samedi 21 janvier 2017

Miracles

A force de répéter le geste, ce qu'ils touchaient ne se transformait plus. Il n'y avait plus miracle. Les choses demeuraient elles-mêmes. De sortent qu'il échouèrent à devenir ce qu'ils espéraient incarner sur terre.

Agrabue

-Voilà, je vais m'installer...
La responsable de mairie:
-Où?
-Dans la maison Cielos.
-...
-Vous êtes toujours là?
-Oui, oui.
-J'aimerais savoir qui est le voisin, nous avons un mur contigu et...
-Comment voulez-vous que je sache? Je n'ai pas cette information, de plus, en raison de la protection des données privées des citoyens je n'ai pas le droit de vous les communiquer.
-En revanche, vous pouvez me dire si la maison est habitée, parce que celle d'après est en ruines...
-Vous avez l'adresse?
-Non.
-Où est votre maison?
-Regardez par la fenêtre! A vingt mètres de votre bureau, en face.
-Ah moi, vous savez, je ne suis pas du village!
-Attendez, je crois que j'ai l'adresse.
Tout en maintenant la responsable en haleine, je feuillette la pile de document.
-Là! Calle San Manuel Bueno.
-Attendez! Je l'ai. Il n'y a personne dans la maison.
-Laquelle?
-Celle de votre voisin. Dans la votre non plus.
-Qu'est-ce que ça veut dire?
-Je ne sais pas. Qu'ils existent, mais qu'on les connait pas. Autre chose?

Visibilité

Du groupe d'amis avec qui il avait au cours des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix contesté le pouvoir, la plupart avaient désormais leurs portraits dans les quotidiens une ou deux fois la semaine. Trente ans d'efforts pour obtenir cette visibilité. Combien en faudrait-il pour retourner à la contestation? Était-ce seulement possible?

Marketing

L'homme à la banane avait retenu de ses années d'études en marketing cette leçon: faites connaître votre produit! Il recevait ses clients, rencontrait les banquiers, négociait avec les partenaires une banane sur la tête.

El Palo

Balade de proximité dans le quartier populaire El Palo. Situé à l'est de Malaga, serré entre des maisons basses de pêcheurs qui donnent sur le sable et des montagnes rouges, il date des années 1960, époque dont il garde les traits. La rue commerçante est sombre, encadrée de grandes façades qui font rideau. Au pied des immeubles, des ribambelles d'arcades, certaines de métiers anciens, merceries, cordonniers, tailleurs. Plus loin un passage, au sens de Walter Benjamin; j'en ai vu de semblables à Budapest, demi-borgnes, dallés de marbre et mal éclairé avec, en plus, ici, ces entrées de conciergeries en bois vitré. Puis, à la perpendiculaire, dans la rue Villafuerte, un alignement d'orangers. Chaque arbre porte cent fruits. Certains roulent dans le caniveau. A les suivre du regard, on remonte la pente qui forme une perspective digne de la Renaissance pour s'achever contre la montagne, toute de terre et vierge. Dans la parallèle, une baraque peinte à la chaux: vente de charbon, miel, glaçons. Au supermarché, je cherche du lait de noix de coco. Les Chinois ne manquent pas. Ils sont même plus nombreux que le reste de la semaine, puisque le samedi après-midi les Espagnols ferment boutiques. Mais il n'y a pas cette sorte de lait. Toujours à vélo, je redescends vers la mer. Sous la rue commerçante, qui est en sens unique, des rues plus étroites, habitables. Une sur deux est interdite au trafic. Au sol, du carrelage, à l'embouchure de gros cailloux. Les voisins entreposent leurs affaires devant chez eux, sèchent leur linge, installent des tables. Celui-là a un bateau appuyé à l'entrée du salon, cet autre des cannes en perches de bambous. En regagnant la plage, je roule devant le crématorium. Au milieu d'une foule, les croque-morts sortent un cercueil du corbillard. En surplomb, il y a le stade de football. Une fête s'y déroule, la musique disco résonne au-dessus des familles en deuil. Je poursuis le long de la côte. Près de la crique de l'Araignée, une tour de surveillance comme il y en a sur la Costa del sol. Ronde, poussiéreuse, sans toit, au-dessus de l'eau. Des pêcheurs à la ligne se tiennent sur les rochers. Quelques maisons sont regroupées là, sur l'éperon. Personne n'y vient, car à cet endroit la montagne est exploitée par une fabrique de ciment qui rejette des tonnes de poussière fine. De la tour, on aperçoit la carrière supérieure et, sur la route d'Almería, un bar d'un étage, construit dans le plus mauvais endroit du pays, sous la fabrique, contre la route, à peu près inaccessible. Le bar Mesa, littéralement "bar table". Une barrière empêche les buveurs de tomber sur la route lorsqu'il sortent du local. Pour revenir au groupe de maisons, les deux ruelles, l'une de dix mètres, l'autre plus courte, portent des noms d'écrivains: Calle escritor Luis Léon et calle escritor Mc Kinlay. Probablement les moins visitées de toute la région. 

