samedi 3 septembre 2016

Inconsistance

Qu'on bien pu se dire cette semaine le premier ministre allemand et le président français à Evian lors de leur rencontre secrète (si secrète que les journalistes qui l'ont ainsi qualifiée en ont rendu compte sans rien en dire ce qui offre peut-être une solution prometteuse pour la communication de l'avenir)' La parole est à François:
- Et toi Angela, tu crains aussi d'être lynchée?

Paranoïa

L'esprit paranoïaque a un avantage sur le commun des esprits, il anticipe. Mais cette capacité d'anticipation comporte un effet pervers. Le paranoïaque tient que son anticipation va se réaliser dans la forme exacte et à la vitesse précise qu'il imagine, ce qui renforce sa paranoïa.

vendredi 2 septembre 2016

Western

L'autre nuit, une bande de malfrats a dynamité la succursale du Banco de Santander. L'explosion a secoué le village. Il était 4h30. Le couple qui vit à l'étage a dû être secoué. Les policiers sont arrivés trop tard. J'aime beaucoup ce côté western.

Football

Les matchs de foot improvisés par les enfants sont amusants: on y discute chaque passe. Avec les adultes, il y a un arbitre. Avec les professionnels, des règles, presque des lois et une direction  invisible et corrompue.

Requin

Après qu'un requin ait été repéré près des plages de Marbella, la baignade a été interdite pendant trois heures. Sur les clichés des journalistes, on voit les badauds en rangs serrés scruter le large.

Savoir

Un des mes amis prétend tout savoir et, en effet, il est brillant, il en sait long. Mais, du fait même de cette prétention, on remarque surtout quand il ne sait pas.

jeudi 1 septembre 2016

Surenchère de cancres

Examen de français. Je suis flanqué de deux camarades. Le reste de la classe travaille. Pas nous. Nos feuilles sont blanches. De cette blancheur, Nous sommes fiers. Je plaisante. Mon voisin rit à s'en tenir les côtes. Le professeur annonce la fin du devoir. Souhaitant battre mes camarades sur la ligne d'arrivée, je me saisis d'un stylo, mais sa pointe est cassée.
Avec les autres élèves, nous nous dirigeons vers la sortie. Sur notre passage, le professeur hystérique:
- Vous ne perdez rien pour attendre. Vous allez me refaire ça pas plus tard que tout à l'heure!
A distance de l'école, je confie aux autres: "on apprend vraiment rien dans cette école..."

Fille

De retour du parc où je pratique des exercices de TRX, je trouve Gala à l'étage inférieur de notre immeuble, guettant les bruits derrière la porte d'un appartement.
- Tu te rends compte, voilà une demi-heure qu'une gamine hurle! Tu entends? Elle a peut-être mal. Je suis désespérée, mais je n'ose pas sonner. Qu'est-ce qu'on fait?

Art et barbarie

L'atelier d'Anselm Kiefer à Croissy-Beaubourg, en Seine-et-Marne, a été cambriolé. Les voleurs ont ratissé le plomb intégré dans la matière picturale d'un tableau de grande taille de l'artiste allemand coté un million et demi d'Euros.

Sandwiches

Prêts à la consommation, deux sandwiches de toasts et jambon de la taille d'albums vinyles. Chaque fois que je me réveille, ils glissent hors de mon rêve pour échouer entre mes jambes. Il sont durs et lourds. J'aimerais les faire disparaître, mais je ne vois pas comment mâcher une matière aussi résistante.

mercredi 31 août 2016

Augmentation

Vous aussi remplacez votre cœur par un cœur Kiba!

You tubers

Progrès constant de la cochonnerie audio-visuelle. Il suffit que je passe à portée des mes enfants lorsqu'ils consultent des vidéos enregistrées par ces guignols qui se rémunèrent en débitant des inepties sur internet pour être pris de frissons de dégoût.

Chinoiseries

J'ai acheté des couteaux chinois. Il sont si fins, si plats, que lorsque j'en saisis un, il en vient souvent sans même que je m'en aperçoive deux ou trois.

