vendredi 7 juillet 2017

Calatayud



En route pour l’Aragon et la Navarre, nous réservons dans une des ces auberges du siècle d’or telles qu’on les trouve dans El Criticón ou Don Quichotte : le patio planté de galets donne sur l’étable où les voyageurs remettaient leur monture au palefrenier, la salle à manger est au-dessus de la cave à vin et possède une cheminée où rôtir les bêtes entières, les dépendances et les chambres s’empilent jusqu’au toit qui dessine un carré de ciel. Sauf que l’auberge est construite au milieu d’un labyrinthe de rues, que les panneaux sens unique le disputent aux impasses et qu’il se tient un concert de rock de trois mille personnes sur le place d’Espagne. Des Roumains nous renseignent. La femme, puis elle et son mari, puis les cousins. Les explications qui durent ne sont pas faites pour rassurer ; d’ailleurs, il n’y en a pas.
-Essayer par ici, puis demandez à nouveau!
Au bout de vingt minutes, excédé, je prends la mesure de la situation. Soit nous  repartons, mais alors je perds le prix de la réservation, soit j’abandonne la voiture et nous finissons à pied – mais comment abandonner une voiture qui bouche complètement la rue ? Alors, je remue les barrières de police et comme un cortège présidentiel, agitant la main par la fenêtre, nous traversons au milieu des trois mille personnes qui écoutent leur concert.

jeudi 6 juillet 2017

Albaícin



A Grenade, chez Jenaro, le vétérinaire et sa femme Vicrtoria. Le Carmen de quatre étages organisé autour d’un patio s’élève au sommet de l’ancien quartier arabe de l’Albaícin. Des ruelles d’une coudée, des murs à la chaux, les fontaines et les puits de l’ancien système d’approvisionnement médiéval et, depuis le toi, l’Alhambra et l’Alcazar. Nous buvons du thé fait avec des herbes poussées sur cette terrasse. En bas, un homme joue de la guitare, des groupes de Japonais et d’Américains défilent, les cloches sonnent. La chambre où nous dormons, bien que placée au deuxième étage, a en raison de la pente, sa fenêtre au niveau de la poitrine des passants.

Luminaires



Derrière le comptoir de l’électricien, un adolescent handicapé. Il compare des tubes néon pour un client en bleu de travail. J’en profite pour fouiller les étagères. Je trouve un spot individuel, lis son prix, le repose. Vient mon tour.
-Il me faudrait le rack de spots triple que tu as en vitrine et trois supports individuels dans le même style.
L’adolescent s’approche de l’étagère, soulève un carton.
-Oui, de ce type.
Il soulève d’autres cartons. Ils contiennent des spots différents. Un à un, il les ouvre. A la fin, il conclut :
-Je n’en ai qu’un.
-Et dans le stock ?
Il appelle au téléphone.
-Allô, maman…
Il répète : « il n’y en a qu’un. ».
En sortant, je jette un œil à la vitrine. Derrière le triple rack, j’aperçois deux boîtes individuelles. Avec celle de l’étagère, le compte y est. Je rentre dans la boutique.
-Tu as ce que je veux. Voilà comment tu vas faire…
J’explique. L’adolescent cherche la clef de la vitrine. Il attrape le téléphone.
-Attends ! Je vais aller acheter des avocats et des oranges pendant que tu appelles ta maman. Je reviens dans un quart d’heure.
De retour dans la boutique, je trouve mon matériel aligné sur le comptoir. L’adolescent cherche les ampoules. Il en essaie une, mauvais pas de vis, une autre, faible puissance.
-Regarde s’il y a du 6 watt !
-C’est que…
-Oui ?
-Elles sont plus chères.
Lorsque les ampoules sont sur le comptoir, il commence à additionner les prix.
-80,50 Euros, lui dis-je.
Il me dévisage.
-Je suis mauvais en mathématique, mais je sais compter.
-Le problème, c’est que je n’ai pas les clefs de la caisse.
-Et ta maman, elle revient quand ?
-Dans une demi-heure.
-Bon, je vais aller déposer mes oranges et je reviendrais à 13h30.
Lorsque je reviens à la boutique pour la troisième fois, pas de maman, la caisse fonctionne, mais il manque les vis. L’adolescent fixe l’étagère.
-Tu ne peux pas voir les vis, elles sont dans les cartons. Ceux que ta maman a utilisé pour présenter les luminaires.
Alors, il se met en devoir de trouver ces cartons.
Et à l’heure du repas, quand je dépose enfin mes luminaires dans le salon, le téléphone sonne, c’est l’installateur : il ne pourra pas venir.