samedi 11 octobre 2014

Fin

Cinq cent personnes cet après-midi à Genève pour protester contre l'accord TISA sur la libéralisation du commerce des services. La guerre est finie. Les multinationales ont gagné.

Excuse 2

L'Etat confisque les prérogatives du citoyen. Lui prendre sa liberté ne suffit pas: il le veut irresponsable. Les corps intermédiaires feront le boulot:  administrations, pour les récalcitrants, police et justice. Bien. Ce qui implique que l'Etat se responsabilise. Or, que fait-il? Il alerte sur le virus de l'Ebola et accueille en Méditerranée des immigrés porteurs du virus, produit de grandes messes autour des missionnaires infectés et les rapatrie dans nos capitales.    

Excuse

Ma mère fête ses 70 ans vendredi prochain. Nous embarquons les enfants dans un avion, nous dînons à Saint-Jacques de Compostelle. De là nous traversons l'Espagne en voiture. Hier je rédige une lettre d'excuse pour Aplo. Le dernier jour d'école avant les vacances, il sera absent. Il me la rapporte.
- La professeur dit qu'il faut la remettre au directeur.
- Eh bien, tu la lui donnes!
- Elle dit aussi que cela ne suffit pas, qu'il faut justifier.
- Donne-la au directeur!
L'ayant lue, celui-ci appelle.
- Je suis désolé, mais cela ne suffit pas. Conformément au règlement, une demande de congé doit être argumentée.
- Monsieur, quel âge avez-vous?
- Je ne comprends pas.
- Votre âge.
- 46 ans.
- J'en ai trois de plus que vous et je n'ai aucune intention de me justifier.
- Mais ça n'a rien à voir, c'est la procédure!
- D'accord! De quel couleur est votre slip!
- Vous ne pouvez pas faire ça!
- Quelle couleur? Chacun sa procédure!

jeudi 9 octobre 2014

Aigu

Avec les températures élevées et la pluie des derniers jours, j'ai des moustiques dans l'appartement.  Cette nuit, le duvet jusqu'au menton pour ne présenter qu'une joue, j'attendais le moustique entré dans ma chambre. Or, un avion volait bas au-dessus de Fribourg et les deux font le même bruit. L'un s'arrête, l'autre continue.

Envahisseurs

- Les sorcières, les sorcières! crie les enfants dans le préau.
- Mais non, rectifie un camarade, c'est la police!

mercredi 8 octobre 2014

Age

Quand on cherche à savoir si les autres ont l'air plus jeunes ou plus vieux que soi, c'est qu'on a cessé d'être jeune.

Ionesco 2

Ionesco: "Je crois que l'histoire des hommes est divinisable [] Et si Dieu, comme on l'a déjà dit, était un homme?"

Bloc

Après deux heures d'endormissement, réveil brutal, une évidence me frappe: Gala vit avec un autre homme. Mon rêve est sans appel. Les mains sur les hanches, devant une maisonnette, Gala me défie. A ses côtés l'amant. Et bien entendu, il ne s'agit pas de n'importe quel autre:
- Lui? Comment est-ce possible! Pas lui!
Assis dans le lit, j'essaie de me défaire de ce rêve. Trop tard, la raison s'emballe, furète, trouve des indices, échafaude. En parallèle , je me sermonne comme on fait d'un gosse: "tu es ridicule! arrête!  d'ailleurs, quelle importance?" Quelle importance? Jamais il y a encore six moi , je n'aurais pu sans tricherie poser cette question. Je le peux. Signe d'un épuisement. Mais le rêve est là, il pèse: impossible de s'en débarrasser sur le coup. De plus, la dernière fois que j'ai fait un tel rêve - contenu identique, même lucidité - je suis parti dans la campagne, j'ai découvert une maison et dans cette maison Gala, chez un homme.

Atomisme

Le professeur S., pour illustrer l'aspect réducteur du mécanisme cartésien, dit: "l'homme a besoin de manger, de boire et de temps à autre de sexe". Va pour la métaphore, mais quant au sexe, ce n'est pas mon avis. Pas "de temps à autre". Parce que cette société épouvantable, la notre, rentrée et masochiste, ne recherche ni le sang ni le sexe ne veut pas dire que l'homme est généralement asexué et occasionnellement en demande de sexe, généralement inerte et occasionnellement en demande de combat. Que le schéma coercitif, en sacrifiant au confort, condamne l'intime aussi bien que l'expansif, est vérifiable. Mais ces traits sont constitutifs:  ils sont et font l'homme.

