samedi 28 février 2015

Lieu commun

Cette déclaration banale, souvent redite et qui condamne qui la prononce: j'ai écrit plus d'un livre, mentalement.

vendredi 27 février 2015

Thaïs

Parmi les petites choses qui signalent un changement de moeurs, le café est désormais partout disponible en Thaïlande et on voit les autochtones faire du vélo, de route ou de terrain, mais sur route, équipés à la façon du Tour de France. Puis ce trait que je n'avais jamais relevé: les Thaï aiment balayer. Devant leur porte. Ils font ça avec flegme et application comme s'ils chassaient des démons paresseux.

jeudi 26 février 2015

Exhibition

Aller aux putes. Mais exhiber a faiblesse? Donner à voir son vice? Se promener la pute au bras? Je songeais, comme il m'arrive chaque fois, à cette aberration quand je lis dans Châteaubriand: si je m'étais prostitué aux courtisanes de Paris...

Traits

Il y a vingt ans, j'ai vécu trois mois avec une Sud-Africaine. Hier, sur le bord du fleuve Ayeyarwaddy, j'ai retrouvé en Catherine, les mêmes yeux sombres et sans fond, les mêmes taches de rousseur et ce teint mat aux nuances latines. Par-dessus tout, cette expression lente, qui peine à traduire les émotions et semble, même dans le rire, emprunte de tristesse. Catherine vit à Shanghai, elle est de Prétoria. Combien de siècles pour former ces physiques que l'on peut immédiatement rattaché à une terre et à son histoire (dans ce cas, relativement courte)?

Education

Proximité intéressante avec l'éducation reçue par Châteaubriand. Ceci par exemple, qui s'applique bien à mon père: par un de ces contrastes qu'on remarque chez tous les hommes, mon père, si raisonnable d'ailleurs, n'était jamais trop choqué d'un projet aventureux.

Mémoires d'outre-tombe 2

Châteaubriand: un secret instinct m'avertissait qu'en avançant dans le monde, je ne trouverais rien de ce que je cherchais.

I-la

- Moi, je suis I-La.
- Et d'où viens-tu?
Deux mètres, la mâchoire, la coupe militaire.
- De L.A.
- Et tu fais quoi ici?
- Je vends des CVs.

mercredi 25 février 2015

Palais Royal 2

Des visiteurs birmans photographient les pavillons du palais où le pouvoir prenait alors ses décisions. Le reste du domaine, intra muros, interdit d'accès, est occupé par le pouvoir actuel, les militaires.

Palais Royal

Le palais royal, carré de forme et ceint d'une muraille couleur crabe, occupe l'équivalent de plusieurs quartiers. Il imprime son silence au capharnaüm de Mandalay. Le coeur de la ville ancienne, composée de pavillons de bois rouge, est symétrique. Le contraste est donné par les bâtiments royaux, couleur or. Une tour de garde circulaire, munie d'un escalier tournant, extérieur, permet de monter à quelque trente mètres. Revenu sur terre, je me promène entre les pavillons. Tous sont vides. Les allées sont plantées d'herbe. Nouveau contraste de couleurs. Pendant dix minutes, je ne croise personne et songe que cette architecture ne communique cette spiritualité austère que parce qu'il est dépolitisé. Lorsque le pouvoir y tenait ses quartiers devaient s'agiter là toutes sortes de chambellans, conseillers, secrétaires, gardiens, courtisans, dignitaires. Un petit musée finit la visite. On y trouve les costumes et des photographies de ces gens de régime. Au bas des clichés, la mention: République Fédérale d'Allemagne. Tout ce monde a été photographié, à l'époque de son règne, qui, en dépit de ses moeurs, lesquelles peuvent sembler médiévales, remonte au 19ème. On imagine le chargé d'ambassade ayant apporté dans la ville sacrée un appareil-photo.

Berges de l'Ayeyarwaddy

Activité fascinante des birmans sur les rives de la rivière Ayeyarwaddy à Mandalay. Je n'avais rien vu d'aussi captivant depuis le spectacle des ghats de Bénarès. Sur la route, les pêcheurs trient des milliers de poissons haletants, les uns à la pelle, sur la plancher des camions, les autres dans des paniers ruisselants. Puis les poissons traversent la route à dos d'homme, gagnent le marché et la ville. Plus loin, les commerçants de bois tiennent marché: montagnes de bambous, bûches amoncelées jusqu'au ciel, sections de teck rouge, plots, troncs entiers, fûts dévidés, rondins. Sur les promontoires, des cars et des tracteurs avec mécaniciens et chauffeurs, des vendeurs d'huile et d'essence, de jeunes amoureux se caressant les mais, les visages, les cheveux. Les berges descendent en vastes tabliers jusqu'à l'eau. Sur la première section, dure au pied, des potiers étalent de grosses jarres. Leur progéniture dort sous des bâches, le père attend le client dans un hamac, la mère est au brasero. Plus bas, les meneurs de bateaux. Chaloupes, pirogues, bacs ou barges, mais aussi plaisanciers avec double cheminée qui embarquent des Chinois pour Bagan. Devant ces bateaux, de l'eau jaune à la taille, toutes les activités quotidiennes: une dame lave, un homme chie, les gosses nagent, un pêcheur récure. La rivière commence là, mais elle Est sans limites: des îles flottent sur l'horizon. Boueuses à la base, luxuriantes au pinacle. Rondes et molles. Dans leurs croupes s'élèvent des villages sur pilotis. Les vaches à bosses sont entourées de nuages: elles paissent des jardins suspendus. Partout des feux mêlent leurs fumées au ciel. Aussi loin que se porte le regard, il découvre des hommes en activité.

