mercredi 27 mai 2015

Ennui

Aussitôt levé, je me représente la fin du jour, puis son début, ses différentes heures et leur emploi, et encore la fin du jour, comme si dans un rayon de bibliothèque il s'agissait de glisser des volumes entre deux serre-livres, le premier décrivant l'activité du matin, le dernier l'activité précédant le sommeil, cela avant que de ne pas dormir, car, aussi fatigué puissé-je être, une fois au lit, le sommeil me quitte, je l'attends trois ou quatre heures, méditant ce que je ferai le lendemain, du début à la fin, en passant par le milieu, prenant conscience de la fin du jour avant qu'il n'ait commencé, conscience qu'il convient d'appeler ennui, ennui que je dois au fait d'avoir depuis quelques semaines considéré comme achevé ce séjour de deux ans à Fribourg, tout se transformant, de ce fait, en attente.

Profilage 2

Le profilage algorithmique n'est que la suite logique de la soustraction et de l'administration des prérogatives de l'individu réalisée par l'Etat au nom de la justice sociale. Mais l'instrument numérique permettant ce profilage étant le fait d'initiatives privées, il servira deux fois: à l'Etat pour parfaire sa machinerie, aux entreprises pour écouler leur offre. 

Montée

Tout à l'heure, de Crans-Montana, je suis monté à Cry d'Er à vélo.  La piste de ski est si pentue par endroits qu'il est impossible de tenir sur la selle, même en réglant le plus petit rapport: on basculerait dans le vide. Je porte, pose sur le replat, enfourche et reprend. Mais l'effort est trop grand pour que l'on puisse profiter de la vue sur la plaine du Rhône et les Alpes. Ce n'est qu'une fois au sommet, sur la plateforme qui sert d'arrivée aux télécabines, que je peux me retourner. Vient alors le moment de la descente, que je tente de faire le long de la piste aménagée. Mal m'en prend. Elle n'est pas seulement façonnée pour guider le cycliste, mais aménagée d'obstacles effrayants,  trous, pierriers,  goulets, ravines, sauts qui exigent une carapace de protection, un vélo spécial et une forte dose de témérité.
Le soir, je demande à un habitant de la station :
-  Il y a des blessés?
- ... bien entendu. Et peut-être des morts.

Profilage

Cette affaire de profilage algorithmique qui, en tant que facteur de paranoïa, est l'équivalent pour les années 1950 de la bombe atomique est peut-être une tarte à la crème. Ayant passé mon après.midi à réfléchir aux possibles conséquences à moyen terme de l'usage généralisé de ces techniques de réduction de la personnalité, je le dis sans y croire. De fait, ce ne sont pas tant les analyses savantes sur le fonctionnement de ces techniques qui me portent à anticiper sur leur prégnance que l'attitude des jeunes que je fréquente, attitude où l'identité s'entend comme une variation de l'identique, où la personnalité et le caractère sont des composantes constructivistes de l'individu.

Femmes et voitures

Deux femmes, l'une dénudée et languissante, ficelle entre les fesses, au sol, fine et douce comme Gala, l'autre contre moi, jouant du corps, la fille au pair qui nous gardait enfant, Herta. Situation de jouissance privilégiée dont je goûte chaque instant, mais qui est bientôt interrompue par l'idée d'un procès: le mari de Gala sait tout et j'aurai à répondre dès le lendemain matin de mes actes devant un tribunal. D'ailleurs, le mari est là, assis sur une chaise de paille, chétif, jaunâtre, binocleux. Qu'il me toise, s'il l'ose, me dis-je. Et de conclure: il n'y a plus d'hommes. Mais le procès est maintenu. Il se tiendra en ville à 11h00. Monpère et Monfrère me rassurent: il y a le temps. Je proteste qu'il est déjà 10h50. Affolé, je visite le parking pour trouver la voiture de Mamère, mais les breaks sont nombreux et je ne sais plus sa couleur. Nous trouvons une autre voiture, dans un garage de surface. Je mets le contact. La clef tourne à vide. J'ouvre la capot: il n'y a pas de moteur. Avoir raison ou tort dans un procès n'est donc qu'une affaire technique, me dis-je.