Juge

L'an dernier, je suis convoqué au tribunal de bon matin. La salle en sous-sol est peu éclairée, petite et grise. Les pupitres évoquent la classe d'école. Il sont courts. Je prends place mais ne sais que faire de mes jambes. Sous le plateau, elles m'obligent à prendre la forme du banc et me donnent un air intimidé. Pour gagner quelques centimètres, je place mes genoux contre le bord du pupitre. Entre le juge et sa suite: un boutonneux premier de volée et une greffière. Le juge s'installe sur l'estrade (un socle rehausse son bureau). Dans son dos, j'ai le plaisir de voir par la fenêtre des vaches fribourgeoises qui paissent un coteau. Le regard rentré, le juge manipule un dossier. Lorsqu'il a fini, il toise les personne présentes dans la salle, et, avant de saluer, à mon intention:
- Tenez-vous bien!
Comme dit l'autre: Mais qui sont ces gens? Pour qui se prennent-ils?

Schwab

Que des hommes comme Klaus Schwab puissent mourir en paix, sans être inquiétés, est scandaleux.

Invitation

Monpère m'écrit: je serai en Espagne la semaine prochaine, veux-tu venir manger? Il est à 650 kilomètres.

Impôt

Armée de tacherons de l'Etat qui activent des poursuites, molestent votre maman à son domicile, émettent courriers et menaces pour récupérer une somme de dix-huit francs alors que dans le même  temps je verse sur la foi de leurs gribouillage arithmétiques lardés de lois fiscales plus de dix mille francs.

Souk

Me remémorant le souk du Caire, je voyais ces marchands d'essences installés devant des séries multicolores de fioles exhalant des odeurs écœurantes. C'est à la fois l'origine des parfums, produits du trafic triangulaire qui animait la méditerranée à l'époque de gloire de la Venise renaissante et, devant l'empire contemporain des grandes marques occidentales, une survivance archaïque qui témoigne du rapport particulier qu'entretiennent certaines civilisations avec le progrès.

Vie antérieure

L'après-midi, au moment de m'endormir, se produit un étrange phénomène mémoriel. Je me souviens d'un événement vécu auquel je ne pense plus depuis longtemps au point de douter d'abord si c'est bien moi qui l'ai vécu. Mai à mesure que la mémoire se fixe, je le reconnais: il s'agit bien d'un épisode de ma vie. Et aussitôt de me demander: comment ais-je pu l'oublier? Alors, désireux de mieux revivre l'événement, je fais un effort de mémoire et il s'évanouit comme si, devenant pleinement conscient, il trahirait son appartenance à une vie antérieure.

Butor

Michel Butor est mort la semaine dernière. De ce séminaire que j'ai suivi sous sa direction, à l'université de Genève, il y a plus de vingt ans, j'ai tout oublié. C'est tout juste si je vois sa silhouette déjà bedonnante et retrouve le régime de sa voix, prolifique. Aujourd'hui, j'aimerais savoir ce qu'il nous disait. Quelques années plus tard, comme je revenais de mon voyage à vélo en Syrie, il s'est assis à côté de moi dans l'avion. Il portait une ceinture de cuir sur une blouse évoquent le bleu de travail. Sa barbe et sa tenue lui donnaient un air de moine. Timide, je n'ai pas osé lui adresser la parole. D'ailleurs, il n'a pas pipé mot pendant le vol. Pas plus que la femme qui l'accompagnait. Que des journalistes à l'intelligence boiteuse aient durablement moqué le programme esthétique du Nouveau roman n'enlève rien à la qualité d'écriture de ces écrivains (agacé par la ratiocination de Nathalie Sarraute, j'admire en revanche Alain Robbe-Grillet, particulièrement à travers le personnage de Des Esseintes et bien sûr le maître de la mémoire défaillante, Robert Pinget).

Fin de journée au village

A travers les terrains vagues qui flanquent le haut du village, nous rentrons avec Gala du centre commercial. Je pousse un caddie de grand-mère contenant des champignons, un poulpe, une marmite, des épinards et une boîte de frijol; de l'autre main, je tiens une poêle à paella de taille moyenne. Au rez de l'église, dans la salle de boxe, des filles dansent sur un air techno. Sur le terrain de basket, devant l'école municipale qui ne rouvrira ces portes qu'à la mi-septembre, des gitanes jouent à la corde à sauter. Plus loin, un père et son fils discutent de la meilleure manière de faire briller le toit d'une vielle Seat. Aux balcons, les hommes revenus du travail fument à torse nu.