Importation

L'importation massive d'immigrés, justifie-t-on, permet de pourvoir des postes de travail. Balivernes! Le progrès constant du chômage suffit à démentir. Mais surtout, qui peut imaginer que des individus sans éducation qui ne possèdent pas la langue d'inscription sociale et dont la psychologie relève de valeurs archaïques opposées à cette notion fondatrice du capitalisme qu'est le progrès puissent rivaliser avec des individus éduqués dans et pour la société occidentale? L'importation est bien liée au travail... mais au travail de l'argent. C'est ici la consommation qui est visée. Ces importés, victimes de la stratégie du "fonds d'écran"(qui consiste à décrire la réalité occidentale sur un mode hollywoodien), sont manipulables à l'extrême quant à leur stratégies d'achat. Quand on ajoute que les stocks d'argent disponibles n'ont jamais été aussi importants, la boucle est bouclée. L'importé subit le traitement que les grands organes de la finance internationale ont fait subir à leurs pays d'origine dans la deuxième moitié du XXème, ils sont endettés puis rançonnés. Sur la base de ce mécanisme, nous autres européens natifs subissons le remplacement de nos valeurs, la destruction de notre culture, la liquidation des garanties liées au travail, le renforcement du contrôle des citoyens, la baisse de la qualité de vie et la baisse de la qualité des produits. Cette importation massive des immigrés, avec quelques autres armes des mondialisateurs (à commencer par l'ingérence économique et guerrière dans les pays de la périphérie), nous ramène au jeu de l'avion. Dans le cockpit, des criminels. Ils descendent dans des hôtels cinq étoiles, ils ont droit de cuissage sur les hôtesses. Ces dernières, membres du personnel de bord comme on dit, exécutent les ordres du capitaine. Le peuple est passager. Des soutes, remontent sans cesse des importés. L'avion va-t-il tomber? Si la porte du cockpit est assez solide, non; les passagers s'entretueront. Le silence revenu, les criminels feront atterrir.  

Science-fiction

M'interrogeant sue le genre du livre que je viens d'écrire, puisque la classification par genres fait partie des prérogatives des critiques et de leur épigones, les journalistes littéraires, je me disais: y -a-t-il encore une sens à parler aujourd'hui de science-fiction? La fiction est une autre manière de raconter le réel, quant à la science, sous sa forme technique, elle est présente dans chacun des actes de la vie quotidienne et sous sa forme abstraite, elle définit notre horizon d'attente. Reste les batailles galactiques, mais il faut remarquer que rares sont les gens qui peuvent dire ce qui se passe en géopolitique du ciel et que, quoiqu'il en soit, ce sous-genre n'est que la combinaison du western et d'une technique imaginaire.  

vendredi 20 janvier 2017

Courrier

La concierge:
-Il y a du courrier dans votre boîte aux lettres. Depuis quinze jours.
-Je vois. En effet, je ne l'ouvre jamais.
Trois jours plus tard:
-Vous savez relevé votre courrier? Ce n'est pas bien, il faut lire vos lettres.
-J'y suis allé.
-Bon.
Et pourtant, ce n'est que du courrier amical. En l'occurrence deux cartes de bons vœux des d'éditeurs qui sont aussi des amis. D'ailleurs, nul ne me sachant ici parmi les désagréables, on ne me met la main ni dans les poches ni dans la tête. Mais eu égard au passé, craignant le pire, je ne relève plus.

