samedi 15 août 2015

Le prisonnier

Soirée excitante en ville de Fribourg. Nous circulons, commandons, buvons. L'heure avance. Nous poussons la porte des derniers bars, ceux qui ferment à l'aube, ceux qui ne ferment pas. Nuit entière noyée dans l'alcool suivie d'un dénouement heureux et une fatigue terrible.
Cet après-midi, quand je croise le prisonnier, j'ai les yeux clos, le regard liquide. Il m'entraîne dans l'arrière-salle d'un café sans fenêtres. Le plafond est peint en trompe-l’œil. Il salue à la ronde, pince les fesses de la serveuse, fait le paon. Juchés sur tabouret, des pochards. Ils parlent devant eux, ils parlent seuls. Les serveuses papillonnent, remplissent les verres, encaissent dans de bourses de cuir.
- Tu vois celle-là? C'est Emmanuelle. Je l'ai sortie un jour. Mais tu sais quoi? Elle a mis des talons! Tu vois la gonzesse? Même à plat elle me prend une tête. Tu imagines avec des talons? J'avais l'air d'être son gosse.
Un des clients lit pour la troisième fois les gros titres des journaux. Quand le voisin change, il assène les commentaires qu'il a déjà fait et pour preuve, montre les titres du journal. Alors que j'ai le cerveau en patate, le prisonnier m'explique par le menu comment fabriquer un fusil à pompe en détournant une plieuse. Il trace des croquis sur une serviette de papier, me dit que s'il a fini par se faire attraper, il s'en est sorti parce que le chef de l'entreprise voulait lui aussi posséder un fusil à pompe clandestin. J'écoute. J'aimerais mieux écouter, noter les étapes du processus, mais je suis sur le point de tourner de l’œil et avant de me coucher, il me faut encore faire ma valise:  j'ai une avion pour Madrid dans douze heures.

mercredi 12 août 2015

Masculin

Au restaurant de San José, les plats sont excellents et originaux, le service excellent et masculin. Le serveur a un physique de mannequin.
- Voilà qui s'appelle un homme viril! dis-je aux enfants.
- Un homo, rectifie Aplo.
Comme je paie et laisse un pourboire, le serveur me prend la main et la secoue. Puis, quelques minutes plus tard, alors que nous sortons, me prenant encore la main:
- Merci. Revenez! Reviens!
La semaine suivante, nous revenons avec S. A l'approche du restaurant, je l'enlace. Elle tressaille, mais ne se retire pas. Elle tourne la tête vers moi.
- Mieux vaut prévenir, lui dis-je, les serveurs sont sept homosexuels.

Monsul

Les plages de Monsul et Los Genoveses sont gardées par un vieux moulin. Entre le chemin poussiéreux et la mer, une plantation de cactus. Les jeunes de San José font la circulation. Passé un certain quota de véhicules, ils abaissent une barrière. Il faut alors marcher cinq kilomètres ou revenir un autre jour. Aujourd'hui, l'accès en voiture est interdit dès 10 heures. Trop de vacanciers. Reste le bus. Nous y montons avec un groupe d'adolescents. Le chauffeur manœuvre un grand volant, une vierge tremble comme une fusée sur le départ. Arrivé au sable, je plante le parasol. Le vent l'emporte. Nous ne le retrouverons pas.

mardi 11 août 2015

Sarah

Sarah, l'épicière, a obtenu des pêcheurs trois palettes qu'elle a disposé sur la corniche pour en faire une table. Avec deux autres palettes, elle a fabriqué des bancs. Assis dans le soleil finissant, nous dominons la anse où sont rangées les barques. A l'horizon se détachent les deux îlots qui ferment l'isthme. Ils portent le nom de Las Ballenas car ils évoquent des queues de cétacés plongeant pour regagner les profondeurs. Ainsi, nous occupons le meilleur endroit du monde. L'armoire frigorifique est à l'entrée de la boutique, derrière le rideau de perles, rempli de blanc, de rouge et de bière. Sur les présentoirs, des olives, des cacahouètes, du maïs soufflé. A la caisse, Sarah. Elle vient sur le seuil:
- Ça va, vous êtes bien?
Voilà ce qui s'appelle un mode de vie.

Canoé

Ce matin, excursion en canoé au départ de La Fabriquilla. Deux mouvements de pagaie sur la plage, le temps pour le guide d'expliquer aux participants la technique, et nous mettons à l'eau. Je fais équipe avec Luv. Nous naviguons sur des fonds de dix mètres. Aplo va derrière, accompagné d'un jeune Espagnol. Plus tard, nous filons à l'indienne à travers une grotte puis revenons dans le soleil. Parmi les clients, une fille d'une beauté suffocante. Le corps est parfait. A peine apparue, les mâles doivent se faire violence pour ne pas la regarder continûment. Et plus encore les maris flanqués de leurs épouse, de leur famille. Son ami, gonflé aux stéroïdes, affiche une gueule de maton russe. Le guide, les adolescents, les pères, Luv, Aplo, moi-même, nageons, rions, discutons. Le couple magnifique ne pipe mot de la matinée. Il repart comme il est venu, en silence.

lundi 10 août 2015

S.3

Elle discute des idées, opine et cite, retient semble-t-il la moindre parole partagée. La minute d'après, telle une enfant, elle s'amuse avec les enfants. J'observe: de leur jeu, je ne comprends ni les tenants ni les aboutissants et même, je me demande dans quelle langue tous trois s'expriment.

dimanche 9 août 2015

S. 2

Cette chose étonnante qu'a faite S. alors que je cherchais la voiture dans le parking de l'aéroport: elle s'est mise à lire.