vendredi 18 septembre 2015

Occident

Héroïsme de l'homme blanc: ayant brisé toutes les idoles, il fait de son mieux devant l'inéluctable.

Art

Dans les siècles obscurs, le sacré est conservé par la prière continue de Dieu dans le sein des monastères; aujourd'hui en butte à toutes le dévalorisations, l'art exige pour être conservé une culture de l'intériorité équivalant à cette prière.

Degrés d'energie

Il faut, pour réussi à faire quelque chose d'extraordinaire de sa vie, une énergie extraordinaire puisqu'il faut partir de l'ordinaire et que cet ordinaire requiert déjà une énergie importante.

jeudi 17 septembre 2015

Politique et divertissement

Méfions-nous des scénarios des films d'anticipation: ils choquent notre sens du réel, mais le choc passé, déjà nous nous habituons.

Démonstrations

Pour les individus qui prétendent démontrer la vérité en jetant des bombes, je n'ai aucune sympathie, mais  que l'on puisse emprisonner sur la base d'une intention m'est tout aussi insupportable.

Mort

Souvent, j'ai le sentiment que tout va finir. C'est pourquoi je fais en sorte que cela finisse: pour que cela recommence. D'un autre côté, je cesse de faire, je m'imagine ne faisant pas, je coordonne un déficit d'activités et le contemple et tente de ne plus bouger car si la mort est un état dans lequel il ne se passe rien, être devant elle dans un état où il ne se passe rien, c'est être prêt.

Feu

Je me vois assis devant un feu, une couverture sur les jambes, la maison est entourée de forêt ou d'un lac, ou encore de montagnes, je suis peut-être seul, je ne lis pas, je bois un café, un alcool, un thé, une horloge tourne, j'ai de la sympathie pour un arbre, les bruits ont un langage, j'attends. Je me vois assis dans un fauteuil, devant un feu et j'ignore si cette image est réconfortante, si elle est une bonne introduction à la mort.

Intérêts

Dans la vie m'intéressent, la pensée, la vie, l'amour, le sacré, la beauté, l'effort.

Opposition

L'homme américain et l'homme européens sont de caractère opposés. Pour l'Américain, avant qu'il ne démontre le contraire, un inconnu est un ennemi. Pour l'Européen, un ami.

Propagande

La propagande n'est plus ce discours que des spécialistes en mensonges élaboraient pour le compte de dictateurs, elle est devenue l'ensemble des actes et paroles que les individus jouent au quotidien sous le nom d'existence.

Attente

Que peut-on attendre de l'écriture? Attendre? Rien, si ce n'est la satisfaction de s'exhausser quelque peu le temps que l'on écrit.

Travail

Chez Henri Roorda, cette détestation du travail et de sa logique de répétition. Activité qui démolit l'être. Exceptionnel que d'avoir échappé à ce piège, mais aussi, il faut l'avoir deviné et dénoncé d'emblée, à part soi, pour espérer y échapper.

