samedi 31 décembre 2016

Examen de nuit

Penchés sur leurs pupitres les candidats sont au travail, je fredonne. Enfin, j'appelle le maître. Il me remet le devoir. Sujet à choix. Commenter les réformes sociales dans les populations andines de Bolivie ou établir la chronologie des guerres napoléoniennes. Dans le premier cas, le texte est en anglais. Il reste cinq minutes.

Flûte

A l'aube, alors que tout le quartier dort, la fille du voisin répète un morceau de flûte.

vendredi 30 décembre 2016

Talent d'organisation

La mémoire courte étant le meilleur allié du pouvoir, on oublie de dire que dans nos sociétés rationalisées au prix d'un effort intense de civilisation les innocents n'étaient pas victimes d'assassinats et que, dans les rares cas où ils se produisaient, ils relevaient de la folie clinique. Les massacres d'innocents qui ensanglantent nos sociétés depuis quelques années sont d'une utilité politique évidente pour un pouvoir contesté et dans leur configuration renvoient aux capacités techniques et idéologiques d'une société hautement rationalisée.

Economie et rêve

Voyez-vous, expliquai-je à cet apprenti économiste, tout le progrès tient à la valeur ajoutée. Prenez une voiture de luxe. Une partie de ce qu'elle contient est inutile. C'est ce qui fait sa valeur. C'est aussi la raison pour laquelle partout dans le monde des pirates industriels cherchent à produire des contrefaçons de cette voiture. Ils imitent ce qui a de la valeur. Et ainsi, il y a progrès. Maintenant prenez une voiture qui n'est que ce qu'elle est. Une Dacia ou, encore mieux, une Trabandt. Tout ce qu'elle contient correspond à une fonction. Il n'y a rien d'autre. Inutile de l'imiter.
Jusque là, le raisonnement est abracadabrant, mais il s'agit d'un rêve, je discoure en rêve. Pour quelle conclusion? Celle-ci:
Il est facile de distinguer entre une société libre et une société totalitaire. Toutes les sociétés qui ont des voitures du type de la Trabandt ou de la Dacia, sont des sociétés totalitaires. Comme ces voitures ne contiennent aucune plus-value et ne sont que ce qu'elles sont, le présent est éternel, rien ne change, il n'y a pas de progrès.

Fin d'année

A l'instant, belle course le long de la plage. Le bord de mer est calme. Quelques braseros allumés. Les autres gargotes ont empilé tables et chaises. Au passage, je me demandais ce que pouvait faire pendant l'hiver cet homme de cent kilos qui en saison cuit du matin au soir des crustacés. Trois parasols de palme couvrent son poste. Je poursuis ma course. Un groupe d'allemands voyageant en mobilhome a tiré des chaises-longues sur le sable. Les Espagnols défilent avec écharpes et bonnets. Il fait dix-huit degrés. Les solitaires promènent leurs chiens. Un gamin essaie le vélo qu'il a reçu pour Noël. Ses camarades applaudissent. Un père gros et une mère grosse poussent une grosse poussette. A Chilches les petits rebondissent sur un château gonflable. L'année dernière, le 30 janvier, je courais sur les quais du Mékong à Vientiane, Gala s'était enfermée dans la bibliothèque du meilleur hôtel de la capitale avec la femme du directeur, le soir nous dînions avec un Italien venu à vélo de Java. Si j'avais à souhaiter quelque chose pour l'année qui vient, ce serait: moins de bruit et plus de temps. Encore plus de temps.

Bruxelles

Plus d'un esprit espiègle a dû s'amuser à décompter les tares respectives du soviétisme sous Brejnev et des démocraties sous Bruxelles; le match est serré. Avec des sociétés dans un état de déréliction avancé, d'autres qui allument des contre-feux et une palme d'honneur à la France. Reste à comprendre comment ce pays qui possède une élite intellectuelle enviée du monde entier a pu se laisser entraîner dans un scénario totalitaire aussi galvaudé.

Humanité

Imaginons une conversation d'un autre temps, dans un langage inconnu, entre deux entités sans commun rapport avec ce que nous connaissons.
-L'humanité...
-Mais, cela n'a aucune importance! Un détail. Parlons de choses intéressantes.

Deleuze

Tournure d'esprit énigmatique d'un Deleuze. Lorsqu'on a compris on a pas compris. De l'alcoolique, il dit: "c'est quelqu'un dont le but est d'arriver au dernier verre." (Abécédaire.)

Cochons

Dans les bacs de congélation du supermarché, entassés et plastifiés, des cochonnets en position fœtale. Une dame soupèse, choisit. Elle jette un spécimen dans son caddie. Bruit sec. Elle s'éloigne. Système d'alimentation monstrueux. Je regarde ces bêtes couchées et laiteuses, aux corps, aux groins calibrés, la peau étiquetée et barrée de codes; on se sent moins proche d'une moule que d'un cochon.

jeudi 29 décembre 2016

Miroirs

Ils installaient des miroirs pour ne pas se cogner aux murs.

