samedi 4 mars 2017

Recommencer

Pour quoi s'en tirer? Si l'on essaie de s'en tirer, c'est qu'on s'est fourvoyé. C'est donc qu'après avoir commencé, on a mal fait. Et si l'on est mesure de le constater, c'est que les forces permettent aussi de recommencer.

Temps

Grande pluie sur la côte. A nouveau la mer se déchaîne. Conduisant Aplo à l'aéroport, je montre les vagues grise, éméchées, qui s'abattent. Le sable vole, entre deux assauts les rochers soufflent. Comme d'habitude, les habitants se calfeutrent, la promenade est déserte. Dans l'averse, les voitures avancent au pas. J'écoute The Cult, ravi d'avoir vu mon fils, content d'être seul, prêt pour la reprise.

Absurde

Universellement lu quand il disait ce qu'il pensait dans des formes incroyables, Ionesco a très peu été lu quand il s'est occupé de dire la même chose dans des formes croyables - Journal en miettes I et II, Passé Présent-Présent Passé. 

Knut 2

Knut Hamsun, vieillard sourd, retenu en 1947, sur ordre de la police norvégienne dans un asile psychiatrique, est autorisé un après-midi à gagner Oslo pour faire diagnostiquer par un occultiste une vue faiblissante quand une inconnue lui saute au cou, l'embrasse et le remercie pour ce qu'il est et ce qu'il a écrit. "Je n'offrais pas précisément le spectacle d'un splendide vieillard à la dame qui me prit dans ses bras rue Karl Johan."

Manoeuvres

Un médiocre ne combat pas une personne de caractère, il obtient qu'on la déjuge pour se mettre en position de raison.

Enigme suisse

-Oui, je comprends, me dit José. Mais votre dernier roi, quand est-il mort?
- Il n'y a jamais eu de roi en Suisse.
-...
- Des paysans coalisés, devenus guerriers... par choix... ou devoir.
- Incroyable! Et il y a plusieurs langues? Mais alors comment font les gens?

Images

Les images impriment la rétine. Sur l'esprit, elles glissent. Parfois, elle l'emballent. Puis se défont.  Alors que l'écrit pénètre, grave, accroche aux plis. D'un simple signe lu, l'esprit travailleur obtient  reconstitution. De l'image, il reste ce qu'il reste: l'équivalent d'une gifle dont on se demande le motif.

Souris

La souris se déplaçait à grande vitesse à travers l'appartement. Elle s'arrêtait, ouvrait les yeux et projetait contre la paroi un message publicitaire.

Stations

Gala sur la voie du retour. Tous les jours, depuis seize ans, ce roman qui m'agace, m'angoisse, me défait. Je l'ai quittée à Genève le 29 février, je l'ai vue une heure dans un bar à la veille de mon retour en Espagne. D'un bar dans Figueras, elle écrit ce soir: "je viens de conduire 600 km, il en reste deux fois plus, il pleut, l'hôtel n'a pas la wi-fi".

Signes

Que l'on puisse lutter pour accomplir quelque chose au-delà de soi-même est une preuve suffisante de l'appartenance à une société digne de civilisation.

Laboratoire

Le régime de Dantec dans son Laboratoire de catastrophe générale, vivre le jour en résistant, écrire la nuit en drogué; à la fin, il en meurt. J'ignore s'il est mort de ça, mais on meurt de ce qu'on a vécu.

Direction

Voyons! Mon entreprise fait des bénéfices. Les perspectives sont bonnes. D'ailleurs, voici un nouveau client. Renseignements pris, il a de gros moyens. Je le reçois et le courtise. Il signe, consomme et paie. Il me revient, augmente sa demande. Je me vante auprès d'un ami. "Comment, s'exclame cet ami, tu l'as pour client? Tu sais qui est ce type?" Mon ami me l'apprend: mon client corrompt, vole, exploite. Ce n'est pas tout: il a plus d'un mort sur la conscience. Le lendemain, le client se présente à mon bureau, me remercie pour mes derniers travaux, m'invite à venir passer le week-end chez lui et m'annonce que nous en profiterons pour signer de nouveaux contrats. Avant d'avoir pu répondre à l'invitation, je croise mon ami. Il me reproche: "malgré ce que je t'ai appris, tu traites toujours avec ton client?"  Et moi: "tu te trompes, ce n'est que mon client. Sa vie privée, ne me regarde pas!" "Mais enfin, dit mon ami, hier encore, dans le quartier..." Je ne laisse pas finir mon ami, je l'interromps:
- Je ne suis pas au courant.
Et maintenant, de la même façon, je dirige le monde, car, c'est bien connu, qui peut diriger une entreprise peut diriger le monde.

