samedi 3 décembre 2016

Art

Dans la gare du bord de mer se tient une exposition de peinture. Les vraies nourritures spirituelles de l'Espagne sont de la partie: une table de la loterie nationale et la diffusion en direct des matchs de foot.

jeudi 1 décembre 2016

Du mou

Faute de se procurer un film à bon compte sur internet, je me rabats hier sur une comédie policière tournée en 1967 qui met en scène Bernard Blier et Jean Lefebvre, Du mou dans la gâchette. Les compères assassins se baladent dans une cité nouvelle à bord d'une limousine américaine ailée, peut-être une Oldsmobile. Daté, le film surprend par trois caractères au moins que les réquisits hollywoodiens ont depuis neutralisés. Le rythme d'abord. Il est humain. Il rend à la parole la place qui devrait être la sienne en société. L'environnement ensuite. Moderne, exhibé comme tel, il est encore peu machinique: les hommes côtoient des femmes qui côtoient des hommes. Enfin, la psychologie des personnages. Elle est erratique plutôt qu'inscrite de force dans la trame du scénario. Par ailleurs, on s'amuse rétrospectivement de l'admiration naïve que le France de ces années pré-révolutionnaires porte aux Américains et de la vision plus naïve encore d'une modernité enchantée.

Presse

Excellent article de Julien Burri dans l'Hebdo sur Constance, guide touristique à l'usage des aveugles, ou plutôt sur son auteur. Il dit ce qu'il faut savoir pour demeurer dans l'incompréhension et par-là même renvoie utilement à la lecture, l'unique propos d'un écrivain étant qu'on le lise.

Signalétique andalouse

Sur le panneau municipal indiquant le cimetière, les trois croix. Celle du Christ, celles des larrons. Direction du cimetière et direction morale.

Cadix

Ville étonnante et belle que Cadix. La route longe un système de dunes. Sur le versant opposé s'étend l'eau de la mer intérieure. Puis vient la ville. Moderne d'abord, historique au bout de l’isthme. Notre hôtel est entre ces deux quartiers. Son nom, Puertatierra. Moderne, précisons: comme l'étaient les villes ouvrières dans les années 1960. De fait, les constructions datent de cette époque. Massives et carrées, entre palais administratifs, douanes maritimes et casernements. Sortis de l'hôtel, nous butons sur une tour de contrôle qu'envierait n'importe quel aéroport international. En contrebas, sur la plage jaune, des surfers. Plus loin, il faut passer une muraille pour descendre vers les quartiers anciens. Sur les balcons vitrés pend de la lessive. Les rues en quadrillage aboutissent sur des places qui ont leurs orangers. Pour accéder aux étages des maisons, le locataire traverse des cours de marbre et de faïence. L'été, ce labyrinthe doit être ravissant. 

En route

Descendu la côte en direction de Cadix. Une pluie torrentielle ralentit le trafic. L'autoroute traverse un décor qui évoque Mexico et Pattaya. Bâtis à quelques mètres de la glissière de sécurité, défilent des snacks et magasins aux façades peintes. Au-dessus, trônent les cités satellites. Les plus modestes comptent cinquante logements. Certaines en ont dix fois autant. Des forêts d'enseignes recouvrent ces termitières. La plupart affiche des noms rêveurs: Copacabana, Golf paradisio, Playa ocaso. Et à leur pied, Excellent furniture, Fich&chips, Bar Notthingam.
Adolescent, lorsque je conduisais sur les huit pistes en désordre du périphérique de Mexico, je me demandais comment sortir de ce goulot ceint de murs. Ici, rasant les villas de vacances des gens du Nord, je me demande comment font les estivants pour gagner la mer. Est-ce qu'ils traversent? Roulent-ils des heures pour atteindre cette plage qui pendouille sous leur balcon?
Passés Torremolinos, Marbella et Puerto Banuz, le décor perd en densité. Les grues rouillent au-dessus des parcs de villas à l'abandon, les hangars sont troués, les réverbères osseux.
Aux environs de la Línea (la ligne), le village limitrophe de Gibraltar, nous quittons la A7 pour pénétrer dans une ville nouvelle. Les rues transformées en ruisseaux ralentissent notre progression. Je manque un gendarme couché, la Dacia pique dans le fossé. Je redresse, conduis le visage contre le pare-brise pour anticiper les obstacles. Soudain, un panneau annonce une Route culinaire et gastronomique. Requinqués, nous roulons. Au bout de dix minutes, il faut renoncer. Pour la première fois depuis que je voyage en Espagne - cela remonte à l'année 1975, il y a quarante et un ans- nous ne voyons ni bar ni restaurant.
Vingt kilomètres plus au Sud, nous prenons place dans la salle de cafeteria d'une station service entre des policiers et des chauffeurs de poids lourds marocains en route pour Algéciras. Nous passons par Tarifa. Changement d'ambiance. Des chevaux s'ébattent sur les terres inondées, des chemins rectilignes coupent à travers les près, de vastes haciendas sont posées sur la lande. Perchés sur des montagnes de terre ocre, les villages sont blancs. Vejer de la Frontera semble accroché au ciel. Puis nous franchissons un col avant d'entrer dans le domaine des éoliennes. Elle hérissent par centaines les collines. Montées sur des mâts grillagés, les hélices anciennes sont tordues comme de la réglisse. Les autres, fuselées et brillantes, tournent à grand régime. Enfin, à la tombée du jour, nous empruntons le bras de terre qui amène à la presqu'île de Cadix

