samedi 5 septembre 2015

Friederich

Pendant le salon du livre de Morges, Lucienne, comme il y a trois ans et cinq ans, vient à ma rencontre, me salue, m'embrasse, tire de son sac à main des feuilles: ce sont les photocopies des recherches que fait sa fille autour de l'arbre généalogique de notre famille. Je sais déjà que ce sont des tonneliers de Morges, que l'une des branches est désormais canadienne, qu'il y a des Friederich dans l'Ain.
- Mais depuis la dernière fois, ma fille n'a pas beaucoup avancé. Vous direz tout de même à votre papa de me communiquer les dates de naissance de ses parents, c'est comme ça que l'on fait pour enquêter sur les aïeuls.
Je promets.
- Et vous connaissez cet Alexandre Friederich de Genève?
Oui, bien sûr. Il a mon âge, il est originaire de la même commune, Rapperswil dans le canton de St-Gall, et d'ailleurs, il m'est arrivé de me faire remettre ses papiers car, à une certaine époque, nous habitions tous les deux Madrid.
- Non, pas celui-là. Un autre. Un gosse de douze ans.
Puis Lucienne achète Fordetroit pour sa soeur.
- Où habitez-vous en ce moment Alexandre?
- A Fribourg.
- Oh, mais vous savez, ma soeur est professeur de linguistique à l'Université de Fribourg!
- Eh bien, je suis à côté. De mon bureau, je vois la faculté des lettres.
- Ce livre est pour elle. Ma soeur s'appelle François Revaz.
- Extraordinaire!
- N'est-ce pas?
- Non, pas ça. Un élève vient de rédiger un mémoire intitulé La description de type voir chez Alexandre Friederich. Ce mémoire était dirigé par votre sœur.

Nez

Au Livre sur les quais, une femme surgit de la foule:
- J'aime votre nez! Voilà un nez!
Puis, ne trouvant plus rien à dire, tourne le dos, s'en va.

jeudi 3 septembre 2015

Citoyen

L'Etat pour le citoyen français, un père fouettard et une mère protectrice.

Jeux amoureux

Au stade de Saint-Léonard où je cours quinze kilomètres, une adolescente splendide. Elle discute avec un garçon plus petit qu'elle. A l'angle opposé, un autre garçon, accoudé à la barrière, serein. Je fais mes tours, double la fille et son soupirant, double le garçon qui attend. Puis le premier soupirant s'en va, l'adolescente traverse avec élégance le stade et se donne au second.

mercredi 2 septembre 2015

Tatlin

Tatlin réapparaît pour un soir à Fribourg. Elle envoie un message: peux-tu m'apporter le sac que j'ai laissé chez toi il y a six mois? Je demande sa couleur. Il est vert. Que contient-il? Elle ne se souvient pas. Des livres? Elle me donne rendez-vous à 22heures pour boire un mahattan tea. J'avertis: en soirée je ne bois pas de thé. Je la trouve au premier étage du bar le XX accompagné d'un neurologue bulgare chaussé de bottes militaires. Tandis que la conversation s'engage sur la qualité des bottes des différentes armées (je montre ma paire portugaise), Tatlin demande au barman de me détailler la recette du mahattan tea:
- Du gin, du rhum, du whisky, du schnaps, un peu de menthe fraîche.
- Et le thé?
- Pas de thé.
Bolt nous rejoint. Il est en tenue de gardien: pantalons bleus, vestes à épaulettes, torche de combat, bâton technique. Il s'excuse d'arriver en retard: il a eu de la peine à fermer l'une des portes du centre commercial d'Avry dont il est responsable.
- Et Paris? fais-je à Tatlin.
- Le désordre.
- Je te l'avais bien dit.
- Du moins a-t-elle fait des progrès en français, remarque Bolt.
- C'est vrai, l'année dernière tu n'osais pas parler. Nous parlions toujours en anglais.
- Et maintenant, que comptes-tu faire?
- Ah, je ne t'ai pas dit? J'ai envoyé des lettres d'embauche à Brisbane, Abu-Dhabi, New-York, Singapore et dans une trentaine d'autres villes. En fin de compte, j'ai été engagé comme professeur d'anglais à Logroño.
- J'en reviens.
- Bien?
- C'est l'Espagne! L'Espagne c'est formidable! L'Espagne!
- Et pourquoi pas professeur d'allemand?
- Il leur fallait une professeur d'anglais. D'ailleurs, le type qui a fait l'entretien était français, il ne parlait pas un traître mot d'anglais. Peu importe, pour autant que je puisse continuer de travailler sur la création d'un nouveau langage des mains.
Et le Bulgare se met à nous expliquer en quoi le projet de Tatlin est, du point de vue neurologique,  révolutionnaire.