Prudence

Pour n'avoir pas à se battre, il faut prendre le risque d'avoir à le faire.

mercredi 28 décembre 2016

Las Menas

Au sommet de la Sierra de Filabre, la mine de fer de Las Menas. Après-guerre, deux mille personnes vivaient entre ces montagnes. Les propriétaires avaient construit des écoles, un cinéma et une place de taureaux. Tiré d'un système de galeries long de vingt-cinq kilomètres le fer était exploité par une compagnie à capitaux belges et hollandais. Il était acheminé par câbles et par wagonnets jusqu'à la plaine où un train le livrait aux bateaux sur le port d'Almería. Ce matin, il ne reste que des pans de murs, des puits écroulés, de la machinerie rouillée. Au loin, une ou deux maisons retapées. Peut-être d'ancien mineurs qui ont décidé de rester après la fermeture en 1968. J'aurai aimé voir la place de taureaux, mais la municipalité l'a démolie pour faire passer la nouvelle route qui doit amener des touristes sur le site. Pour l'instant, il n'y a qu'un couple arrivé en jeep et nous. Aplo s'avance dans les galeries, Gala glisse sur les plaques de neige. Plus bas, à l'auberge, le patron, un ingénieur qui a construit seul son hôtel, cuit de l'agneau à la braise.     

mardi 27 décembre 2016

Sierras

A Villanueva de Guadix, les maisons sont creusées dans la roche poreuse. Le paysage aligne devant l'horizon des monticules de terre, des cheminées de fée et des ravins. Depuis des siècles, les habitants nichent dans des anfractuosités. Les plus fortunés possèdent une façade. Elle ferme leur grotte. Nous approchons du village sur une route qui se faufile entre les reliefs quand la voiture qui nous précède se retourne. Le camion qui arrive en sens inverse s'arrête. Le chauffeur accourt. Les deux occupants de la voiture accidentée sont debout, ils se tâtent, ils font des gestes. Tout va bien. Il est quinze heures. Partis en fin de matinée, nous avons contourné la Sierra Nevada. Enneigée fin novembre, elle brille comme un miroir. Nous roulons fenêtres ouvertes, le soleil tape. La neige coule jusque dans la plaine. Mais voici le village. La tête dehors, Aplo et Luv cherchent une enseigne de restaurant. Le village est plein d'angles, les immeubles sont décalés, les rues torves. Nous traversons une place, la Dacia roule sur un chemin de terre. Des collines rouges émergent des cheminées maçonnées. Les gosses jouent au foot, les adultes fument, un adolescent répare une moto; il a éparpillé les pièces du moteur à même la route. Je zigzague. La rue s'achève sur une levée de terre. Nous faisons demi-tour sous le regard de dix gitans. Ils se sont écartés pour laisser passer, mais à en juger par les mouvements, cela ne va pas durer: ils vont se rabattre, reprendre la rue. Dans l'autre direction, même spectacle: femmes en fichu sur les porches, paille pour les bêtes, poussettes rafistolées remplies de bûches, mâles en chemises à jabots appuyés aux murs. L'adolescent démarre. Comment a-t-il fait pour réparer aussi vite? J'accélère. Je le sème à la hauteur d'une usine abandonnée. Là, nous doublons la voiture accidentée. Les deux conducteurs continuent d'évaluer les dégâts. Nous passons sous l'autoroute. Villanueva est un faubourg, Guadix est de l'autre côté, avec son église sur un éperon de roche. Les Espagnols ont dû migré vers des maisons en dur laissant les grottes à une population de gitans. Finalement, nous mangeons dans un mesón pour chauffeurs-livreurs. Un coupé Mercedes de 1980 est garé devant la salle à manger. Une famille passe à cheval. Une heure plus tard, nous descendons enfin vers Estación, la gare de briques ruinée d'où partaient les convois de fer extraits de la mine de Las Menas. L'hôtel est à mille mètres, au bout d'une route privée.   

dimanche 25 décembre 2016

Beat

Jack Kerouac cherchait quelque chose qu'il ne pouvait se figurer qu'en fantasmant la vie de Neal Cassady lequel lui enviait ce talent de sorcier.

Question d'avenir

Si l'on me demandait comment je vois l'avenir, sans doute dirais-je: coupant du bois, puisant de l'eau, goûtant au silence, dormant. Cela, à petit vitesse.

Réglage

Nous tenons notre force de la représentation. Ceux qui l'ont compris tentent de nous régler sur la présentation.

Sport

Ascendant fantasmatique que donnerait sur la vie l'entraînement intensif du corps au point de faire accroire à ses pratiquants qu'ils échapperont au régime de la finitude.