vendredi 17 avril 2015

Bungalow

Dernier entraînement, sur la plage de Punta Sabbioni, cet après-midi. Nous formons ensuite une ligne face aux quatre entraineurs dont trois ceintures noires de karaté. Le silence obtenu, ceux-ci se tournent pour un "salut à la mer", rituel qui entretient peut-être un rapport solennel avec l'art martial mais aucun avec la boxe et nous donne un air de secte. Puis chacun se disperse, se douche, s'habille enfin en civil pour réapparaître un peu plus tard au restaurant du camping, vaste salle de cent tables, dont une partie est ce soir réservée pour le club. La nourriture étant ce qu'elle est, je m'intéresse à la boisson et commande des canettes d'un litre. La soirée bat son plein lorsque le téléphone sonne. Une des boxeuses m'annonce qu'Aplo a été arrêté par la police et donne les noms d'autres gamins afin que j'avertisse leurs mères.
Nous sommes dans un bâtiment qui occupe une partie réservée du camping. Le directeur des installations me morigène en Italien. Je lui oppose que je ne comprends pas un traître mot de cette langue. Il hésite. Cherchant mon avantage, je propose l'espagnol. Il ne le parle pas. L'anglais? Il marmonne une phrase. Parfait. Je choisis donc l'anglais. Il débute une explication. Assis à l'écart, le visage fermé, Aplo. Les mains sur les hanches, l'organisateur du camp, un Suisse-allemand karatéka. Devant la porte, des agents de sécurité. Les gamins ont volé un véhicule électrique, une sorte de jeep de tôle décapotée. Repérés, ils se sont engagés dans une course-poursuite. Perdant toute maîtrise, ils ont enfoncé un bungalow. Enfin, ils se sont réfugiés dans une maisonnette que les gardiens ont cerné, et les voici. Il désigne Aplo.
- Et les autres?
- Leurs mères sont allés les chercher.
Rompus aux exercices dialectiques, je reprends le récit du directeur point par point, influencé par les trois Maigret que je viens de lire, me fais amener sur place à bord d'un des véhicules électriques, prend note des distances et photographie les dégâts. Au retour, même scène: le directeur, le karatéka, les agents, mais cette fois, dans les sièges disposées contre le mur, les autre enfants, et debout, bras croisés sur la poitrine, leurs mères. Le directeur s'excuse, me prend à part. Il me fait rentrer dans un bureau. Est-ce que je me rends compte de la gravité de la situation? Non... Mais j'évite le sourire et hoche gravement la tête. Il demande ce que je compte faire. Et précise: c'est d'éducation dont il est ici question. Propension toute général de notre époque sans valeurs, à confondre infraction à la loi et morale. Cependant, l'homme est sympathique. Et sur les faits, il a raison. J'admets ses griefs. Soulagé, il rouvre la porte, nous revenons dans la pièce commune. Le temps de communiquer les adresses en Suisse et de s'engager à faire intervenir les assurances respectives, chacun se sépare, les enfants sont envoyés au lit.
Or, je trouve, un peu plus tard, devant mon bungalow, en discussion avec les deux mères, le karatéka. Assis sur la terrasse, une bière à la main, je les observe. Puis intrigué, les rejoins. Féru de morale, ou de ce qu'il nomme ainsi, celui-ci tient un discours dont je vais bientôt faire les frais. Mon attitude, fait-il valoir, était agressive, donc incompréhensible. Il avait promis que le camp se déroulerait sans heurts, ce d'autant plus, dit-il, que le camping ne "voulait pas recevoir d'adolescents". Ainsi, conclut-il, que j'aie mis en doute l'explication du directeur, relevé des preuves, lui paraît aberrant, pire, vexatoire. Enfin, dit-il, si vous ne payez pas, je paierai de ma poche!

mardi 14 avril 2015

Venise

Promenade avec Aplo dans les rues de Venise de la place San Marco à la gare ferroviaire de Santa Lucia. Derrière chaque rue montrée, une rue soustraite, délabrée, tortueuse, vivante.