Clint

Clint Eastwood a-t-il fini par croire, à force de jouer dans des westerns, qu'il était Clint Eastwood?

Post-démocratie

Si, de la campagne présidentielle qui se déroule ces jours en France, on retire les hommes et femmes politiques, apparaissent les commanditaires et bénéficiaires des programmes des candidats, lesquels commanditent et espèrent bénéficier du choix censitaire en fonction de deux et deux critères seulement: "vais-je augmenter mes revenus?" et "l'effort de guerre soutiendra-t-il les visées stratégiques du capital que je gère?"

Grosseur

Cette femme grosse a un mari. Tantôt, il se promenait à ses trousses. Difficile de s'exprimer autrement car le trottoir n'a pas une largeur suffisante pour que l'homme puisse marcher de front avec sa femme.

Singularité

Il faudrait avoir le talent nécessaire pour prouver que face à la complexité, ce n'est pas de la "singularité", au sens où le posthumanisme propose le dépassement de notre condition anthropologique dans un être autocréé et sans organes, dont nous avons besoin, mais de la simplicité, c'est à dire d'une capacité à neutraliser tout élément partie prenante de la complexité qui nuit à la stabilité anthropologique conçue comme la base d'un progrès d'expansion de nos données duelles, physiques et mentale. Et si je dis "prouver" et non "démontrer", c'est que je crois que cela passe par l'invention d'un mode de vie.

Bon sens

Si le bon sens est une notion anhistorique fondée sur la nature de l'homme dont la définition typique pourrait être: "capacité de l'homme à agir en fonction de son intérêt et de celui de l'humanité", alors force est d'admettre que nous sommes fous. Quand je dis "nous", je parle de la civilisation occidentale, blanche, chrétienne, moderne, post-moderne - moment où le bât blesse. La transvaluation des valeurs réclamée par Nietzsche au nom de la force spirituelle a trouvé son double grimaçant: l'inversion suicidaire de toutes les valeurs de vie. Mais alors, pourquoi raisonner encore en fonction de l'ombre que projette notre justice d'époque, ce parangon du faux? Celle des magistrats, corporation technicienne; celle des hérauts de la moralité politique ou religieuse, corporations techniciennes; celles des donneurs de leçon médiatiques, grands esclaves; celles des puissances d'argent, corporations techniciennes?  Il faut, sauf à s'exposer à perdre toute notion de bon sens, ébrouer cette ombre poisseuse qui asphyxie et se prendre en main.

Parole

Entre toutes choses qui changent, me surprend le destin de la parole. Comment savoir si je suis seul dans ce cas? Il faudrait pour cela trouver l'occasion de parler. D'ailleurs, je ne suis pas certain de mon constat. Il ne s'agit pas de faire état d'une recul quantitatif de la parole. Elle est partout. Si je m'abstiens, c'est affaire personnelle. Mon inquiétude porte plutôt sur la nature des échanges. Au sein des grands flux, manquent ces dialogues de mariage heureux qui à partir de l'amitié, c'est à dire d'un grand silence partagé, questionnent fébrilement le monde. Il me semble avoir vécu pendant des années immergés dans cette transe chercheuse - aujourd'hui, je tombe à n'en plus finir dans le vide. Il est vrai: je me tais; et même quand je parle (je ne suis pas avare de mots), je le fais parfois en me taisant. Comme j'étais une fois de plus de passage en Suisse, et bien content de partager avec des amis, des rencontres, des personnes nouvelles, m'apparaissait chez chacun d'entre nous cette tare que j'évoque ici: sorte de fatigue congénitale, atavique, et donc inqualifiable, qui vide la conversation de sa force passionnelle. Il faudrait aller plus loin: discuter le propos. Par exemple se demander si ce refroidissement de la parole, ce recul de la passion qu'elle porte, est physiquement appareillé à l'atteinte de l'âge et à la perte de l'innocence ou s'il y a là un impact de l'époque, pour nous de l'universalisation des machines et de la mise en catégorie de la spontanéité.