Au jardin

Au paradis, il y a de l'eau. Et de la lumière, des arbres, des oiseaux. Rien de plus normal, c'est l'Eden, un jardin: on venait s'y reposer. Tautologie. Un jardin est un lieu où il y a des arbres, de l'eau... Ainsi, il fait bon s'y reposer. Du grec ancien, "paradis", qui signifie "enclos pour les bêtes", traduit Eden. Par où l'on voit que l'on se rapproche, du fait de l'indisponibilité lexicale d'une équivalent plein, de la question du travail. Mais c'est justement l'absence de travail qui fait de ce jardin le paradis, c'est à dire le lieu du repos. Tu en seras chassé. Bien. Et que feras-tu? Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. Bref, pour ceux qui attendent, n'attendez pas trop de ce paradis.

Zombification

Commencé à écrire, écrire vraiment, première fois depuis trente ans. Écriture dont le rythme, la visée, la tension fait de vous un mort-vivant. A preuve le monde - il a disparu. Reste à trouver où se loger. Tout relève du monde, est ficelé, enchaîné, quadrillé de technologie: nous vivons sous un filet d'étoiles mortes, rampons tel des crabes, étourdis en caque avant la vente à la criée et la mort. Je ne suis pas rassuré. Filer est une option. Bien d'autres ont pris la diagonale. Ils ont fini ce qu'il avaient en tête, sauf quand la folie les a précédé. Et qu'est-ce que la folie sinon la perte des liens? Amitiés pulvérisées, relations distendues, conversations effacées. Il faudrait être croyant. Religion - des liens.

Marches de la faim

"[] lorsque l'on perd son travail on a pas souffert assez pour se rebeller; en revanche, lorsque l'on a souffert durablement, on a perdu la capacité de protester de manière organisée".
"La crise de 1929", Bernard Gazier.
Ce qui, d'après l'auteur, expliquerait les échecs des "marches de la faim" et l'absence de révolte face aux actes de répression des mouvements ouvriers.

Politiques

Pour la première fois dans l'histoire de la présidentielle américaine, l'élu défend un programme métaphorique. Les Etats-Unis sont une entreprise. La littérature insisterait sur les limites de la métaphore. Mais la simplification qu'elle opère sur le réel n'est pas plus arbitraire qu'un programme idéologique. De plus, cet usage de la métaphore renvoie au métier de Trump, la gestion, à une époque où la politique étant affaire de spécialistes, la majorité des hommes de pouvoir n'ont jamais travaillé de leur vie. Métier de la parole, dit-on: autre métaphore. Aux conséquences évidentes: la complaisance envers celui qui est la source du profit. Être riche comme l'est Trump semble a priori moins dommageable que de gouverner sous le contrôle des riches. En revanche, à filer la métaphore de l'entreprise, l'on constate la victoire sans concession du capitalisme. Que l'on cautionne l'international-socialisme du clan Clinton ou le national-libéralisme de Trump, deux courants historiques passent aux oubliettes: le socialisme populaire, celui que défend un Jean-Claude Michéa lorsqu'il s'inspire de la légende syndicale anglaise (mais encore faudrait-il pour faire advenir semblable politique de la raison que les ouvriers représentassent aujourd'hui une force sociale équivalente à ce qu'elle était jusque dans les années 1950) et le libéralisme classique, qui valorise l'esprit d'entreprise et la liberté individuelle. De sorte que la prise de pouvoir du nouvel élu américain, n'est que la poursuite d'un processus de concentration du capital qui a nom néo-libéralisme et qui, dans la phase actuelle, passe fatalement par la négation de l'intérêt individuel. Et pourtant, il faut préférer Trump à ses adversaires, car tandis que le premier défend l'entreprise américaine contre les autres entreprises nationales, les néo-libéraux dont Clinton est la représentante, au prix d'une alliance contre-nature avec les sociaux-démocrates, défendent une mondialisation qui ne vise qu'à reproduire à l'échelle de l'humanité le schéma de pillage outrancier institué par les derniers monarques de l'Ancien régime.

jeudi 19 janvier 2017

Sorties

J'avais raison, on ne peut s'en sortir que par le haut ou par le bas; j'ai tort, il n'y pas de sous-sol et le plafond est à toutes épreuves.

