samedi 10 juin 2017

Exigence, compréhension, satisfaction

Je me rends sur la plage avec une pelle et des bouteilles d'eau vides. Auparavant, j'ai acheté une bâche, du fil de fer et des crochets. Le but est de remplir les bouteilles de sable pour lester aux quatre coins la bâche qui servira à protéger le jacuzzi extérieur. L'opération est plus longue que je pensais. Une bonne partie du sable que je verse sur le goulot passe à côté. Ce faisant, je regarde les baigneurs, les promeneurs, les buveurs, les footballeurs, les enfants. Leur activité est évidente. Que peut bien faire cet homme avec sa pelle et ses bouteilles? A peine me suis-je fait cette remarque, qu'un gosse approche, s'agenouille à distance, me regarde peller. Il attend un peu. Il a raison. Cela me permet de préparer une réponse.
-Tu fais quoi?
- Je remplis ces bouteilles de sable pour les rendre plus lourdes. Elles contiennent un litre et demi d'eau, elles pèseront donc un kilo et demi. Ensuite, je vais les accrocher à une bâche pour éviter qu'elle ne s'envole.
Le gosse qui doit avoir dans les sept ans réfléchit. Il a compris, il s'en va. Il revient avec son petit frère.
- Regarde ce qu'il fait!
-Il fait quoi?
L'aîné ne répond pas.
-Tu fais quoi? Demande alors le petit.
-Je mets du sable dans la bouteille.
Le petit acquiesce, satisfait.


Dans la presse

Cet éboueur a sorti tellement de livres des poubelles qu'il a ouvert une bibliothèque gratuite.

vendredi 9 juin 2017

Espace-temps

Julien Green, dans son Journal des années 1960 (la date doit être précisée s'agissant d'un écrivain né en 1900 qui est mort presque centenaire), témoigne au quotidien de mœurs et de préoccupations qui suscitent la nostalgie, du moins pour ceux qui peuvent encore les comprendre, mais aussi d'une esthétique de la ville (le plus souvent Paris) et d'un rythme humain révolus. Ce Journal que je feuillette régulièrement depuis les années 1980 (même si Green s'exprime lui-même en nostalgique d'une époque qui renvoie à la fin du XIXème) m'amenait à concevoir le village d'Axarquie où je vis désormais comme l'expression d'une période antérieure de nos sociétés. L'Espagne est le pays de mon enfance puisque j'y ai vécu une partie de ma jeunesse, mais c'est surtout la société de mon enfance: celle qui existait à l'époque où Julien Green écrivait à Paris et qui, dans les pays entrés tôt dans le libéralisme de destruction, s'est achevée à la fin des années 1990 avec la répression de l'antimondialisation et le quadrillage informatique des désirs. Quand je parcours les rues de ce village ou quand je parle aux gens de rencontre, je trouve des mœurs qui n'ont plus cours sur nos territoires de grande faillite rompus aux règles de l'hypervitesse et de la barbarie numérique. La question est alors de savoir en combien de temps se fera le rattrapage, lequel indiquera le moment du prochain déménagement. En théorie, ayant cinquante ans déjà, je devrais pouvoir remplacer l'avenir glacial que nous impose le libéralisme totalitaire par un présent à peu près vivable en me déplaçant à mesure de l'extension de la catastrophe vers des sociétés plus archaïques encore détentrices de mœurs convenables et d'une esthétique humaine des relations entre les vivants (dans les limites de l'aire de culture européenne, cela va de soi, donc de pays surmodernes en pays modernes, puis de lieux saturés en lieux reculés, enfin de lieux secondaires en lieux sauvages, époque à la quelle la mort devrait faire la suite).

Réalité

« Le Paintball ne reproduit pas l’armée canadienne ou l’armée américaine. Il reproduit ce qu’on pense de la guerre, il reproduit Hollywood, les films d’action que l’on voit, une fiction, la simulation d’une reproduction. Nous sommes très loin de la réalité ; la réalité n’intéresse plus personne ! » Serge Bouchard, dans Episodes de guerre.

jeudi 8 juin 2017

Médecin

Formule du médecin lorsque vous quittez son cabinet: "j'espère que la prochaine fois l'on se verra dans la rue!"