Promenade

A Paris, la semaine dernière, j'ai marché de rue en rue, traversant les quartiers et les époques; Saint-Eustache d'abord, en venant de la rue des Halles. Les pavillons que je voyais en 2004 de ma chambre située au dernier étage de la maison de paroisse de l'église ont été démolis. Cette année-là, les projets  du nouveau forum étaient en concours, les candidats architectes exposaient dans l'agora du centre commercial. Ce matin, debout sur une plateforme qui domine la rue Berger, j'ai devant les yeux un gigantesque chantier. Le toit vitré de l'édifice nommé la Canopée est en partie assemblé tandis que des engins s'engouffrent dans des passages qui évoquent une termitière. Les flancs du forum sont palissadés. Je les contourne par la rue Pierre Lescot, reviens par la rue Rambutteau sur Saint-Eustache. J'entre côté choeur. Le gardien se tient là, dans une cabine de verre. C'est un Africain longiligne. Je demande les prêtres.
- Ils ne sont pas rentrés de vacances.
- Qui est là?
L'Africain hésite, ne retrouve pas les noms.
- J'aimerais voir le père Carpentier.
- Oh, non, lui a déménagé.
L'ayant remercié, je me place sous les grandes orgues. De là, le bedeau aux baskets puantes m'avait emmené un soir dans les toits. Cheminant sur les poutres, nous avions toute l'église sous nos corps. Du côté de la porte du jour, on voyait une chiotte turque suspendue entre deux poutres d'entrait. Dessous, un vide sacré.
- Les ouvriers pouvaient pas chaque fois redescendre.
Après les orgues, je vais à la chapelle des Bouchers. Comme autrefois, elle est occupée par cette sculpture ridicule et naïve, de type haïtien, qui montre les marchands gagnant les halles avec leurs choux-fleurs, leurs viandes, leur colliers de saucisses. Puis je cherche le passage dérobé qui amène à la paroisse par l'impasse Saint-Eustache, tire le mauvais rideau et me retrouve dans une enfilade de pièces interdites au public. Je sors côté Rambuteau. La mendiante roumaine est assise sur la marche de pierre. Même visage, même dos rond, même demande d'aumône, mais ce n'est peut-être plus la même mendiante. Au moment où je double le grillage fermant l'impasse Saint-Eustache, je trouve sur une armoire électrique un livre, Ermont à l'époque révolutionnaire. Par la rue Montmartre, je gagne le faubourg Poissonière. Au lieu d'aller au Passages des Panoramas (qui me fait penser aux cheveux courts et à la coupe au bol d'Anne Cunéo, à un repas pris avec les enfants dans un bistrot du passage, à l'hôtel irréel du fond d'allée ), je rejoins la porte Saint-Martin et passe devant le magasin Burton où j'achetais mes manteaux: Gala avait si bien séduite la vendeuse vietnamienne que six mois plus tard, lors d'un voyage ultérieur, celle-ci lui avait fait cadeau d'un pyjama de soie commandé à sa famille. De là j'arpente plusieurs fois la rue du Faubourg-Saint-Martin et entre dans la rue de l'Echiquier où nous  occupions une chambre de bonne en soupente l'été 2006. Tandis que je mange un menu en terrasse, un homme s'effondre. Les voisins de table, de jeunes pompiers en civil, le secourent. Je consulte le livre récupéré sur l'armoire électrique: premier inventaire du mobilier de la mairie (22 nivôse an II - 11 janvier 1794), Brûlement des titres féodaux, etc. Plus tard, contournant République, je vais à Oberkampf, où nous avons pris pour la première fois une chambre d'hôtel avec Gala. C'était au mois d'août, elle s'était évanouie dans le jardin des Tuileries. De là, je remonte le Boulevard du temple, sans aller dans la rue Amelot où nous avons longtemps dormi à quelques centaines de mètres de la librairie anarchiste et du cirque d'hiver. Près du Bar à huîtres où j'ai fêté l'un des mes anniversaires, un légionnaire vend des bottes. Il me conseille un modèle américain, rembourré, bas et ferré; j'insiste pour un modèle français, parachutiste, pur cuir, à tige haute: Je repars avec le modèle qu'il a conseillé, puis je fais un message à Gala pour lui demander ses mensurations et parcours deux fois la rue de Rivoli de la hauteur de la place des Vosges au Bazar de l'Hôtel de ville sans être capable de retrouver la boutique de lingerie entrevue dans la matinée. En fin d'après-midi, rue Affre, dans le quartier de la Goutte d'Or, je pense "mais c'est par là que nous logeait Anne il y a dix ans!" et une seconde plus tard,  j'aperçois une grande fille à vélo portant un plastron orange roulant un vélo couvert de fleurs. Je crie:
 - Anne!
C'est elle.

Appel

Qui accepte de tourner la violence contre soi devient pour le prédateur une victime infinie.

Cahiers de Calaferte

Me plaît la foi sans église de Calaferte; rien d'étonnant à ce qu'il méprise le diplomate de l'esprit que fut Claudel.

Sanglier

Dans ce petit marché aux puces de quelques tables, des horloges, de vieux outils, des bibelots de brocanteur. Je flâne, je remue des fonds de cartons. Soudain, sur un stand nappé de velours, je trouve une cuisse de sanglier. La propriétaire s'approche, saisit une couteau et coupe une tranche d'une épaisseur de dictionnaire.
- Je vous l'emballe.
Et avant que j'aie le temps de répondre, elle s'exécute. Je suppute le prix que j'aurai à payer, me demande si la viande est encore bonne, si même elle est consommable. Penché sur la cuisse poilue et grise, je trouve alors un documents plastifié, composé de textes et de photographies, c'est un explicatif. On y voit le mari de la propriétaire en tenue de chasseur avec à ses pieds le sanglier abattu, puis une carte indiquant la région de provenance, les mensurations et le poids de la bête, le fusil utilisé, la maison du chasseur. Et je lis: tué en 2000. La tranche de viande que je viens d'acheter a quinze ans.

