous longeons le front de mer. Lorsqu'il aperçoit des jeunes qui se hâtent, il les klaxonne: peut-être veulent-ils prendre le bus? Au village, une foule calme, installée sur les terrasses dans la lumière orangée de dix heures. Avant que la nuit ne vienne, j'ai le temps de monter à l'appartement. Je sors avec anxiété sur le balcon: mon sapin est entier. Le propriétaire lui a donné de l'eau. Puis je vais manger à la Trastienda. Le serveur me salue. Il apporte un plat andalou. Avec la voisine de table, nous parlons des meurtres de Barcelone. Elle a raison: c'est ce mode de vie, confiant, honnête, simple, populaire qui est attaqué. Puis elle me présente sa tante, une dame de cent ans. Pendant le repas, elle était de dos. Je l'ai vue manger son plat de crevettes à décortiquer, elle a bu une bière. Maintenant, j'apprends son âge. Cette très vieille dame s'en va au bras d'une autre, bien plus jeune, disons dans les quatre-vingt-dix ans? Mais la robe de l'aînée fait un mauvais pli, remonte sur ses jambes. Ma voisine se précipite, rectifie.

Argent des autres

Quelques heures avant le départ, Gala renonce à venir en Espagne. Il y a toujours une raison comme qui dirait, indépendante de sa volonté. En général, de santé. Parfois, administrative. Reste: le billet d'avion est perdu.

dimanche 20 août 2017

Folie

Entreprise de destruction générale, le socialisme. En février, plus de cent mille personnes défilent à Barcelone pour l'accueil des immigrés. Hier, des immigrés commettent un meurtre de masse. Trois jours plus tard, le pape appelle à ouvrir les frontières.

Marche

Belle réussite que celle de Mamère: voilà des années qu'elle convie le troisième week-end d'août nos amis à la marche populaire d'Attalens, vingt kilomètres à travers champs et sous-bois, entre la Veveyse et la Glâne. Hier, nous étions onze. Aplo nous présentait sa première copine, Monfrère était venu avec son fils, des amis d'adolescence que je ne vois qu'à cette occasion nous avaient rejoint. Pendant les quatre heures de balade, les groupes se forment et se déforment, chacun allant aux nouvelles. Et lors des deux arrêts, une fois en ferme, la seconde fois dans la buvette d'un téleski pour enfants, nous mangeons du gâteau et buvons des limonades.

Rançon

A l'aube, les politiciens sortaient dans la ville pour relever les machines à sou.