Rêve

- Si c'est comme ça, dis-je à Gérard Berréby des éditions Allia, je reprends mon manuscrit! Vous ne pensiez tout de même pas que j'allais publier chez un homme qui me dénonce à la police?
Et de me hâter vers l'hôtel où ma chambre ne va pas tardé à être perquisitionnée. Chemin faisant, je me représente le livre de géographie coloniale dans lequel j'ai caché mon pistolet. Arrivé devant l'hôtel, je vois qu'il est trop tard: le service en chambre est passé, mon arme a donc été trouvée. Je veux fuir, mais un inspecteur m'appréhende.
-Ce n'est pas que vous soyez suspect, nous contrôlons tout le monde. C'est cherchons un Suisse.
Je plaide mon innocence quand je sens une pièce de monnaie sous mon pied.
- Tiens, une pièce de cinq francs!
-C'est donc vous, s'écrie l'inspecteur européen.
Avant d'être mis en cellule, je passe à l'université pour savoir si je ne pourrais pas reporter mes examens.
-Surtout pas, me conseille un camarade, tu vas tout oublier!
J'entre alors dans la bibliothèque centrale. Une fille me bouscule. J'en profite:
-Pourriez-vous m'indiquer la salle de théologie?
Elle ouvre une porte. Dans la salle, aucun livre, rien que des pages de manuscrits araméen punaisés au mur et le maître, un savant à barbe qui se tient dans l'encadrement de la fenêtre. Il est entouré d'élèves. Tous me dévisagent.
-Excusez-moi, je cherche Le Christ à ciel ouvert. Mais... je vous reconnais... je te reconnais...
Les élèves étonnés font cercle. Comment? Je tutoie leur maître?
- Oui, nous étions ensemble dans le château abandonné... l'an dernier... non, cette année même.. Désolé, quand je vois beaucoup de monde, je ne reconnais plus personne.


Solution

La solution est comprise dans le problème. La philosophie décrit la pratique de résolution: comprendre le problème, c'est trouver la solution. Aujourd'hui, nos problèmes de société sont envisagés en deux temps: le problème est nié puis, à ce problème qui n'en est pas un, une solution est apportée qui est un problème.

Papillon

Un papillon de bonne taille s'est posé dans le salon. De loin, il ressemble à un avion furtif: les ailes ont la même découpe, le nez la même pointe. J'attrape la spatule du barbecue, la glisse sous le corps de la bête. Gala empêche mon geste: je vais le blesser. Elle approche un chiffon. Le papillon déplie ses ailes, une tache rouge carmin apparaît sur le bas du corps. Le papillon se referme.
- Il est en fin de vie, déclare Gala.
Dans l'heure qui suit, je l'observe plusieurs fois. La tête dans l'angle du mur, il est immobile. La nuit, quand je reviens de la ville, je le trouve à quelques centimètres de l'ancienne position. Je le touche. Il ne réagit pas. Je fais coulisser la baie vitrée de la terrasse, le jette dehors. Il ouvre et referme les ailes. Je sors. Gala m'attend sur le quai. Je lui parle du papillon.
-En ton absence, je lui ai donné une goutte d'eau.
Ce matin, il a disparu.

  

Effondrement de l'art

Quand tout le monde s'aventure, photographie, peint, écrit, il est impossible de distinguer parmi ces actes celui qui porteur d'une qualité essentielle amènerait à attribuer un titre de grand aventurier, grand photographe ou peintre, ou écrivain. Bientôt l'aventure et les arts, de prérogatives culturelles, deviennent des prérogatives naturelles de l'individu. Dès lors, ces domaines majeures de l'exploration humaine sont réduits à la somme des circulations et des actes commis par la masse des individus, transformant les outils de transcendance des civilisations en autant d'expressions sur un marché de la possibilité technique. 