Lévi-Strauss

Lévi-Strauss meurt à cent ans en nihiliste. Son testament oral, sous la forme d'une confession à une animateur qui fait son interview pour la télévision: "je n'aime pas les hommes". Nullement surpris par ce fait qu'on me rapporte. Je me suis toujours tenu à grande distance de ses idées. Disons, plus exactement, système, ce mot établissant que la réalité est secondaire. Ce qui me frappe, avant que nos Européens en fasse une mode, c'est cette haine de soi. Quant à la façon de dire un voyage, je préfère à la même période le désordre créatif de Ginsberg dans ses Journaux indiens. Que cela soit sans rapport est loin d'être certain. Lévi-Strauss fait le choix du néo-positivisme; Ginsberg, le choix opposé, celui de la poésie. L'un élabore, l'autre note. Tous deux ratent le coche, mais le premier suscite dans ses pas des vocations dangereuses pour pédagogues de bas-étage alors que cinquante ans après leur rédaction, ces notes brutes d'un poète beat, traversées d'hallucinations, personnelles jusqu'à l'idiotie, conservent leur contant de réalité.

Châteaubriand

Châteaubriand: je n'étais bon ni pour tyran ni pour esclave et tel je suis demeuré.

mardi 24 février 2015

Mandalay 3

Impressionnante Mandalay. Exubérante, nerveuse, noyée de poussière. Le plan régulier de la ville est une tentative d'organiser le chaos. Celui-ci déborde, se répand dans les creux de végétation, butte contre les temples, repousse la foule vers cette rivière Ayeyarwaddy dont le lit étale et sablonneux sert d'habitat à dix mille familles.

Promenade

A l'instant, sur la 26ème rue, alors que la nuit tombe et que je prends l'apéritif dans une salle ouverte sur le rue que le service prépare pour un banquet, passe un enfant guidant d'une baguette de roseau une truie de 200 kilos.

Tablette de lecture

Le système de soulignement répertorié en ligne de la tablette Kindle fait apparaître l'intérêt des lecteurs pour certaines phrases. On apprend que tel passage a été souligné dix-sept fois. Dans Les mémoires d'outre-tombe de Châteaubriand, les soulignements portent toujours sur des maximes morale ou des sentences de philosophie. Mais le lecteur trouve peut-être chez cet auteur ce qu'il y cherche. Que serait le soulignement dans un roman à l'eau de rose? Dans un policier? Un récit de cape et d'épée? A la mesure de l'attente. Que soulignerait un lecteur de Coehlo dans Heidegger?

Mémoires d'outre-tombe

Châteaubriand: j'ignore si la dure éducation que je reçus est bonne en principe, mais elle fut adoptée de mes proches sans dessein et par une suite naturelle de leur humeur. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elle a rendu mes idées moins semblables à celles des autres.

Mandalay 2

Ilôt villageois au centre de Mandalay. Je bois devant la maison d'un voisin qui fait épicerie. Le spectacle est épatant. Il vaut mille stupas. Ne serait-ce que pour partager ces rythmes enfouis, spontanés, humains, le voyage en Asie est justifié. Je ne connais rien de plus intéressant que cette morale en action. Voyager, c'est d'abord se tenir au milieu des gens et des choses. Les monuments, soit: mais ils sont de toutes les époques à la fois, et d'aucune. Tandis que ce marchand de charbon accroupi qui bourre des sacs de jute de sa main noire ou ce mécanicien torse nu qui répare une moto couché à même le sol! A une enjambée de ma table, un pont de pierre franchit un ruisseau. Sur le chemin de terre défilent un vendeur de thermos laqués, le plombier, quatre moines et un fleuriste convoyant une gerbe de colliers rituels. Sous mes pieds, une poule creuse son trou. Une mère essore sa lessive sur la berge du ruisseau. Dans la maison en face, à l'ombre d'un arbre à petites feuilles, un homme compte son argent.

Occident

Le spectacle que chacun espère voir jouer le monde dépend de ses idées. Ces idées font partie de la personne et celle-ci fait partie du paysage. Quand des malins bouleversent le paysage, le rétrécisse, le plie et y glisse des recettes de vie, les personnes délaissent leurs idées et s'additionnent à un monde en voie de pétrification.