Vendre

Chaque fois qu'il ouvrait la bouche, il semblait vous vendre quelque chose.

mardi 7 octobre 2014

Pont du Mont-Blanc

Et à Genève sur le pont du Mont-Blanc flotte cette semaine le drapeau de cette machine de guerre anti-libérale qu'est l'OMC.

Masses importées

Musulmans d'Europe: inféodés à des valeurs rétrogrades et fondamentalement antirévolutionnaires. Celles-là même qui les ont amené à fuir les économies défaillantes et des mœurs coercitives de leurs pays. Et nous autres, héritiers de la grande critique, nous croyons donner dans la tolérance alors que nous contribuons à saper les acquis de l'histoire occidentale.

Géographie

Quand on a ni femme ni métier, le temps est disponible pour l'effort réel qui chez l'homme consiste à se pencher sur soi pour établir une géographie de l'existence. Ce n'est pas ce que je me souhaite mais c'est ce que je fais. Je m'achemine à travers sens et signes tout en reconnaissant que c'est un grand malheur puisque je ne fais que répéter le geste dérisoire de ceux qui ne se contentent pas du quotidien et, à la fin, ne trouveront rien de mieux.

Progrès

Imaginons que l'angoisse face à la mort soit un problème de conservatisme. Je refuse de me séparer de mon état présent, la vie. Je cherche à le conserver, alors que la mort est à la vie ce que la vie est aux limbes: une étape, une progrès. Intuition qui a inspiré  une partie des religions orientales et que le rationalisme grec dans son information de la doctrine chrétienne a battu en brèche.

Asile dans les arbres

A Belle-Idée, l'asile d'aliénés de Genève, pour le travail. Devant l'un des bâtiments du parc, un jeune homme assis dans une chaise fume. Par moments, il annonce des arrêts de tram. On croirait entendre la bande-enregistrée bien connue des genevois: Place du Cirque - Rue de la Terrassière - Cornavin... Dess phrases venues d'ailleurs le traversent, qu'il répète, hébété.

Routines

Quand Tatlin me quittait à minuit, je pensais qu'elle feignait. Il n'en est rien. "Ses routines", comme elle dit, ne sont pas fictives. Levée à 5h45, elle fait une heure d'astronomie, puis se rend au réfectoire et mange son petit-déjeuner à l'écart afin que personne ne lui parle. Elle se rend ensuite en bibliothèque et passe la journée à étudier l'histoire et la littérature. En fin d'après-midi, elle fait trois heures de combat, Kick-boxing puis Krav Maga.

Fantômes

La rue est jonchée d'immondices, un cloaque, les murs des bâtiments sont poisseux, le ciel nocturne. Errant dans Genève, je cherche un dispositif fabriqué à l'aide de bouteilles de plastique et de ruban adhésif, une grande pipe à eau, mais je suis attaqué par des hommes-singes qui ont le physique du fantôme dans ce film thaïlandais ridicule primé à Cannes, Mon oncle Boonmee, de Apichatpong Weerasethakul. Lorsque je croise d'autres passants, je les reconnais, mais ne peux les identifier par leurs noms. Des amis appartenant à un temps révolu. Au réveil, ce constat: il y a quinze ans, je connaissais à Genève, de par mes sorties quotidiennes dans les lieux rock et les milieux squat, une centaine de personne, dont j'étais plus ou moins proche, avec qui je parlais en soirée, les reconnaissant dans la rue, sachant leurs prénoms, parfois leurs noms. Aujourd'hui il ne me reste que la certitude que cela a bien eut lieu. Que ces cent personnes ont existé. Je suis incapable d'évoquer un seul de leurs traits.

Morat-Fribourg

La course. Au septième kilomètre, alors que je me demande si mon rythme n'est pas trop élevé, si je ne risque pas de caler, j'aperçois Jena-François Haas sur le bord de la route, en famille, muni de ses attributs grisonnants, barbe et moustache à la Bakounine, épaules rondes et taille ramassée. Son nouveau roman est en vitrine depuis la veille. Je l'appelle par son prénom. Il fait de grands signes, comme si nous parlions littérature.

Main 3

Course Morat-Fribourg, dans la montée après Courtepin j'aperçois sur le bord de la route le paysan avec sa main. Ou plutôt, j'aperçois la main puis le paysan.