Nowhere

Gala veut retourner dans le désert, dormir le jour, danser la nuit, échanger de la nourriture et des drogues, se mouvoir dans une communauté provisoire par quarante degrés, sous tente et dans le sable; bien, mais le fait que l'on soit, deux ou trois cent, autorisés à vivre ainsi, quelques jours, hypothèque mon plaisir. Sortir de la cage, respirer pour remettre un peu de conversation dans ce monde, formidable, mais pourquoi ne pas la dessouder?

Poubelle des genres

Ces professionnels de la culture artiste qui aiment le mélange, l'ambiguïté physique, le désordre des langues, sont d'abord des gens incertains de leur identité, de leurs idées et de l'état du monde. Il n'est pas surprenant qu'ils officient en cette période d’illettrisme revendiqué dans le théâtre, sous-domaine artistique qui ne devient lui-même qu'en mariant des inconciliables.

Ouroboros

L'un des effets, mesuré au quotidien, dans les petites choses, de ces mois d'écriture à formuler des intuitions, d'abord en rationalisant dans un essai puis en illustrant par la fiction, est de se retrouver à devoir vivre, le jour où je relève la tête de la copie, dans le monde annoncé et décrit.

Mer

La mer déroule de longues vagues d'eau grise, le ciel est bas. Les perroquets se sont tus. Près de la jetée, le bar de plage reste ouvert. Seule à la ronde, la famille sirote en compagnie de quelques voisins Comme pour les kiosques à bonbons : les retraités les tiennent contre vents et marées. Les enfants sont à l'école, les parents évitent la plage? Ils se calfeutrent, ils attendent. Nous allons dans notre restaurant préféré. Pour a première fois depuis mars dernier, nous mangeons en salle. Le patron est content de nous voir. Mais peut-être est-ce seulement des clients qu'il retrouve. Je désigne l'îlot de sécurité de la route côtière: maçonné de frais, chargé de terreau, à ras. Où sont les cactus? Car de ma table, j'admirais des spécimens de deux mètres, bandits manchots dignes de la Monument Valley. Il ne sait pas. Au fond, je suis contre les changements. La confiscation des choses, la fonction, le passage efficace des voitures, le passage accéléré du temps. La soupe de pois chiches et de chorizo me réconforte. Ce fond de culture authentique: manger pour manger plutôt que pour reprendre le travail. Nous revenons dans l'appartement pour dormir, regarder des films, chercher des réponses. A dix-huit heures, je prends la route, je vais à l'entraînement. Une partie des habitués à renoncé au cours. Conditions extrêmes, m'expliquent les plus assidus - il fait douze degrés. L'assistant retire une veste, une deuxième veste, un et deux pulls. Plus tard, je rentre par le port. Sur les terrasses, quelques buveurs en bonnet. Face à la mer, incrédules, ils attendent. 

Lois de la physique

Que dans son for intime chacun se veuille libre pour un résultat collectif aussi contraire laisse perplexe.

NIF 4

Confronté à cet imbroglio administratif, me revient en mémoire l'attente devant la douane de Ceuta, l'enclave espagnol en territoire marocain, que je quittais alors en voiture pour voyager en direction du Mali. 1993, ou l'année suivante. Garé en file, nous attendions avec une vingtaine de véhicules tout moteur éteint. Une heure, deux, peut-être plus, c'était long. Lorsque nous sommes enfin arrivés en vue du poste de contrôle et de sa barrière, le fonctionnaire arabe fessait à coups de trique un concitoyen. J'ai raconté cela dans Ogrorog, j'y pense suite à l'attente dans ce couloir de la police andalouse, ce matin.

