lundi 8 septembre 2014

Déni

Le déni de réalité est le fondement de toutes les religions. Aujourd'hui, il se passe de religion. Il est donc plus répandu que jamais. Il permet d'entretenir cette illusion que le monde est durable. Et j'entends par monde, la société et les relations qu'elle impose, mais aussi l'ensemble des valeurs symboliques que chacun organise afin de se projeter au présent et de vivre heureux. Ce qui explique assez que j'apparaisse comme un homme peu sympathique. Ou plutôt, dur. Je ne conçois pas qu'on privilégie son confort personnel (affectif, sexuel, financier, moral) au détriment de ses considérations d'analyse; que l'on mette sous le boisseau des conclusions évidentes pour n'avoir pas à changer un comportement auquel nous avons profit; que l'on pratique l'autocensure pour n'avoir pas à s'affronter à des obstacles; que l'on refoule consciemment; que l'on imagine qu'un vouloir croire puisse sauvegarder à moyen terme notre qualité de vie. Ou alors - et c'est le programme minimum pour un être moral - il faut avouer que c'est là notre pratique. La psychanalyse avait, dans son commencement, une fonction: éviter la guerre des instances psychologiques. Réduite à des applications thérapeutiques, elle réorganise l'individu, passe au tamis des symboles ses luttes intestines. Or, le déni de réalité est aujourd'hui une maladie collective. Qui de plus entretenue à dessein par une élite dont le cynisme est le trait de caractère dominant. Il est sensé de dire qu'elle et conduit à une guerre des instances collectives.

Singes

Intéressant cette expérience du centième singe pour illustrer par une métaphore le basculement d'un paradigme civilisationnel dans un autre. En 1948 les Américains conduisent une recherche sur le nucléaire. Décision est prise d'atomiser un atoll dans le Pacifique. Un avion largue la bombe. Les biologistes étudient alors le retour à la vie des espèces animales insulaires. Les singes ne semblent pas affectés, mais les noix de cocos dont ils se nourrissent sont irradiées. Les scientifiques capturent 12 singes et leurs montrent comment laver les noix de cocos dans la rivière. Ils les réintroduisent dans l'île. La population totale est de 1000 singes. Au fil des semaines, ce sont vint singes, puis quarante, puis quarante-cinq qui apprennent à laver les noix de cocos. Mais lorsque le centième singe a appris, les neuf cent autres lavent aussitôt leurs noix de cocos.