mercredi 7 juin 2017

Dogme

La dispute est fondamentale. Echange d'informations entre deux ou plusieurs interlocuteurs, elle est motivée par la volonté de faire valoir un point de vue personnel selon le principe de la nécessaire relativité des points de vue. Le refus de la dispute implique donc le refus du relativisme comme de la dialectique. Dans nos sociétés postlibérales, le refus du relativisme aboutit, comme ce fut toujours le cas, à la réintroduction de la notion de vérité mais, cela est neuf, sous une forme paradoxale: le relativisme devient vérité absolue. Ce dogme qui suffit à nier l'utilité de la dialectique en tant qu'instrument de recherche intellectuel installe dans les consciences l'idée que ce qui est (la pensée de tel homme ou de tel autre homme) ne doit pas nuire à ce qui doit être (la gestion de tout homme par le principe économique - au sens le plus large de fonctionnement appareillé des unités vivantes). S'ensuit une censure générale de tout intervenant au débat qui prétend défendre à travers la dispute un point de vue original susceptible de revendiquer face à la nécessité économique une valeur alternative. Pratiquement, le contrôle de la pensée dans nos fausses démocraties s'appuie sur le refus de la dispute que font valoir les bienpensants. Il est facile de voir que dans ce rôle sont particulièrement cooptables les pseudo-intellectuels qui, à l'exemple de ce qui s'est produit dans les totalitarismes soviétique, asiatique ou national-socialiste, ont la capacité de penser dialectiquement mais pas la capacité de fabriquer à partir de cette dialectique une pensée propre. Au-delà du petit personnel de la pensée de révérence, il faut surtout redouter la génération qui entre ces années dans l'âge adulte, nourrie comme elle l'a été de contenus fabriqués par l'ingénierie sociale. Car la personnalité des membres de cette génération a été spécialement conçue afin de propager le dogme du relativisme absolu dans le but de réduire l'ensemble des unités vivantes à l'économie.
Dans la logique de cette prise de position, il faut souligner que toute opposition résolue à la demande de dispute dénonce la fausseté intellectuelle de celui qui la profère. Si cette opposition est moralement décourageante et parfois blessante, elle est aussi roborative en ce qu'elle nous fait prendre conscience de ce que nous n'avons pas encore basculé dans la négation de la pensée. A cet égard, le constat que Jean-Claude Michéa fait du régime appliqué aux transfuges du partis communiste à l'époque où ce parti comptait en France s'applique analogiquement à ce que vivent aujourd'hui les promoteurs d'un débat sur les valeurs: "Quitter le Parti [], ce n'était donc pas seulement négocier une rupture intellectuelle. C'était aussi s'engager dans un processus de rupture d'amitiés moralement et psychologiquement très éprouvant". (Entretien à Radio libertaire)

Liberté

Thierry Raboud fait l'éloge du Triptyque de la peur dans La liberté. Style impeccable et résumé efficace d'un livre qui se lit difficilement et se résume mal. Comme d'habitude - quand bien même celle-ci est récente - je suis un écrivain fribourgeois. Lisant avec satisfaction l'article, je me demandais comment le journaliste s'y prendrait s'il lui incombait la tâche de chroniquer, pour autant qu'il paraisse, le roman que je viens de terminer ; j'y présente Fribourg sous son aspect le plus sombre. N'en dire que du mal est je crois contraire à la déontologie. Resterait donc la possibilité de dire que je suis un écrivain genevois (quoique les représentant de cette Ville m'aient appris l'an dernier que je ne l'étais plus puisque j'avais déplacé mon domicile...)

Commerçants

Etonnants commerçants de village: ils donnent des conseils, en profitent pour parler du vent, de la fête et de la famille. Au moment de la vente, ils semblent tristes car celle-ci met fin à la conversation.

Ouroboros

Au programme des fêtes édité à l'en-tête de l'Excellentissime municipalité, du flamenco, un tirage au sort, un chœur d'enfants, du football et une manifestation.. contre le retard pris par la municipalité dans la construction du nouveau centre éducatif.