Tour de vis

Cela est connu, les produits courants disponibles sur le marché sont de qualité chaque jour plus médiocre. La Chine, bien sûr. Et le Vietnam, les Philippes, les maquiladoras, c'est à dire nous, néo-libéraux, grands promoteurs du schéma pyramidale: que les masses du tiers-monde produisent pour les masses d'occident, nous écumerons et boirons du petit lait. Mais jusqu'ici, lorsqu'on acceptait de vider son porte-monnaie, on en avait encore pour son argent. Désormais, la logique du profit maximum se généralise. Elle emporte tout. Que j'achète bon marché ou cher, cela se casse. Pour autant qu'il y ait fonctionnement. Parfois, je jette au déballage. La plus grande frustration est venue le mois dernier, comme je rentrais de Londres: enlevés, les capuchons des tubes de pommade, dentifrice ou pâte d'anchois étaient impossibles à refermer, le pas de vis étant mal gravé.

Finir

De grands aplats de mémoire fauchée sous le nez, voilà mon paysage; plat, vide, blanc. L'énergie passée dans l'écriture de l'essai, six mois d'attention soutenue, puis dans le roman, quatre mois supplémentaires, ne peut peut être renouvelée en quelques jours. Ce qui me rappelle les angoisses de Calaferte devant le manque d'inspiration qui succédait aux périodes de créativité. A la lecture de son journal, on l'imagine qui tourne dans sa ferme de campagne, saisissant un stylo ici, le déposant là, le saisissant encore pour noter "Rien. Période inféconde. Quand cela va-t-il finir?"

NIF 3

La centrale de Police ressemble au vaisseau galactique du film Prométheus. Chicanes, hublots, plateforme pour hélicoptères, créneaux, forêt d'antennes. Elle occupe un quart du plus gros des carrefours de la plus longue des avenues de la ville.
- Vous avez rendez-vous ou vous venez chercher un ticket pour prendre rendez-vous? De toute façon, c'est le même chose... Là, à gauche, dans le couloir.
Deux cent personnes en paquets, harassées, nerveuses, désespérées. Pas de chaise, pas de lumière. Un compteur affiche le numéro 42.
- Où prend-t-on les tickets?, fais-je à un Maghrébin.
-Vous n'avez pas de rendez-vous? Dans ce cas, c'est l'autre file. Si vous avez de la chance, vous obtiendrez un numéro.
-Et j'en fais quoi?
-Vous revenez dans un mois.
Je me cale entre une Sénégalaise et deux Chinois. A bonne distance, un cagibi. Un employé espagnol passe la tête à l'extérieur, vindicatif,  débraillé.
-Reculez! Tous derrière la ligne!
La Sénégalaise s'excuse. Elle fait de petits pas, à reculons. Et désigne les Sud-Américains lesquels ont reculé pour éviter que les Russes ne leur tombent dessus.
"Alexandre, me dis-je, tu as roulé une heure, tu as mis du temps à trouver l'aire d'atterrissage de la navette, tu as passé au détecteur à métaux, ne craque pas!"
Ceci dit, je me tourne vers le Maghrébin.
"Jamais ça, jamais!"
Et je débarque. Retour sur la terre ferme, la colère m'envahit. Bruxelles construit des palais de verre pour loger ses grands inutiles et côté du peuple, c'est le schéma d'humiliation.
Mais il faut nuancer: ces gens qui arrivent avec des gilets de sauvetage sur la poitrine et tendent la main n'ont jamais connu que l'humiliation. D'ailleurs ils sont surpris, nul ne les frappe. 

mercredi 18 janvier 2017

Whey

Boutique de nourriture pour sportifs à Malaga. Bidons empilés, boîtes fluorescentes, sachets de poudre, la présentation habituelle, ses promesses de gain et un vendeur jeune, beau, gonflé, gélifié.
-Tu as une merde dans ta vitrine, lui dis-je.
-La dame a de nouveau fait des siennes, me répond-t-il. Il appelle un nom. Un cabot sort de coulisse. Pelucheux, avachi, saucissonné. Et le beau vendeur, une serviette à la main, ramasse sa merde au pied des bidons de fortifiant.