Concours de coiffeurs

Attentif depuis des années au marché de la coiffure. Peut-être parce que la profession est liée à l'héritage artisanal de l'occident. Ou alors, parce que pour réussir dans ce métier compte autant la dextérité dans la manipulation des ciseaux que le don de parole. Au village, les salons de coiffure sont nombreux et ils se multiplient. Je fréquente l'un des plus anciens. Le local des années 1950 est vétuste. Manolo Ramos est chauve, motard, andalou et spécialiste en ragots politiques. Il est débordé. Pour ce qui est de prendre rendez-vous une semaine normale, c'est à peu près impossible. Il éteint son téléphone. Il faut se rendre sur place. Et que voit-on? Les chaises pliables sont occupées, trois autres clients attendent sur le trottoir. La coupe est à 8 Euros. Or, depuis février, une nouveau salon s'est ouvert. "Low-cost", annonce l'enseigne. L'une des jeunes femmes - elles sont sept - confirme: il s'agit d'une chaîne. Prix de la coupe, 5 Euros. Un distributeur de ticket organise les tours de passage. Ce matin, un des salons installé de l'autre côté de la rue a relève le défi: sur la vitrine s'étale en grand "Corte, 4 euros". Nul doute que tous ces gens ne parlent. Reste à savoir s'ils ont en ce domaine autant d'expérience que Manolo.

Déconstruction

Ne fut-il pas plus joyeux d'exister dans une époque moins construite?

Singes

Les visiteurs des zoos, explique cet éthologue, aiment voir les singes dans ce qui est présenté comme leur environnement naturel, mais en dehors des heures d'ouverture, il n'est pas rare que les direction, aux Etats-Unis, remettent à leurs bêtes des tablettes et, vous seriez étonnés, elles s'en tirent très bien, notamment avec les logiciels de dessin. Attendez-vous à recevoir d'ici peu des mails envoyés par des gorilles ou des orang-outans.

vendredi 3 mars 2017

Endogénétique

Dans sa conférence donnée en Argentine en janvier de cette année, Michel Houellebecq explique le régime de cooptation qui prévaut dans les milieux intellectuels français, il montre les familles d'intérêt, les devoirs de l'individu qui appartient au groupe, les compromis exigés de celui qui veut s'y maintenir. Toutes déterminations fondées sur le passé monarchique d'une société française qui ordonnait le réel sur une base fantasmatique, souvent au détriment des mérites authentiques. En ce sens, la médiocre horizontalité de la société suisse demeure incompréhensible pour l'esprit français - enfin, ce qu'il en reste. D'abord parce que, avant que nous n'importions les valeurs absurdes de la mondialisation, nous n'étions que ce que nous sommes: des paysans dont le travail fonde les valeurs, organise le quotidien et fixe les limites. 

Ghetto

Sur la colline, pour un rendez-vous au Lycée français de Malaga où Aplo étudiera peut-être dès la rentrée. Le portier commande l'ouverture d'une grille. Derrière, une vaste demeure andalouse fleurie, des étages de jardins plantés de palmiers, des patios et des balcons peints à la chaux. Mais nous sommes en avance. Le portier nous envoie promener. Nous déambulons le long de villas luxueuses avec piscines, hautes clôtures et garage multiple. Les pelouses sont rases et vertes, des femmes coquettes passent au volant de voitures 4x4. À Aplo, je fais remarquer que c'est exactement ce que j'ai vécu. Sans même fermer les yeux, je peux m'imaginer à Lomas de Hipódromo, ce quartier du district fédéral de Mexico où j'ai passé mon baccalauréat il y a trente ans et écrit, le titre trahissant mon état d'esprit d'alors, Le Cloaque des captures. Content de m'être éloigné définitivement de cette vie de ghetto.

Femme 2

Talent des femmes en art: elles poussent l'homme à se dépasser.

Femme

Ces jours, dans la vie d'un homme récurrents, où l'on est sur le point de perdre sa femme. Mais à mesure que baisse la concupiscence, baisse le pouvoir à elle imparti de jouer sur les sentiments.

