samedi 10 décembre 2016

Soljenitsyne

Soljenitsyne, de retour de son exil américain, aux prises avec le sacerdoce littéraire, levé chaque jour à l'aube pour travailler douze heures, en deux séances, à son grand œuvre, Le Premier Cercle. Rigueur qui m'apparaît aujourd'hui dans toute sa nécessité (plus que le devoir de réflexion que s'imposait aux mêmes heures de la nuit, près d'un siècle auparavant, le Paul Valéry des Cahiers, exercices de rigueur qui pourtant me fascinaient).

Amis

Ces amis qui n'ont pas été à la hauteur de leur ambition et qui vous le reprochent.

Matchs

Partout des matchs. Des pronostics de matchs, des résultats de matchs et des analyses de matchs, des commentaires de capitaines et des déclarations de mercenaires. Matchs de rugby, de basket, de football, de tennis, selon les préférences du public quant à la physique de la balle et la nature de son rebondissement. Mauvais joueur, j'ai toujours pensé qu'il fallait prohiber ses actes de combustion sociale. La réalité n'en deviendrait que plus réelle. Penser l'obstacle aide à ressentir sa condition de créature. S'en distraire, conduit à l'accepter.

Création

Plus on crée plus le monde s'éloigne.

Homme

Les grandes questions -expression à mettre entre guillemets pour indiquer que l'on fait référence à la philosophie - pourraient être résolues en admettant qu'elles ne peuvent l'être, une question sans réponse n'étant pas, au sens strict, une question. Mais alors, le statut de l'homme serait impossible à distinguer de celui de l'animal. L'impossibilité de répondre associée à la possibilité de questionner est exactement ce qui fait - verbe à mettre entre guillemets - l'homme.

jeudi 8 décembre 2016

2016

Si un mot quelconque de notre langue, surtout quand il s'agit d'un concept, permet à son utilisateur  de mettre au ban de la société celui à qui il l'applique, cela veut dire que la langue a été détournée au profit d'une idéologie.

mercredi 7 décembre 2016

Maison

Découvert entre deux montagnes d'Aragon, une village de pierre et de bois. Une rivière coule dans cette vallée fermée. Près des champs, une chapelle, dans une rue étroite comme la main, l'unique bar. Cinquante habitants, dont la plupart sont des fantômes. Je téléphone aussitôt. J'irais maintenant, si je n'avais un avion pour Londres demain. Le vendeur attend des visites pour lundi. Pourvu qu'elles jugent le lieu hostile, reculé, froid. Ce qu'il est. 

Noria

Ce matin, écrivant Noria, je m'amusais du dialogue des personnages. Tout à mon entrain, je forçais le trait. Ce qui m'amuse moins, c'est le sentiment que nul ne voudra publier un tel texte, de crainte de se mettre au ban de la pensée légale, laquelle, quoiqu'on en dise, est une obligation pour tout intellectuel qui veut conserver le droit d'émettre à destination du public sans être taxé de terroriste.

Optimisme

Si je suis aussi optimiste, c'est que nous arrivons au terme du processus d'avilissement. Une fois de plus, devrais-je dire. Les effets de la dernière forme du capital auront été catastrophiques; peut-être ne sont-ils pas irréversibles, du moins socialement. Pour la dimension écologique, c'est une autre affaire. L'élite croit connaître le peuple. Elle le connaît assez pour mener à bien son programme d'instrumentation générale. Mais la psychologie qu'elle lui impute entretient avec sa psychologie profonde un rapport de plus en plus irréaliste à mesure de la réussite de l'entreprise. Dès lors, ce qui dans l'ordre de la prescription politique lui apparaît comme devant fonctionner à l'avenir pour avoir fonctionné par le passé, apparaît aux yeux du peuple comme une provocation. Alors intervient la rupture. 

mardi 6 décembre 2016

Criminels

En bonne logique, les dirigeants de nos pays d'Europe sont désormais, quelque soit leur démarcation partisane, des criminels. Ils favorisent l'importation de criminels au prétexte du repeuplement.

Inondations

Hector sur les inondations de dimanche. "Je rentrais de la discothèque à sept heures le matin (il est garde). Sur la route des montagnes, je suis passé de justesse. Les deux automobilistes qui suivaient se sont embourbés. Il m'a fallut quatre heures où je mets d'habitude vingt minutes. Alors, dans le bas de la ville, je n'ose pas imaginer! Mais la bonne nouvelle, c'est que cela va donner du travail aux maçons et aux peintres. On a besoin de travail!"