Bonheur

Hier à l'heure du crépuscule je suis allé courir le long de la mer. Sur quinze kilomètres, je n'ai vu que des personne heureuses. Les enfants batifolent dans une eau d'argent, les adolescents jouent au volley, d'autres poussent des planches de surf contre les vagues, à l'abri du rocher qui abrite une chapelle de la Vierge. Les couples chenus lèvent les yeux pour recevoir la dernière lumière tandis que les familles douchent leurs jambes plaquées de sable. Les restaurants de plage allument les braseros, un homme chante, les terrasses se remplissent pour l'apéritif. Devant  tant de plaisir étale, il faut se démettre. 

Trahison

Je suis opposé à la peine de mort. Comment laisserait-on une décision de cette gravité entre les mains de personnes qui, appliquant la peine, se déchargent de leur responsabilité sur un groupe, fut-il représentatif? Tuer est un acte individuel. Mais jamais je n'avais songé à cet argument qui, tout aberrant qu'il soit, m'a fait rire, surtout en ces temps de veulerie: les hommes politiques condamnent la peine de mort car ils craignent d'être exécutés pour haute trahison.

Enfant

L'enfant roule à vélo. Derrière le père, lui aussi à vélo. Au carrefour, l'enfant pose pied:
- On va où?
- Chez grand-mère.
Un autre jour, l'enfant s'arrête à un croisement.
- La route de gauche, ordonne le père.
A une autre occasion, l'enfant roule sur une route sans fin:
- On va où?
- Avance!

lundi 29 août 2016

Boire

Val que son médecin admoneste une fois de plus m'écrit: de retour à la maison, j'ai prévenu ma femme que j'allais arrêter de boire. Elle a fondu en pleurs. "Mais enfin, a-t-elle sangloté, si on arrête de boire, tout va devenir gris et ennuyeux!"

Sans tête

- Cet homme n'a pas de tête. Tu crois qu'on peut lui faire confiance?

dimanche 28 août 2016

Panacée

Avant de quitter notre appartement espagnol dans lequel ils ont séjourné deux semaines, les Ecossais new-agers ont déposé sur la table du salon deux bougies et un briquet - la solution à tous nos problèmes.

Poison

Accroché à la paroi de végétation, les enfants lèvent la tête vers le ciel pour goûter la pluie de pétrole. Mon chapeau de paille ne suffit pas à me protéger. Je m'écarte de la paroi, rase les murs; le liquide poisseux ruisselle sur mon visage. L'un des enfants boute le feu au combustible. La paroi noire s'enflamme. Je crains que mes enfant ne brûlent, puis voyant qu'il ne sont pas touchés, je me mets à la cuisine, je confectionne une paella. Lorsque le repas est prêt, Aplo, Luv et leur cousin s'écrient:
- Oh non, pas un plat de lumbagos!
Je les attrape par le collet, les ramène, les met en attente. Le cousin s'échappe. Il plonge dans la cage d'escalier. Je m'élance. Il me nargue:
- Ta paella, je m'en bats les couilles
Je punis Aplo et Luv. Du moins sont-ils mieux éduqués que leur cousin, me dis-je. Et je me jure de châtier ce dernier. En même temps, le puis-je? A-t-on le droit de réagir avec brutalité face à l'enfant des autres? Ce serait pourtant lui rendre un grand service...
Avant ce rêve, nous parlions avec Gala de l'usage obsessionnel que Luv fait de son téléphone portable.
- Elle est empoisonnée! Constatai-je.
Ensemble, nous cherchions comment intervenir. Plus tard, je lisais un texte de Bernard Stiegler sur la mémoire épiphylogénétique, déclarant à Gala:
- Voilà exactement ce qu'il faudrait donner à lire à Olofso pour qu'elle comprenne les dégâts que provoque cet emploi compulsif des moyens électroniques, mais voilà, comment faire, comment l'amener à lire et comprendre?

Théorie

Qu'est-ce qu'une théorie? Du plausible. A quoi cela sert-il? A organiser le réel. Raison pour laquelle elle enferme son auteur.