France-Culture

"Tu ne crois pas si bien dire, désormais France-Culture a un succès formidable! La station est passée au bleu! Les filles se battent pour partager le lit des animateurs! D'ailleurs, le système de réservation ne va pas tarder à donner de l'aile. Auparavant, ces gens géraient Airbnb. Ils ne pensaient pas avoir à répondre à pareille demande! Ce n'est pas tout: comme disent les logiciels de jeu, vous avez encore plusieurs niveaux à passer."
Une partie de la nuit, j'ai répété ce texte comme si je cherchais à le transmettre sur les ondes.

mardi 29 novembre 2016

Démocratie

Tant que les peuples européens prendront goût aux joutes électorales et aux rodomontades des politiciens, il n'y aura pas de démocratie. La mise en scène de la personnalité était dommageable dans la société d'après-guerre, dans une société des réseaux, elle est dévastatrice. La Suisse seule donne l'exemple d'un système de délégation abstrait. Puisse-t-il résister aux veuleries de ces élus que l'inexpérience et la naïveté poussent à se soumettre aux pitres européens et à leurs chaperons d'Amérique.

Keith

Ce copain qui donne un cours sur l'île de Turks and Caicos. Il remarque un chevelu. Quand ce dernier pose sa guitare, il s'approche de la chaise longue pour la lui emprunter.
-Je vous en prie, dit Keith Richards.

Morts

Comme j'assistais ennuyé à un spectacle de bateleurs apparaissait soudain ma grand-mère. Elles est sans expression. Le visage lisse. Sans un mot, elle me fixe. Je crie. Mon cri me réveille. Gala me rassure. Et si les morts demeuraient parmi nous, sur terre, dans l'état qui fut le leur. Ils s'arrangeraient pour ne jamais croiser ceux qui les connurent.

Sexe

Qu'une majorité d'Américains considère que le sexe oral et anal ne relève pas du rapport sexuel en dit plus qu'il ne faut sur les ruses de la raison.

lundi 28 novembre 2016

Buter

Quelle que direction qu'il emprunte, qui en sait trop bute sur ce savoir.

dimanche 27 novembre 2016

Fidel

La symphonie des éloges funèbres que provoque la mort du dictateur Fidel Castro montre que même les esprits les plus sages admirent la puissance.

Falloir

"Il ne faut pas généraliser!" Rengaine! Notre société n'a-t-elle pas obtenu son savoir sur la foi de la généralisation?

Inconsistance

Le ton grave. Untel me met en garde: "entre cet instant et le moment où je te raccompagnerai à ton train , rien ne doit être ébruité de notre conversation. Pas un mot dans le Journal d'inconsistance." Serrant mon poignet: "attention, je vérifierai!"

Chiens

Quatrième jour de pluie. Moins d'aboiements. Les maîtres ont ouvert les portes des appartements. Les chiens ont quitté les balcons. Ils vivent en salon, dorment en chambre à coucher, regardent la télévision et mangent à table.