L'écrivain

De loin, j'aperçois l'écrivain J. B. Assis face à une journaliste pour un entretien, il glisse sur le canapé, se rapproche, touche ses mains et cligne des yeux: on croirait une demande en mariage. Il parle à la journaliste mais s'adresse à la femme. Plus tard, face à une libraire, de même: il s'intéresse à la femme. Lors de la lecture que nous donnons ensemble, il cherche encore et toujours la femme, fidèle à ses textes, opportunistes et orientés, une écriture de la tactique, de la drague. Du reste, il est possible qu'il n'en soit pas conscient. Il joue un personnage. Cela m'avait frappé il y a dix ans, lors de notre première rencontre, au point de juger qu'il s'amusait comme font parfois les comédiens qui pour épater les naïfs font étalage de leurs talents de comédiens. Aujourd'hui, J.B.est condamné à honorer ce rôle bas de gamme. Je me détourne: voir ces femmes confrontées à pareil bonimenteur, me gêne. Or, tout à l'heure, une de mes amies me dit: j'ai connu J.B. ce garçon est formidable! Nous nous sommes tout de suite entendus! Voilà un homme, voilà un écrivain!

mercredi 16 septembre 2015

Trophée

Ce samedi, nous courons aux Paccots le trophée des entreprises, un triathlon. Première épreuve avec Monfrère, dix kilomètres trail. De la pente et de la descente, le circuit est tracé sur les pistes de ski. Une heure plus tard, nous sommes de retour sur le parking où se font les relais, Monfrère rejoint Liph, tous deux s'élancent à VTT. A la fin du premier tour - il y en a trois - Monfrère lance au passage: "plus jamais!" Je patiente dans le box. La dernière épreuve est pour moi, une course d'orientation. Aussitôt descendu de vélo, Liph part au trot, l'organisateur nous tend la carte des postes, nous l'orientons et grimpons en direction de la forêt. Il s'agit de repérer huit cônes de chantier disséminées à travers la station . Voici le premier!  Nous poinçonnons. Nous peinons à trouver le second, tournons autour du lac des Joncs, repérons une maison, une autre, toujours rien. Parti essoufflé, Liph est essoufflé, mais cela ne semble aucunement le gêner alors que j'ai le cœur qui saute dans le caisson et le cerveau dans les talons. Nous avons déjà grimpé deux fois la pente, nous y retournons et cette fois jusqu'au sommet. Pendant l'ascension, je me fais secouer par un fil à vaches. Liph vient de poinçonner l'avant-dernier poste lorsque je le rejoins en haut d'un téléski.
- Par là!
Ce qui veut dire que nous dévalerons sous le téléski, plus d'un kilomètre d'une une terre gorgée d'eau et martelée des sabots des vaches. Je manque basculer à chaque pas, glisse, me rattrappe, me demande combien il reste de cônes, ne veut pas le savoir, garde un œil sur Liph. Et soudain, je suis sauvé:
- On a tout, crie Liph, on fonce!
Lui devant, moi à la traîne, nous coupons à travers champ sur un sol de mottes et de trous.