Tuc

L'enfant vit un ensemble d'obstacles. Il étaient durs, bruns et verticaux. Il s'approcha. Tâtant l'un des spécimens, il le nomma Tuc. Il pénétra dans l'ensemble. Les autres lui apprirent qu'il s'agissait d'arbres. Un temps, il conserva le terme qu'il avait inventé puis se conforma, appelant arbres les Tucs. Parce qu'il pensait encore aux Tucs et les comparait parfois aux arbres, il prit conscience que cette chose qui se dressait devant lui n'était ni un arbre ni un Tuc, mais une chose. Il prit conscience que si la combinaison de ces choses formait ce que les autres appelaient une forêt et qu'à leurs yeux cet ensemble était nécessaire, lui était tenu de raisonner autrement: ce qui est, pensa-t-il, n'est peut-être pas le tout et ce tout n'est pas forcément ce qu'il est. Il s'étonna alors d'avoir spontanément nommé les autres, autres et d'avoir accepté qu'ils lui imposent de voir une arbre là où il s'agissait vraisemblablement d'un Tuc.

mardi 6 juin 2017

Reconnaissance

Du matin au soir, mais aussi la nuit, les mères silencieuses promenaient dans des poussettes leurs enfants afin qu'ils découvrent le monde dans lequel il leur faudrait vivre.

Vider le corps

En radicalisant la technique du flux de conscience, ou pour être exact en la considérant non plus comme une théorie esthétique qui permet d'obtenir des personnages ou du narrateur un simulacre de flux mais comme une pratique susceptible de libérer la parole du contrôle mental qui s'exerce au moment de la production littéraire, on devrait pouvoir écrire dix, vingt ou trente heures de suite, jusqu'à la limite de l'épuisement, et tirer ainsi du fonds de l'inconscient des séries de sens inédites. La première phrase n'a aucune importance. Elle sert à déclencher le flux, lequel ne commence à opérer (si cela marche), qu'au moment où l'esprit critique baisse la garde. Ensuite, le matériau devra être travaillé en ce sens qu'il faudra pratiquer des coupes sombres. Les parties conservées seront alors jointoyées, pour utiliser un terme de maçonnerie. Le but étant de vider le corps de son contenu de paroles et d'images.

Laci Jurlik 4

Ce matin, je l'envoie chercher du pain. Il interrompt mon explication, sors son GPS...
-Non, lui dis-je, viens sur le balcon, je vais te montrer la boulangerie!
Au moment de sortir, il désigne mes pantoufles:
-Je peux te les emprunter?
Je les retire, il les passe et appelle l'ascenseur .
-Attends... tu ne vas pas sortir comme ça?
Il porte un jean en loques, il va torse nu.
-Non?
-Non. C'est l'Espagne ici, les gens ne comprendraient pas.
Et Gala, de la cuisine, l'air d'expliquer :
-Il sont catholiques!

Laci Jurlik 3

Il raconte quelques épisodes de son voyage de cinq mil kilomètres qui s'achèvera demain à Algéciras où il prend le bateau pour Tangiers. Il a dû apercevoir mes drapeaux, et cherche peut-être à connaître mes opinions, car parmi les anecdotes qu'il raconte, il insiste sur celle-ci: "j'étais à Budapest et je n'avais rien à faire de l'après-midi. J'ai pensé que le mieux serait d'aller voir où se trouvaient les réfugiés. Personne ne me renseignait. Je voulais juste aider. Alors j'ai arrêté un type au hasard dans la rue. "Quoi! s'est-il écrié, mais pourquoi les réfugiés? Vous voulez voir un pauvre? Un Hongrois pauvre?" Ce type était un gitan. Il m'a conduit à la périphérie dans un bâtiment misérable. Sa femme cuisinait deux patates avec de l'oignon, ses enfants dormaient sur un vieux tapis. Je l'ai emmené au supermarché et lui ai dis: "voilà, achetez tout ce que vous voulez!". Cela m'a coûté 100 Euros, mais après, je me suis senti bien pendant un mois."