Talons

Sorti des sous-sol de l'hôpital de Genève, nous voici arrêtés dans un carrefour. S. passe la tête par la fenêtre de la camionnette pour admirer une fille.
- Oui, lui dis-je, mais elle marche mal.
- C'est à cause de ses talons.
- Précisément. Or, elle ne sait pas marcher avec des talons.
- Quand elle savent marcher avec des talons, elles sont inabordables.

Quignard

Magnifique trouvaille de Pascal Quignard dans Terrasse à Rome, "Ses yeux scintillent d'angoisse".

Vendredi

L'idée que c'est vendredi. Cette idée épidermique, lisible sur les visages. Un excitation à fleur de peau. Sentiment longtemps éprouvé, aujourd'hui révolu, signe que je me suis libéré de cette contrainte qu'exerce le temps de la production. Ce sentiment, je le vois dans la manière de marcher, de parler, de guetter les heures, de monter le volume sonore dans les voitures, de se faire signe entre amis à l'approche de la nuit. Cette idée que vendredi quelque chose finit et quelque chose recommence. Que ce sera différent. Peut-être. Ordre de la croyance. De la soupape.

Gare

Bienne ce vendredi où je remonterai le cours de La Suze à pied pour écrire le texte que demande l'un de mes éditeurs. Le train passe par Berne. Je change de quai, brasse dans la foule, circule dans les sous-terrains, lève les yeux et regarde longuement ce triste toit de poutrelles.
- Il faut que tu t'imprègnes du lieu, a conseillé l'éditeur.
Mais pour l'instant je suis dans une gare, dans le bruit, dans Berne, en attente. Tout-à-l'heure que vais-je faire? Me placer dos au lac, me déclarer disponible à la poésie, marcher, faire des phrases, puis clore la séance, remonter en train, retraverser notre société pour être déposé à Fribourg. Là, je taperai le texte. Il montrera un monde idéal. Le monde du canal de La Suze un jour d'automne. Ce monde n'existe pas, mais je viens de le créer. Et je place cette création en regard d'une autre création, celle-ci collective, la gare de Berne.

Main 2

Le professeur centre sa feuille de notes sur le rétroprojecteur. Apparaît à l'écran sa main. Veinée, rouge, les phalanges cornées.
- Oh, c'est affreux cette main!
Et en effet, agrandie, sa main, nos mains, sont monstrueuses.

Instant

Jouir de l'instant quel qu'il soit. Sans tricher.  En repliant toute chose sur elle-même. En l'instant sur l'instant. Pas de faux-fuyant. Ni transcendance ni schéma d'accroche. Cinq sens et l'esprit. Tout cela su depuis toujours et surhumain. D'où un malheur lancinant.

Main

Au marché, parmi les raves, les potirons les salades, la main gonflée, violette, du paysan. Depuis la dernière fois, les doigts sont tombés. Les moignons sont bulbeux, le plat enfle, la paume énorme. L'homme ouvre ses sachets en les appuyant sur ce morceau de chair de la taille d'un chou et y fourre sa marchandise.

Rencontre

La rencontre amoureuse est inédite, indépendante de la volonté, compulsive, inscrite. Nécessaire dès lors que les personnes coïncident. La coïncidence n'est pas nécessaire.

Préau

La bâtiment voisin est une école primaire. Or, nous sommes sur la colline du Guintzet, les constructions sont étagées. La cours de récréation se trouve donc au niveau de ma salle de bains. Une centaine d'enfants y joue. Je ferme la porte, ils disparaissent. Je l'ouvre, ils sont là, les cent, dans ma salle de bains.

Ionesco

Dans "La quête intermittente", Ionesco parle de "gens destinés à ne pas savoir".

Anglo-saxons

Recherche d'un éditeur anglais pour easyJet. Penguin, Bloomsbury, Oxford University Press, aucune de ces maisons ne communique son adresse postale. Elles renvoient les auteurs à des pages de conseils bêtifiants: "ne perdez pas de vue votre sujet", "parlez de ce que vous connaissez". Puis affichent les coût d'une publication à compte d'auteur. Epicerie littéraire qui transforme l'écrivain en client. Tout de même, voici une adresse d'un responsable de collection. Je compose une message. Réponse: sont seuls lus les manuscrits transmis par un agent littéraire. C'est votre tâche de le convaincre. Ainsi, non seulement l'écrivain doit devenir le client d'un individu dont le rapport à la littérature est mercantile, mais le convaincre le prendre comme client. Singuliers anglo-saxons!

Prénom

Mon amour d'une nuit a les cheveux courts et embrasse mal. Son prénom est Marxine: comment ses parents ont-ils pu faire pareil choix?