Subilus

Après dix jours d'un mal de ventre lancinant, je me décide à appeler le médecin. Il ne peut me recevoir. Son assistante me renvoie aux médecins de garde. J'explique les douleurs par téléphone. Le cabinet est à Villars-sur-Glâne.
- Comment ça, vous venez à vélo? Vous pouvez donc marcher?
Rue du Bugnon, les cloches sonnent 11heures lorsque je trouve l'adresse: c'est l'heure du rendez-vous. J'ai forcé pour être ponctuel et trouve la salle d'attente pleine. Conversation habituelles, en sourdine: "... j'ai cru revivre", "si elle continue comme ça", "le pauvre n'a pas de chance". Je lis Mon suicide de Henri Roorda. Pamphlet pour la vie et contre la fausse morale qui s'achève par le suicide réel de l'auteur - un testament littéraire. Une doctoresse vietnamienne me prie de la suivre. Je lui dis mon régime:
- Café le matin, bière le soir.
- Il faut arrêter ça. Depuis quinze ans dites-vous?
- Non, depuis l'âge de quinze ans.
- Mais c'est terrible! Et trop tard.
- Pour quoi faire?
- Tout. Vous êtes dépendant. Désormais ce n'est plus une affaire de volonté.
Elle me fait coucher et me tâte le ventre.
- Vous avez chaud.
- J'ai toujours chaud.
- Vous buvez de l'eau?
- L'après-midi. Trois litres.
- Non?
- Si.
Elle m'envoie faire une prise de sang puis une radiographie.
De retour dans la salle d'attente, je finis le livre de Roorda qui se termine par cette phrase: "Il faudra que je prenne des précautions pour que la détonation ne retentisse pas trop fort dans le cœur d'un être sensible".
La porte s'ouvre. La doctoresse me fait signe. Moment inquiétant ente tous. Elle va peut-être m'annoncer qu'à la fin de la semaine je serai mort.
- Vous avez un subilus.
- Un?
- Un subilus.
- C'est grave?
- Ce n'est pas grave. Vous êtes en pleine forme.
- Et que faut-il faire?
- Rien, ne faites rien.


Mémoire-machine

Dans une conversation, je remarquais hier qu'à tour de rôle, chacun des interlocuteurs, souhaitant exemplifier son propos, butais au moment de citer de mémoire un nom, un titre ou un passage de texte. Et aussitôt, l'un d'entre nous de saisir son téléphone, pour retrouver l'information, désignant dans le même mouvement la cause de ces lacunes.

Rotten

Interview de Johnny Lyndon à l'occasion de la sortie du dernier album de PIL. En 1977, il débitait des inepties. C'était une posture. Fidèle à l'esprit punk, il disait une chose et son contraire, niait tout et finissait par une bordée de jurons. Aujourd'hui, pathétique, il fait de même: des virevoltes. Il s'écoute parler et rit de ses bons gags. Il joue le rôle dans lequel l'ont cantonné ses fans. Quelle idée se fait-on de soi-même lorsqu'on incarne un personnage depuis longtemps disparu. Quel plaisir y a-t-il  a refuser le changement? Il y a une forme de paresse intellectuelle qui confine au désespoir.

Foie

C. dans la cuisine pour mettre au point son embauche entant que gérant afficheur. A son habitude, fatigué par un travail excessif.
- Je suis allé chez le médecin.
- Tout va bien?
- Comme ça.
- Le foie?
- Gras. Pour être exact, le médecin a dit "exagérément gras".
- Zut!
- Oui.
- Donc pas de bière?
- Juste une.
Il semble que nous buvions nos première cannettes hier, au Plaza, à la sortie de Saint-Michel. C'était il y a 34 ans.

Lecture

A la lecture toujours, Luv assise au dernier rang, parmi vingt-cinq adultes et qui écoute, ne sachant si sourire ou baisser de la tête quand je la fixe. Puis à la fin de la séance des question du public survient Aplo, débarqué du train qui le ramène à l'instant de son internat d'Abondance. Il me saute au cou et me serre dans ses bras avec tendresse puis revêt son uniforme, cravate à écusson sur chemise blanche, veste marine à écusson, et reculant de deux mètres devant lalibrairie, debout sur le trottoir, fier:
- Alors, qu'en dis-tu?

Olofso

Lecture dans les sous-sols de la librairie le Rameau d'Or à Genève. Le journaliste Pascal Schouwey interroge Fordetroit, nous interroge Berréby et moi. Longues questions tortueuses qui ouvrent des perspectives. Tentatives de réponse et considération générales, esthétiques, morales. Une discussion en mouvement, qui je l'espère, donne à réfléchir. Le lendemain, Olofso m'appelle:
- J'ai été émue de t'entendre dire que la conversation désertait nos vies. Tu n'imagines pas comme cela me manque!