Nouvelle génération

Aussi intéressé qu'inquiet devant cette nouvelle génération - celle de mes enfants - qui ressemble à une boîte noire librement traversée des flux que fabrique l'ingénierie sociale.

Laci Jurlik 2

Un message: "les Espagnols chez qui je suis hébergé ont fait à manger mais ne m'ont rien offert. Evidemment, ils n'ont pas à le faire..." Un autre: "Ils ne m'ont pas encore adressé la parole". Un troisième: "Pourrais-je venir chez toi?" Quand je rentre en soirée, je le trouve  en conversation avec Gala. Il a installé son vélo électrique sur la terrasse, décroché ses sacoches rouges, mis les batteries à recharger. J'allume le feu, nous sortons acheter de la bière et de la viande. Au supermarché, il s'étonne: "comment ça, tes enfants sont à Genève?". Puis cette question surprenante venant de quelqu'un que j'ai connu il y a moins de dix minutes: "pourquoi toi et ta femme vous êtes-vous séparés?" Qui obtient sa réponse: avant de quitter la Slovaquie pour aller travailler en Hollande, Laci vivait avec une belle-mère qu'il n'aime pas et qui, dit-il "ne rend pas mon père heureux", quant à sa mère, elle s'est remariée trois fois et lui a fait neuf frères et sœurs.

Michéa

"A votre avis, et pour ne prendre qu'un seul exemple, pourquoi les banques ont-elles pris l'habitude de changer régulièrement votre conseiller personnel? Parce qu'elles savent parfaitement qu'un simple employé, avec le temps, risquerait de s'attacher à vous et de se comporter, dès lors, non plus comme un "commercial" qui doit à tout prix placer ses produits, mais comme un être humain réellement soucieux de vos problèmes quotidiens. C'est là, en somme, un hommage du vice libéral à la vertu des gens ordinaires []", La double pensée, J-C. Michéa.

lundi 5 juin 2017

Drogues

Cet ami, noyé dans les drogues, qui hélas n'en est pas mort. Depuis, pour retrouver l'espace et le temps, il doit chaque jour gravir des échelons négatifs.

Laci Jurlik

Un cycliste slovaque en route pour le Maroc me demande par internet si je peux l'héberger pour une nuit. Comme lui, je suis membre de couchsurfing, c'est d'ailleurs le site que j'ai utilisé pour trouver des hébergements gratuits à Détroit. J'accepte sa demande et lui demande son heure d'arrivée. Il répond qu'il a trouvé un hôte et me remercie. Ce matin, je pars à pied pour le village voisin où je dois acheter du chlore. En chemin, j'aperçois un cycliste vêtu d'un T-shirt rouge montant un vélo harnaché de sacoches rouges. La photographie du Slovaque que j'ai vue la veille me revient en mémoire. J'ai sous les yeux la réplique fidèle de ce que j'ai vu sur internet. J'appelle: "Laci!". C'est lui. 

Sieste

Fascinante chronométrie du corps. Sans regarder à l'heure, je me couche pour la sieste. Quarante-huit minutes plus tard, je me réveille. Tous les jours, je vérifie le minutage sur une horloge digitale qui projette au plafond. Mais il y a mieux: je dors vingt-quatre minutes sur le côté droite et vingt-quatre sur le côté gauche. Le moment de se tourner ainsi que le moment de se relever se signalent par une hausse subite de la température du corps.

dimanche 4 juin 2017

Electrototalitarisme

Monfrère m'envoie une facture des services d'autoroute italiens qui remonte à mai 2015. A cette date, j'aurai quitté l'autoroute sans payer le péage. Je vérifie; en effet, ce printemps-là je me suis rendu à Venise pour un entraînement de boxe ! Seulement - chacun vérifiera d'après son expérience - que veut dire quitter une autoroute sans payer le péage sinon qu'il n'y avait pas de péage?