Indesit

-La machine à laver fonctionne, mais elle ne lave pas.
-Mais elle fonctionne? demande Ramon, le propriétaire.
Avant que j'ai le temps de réagir:
- Avec moi, dit-il, elle a toujours fonctionné.
Être aimable, composer et rire n'est pas sans risque: l'autre finit par croire que vous êtes gentil. S'il est faible, il n'hésite pas: il abuse.
J'écris donc un mail: "cher Ramon, je viens de commander une machine neuve, que fais-je avec l'ancienne?"
Réponse sibylline. "Du moment que tu achètes une machine neuve, jette l'ancienne, tu me laisseras la nouvelle."
La sienne valait Fr. 100.- il y a dix ans, la mienne est neuve et vaut cinq fois ce prix.
Je réponds: "non".
Ramon trouve la parade: "tu m'en rachèteras une autre, moins chère".
Je réponds "non".
Le téléphone sonne. Je ne décroche pas. Suit un mail:
"Jette-là!"
Peu après, les ouvriers installent la nouvelle machine. J'ai averti que je paierai en liquide. Ils n'ont pas de monnaie.
"Je vais chercher la monnaie chez moi et je reviens", fait l'ouvrier.
Je place mes vêtements de sport dans le tambour, lance le programme. A trois heures, je dois partir pour un entraînement couteau. Nous mangeons. Le programme fini, je veux lancer le séchoir. J'appuie ici et là. Un nouveau cycle de lavage commence. Dans le tambour, mes habits essorés sont recouverts d'eau. Le mode d'emploi compte deux pages. Il est en trois langues. Je lis, je ne comprends pas. Je relis, je comprends. Le lavage fini, j'applique la séquence qui doit lancer le séchage. Le lavage recommence. Gala vient à mon secours. Elle lit le mode d'emploi. M'explique ce qu'elle a compris. J'avais compris. Au bout d'une demi-heure de tergiversations, nous trouvons la solution. Le tambour, tourne dans le sens des aiguilles de la montre, puis dans l'autre sens, puis dans le sens des aiguilles, et ainsi de suite... à n'en plus finir. L'heure du départ approche. Je veux arrêter le processus. Impossible. Débloquer la porte. Impossible. Quelle que soit son prix, je vais sortir cette machine à coupe de pieds. Gala reprend le mode d'emploi. Elle ne trouve pas. A mon tour. Rien, nulle mention d'ouverture anticipée. A force de jouer avec les boutons, je réussi à ouvrir la porte. Mon pantalon d'entraînement, ma coquille, mes maillots, tout fume. De retour de la ville, après avoir arrêté cinq cent coups de couteau, une bière à la main, je reprends le mode d'emploi. Gala vérifie. Elle confirme: aucune des solutions que nous avons appliquées ne figure dans le mode d'emploi.


Bonheur obligatoire

Regardé hier ce film admirable, La loi du marché de Stéphane Brizé, une fiction qui raconte le périple administratif et social - qui le plus souvent ne font qu'un - d'un ouvrier de quarante ans à la recherche d'un emploi. Présenté ainsi, difficile d'imaginer scénario plus rébarbatif. Pourtant, ce long-métrage est exemplaire. Sa première vertu est de mettre en scène le réel au plus proche de la réalité. Les rapports aux fonctionnaires, aux banquiers, aux assistants sociaux, aux employeurs, est montré avec tant de précision, que l'on se retrouve dans la pièce avec les répondants du système, à la place du chômeur, l'estomac dans les talons. Puis il y a le langage spéciale de ces techniciens du capitalisme, appris pour faire avaler la dragée. De quoi révolter. Enfin, le jeu d'acteur de Vincent Lyndon, si juste, que si je croisais l'acteur demain dans les rues de Paris, je lui demanderais s'il a retrouvé du travail. Ce film qui évite toute référence partisane est un grand film politique. Il met en scène l'humiliation à laquelle notre société du bonheur obligatoire a réduit l'homme.

Transit

Consommé ce jour:
Demi-baguette.
Miel, Nutella, beurre, marmelade.
Demi-litre de café.
Biscuit atomique.
Banane.
Deux litres d'eau.
Une cuillère de créatine.
Une louche de protéines.
Biscuit atomique.
Chocolat.
Demi paquet de chips.
Une palette de Jamon Serrano.
Deux litres de bière.
Curry vert thaï.