Course

Une course, ou plutôt une accélération. Dans la nuit, j'écris la dernière page de Noria, puis le matin, en trois heures, l'avant-dernier chapitre, un dialogue qui éclaire le lecteur sur les enjeux exposé sur les cent première pages. Ensuite, vélo, visite aux administration, repas sur le coin de la table et retour au manuscrit. Quatre heures à taper les pages écrites à la plage la semaine dernière. Il me reste encore une dizaine de feuillets, mais j'ai un rendez-vous dans un village voisin pour la location d'un nouvel appartement. Quinze minutes, avant le départ, dix, cinq... J'appelle l'agence pour annoncer un retard d'une demi-heure, ce qu'il me faudrait pour mettre un point final au texte. L'agent propose de reporter. A dix-neuf heures, je descends acheter de la bière. Noria est terminé.

NIF 2

A vélo, par les quais, jusqu'au bâtiments de bureau central qui abrite l'Agencia Tributaria. Passé le portique de sécurité, je reprends la conversation de la veille avec l'employé chargé des informations.
- Hier vous m'avez dit de prendre rendez-vous pour obtenir un NIF, mais l'on refuse de me donner rendez-vous si je ne peux indiquer un numéro de NIF.
-Je vois. A ce stade-là, je ne peux plus rien faire pour vous. Le mieux est de vous rendre au fond de la salle.
-Où les gens attendent?
-Oui, ceux-là ont pris rendez-vous. Trichez et présentez-vous sans autre à l'un des guichets.
Qu'on imagine la tête des quarante personnes installés dans des chaises lorsque je me faufile... Justement, le fonctionnaire en termine avec un couple. Avant qu'il n'appelle le suivant, je lui adresse ma question.
-Pour un NIF, il vous faut prendre rendez-vous et pour cela il vous faut un NIE. Commencez donc par obtenir un NIE. N'importe quel poste de police...
-Garde civile?
-Non, police.
Soulagées les quarante personnes: je m'en vais.
Au vigile chargé de la surveillance du portique, je demande l'adresse du poste de police le plus proche. Deux kilomètres en direction de l'aéroport, ou alors dit-il, vous avez celui du port. J'enfourche mon vélo, pédale vingt minutes, trouve le poste du port. Le préposé loge sous un escalier. Penché, il m'explique:
-Il n'y a que le poste central qui puisse vous délivrer un NIE. En direction de l'aéroport. En ce moment, il est fermé. Allez-y le matin!

Roi

Le magazine des commérages Semana fait sa une sur le roi: "Felipe est sorti faire des achats sans Leticia".

lundi 16 janvier 2017

NIF

L'administration, égale à elle même; il me faut un NIF, une Numéro d'Identification Fiscale ("falloir" est en l'occurence un verbe trop neutre, en réalité, l'Etat veut m'apposer une étiquette afin de savoir où je me trouve au cas où il déciderait de me ponctionner). Donc, je me rends dans un bureau. Vingt-cinq kilomètres de vélo, une demi-heure d'attente.
-Vous n'avez pas pris de rendez-vous?
L'employé me remet un document.
- Par internet ou par téléphone, pour le jour et l'heure qui vous convient!
Retour à vélo - j'appelle.
-Un rendez-vous? Volontiers! Donnez -moi votre numéro de NIF.
-Je n'en ai pas.
-Dans ce cas, je ne peux vous fixez de rendez-vous. Il faut d'abord allez vous annoncer au bureau.
J'explique que l'on m'a renvoyé.
-...oui, je vois. Allez-y tout de même. Et insistez! Si ça ne marche pas, il faudra que vous choisissiez un Espagnol au hasard et que vous l'ameniez avec vous. Il montrera son numéro de NIF et ainsi vous pourrez accéder à l'employé.

Bière

Après douze mois d'intense pratique, je crois savoir que la bière des Espagnols est proche de l'eau quant à son goût et proche du poison quant à son effet.