Refaire

"Si c'était à refaire..." Ce qui a été fait ne peut être refait et ne peut donc être pensé (nous croyons disposer de l'objet du souvenir parce que nous le représentons, mais ce que nous représentons est un objet construit au présent). C'est au contraire ce qui a été fait qui constitue notre pensée et détermine l'avenir comme une chose à faire et qui ne pourra être faite de toutes les manières mais seulement d'une certaine manière. De sorte qu'il y a de moins en moins de jeu - ce qui n'implique pas qu'il y a de moins en moins de liberté. A cet égard, le titre du dernier livre d'André Gide est éclairant. Dans Ainsi soit-il et Les jeux sont faits, l'auteur prend la plume sans l'intention de rien dire de précis, se laissant aller à dire ce qui lui viendra.

Trace

Au Salon du livre, je croise un ami que je n'ai pas vu depuis six ans. Avant de me saluer, il dit:
-Tu as changé d'after-shave!

Rencontre

En cas de rencontre avec une civilisation extra-terrestre, le probabilité pour qu'elle n'ait que 500 ans d'avance sur la nôtre est faible.

Unités économiques

Content de retrouver en conclusion de l'exposé que Jean-François Billeter donne de son expérience philosophique dans Un Paradigme, la notion de personne, ici comprise comme puissance d'action, mais qui recoupe pour moi l'approche fervente d'une Emmanuel Mounier insistant lui aussi sur l'immanence et la nécessaire qualité humaine du devenir individuel. Puis je lis Bernard Stiegler qui cite ce passage effrayant d'André Leroi-Gouran: il y a lieu de penser que "la liberté de l'individu ne représente qu'une étape et que la domestication du temps et de l'espace entraîne l'assujettissement parfait de toutes les particules de l'organisme supra-individuel".

Désinduction

Une armoire, songeait-il, ne ressemble guère à un appartement. Tout au plus, peut-elle être considérée comme une métaphore de l'appartement. En revanche, elle ressemble à une pièce. De sorte que si l'on place côte à côte plusieurs armoires, on devrait obtenir une appartement. Mais pour procéder de la sorte, il faudrait disposer d'un appartement dans lequel introduire des armoires. Or, l'on ne peut introduire quelque chose que de l'extérieur vers l'intérieur, de sorte qu'à la fin, un appartement plein d'armoires ne serait plus du tout un appartement puisque personne ne pourrait plus y pénétrer. Ce serait une métaphore. Sur quoi il se rendormit.

Honte

Rapport entre sacrifice et argent. Pour les grands marionnettistes, la mort qui hante les concentrations urbaines doit être acceptée par le peuple. Les discours y travaillent. Telles des machines abstraites effectuant des sous-programmes, les organisations internationales fabriquent le vocabulaire qui permet aux affidés de naturaliser ce qui est aberrant. Dans le groupe des tireurs de ficelles, la priorité est connue: l'enrichissement continu, et chaque jour plus minoritaire. Quelle honte! Tant de progrès pour aboutir à un matérialisme funèbre! Et quelle cécité: les populations croient à l'avenir de paix et de collaboration dont on lui rebat les oreilles. Chaque avant guerre a le même goût, celui du déni.

Messe

Des fêtes de chaque côté de l'appartement. Sur la plage, la feria de la tapa. Les Andalous dansent, boivent et mangent. Quand ils ont chaud, ils nagent dans la mer qui déroule ses vagues à quelques mètres du chapiteau; sur la place de Constitution, la paella cuit dans des poêles grandes comme des tables, la bière Alhambra coule de dix becs verseurs, les enfants chantent sur un podium festonné. Le soleil est couché, mais il fait encore trente degrés. Nous buvons l'apéritif sur la terrasse, attentifs au sont des haut parleurs. Quand les accords de guitare retentissent, nous nous habillons: un groupe de flamenco est monté sur scène. Mais Gala prend du retard, je descends seul. A peine ai-je atteint la place, la prestation est interrompue, le gitan et ses danseuses s'en vont. Des filles s'installent sur la scène, elles présentent une étrange chorégraphie muette. Derrière, sur l'écran géant, un groupe de rap américain. Mettant cela sur le compte de la bonne humeur et du je-m'en-fichisme, je vais au supermarché, j'achète une côte de boeuf. Le boucher me propose différentes coupes. Il est aimable mais pressé. Aux caisses pareil: la clientèle s'agite. Je consulte l'horloge: vingt et une heures. Revenu sur la place, je saisis: le match commence. Les ballerines se sont effacées, les footballeurs du Madrid sont à l'écran. Pendant l'heure et demie qui suit, chaque fois que l'Espagne marque, tout le village se soulève.