Camp

Ambiance amusante, enfantine, cabotine même, à laquelle je prends plaisir sans trop participer excepté pour les parties physiquement les plus exigeantes, course, lutte, pompe ou match de boxe debout dans la mer. Reste que la motivation des participants - ils sont de tout âge puisque, si je suis l'aîné, l'un des karatékas n'a pas neuf ans - est étonnante. Exténué, chacun en redemande.

lundi 13 avril 2015

Marina di Venezia

A Venise depuis hier après-midi, plus précisément à Punta-Sabbionni, face à l'Adriatique, où Aplo et moi avons pris location d'un bungalow dans un camping avec les 70 autres participants au stage de combat. D'ailleurs, n'était-ce un soleil magnifique et la connaissance de la situation, l'organisation au cordeau des parcelles, allées, rues, magasins, kiosques, attraction et mini-golfs, espace encore peu fréquenté en cette saison et cependant arpenté de jour comme de nuit par des gardes en uniforme rouge, aurait du mal à nous persuader que nous ne sommes pas les hôtes d'une cité expérimentale conçue par des experts en ingénierie politique. Idée perverse, que je dois être le seul à avoir à en juger par le plaisir que prennent les couples allemands a bronzer leurs jambes devant des tentes de luxe au milieu des herbages que douchent des jets automatiques. Grand bien leur fasse, car l'été le camping peut recevoir jusqu'à treize mille clients. Pour ce qui est des prouesse physiques, nous voici dès huit heures le matin sur la plage, une étendue de sable de plus de trente kilomètres, pour deux heures d'entraînement, puis deux heures encore dans l'après-midi. Entre temps, nous mangeons, nous dormons, nous commentons les exercices.

dimanche 12 avril 2015

Carrefour

Monfrère vient de finir sa course à travers la Castille de Soria à Tudela. Cent-vingt kilomètres en trois jours. Ce soir, il envoie un message de Madrid: Français en grève, avion annulé. Or, nous avons rendez-vous le lendemain matin à l'aéroport de Genève où je dois lui remettre son fils. Message suivant: il annonce avoir acheté deux autre billets pour Genève à la compagnie Swiss. Accompagné de ma mère, il se rend à l'aéroport de Madrid. Les autres passagers ont déjà embarqué. Ma mère se dévoue, convainc l'hôtesse de terre de les faire monter à bord. Celle-ci fait remarquer que ni elle ni Monfrère ne sont porteurs de cartes d'embarquement. Monfrère s'excuse, il a oublié des les imprimer. L'hôtesse finit pas céder. Mais au moment de les diriger vers l'appareil, la tour de contrôle refuse le droit de décoller. Les passagers reviennent dans les bâtiments d'aéroport. Monfrère et ma mère sont alors dirigés vers un hôtel où ils dorment. A minuit, autre message. Mon père, cette fois. Il était prévu qu'il s'installerait avec sa femme demain matin dans l'appartement que j'occupe à Torrevieja, Or, il annonce que son vol Genève-Madrid vient d'être annulé. J'essaie de dormir, car il me faut réveiller les enfants à 5h00 pour rejoindre l'aéroport d'Alicante en bus. Un autre message me réveille. Mon père et sa femme viennent d'atterrir à Madrid, ils feront route le lendemain sur Torrevieja à bord d'une voiture de location et me prient d'avertir la propriétaire de l'appartement. Sur ce, mon père me conseille de m'assurer que notre vol Alicante-Genève n'est pas annulé. Je fais un message à mon frère qui répond: s'il est annulé, la compagnie t'avertit par l'envoi d'une message. Je me rendors. Et me réveille. Nous prenons le bus. Nous prenons l'avion. Nous empruntons un autre couloir aérien, par le sud, volons au-dessus de Nice, remontons les Alpes. A l'aéroport de Genève, pas de nouvelles de Monfrère. Pourtant, son dernier message qui date de 9h00 m'annonçait qu'il décollait de Madrid. Il est 11h30. Attendre m'est difficile, car dimanche matin, soit dans moins de vingt-quatre heures, je pars pour Venise en voiture avec Aplo où nous sommes attendus pour un camp de boxe. En gare de Cointrin, je monte à bord d'un train pour Fribourg avec Luv, Aplo et mon neveu après m'être assuré qu'il y a quelqu'un à mon bureau de Genève. Mon neveu y attendra son père. Une minute avant que le train ne ferme ses portes, le téléphone sonne: Monfrère et ma mère viennent d'atterrir. Aplo saisit la valise de mon neveu, la descend sur le quai, le train s'ébranle, il marche en direction de l'aéroport. Quatre heures plus tard, à Fribourg, tandis que je rassemble shorts, protections, gants de boxe, cordes à sauter, baskets et démonte les vélos pour les remiser dans le coffre de la voiture, un message de mon père dit: "je viens d 'arriver à Torrevieja, l'appartement est très bien."