Agencement

Au-dessus de mon lit blanc, dix toiles blanches achetées chez les Chinois. Chacune permet de cacher un des clous que le propriétaire a fiché dans le mur. Depuis quelque temps, je pousse le radiateur, baisse le store et enfonce de la cire dans mes oreilles avant de dormir. Seul repère: l'heure projetée en chiffres digitaux rouges contre le plafond. Hier, je devine une problème. Quelque chose, dans le noir. Je rallume. Un des tableaux est de travers.

Aplo 3

Ce qui me rappelle la sorcière de Xalapa, Mexique, en 1999, l'année de la naissance d'Aplo. Nous nous trouvons dans le jardin intérieur d'un hôtel de l'époque coloniale. Les chambres donnent sur une végétation. Trois fontaines de faïence ruissellent. Olofso s'avance avec Aplo, je vais derrière. Un couple attend au fond du jardin. La femme nous aperçoit, se tourne, remarque Aplo:
- Un enfant de la nouvelle ère! Un clairvoyant! dit-elle a son compagnon alors que nous sommes à dix mètres.
Olofso rit, je hausse les épaules. Arrive Toldo avec ses filles. Il nous présente la dame, c'est la sorcière. C'est surtout la future associée de l'école qu'il entend créer; les jours suivants, nous traversons à pied un site toltèque pour prendre des décisions inspirées. A tout moment, la sorcière manifeste une curiosité éblouie devant Aplo, enfant qui - elle le dit et le répète - n'a pas de rapport réel avec ce que nous sommes, nous ses parents.

Aplo 2

Le soir, après des heures à lire les classiques, l'Abbé Prévost, Baudelaire, Beaumarchais, nous regardons des films, Eden Lake, Soutbound, Notre jour viendra. Plusieurs fois, Aplo annonce: il va se passer ceci, il va se passer cela. Je m'étonne. Ni la déduction ni la similarité avec d'autres scénarios ne permet de prévoir ce qu'il annonce. Cela se produit comme annoncé.

Aplo

Sur le quai, nous parlons avec Aplo de la réalité subatomique et du progrès des nouvelles technologies dans le codage du cerveau. Pour montrer que, dans le principe, la recherche devrait buter sur le notion de conscience, il me répond.
- Oui, c'est comme pour un chat. Il se voit dans le miroir, mais il effrayé car il ne reconnaît pas l'animal qui lui fait face.
Avant d'ajouter, remarque que je ne comprends pas:
-A cause du troisième œil.
Quelques secondes plus tard, passe le long du quai une dame qui a peint sur son front un troisième œil.

mercredi 1 mars 2017

Parallèle

On a tort de s'échiner à construire le monde dans lequel on aimerait vivre car il y a, en parallèle, un chantier mieux pourvu en finance comme en ouvriers. Cependant le régime de l'action sera toujours insuffisant: ceux-là qui commandent à la réalité par le parallèle n'ont que l'idée de leur action. Creusons les idées, on s'y réfugie mieux qu'on ne le croit. L'action suivra.  

Relations

Au-delà de la physique, il n'y aura jamais d'établies entre deux choses que les relations qui auront été décidées. Toute relation dite normale relève de l'usurpation de pouvoir.

Ville

Régulièrement, il brûlait les meubles de la maison. Sa femme plaça son beau-père à demeure; cela ne suffit pas. Il usait de stratagèmes, brûlait toutes les possessions de la famille. A sa femme, il expliqua qu'il cesserait le jour où elle ne rapporterait plus aucun argent de la ville.  

Femmes

Beaucoup de recul  pour comprendre en quoi la sagesse est d'abord liée pour l'homme au fait de se priver de tout rapport aux femmes. Et aussitôt ce doute, sauvegarde de l'orgueil, n'y aurait-il pas un dessein supérieur qui ordonne les affaires de la passion?

Ambivalence

Quand bien même trouverait-on un endroit où se cacher on en sortirait pour dire qu'on a trouvé la meilleure cache.

Baudelaire

Expérience fascinante de désespoir chez Baudelaire: la poésie grandit l'homme en brisant les limites du réel, la réalité limite les acquis de la poésie en rappelant l'homme au réel.

Des monstres

Au supermarché (état des lieux oblige, le Supersol) deux montres nées femmes. L'aînée n'a pas trente ans. Elle pèse - j'évalue d'un œil sans expertise -140 kilos. En avançant le menton, la frangine se voit encore les cuisses. Gabarit relatif. En progrès. L'une des deux est mère puisque trottine dans leurs basques une enfant boule. Nous sommes au pain.
- Mais ça pue, dit Aplo.
Éduqué, quoique cela n'y fasse rien puisqu'elles ne parlent pas un traître mot de français, je fais l'innocent:
- Mais non!
Aplo qui n'est pas dupe:
- Je t'attends dehors.