Chaises 5

De retour de Cadix, arrêt chez le géant suédois. Après avoir marché un kilomètre entre des intérieurs en morceaux, nous achetons des morceaux de meuble. Face à l'étagère de vingt mètres, cherchant nos chaises, je dis à Gala:
- Je crois que ça ne va pas être possible. Elles sont en deux parties.
Des caisses, je regarde en direction de la cafétéria. Dix machines gris plombs alignées sur un plan de métal. Les familles travaillent à produire des jus d'orange, des cafés ou des hot-dog.
De retour dans l'appartement, je vois que le propriétaire n'a pas enlevé les vieilles chaises. Aussitôt déposée la valise, j'empoigne ces débris et les balance dans le couloir. Une voisine sonne: "vous comprenez, j'attends des amis, ça ne fait pas propre". Elle a raison. Je griffonne le numéro du propriétaire. Ramon appelle. Je lui raccroche au nez. Il y a six mois, j'ai demandé à ce qu'il me débarrasse de ces chaises. A ce rythme, combien de chose peut-on faire dans une vie? Au fond, je devrais être rassuré: l'Espagne ne sortira pas de la crise, qui est le meilleur des états pour qui aime le monde plutôt que la société.

Mondialisation

La souris. Mammifère furtif. Circule à travers le monde sans laisser de traces. Change de territoire. Ignore ce qui lui déplaît, consomme ce qui convient. Millions de souris que manipulent nos mains.

Moralistes

Amiel était-il heureux? Et Joubert, Sainte-Beuve, la Bruyère? Par définition, les moralistes ne sont-ils pas en défaut de soi? Le protestantisme, courant profond et anhistorique qui travaille en sourdine les consciences, est-il autre chose qu'un levier séparant le corps de l'esprit?

Voiture 2

Une voiture sans chauffeur passe. Mais une voiture sans chauffeur ni passagers?

lundi 5 décembre 2016

Demain

Rien ne m'intéresse plus. Sauf ce qui se passe derrière ce qui devrait nous intéresser tous. Passer de l'un à l'autre est le véritable défi humain. La société vole en éclats, commence la mise à nu. Dans cet état neuf, nous redevenons le jouet des forces transcendantes. La plupart succombe. La chute du faux augure l'ère des individus. Enfin apparaissent des vivants.

Voiture

Se vérifie ce que l'on savait: moyennant quelques modification techniques, une voiture carburerait tout aussi bien à l'eau. De cette information, la presse cherche à faire une anecdote pour livre des records. Tirer les conséquences de ce constat reviendrait en effet à engager des bouleversements géopolitiques majeures, bref à changer le monde.

Escargot

De tous les animaux, l'escargot est le plus émouvant. Conscient du regard enfantin qu'implique une telle affirmation, je ne m'en défends pas. Car c'est bien sûr à la coquille que j'en ai. Rampant à la verticale d'un mur, je voyais tantôt un escargot dont la coquille ne tenait au corps gélatineux que par une excroissance. Le fardeau tirait vers le bas tandis que le gastéropode gagnait le ciel. Les symboles ont leur poids dans la réception des animaux.

Sens

L'année deux mil seize touche à sa fin. Les doigts d'une main suffisent à compter les discussions que j'ai eues pendant ce temps. Certes, je tiens mes distances, joue en coulisse et déménage sans raison, mais le fait pointe aussi sur le statut à venir de la parole: l'opérabilité mécanique des communications s'accompagne d'un désintérêt pour le sens.

Barbe 2

Ce qui indique que le projet d'extension infinie du capital ne néglige aucun marché. La mode de la barbe longue a relancé l'offre des coiffeurs. La croissance accompagnée des barbes et la difficulté d'entretien permettent la fidélisation du client. Les barbus investissent dans leur barbe.

Barbe

Je lui mets un couteau à la gorge.
- Attention à ma barbe, me dit-il, elle me coûte cher!

Projet

Il avait pour projet d'enregistrer le silence sur disque. A cet effet, il lui faudrait placer ici et là de légers bruits. Une question le tracassait: quels bruits et combien de bruits pour faire entendre le silence?

dimanche 4 décembre 2016

Napalm

Napalm Death. Je fais ce que je fais. Je fais ce que je veux. J'existe, je suis (depuis 1980).

Versatiles

Changer d'opinion, il le faut. Puisque le sens n'est pas donné, le changement fait loi. Mais ce changement doit être référé a des motifs intimes. Sa raison repose sur la réflexion. Des changements d'opinion qui sont autant de manières de s'accorder aux motifs du groupe, il faut se méfier absolument. Or, nous sommes à un moment charnière. Nos sociétés de masse on porté avec autorité depuis vingt ans des motifs qu'elles ont par choix tactique données pour universelles. Innombrables les individus qui les ont adoptées sans autre critique leur octroyant ainsi la force de propagation nécessaire. Ceux-là, s'apprêtent à changer d'opinions. Ils attendent la nouvelle fournée. Ils doivent être pris dans l'acte.