Folie 2

Quelques heures après l'assassinat au couteau de passants dans Londres par des Musulmans, le maire musulman de Londres déclare:  «Il n'y a pas de raison de s'inquiéter. Londres est la ville la plus sûre du monde».

Non-négation

"C'est le génie de Machiavel d'avoir compris qu'une société est d'autant plus forte et plus durable qu'elle tire parti des conflits qui l'animent au lieu de chercher à les nier." Jean-François Billeter, Un Paradigme.

Folie

Le Monde daté du 3 juin, dans un article consacré aux clandestins de Calais, rapporte: "En dépit des attaques diverses, de la perquisition et même de l’incendie de leur maison, le couple continue à apporter aux Africains de passage un peu d’humanité. « Quand le maire a fermé les douches, des citoyens ont ouvert leur salle de bain », commente celle que tous appellent « mamie » et qui trouve une solution à tous les soucis." Soit le journaliste de ce quotidien ment, dans quel cas il doit être exclu de la profession, soit le fait est avéré et la folie de cette citoyenne doit faire l'objet de mesures égales. Afin de protéger la société des fous, il existe des maisons d'aliénés. 


Le puits du Suisse

L'hiver dernier, on me parle de la Grotte du trésor. Son entrée est sur la colline à quelques mètres du village. Je m'y rends avec Aplo. En cette saison le parking est vide, le fonctionnaire qui nous ouvre est content d'avoir des clients. De la ville arrive un couple de touristes guide en mains. A quatre, nous descendons sous terre. Sur le palier moyen de l'escalier d'accès figure une chronologie des époques préhistoriques. Nous déchiffrons quand un appel vient du bas. La fonctionnaire nous attend au pied de l'ascenseur. Nous parcourons les galeries et les salles, enjambons une rivière, marchons dans des bassins. Je me penche sur le puits du Suisse. L'ingénieur Antonio de la Nari est mort là, dans l'éboulement provoqué par son dynamitage. La visite finie, Aplo et moi faussons compagnie au groupe et retournons dans la grotte. Nous explorons les galeries interdites, éclairons les fouilles récentes, je repasse devant le puits qui s'est effondré sur l'explorateur suisse. Ici et là, d'autres travaux sont en cours. Depuis les années 1940, les recherches n'ont jamais cessées. D'après les chroniques des pères qui évangélisaient les royaumes arabes, la grotte marine aurait servi de cache au trésor des Almoravides.
La semaine dernière j'achète aux dames de l'association d'entraide du village, un livre intitulé L'homme qui croyait savoir où il y avait un trésor. Cet homme est Manuel Laza Palacio. Il a hérité la grotte de son oncle dans les années 1950. Jusqu'à sa mort, il a consacré ses vacances et ses week-ends à chercher le trésor, ouvrant des galeries, découvrant des salles, émettant des hypothèses sur les tunnels qui relieraient la colline à l'ancien fort. Mais ce travail intervient presque un siècle après celui du Suisse qui sur la foi de la légende rapportée d'Oran creusa une trentaine d'années à partir du début du XIXème siècle. Ces derniers jours, je pensais aux expertises des géologues et des radiesthésistes - toutes pointent sur le même emplacement pour ce qui est de la cache du trésor - et j'imaginais reprendre l'histoire, faire le lien entre le passé et le présent.
Hier, je lis le journal gratuit du village. Il annonce que le réalisateur Alberto Pons va tourner début septembre une fiction dans la grotte dont le sujet sera le Suisse et son puits. Je viens de l'appeler.