44ème rue, 62ème rue

La ville de Mandalay se construit sur la campagne et dans le désordre, laissant ici et là, entre gratte-ciels, noeuds de routes, stations d'essence et locatifs, poulets, cochons, voisins à leurs ablutions ou endormis sur des nattes. Des enfants jouent autour de leur mère assise au carrefour, tandis que rugissent dans son dos les voitures, les camions et les bétonneuses.


lundi 23 février 2015

Moyens

Si tu n'as pas l'intention de payer, commence par montrer ton argent.

Mandalay

Atterri à Mandalay. Dix-sept passagers. Un couple musulman et leur fille de cinq ans, voilée. Un couple de colonels dont l'un dort la tête appuyée sur l'épaule de l'autre. Deux jumelles birmanes, en robe, les cheveux tressés en natte. L'une prostrée. Bientôt, elle étouffera son nourrisson. Lorsqu'elle a fini de lui donner le sein, elle se redresse et vomit sur ses sandales. L'hôtesse accourt. Le sac de papier glissé dans la poche de chaque siège doit être ouvert par déchirement. La languette retirée, il est trop tard. En approche de piste, j'en suis toujours à me demander si nous atterrissons bien à Mandalay. Par le hublot, je ne vois que des campagnes inhabitées. Au sol, deux appareils d'Air Bagan. Voyageant sans bagage, je suis le premier à sortir de l'aéroport. Le prix du taxi paraît énorme. Douze francs. Un adolescent à moustache gesticule sur le parking désert:
- Very far!
En effet. La voiture roule dix kilomètres sur une route neuve et défoncée. A la perpendiculaire, des tronçon inachevés, encore rouges de terre, marqués par les campements des ouvriers. Devant le taxi, des gens qui marchent, des enfants en pyjama, quelques animaux. Puis un péage, et à nouveau des campagnes ensoleillées. Enfin, nous entrons dans la ville et c'est une succession d'ateliers, d'épiceries, de gargotes, au sol, sur pilotis ou en dur. Le plan urbain est quadrillé. Les rues portent des numéros. La voiture se faufile entre des camions chargés d'ail, de pneus, de lessiveuses, de meubles; motos et vélos dépassent puis sont rattrapés. Une heure plus tard, mon chauffeur, un gamin qui tousse la pollution, nous engage dans un chemin. L'hôtel est bâti entre deux terrains vagues et une réserve de bulldozers. Un marais aussi. Une zone en devenir de la petite périphérie. Une bel édifice pourtant. Je redoute l'absence de bar. Il y a un bar, un restaurant et des chambres soignées même si l'environnement ressemble à Hiroshima après punition. Dans la soirée, des groupes de français chenus débarquent de bus. Les même qu'au Laos. Contempteurs de l'empire colonial qu'ils n'ont pas connus. Gens discrets, un peu perdus, qui vont de monuments en monuments derrière des guides. Et, mieux que tout, il y a des vélos de location.

Robots

Désormais, chaque fois que je met au net l'une de mes notes prises dans des carnets (ceci parce que les recopie à la suite) s'affiche une indjonction:
Prouvez que vous n'êtes pas un robot.
La meilleure réponse est: je peux tomber malade.
Mais comment le robot pourrait-comprendre ce concept?

Départ de Kyaing Tung 3

En prenant de la hauteur à bord du ATR-602, je vois où nous étions. Au centre d'une plaine que découpent des rizières, vertes lorsqu'elles sont en culture, terreuses et jaunes lorsqu'elle sont asséchées. La route de Taungyi file droit sur un promontoire, traverse des villages ronds, atteint les collines, disparaît dans les montagnes - à moins qu'elle ne s'interrompe. Elle semble d'une seule piste. Dans les contreforts, quelques sentiers. Peu de vie. Concentrée dans ces nénuphars que forment, du ciel, le rassemblement des toits de paille.

Départ de Kyaing Tung 2

Mon bimoteur devrait décoller dans une heure. Nous sommes cinq à attendre. Un employé vient m'annoncer qu'en fin de compte, il n'y aura pas d'escale. Il attend ma réaction.
- Are you happy?

Départ de Kyaing Tung

Aéroport de Kyaing Tung. L'appareil de la Myanmar Airways atterrit tandis que les militaires jouent au golf sur le tarmac. Cent personnes en descendent. Elles disparaissent dans la campagne. Cent autres, qui occupaient la salle d'attente, montent à bord. On ferme la porte. L'avion décolle. Dix minutes.

dimanche 22 février 2015

Libre marché

Un problème d'arithmétique pour écolier qui tend à démontrer, quand bien même on ne le résoudrait pas, que le marché libre profite au consommateur. Un pantalon de marque coûte en Suisse Fr. 80.- pour un salaire mensuel moyen estimé à Fr. 6000.-. Son imitation en Thaïlande, de bonne facture, coûte Fr. 15.- pour un salaire mensuel minimum de Fr. 400.-. En Birmanie, la même imitation, de mauvaise facture, coûte Fr. 50.-, pour un salaire mensuel, dans les classes populaires, équivalent ou légèrement supérieur.

Quiproquo

Happy new year était en fait le mot de passe de la wi-fi.