Mil neuf cent soixante-huit

Ces gens qui au cours d'un printemps se sont amusés à penser la révolution alors qu'ils n'appartenaient à la société ni par le travail ni par les actes, arrivés au pouvoir quarante ans plus tard, se sont amusés à prendre des décisions.

Dantec

"[...] la démocratie culturelle aura surtout permis de fabriquer des tonnes de confiture à la chaîne, pour nourrir des batteries de cochons."Maurice. G. Dantec, Le théâtre des opérations.

Eaux

Après une courte nuit ponctuées de réveils (logé dans la chambre à coucher de son maître, le chien du voisin aboie), je commande un taxi. Le ciel est gris, il pleut. Le départ du marathon est prévu pour neuf heures. En route pour Malaga, je scrute le large. Les averses cesseront avec le jour, affirme la météo. Le chauffeur dément. Il cultive des mangues dans les collines de Benagalbon et entretient un puits. Il connaît son sujet.
- Voyez cette nuée claire? Il tombe des verses sur le centre-ville.
Près de la place de taureaux, la visibilité baisse. Sur la chaussée, l'eau abonde. Un particulier enclenche ses feux de détresse et abandonne sa voiture. Nous progressons à petite allure le long de la plage. Quant au le circuit de la course, balisé avant l'aube, il est en pagaille. Le vent chasse les cônes, l'eau les emporte. Le taxi me dépose sur l'Alameda. En hauteur, les palmiers fouettent. Je passe un imperméable et cours me réfugier sous l'Auditorium du jardin des plantes. Deux coureurs m'ont précédé. Je m'échauffe. Un clochard qui dort dans un sac perd sa bouteille de vin. Il la rattrape et se rendort. Demi-heure avant l'envoi de la course. Les plus téméraires sautillent sur la grille de départ. Les shorts, les maillots, les dossard, tout ruisselle. Pendant ce temps, l'organisation consolide l'arche gonflable qui menace de s'envoler. Au micro, l'animateur annonce cinq mille participants. De l'Auditorium, j'en compte une petite centaine. L'abri ne se garnit pas; or, nous sommes à quelques mètres des boxes. La pluie redouble. Le mieux sera de cacher l'imperméable sous un fourré pour le récupérer au retour. Puis de se poster derrière le lièvre au denier moment. A neuf moins dix, une annonce: le départ de neuf heures est annulé. L'organisateur explique, ce n'est pas la pluie qui tombe, mais la pluie qui stagne, plusieurs sections de la ville sont impraticables. Prochaines nouvelles dans trois quart d'heure pour un départ reporté à 10h30. J'interroge le ciel, puis m'élance: je rentre à la maison. Sortir du parc est difficile, je marche sur des ruisseaux. Je m'engage sur le quai. Vitrifié d'eau, il patine. Les rares voitures sont perceptibles à leurs phares. Lorsqu'elles passent à ma portée, elles éclaboussent jusqu'au ciel. De l'autre côté c'est la plage. Les paillotes secouent, le sable danse. Quant à la mer, elle est rouge. Les canaux qui descendent de la montagne évacuent le sang des terres sèches. Les mouettes s'affolent. Huit kilomètres plus loin, une voiture de police coupe la route. Je continue, seul, les pieds dans l'eau, au milieu de la grande artère qui conduit à Torrox et Nerja. Un homme évacue à grands coups de seau la flotte qui noie son salon. Je cherche mon passage. Par endroits, j'enfonce jusqu'à la cheville. Soudain, un responsable du marathon se détache d'un mur.
-C'est profond?
-Oui.
Pas très gentil de ma part, puisque cela pourrait décider de l'annulation du marathon, mais maintenant que j'ai renoncé, n'est-ce pas? L'organisateur se penche pour voir. Après tout, qu'il se mouille! Qu'il juge par lui-même! Et d'ailleurs, ne suis-je pas passé? Je le salue et poursuis ma route. Un groupe de jeunes fait signe. Des bénévoles qui tiennent un ravitaillement.
- La route est coupée!
Ils me font répéter, puis tous:
-Elle est coupée, la route est coupée.
Tandis que je file en direction de la falaise, je vois les gens qui remuent sous l'abribus. Ils ont entendu, ils se demandent que faire.
Une demi-heure plus tard, j'entre dans notre appartement, je consulte le site du marathon: annulé.

 

  

Succès

Un livre qui rencontre le succès assigne à son auteur une tâche douloureuse: identifier les causes de ce succès et les détruire. L'ambition de l’œuvre - et par là je n'entends rien d'autre que le travail d'écriture - est à ce prix.