Bananes

J'achète des bananes. La caissière me fait remarquer que j'ai oublié de les peser. Je n'ai pas oublié, mais le ticket que j'ai collé sur les bananes, a glissé.
- Faites- moi confiance! C'est Fr. 1,90.-
Elle me regarde, soulagée, heureuse, comme si un autre monde était possible.

Fonctionnalisme

Mercredi dernier, Gérard Berréby introduit la journaliste de France-Culture dans son bureau des éditions Allia à Paris. Celle-ci lui passe sous le nez sans saluer, me dit bonjour sans tendre la main. Gérard se présente et s'efface.
- Je vous laisse.
La journaliste, bronzée, agitée, mince, plus que cela, maigre, sort de son sac une enregistreur miniature qu'elle manipule puis pose sur la table.
- Voilà, vous lisez quelques pages de votre livre, la fin sera suspendue.
- Suspendue?
- Comment? Ah, oui: on coupera.
- Je pourrais lire ce passage...
- Non, le principe, c'est que l'auteur lit les première pages. Lisez du début à la page quatorze.
- Avec les titres?
- Sans.
- Allez-y!
Je commence.
- Voilà, c'est bon. On peut y aller.
- Je recommence?
- Oui, allez-y!
Quatre pages plus loin:
- C'est bon, arrêtez!
Elle rembobine, retire un casque d'écoute de son sac à main, le coiffe, écoute.
- Très bien. Merci.
Elle se lève, va sortir.
- Au revoir!
Elle se retourne.
- Oh, je pensais que vous veniez avec moi.
Et part pour de bon. Quatre minutes de lecture, le double entre l'apparition de la journaliste et sa disparition.

Bar des fous

Il y a une dizaine d'années, dans le bar des fous de Seyssel, Gala et moi buvions en compagnie d'ivrognes et d'une fille qui cajolait un rat. L'un des types, maigre, flottant à l'intérieur de son bleu de travail, les cheveux en petites boucles, sans âge, n'avait que cette activité: boire. De sorte que la semaine suivante, lorsque je passe devant le bar, je le trouve à la même place et le salue.
- On se connaît? demande-t-il.
Je lui explique que nous avons passé la soirée ensemble au zinc.
- ... le soir?
- Oui.
- C'est bien possible, mais à partir d'une certaine heure, je ne vois plus rien.
Et pourtant, pendant les quinze mois que j'ai passé à Seyssel, chaque matin, à l'aube, lorsque j'emmenais les enfants en voiture à l'école, je l'apercevais marchant sur le bord de la nationale, à un endroit de trafic intense, pour rentrer chez lui après avoir passé la nuit au bar.

Filigrane

J'ai sur mon bureau une photographie de Gala et de Luv. Elles sont assises dans un fauteuil rouge, C'est l'hiver, Luv à huit ans, la photo a été prise à Hauteluce, en Savoie. Or, hier, comme un grand soleil était sur Fribourg, voici que les rayons traversent le cadre de plastique transparent dans lequel est insérée cette photo et, en filigrane, sur le côté supérieur gauche, apparaît Arto, et Luv, bras dessus-dessous, puis Gala et moi-même, à une période plus récente.

Pillage

Par l'usage des techniques, par la dilapidation des ressources, par notre appétit excessif, vicieux, fou, qui s'apparente à une lutte morbide contre la mort, nous volons ceux qui ne sont pas nés. Ils naîtront mais les conditions qui leur permettraient d'atteindre à la vie pleine ne seront plus réunies comme elles le furent dans les temps anciens.

Confiture

- Je suis fier des livres que j'ai publié, me dit Gérard, mais plus encore de ma confiture d'orange.

Chaos social

Une société est au bord du chaos lorsque les rapports entre les personnes s'établissent sur la base de l'instinct et de la recherche égoïste. Aux antipodes de cette organisation raisonnable qui aura prévalu pendant des siècles en Occident et que la bourgeoisie a maintenu à travers un système de valeurs, voici, avec l'importation massive d'individus nés dans le tiers-monde, le retour à un état primitif des relations que ne régit aucun tiers-principe, qui n'a nul égard pour le contractuel et qui est dépourvu de visée transcendante. Et qui dit au bord du chaos, envisage la chute. Dans l'intervalle qui sépare l'un de l'autre s'engouffre cyniquement les amateurs d'argent facile qui prospèrent sur la contre-valeur qu'est l'individualisme.