samedi 8 août 2015

S.

S, la primesautière, est à Milan. Je lui propose de nous rejoindre. Elle utiliserait le billet de Gala. J'ai hésité. Non pas à vouloir, mais a demander. Une fille de vingt-trois ans, un père accompagné de ses enfants qui propose... Cette fille m'a fait forte impression: caractère vif, intelligence, volonté, à-propos. Auprès d'une de ses amies, je m'enquiers:
- Viendrait-elle?
- C'est à elle qui faut demander.
Réponse de femme. Pauvre de nous! Je demande par écrit, n'obtenant pas de lui parler au téléphone (encore un bon signe). "Pourquoi pas", dit-elle. "Peut-être bien." Puis: "oui." Et me voici roulant cinq cent kilomètres le jour de l'anniversaire des seize ans d'Aplo, ce huit août, à bord de ma voiture de location, pour aller chercher S.  à l'aéroport de Málaga. Je la trouve attablée sur l'esplanade extérieure, en conversation avec un Anglais qui vient voir sa femme à Marbella, boit une bière grand format, ne semble pas pressé de partir et encore moins quand je fais valoir qu'ayant raté la sortie pour l'aéroport j'ai constaté qu'il y avait un embouteillage sur l'autoroute en direction du Sud. Après quoi, tirant la valise de S., je la guide vers le parking où je me montre incapable de retrouver la voiture. Sûr de mon affaire je désigne une case: elle est inoccupée. Puis une voiture, ce n'est pas la bonne.
- J'aurais juré...
Pourtant, j'ai mémorisé le numéro de place. C'est donc le niveau. Nous ne sommes pas au bon niveau. Nous retournons aux ascenseurs. Je reprends de l'assurance, nous renouons avec la conversation. Cette fois le niveau semble être le bon, mais pas le numéro de place. "Cette voiture, comment est-elle?" demande S. Je hausse les épaules:
- Grise?
Je laisse S. devant les ascenseurs, trouve un distributeur de tickets, enfonce le bouton de l'interphone.
- J'ai perdu ma voiture.
- Vous avez besoin d'une chaise roulante?
- Pardon?
- Nous livrons des chaises roulantes. Où êtes-vous?
- Je ne sais pas, mais je cherche ma voiture.
- Désolé.
Fin de la conversation.
Au troisième niveau en sous-sol, deux femmes dans une cabine de verre. Elles trient les effets d'un sac à main qu'elles viennent de vider devant leurs claviers d'ordinateurs.
- Pourquoi n'a-t-il pas tout volé?
- C'est joli ça ! Moi je l'aurai volé!
Je demande leur aide. Elles souriaient, elles ne sourient plus.
- Faites voir votre billet! Tout ce que je peux vous dire, c'est que vous êtes entré au niveau moins 1.
Alors je comprends. Toute chose étant relative, il faut être sûr de son point de départ.
Quand nous arrivons à La Isleta, à une heure trente du matin, Aplo dort sur le canapé du salon. Je montre sa chambre à S, nous mangeons une pastèque avec Luv.

jeudi 6 août 2015

Autre plage

C'est le soir, il fait trente-six degrés. "Allons marcher!" Les enfants traînent les pieds. J'insiste. Il faut pousser les enfants. Ils continueraient de tout ignorer de certaines directions si on ne les y poussait pas. Même s'il fait chaud. Nous grimpons sur la colline à l'est de La Isleta. Sable scintillant, arbustes volatiles et des cactus, des bandits-manchots. Des sentiers minuscules permettent d'arpenter la terre jusqu'au ciel. Nous avançons dans le soleil, la mer grandit à l'horizon. Luv s'inquiète: "et les serpents?" Arrivé au sommet de la colline, nous apercevons une crique et une plage. Des crêtes d'écume éclatent à la pointe des rochers. Les grillons chantent. Nous dévalons avec prudence - es cailloux roulent sous nos pieds - pour aboutir sur une plage de nudistes: deux femmes embrassées et un homme de quarante ans qui, à notre vue, se lève et exhibe fièrement son appareil.

mercredi 5 août 2015

Voiture

A force de retourner le problème, je trouve la solution. Même loueur que celui qui m'a refusé le véhicule à l'aéroport de Málaga, mais agence d'Almería. J'obtiens un devis par téléphone, communique les renseignements demandés.
- Quand passez-vous prendre la voiture? demande la responsable.
- Je ne passe pas, il faut me l'apporter.
Et, comme je le supposais, la responsable de l'agence fait livre la voiture par un second couteau qui me remet les clefs et trouve mon permis très bien.

Esbrouffe

Le palais de cristal de Peter Sloterdijk. Sur le haut de la pile tout ce printemps, en attente. C'est peu dire que je me réjouissais. Je le fourre dans mon sac et l'apporte en Andalousie. Ce matin, sur la plage, je commence ma lecture. Cet après-midi, je la poursuis. Ce soir, je me pose des questions: comment peut-on écrire un tel tissu d'âneries?

mardi 4 août 2015

La Isleta

La Isleta est un hameau construit entre deux criques. Les maisons blanches s’arque-boutent autour d'une place où l'on trouve une fontaine (sans eau) et un bassin pour lavandières (sans eau). Dans sa partie supérieure, au milieu des pitons rocheux, l'épicerie Sarah. J'envoie les enfants chercher le pain au réveil, la bière à midi et le soir. Debout derrière la caisse, se référant à l'horaire qui affiche "ouverture de 9h00 à 21h00", Sarah dit:
- Oh, non, je ne vais pas fermer maintenant! Passé vingt-deux heures, s'il n'y a plus personne, nous verrons! Mais il y en a qui ne sont pas encore rentrés de la plage!
Notre maison a un balcon. Lorsque le vent souffle sur le désert, il change de couleur. Les murs peints à la chaux virent au rouge. Ces jours-là, nous nettoyons la table de plastique à grande eau. Pendant la sieste, les enfants sautent dans la rue; je garde la clef. Ou alors, ils regardent la télévision toutes persiennes closes. A l'opposé de la place, au pied de brèves falaises, trois plages. La mer n'offre jamais le même visage: lisse un jour, elle est démontée le lendemain puis modifiée par des courants, sablonneuse et à nouveau limpide, traversée de poissons. Nous dînons de nuit, tard, longtemps.