Mur

Lamentable fin de règne de la république française. Pauvres hères qui quémandent les voix du peule qu'il craignent. Ils escomptent un retour sur investissement. Ils ont sacrifié à la carrière, il faut que cela paie. Tristesse, médiocrité, mur.

Distance

Combat joué avec une femme de vingt ans, une fluette aux yeux bleus tachetés, à sa façon belle. Le corps est mince et dansant. Elle s'amuse, elle est gauche. Le poids de la raison et sa fatigue n'ont pas encore alourdi le destin. Elle saute, elle tressaute. Nous plaisantons. Tantôt elle parle allemand tantôt espagnol. Honte d'être de l'autre côté. Interdit, je me représente ce fait. L'accepte et me révolte. Et l'accepte.

Lumière

Après de longues heures à discuter du Chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut, voici l'excellente promenade du bord de mer par un jour lumineux. Nous passons un rocher, un cactus, des perroquets, des mères qui poussent leurs enfants, un palmier, un banc de sable, une terrasse emplie de rires et je fais remarquer à Aplo:
- Quoi d'autre?

Zénobie

Par les nouvelles, j'apprends la reconquête de la citadelle de Palmyre, dans le désert de Syrie, où j'ai passé la nuit dans les années 1990 après avoir bu une quantité généreuse de Raki dans un jardin avec Olofso et une Allemande à couettes qui se baladait seul un sac de couchage sous le bras (et que nous avons retrouvée six mois plus tard dans une soirée au Népal). L'image montre les puissantes murailles de l'ouvrage trouées par les tirs d'obusiers. A y regarder de plus près - pour autant que cela se puisse sur une séquence vidéo - elles menacent de se rompre. Moi qui n'ai aucune sympathie pour les imbéciles qui arpentent au ras du sol ces contrées punies par la bêtise des Occidentaux, cela m'a touché.

Knut

Forte impression à la lecture de Knut Hamsun. Cet homme qui vivait hier aux septentrions dans un monde qui nous  semble aujourd'hui si lointain parce qu'il allie deux principes, tous deux détruits par la ratiocination: la rugueuse réalité et le mysticisme païen. Un homme éternel qui a peur, qui aime, qui veut, qui ne veut pas - de ces êtres, disparaissant, qui ont le don d'effrayer les pusillanimes.

Enfoncement

Combien de soirées aurai-je passé à me saouler seul, face à un écran, en musique, content et inquiet, parfois angoissé, dans des lieux vides et reculés, cherchant si cet état de refus, si tant est qu'il puisse être amadoué, ne pourrait pas devenir une situation de long terme? Une chute. Une lente catastrophe. Que l'on vit et cependant regarde. Dans les périodes les plus noires, j'avais à relever les enfants de leur sommeil pour les remettre de bon matin à leurs devoir sociaux, l'école, et à me transporter dans notre bureau de Genève pour y faire mon devoir d'argent. Maintenant, ces contraintes sont révolues. Je peux me demander ci ce n'est pas ainsi qu'il convient d'envisager l'avenir, tel un enfoncement. 

mardi 28 février 2017

Vacances

Jours d'école à domicile rythmés par la préparation d'Aplo au bac littéraire. A son arrivée de Genève, nous avons distribué les livres sur la table de la salle à manger avec, chaque fois, le commentaire critique, puis nous avons compté les jours et dès l'après-midi, nous entamions notre préparation par l'Etranger de Camus. Sept jours plus tard, il nous reste à parler de ce recueil pour moi impossible à expliquer, les Fleurs du mal. Entre temps, j'ai enregistré des exposés, que je fais spontanément devant le micro, sur Manon Lescaut, Alcools, Huis-Clos, Candide et le Mariage de Figaro. Entre deux séances, je corrige le Triptyque de la peur qu'Art&Fiction publiera fin avril peu avant la tenue du Salon du livre de Genève, je me demande où est Gala (elle règle, dit-elle, des problèmes de "paplard" sur la Côte-d'Azur) et je lis Knut Hamsun.