vendredi 13 juin 2014

Progrès

Avant le passage dans les cabines de la biométrie, ce Suisse-allemand retraité qui commente en patois pour sa mère âgée de nonante ans, peut-être cent, l'ordre des actions.
- Tu vas faire une photographie, puis tu vas montrer tes doigts et ensuite tu signeras. Oui maman, c'est comme ça maintenant...

Photos

- Les photos, où sont nos photos, se plaint une fois de plus Gala, quatorze ans de vie commune et c'est comme si nous n'existions pas!
Elle se retourne et, manque de chance, parmi les livres que j'ai réparti en vrac sur les étagères de la bibliothèque de salon la nuit du déménagement, remarque des albums.
- Retire-les tout de suite! Quelqu'un pourrait les voir! C'est une affaire privée!

Toldo

Toldo m'appelle de Xalapa.
- Je défriche la forêt pour agrandir les fermes.
Ce qui n'est pas clair. A-t-il enfin pu acheter l’îlot de bananiers qui fait face au Pico de Orizaba, le plus haut volcan du pays? Il était question de se répartir les mètres pour y faire des cabanes. Autre chose: est-il toujours lié à la sorcière? Qu'elle ait des dons de voyance, qu'elle communique avec les esprits et peur-être les extra-terrestres, je veux bien, mais c'est surtout quelqu'un dont l'énergie négative inquiète au moment de fonder une communauté. Or ces campagnes, c'est son terrain de prédilection: elle connaît les paysans et dirige une des écoles proche des terrains.

Vierge

Depuis mon départ du village Gimbrède je transporte une vierge de plâtre, seul objet que le l'ancien propriétaire de cette maison, un vendeur d'ail connu pour son avarice m'ait laissé. A Lhôpital, elle trônait dans l'atelier. Avant-hier, je la tire d'un carton. Y regardant de plus près j'aperçois entre les mains jointes de la statuette une forme grise de la taille d'un clou. Ce matin, je saisis la statuette. Entre les mains de la vierge cette même chose grise qui s'envole lorsque je la touche. C'est un papillon.

Ecole-usine

Reçus par les directeurs de l'école de Jolimont où nous envisageons d'inscrire Aplo pour l'année à venir. Après l'inévitable exposé sur l'organisation des filières servie par l'habituel jardon des pédagogues, Olofoso formule la demande sur laquelle nous sommes tombés d'accord: un redoublement de classe en vue d'une entrée ultérieure au gymnase.
- Voyez-vous, c'est impossible, il est déjà trop tard.
- Je ne comprends pas.
- Il y a toutes sortes de possibilités pour Aplo, quel est son projet?
- Poursuivre ses études.
- Eh bien, ce n'est pas un problème, il peut entre dans une école de culture générale...
- ...qui ne vaut rien. Franchement, c'est non!
- Pas du tout, vous vous méprenez. Après trois ans d'études, à condition d'obtenir la moyenne, il pourra devenir ambulancier, socio-éducateur.. et même radiesthésiste.
- Messieurs, je vous coupe: si on ne revenait à notre demande. Je vais être clair: il est exclu que cet ennfant aille travailler. Il n'a pas quinze ans. D'ailleurs, est-ce seulement légal?
- Mais parfaitement, il fera ses quinze ans cet été n'est-ce pas? Il suffit qu'il trouve un contrat...
- Voyez-vous, à son âge j'étudiais à Lausanne et les professeurs ont expliqué la même chose à mon père. Votre fils, lui ont-ils dit, est fait pour l'horticulture. Je ne m'en veux pas d'avoir choisi une autre voie? Et puis, vous le voyez bien travailler, mais ce n'est pas ce que vous avez fait n'est-ce pas?
- Non, non, mais...
- Donc, pour les études...
- Sa moyenne est trop haute pour que nous l'autorisions à redoubler... et trop basse pour qu'il puisse entreprendre des études.
- D'autre raisonnement aberrants?
- Nous comprenons votre frustration, mais vous savez, le travail, c'est très bien.
- J'ai cinquante ans, mes amis qui ont commencé de travailler à l'âge de quinze ans sont toujours à leur poste à l'heure où je vous parle et certains dans la même usine, alors s'il-vous-plaît!
- Vous comprenez ici, nous avons plutôt un tissu de PME... Ou alors, il y a évidement l'option de l'école privée.
- Je paie des impôts.
- Vous pouvez toujours faire appel à l'inspecteur des écoles. Mais croyez-moi, le mieux serait qu'il reste à Genève...

Sensation

Sensation rare avec cette fille à qui je parle quelques minutes dans un cadre professionnel: nous produisons de part et d'autre des mots pour faire durer la rencontre coûte que coûte.

Logique

Dans la salle d'attente du poste de police de la route des Arsenaux une plante en pot, des gueules-de-loups.
- Pouvez-vous indiquer sur l'attestation de perte que je n'ai jamais été en possession d'une carte d'identité?
- Non.
- Il le faut.
- Bien. Ce sera Fr. 35.-

Brazil

Entre King Jouet et Conforama, les bureaux du service de population est signalé par une enseigne en lettres géantes: Biométrie. Alignement de chaises rouges. Citoyens en attente, leur ticket d'appel en main, l'air inquiet; à croire qu'ils présentent un examen et s'attendent à être refusés. En hauteur contre un mur un compteur électronique. Particularité, lorsqu'un nombre nouveau s'affiche, il n'est pas accompagné d'un signal sonore ce qui oblige les personnes à garder l’œil rivé sur la machine. Numéro 76. je me lève, me dirige vers le guichet D.
- Madame, un passeport et une carte d'identité s'il vous plaît!.
- Veuillez me rendre les documents en cours.
- Pardon, le document! Jamais je n'ai eu de carte d'identité. Voici mon passeport.
- Que si!
- Pardon?
- Vous êtes en possession d'une carte d'identité.
- Non.
- L'ordinateur le dit.
- L'ordinateur se trompe.
- C'est impossible!
- Madame, connaissez-vous Orwell?
- Eh bien si vous voulez une carte d'identité, il faudra déclarer la carte actuelle perdue.
- Où puis-je déclarer perdue la carte que je n'ai jamais eue?
- Dans un bureau de police, et en attendant, passez à la biométrie. Au fond, à gauche et tout droit.
Nouvelle série de chaises. Cette fois, jaunes. Même modèle de compteur. Une mère et son fils attendent. J'essaie de lire. le gamin fait des exercices de dextérité avec la carte de crédit de sa mère. Comme il manque d'habileté, la carte ne cesse de tomber. Je renonce à la lecture. Le couple est appelé. J'entends demandé avec force rire:
- J'imagine qu'il faut que mon fils enlève sa casquette?
Vient mon tour. Dans l'espace où je suis introduit, six cabines de biométrie numérotées de A à F, chacune flanquée d'un guichet. Derrière la vitre du seul guichet ouvert, une fonctionnaire. 
- Veuillez vous asseoir.
Puis l'averissement.
- Ecoutez attentivement ce que je vais vous dire.
Ton monocorde pour un texte appris par cœur.
- Vous prenez place dans la cabine et vous fixez les trois points rouges sur l'écran puis vous placer l'index gauche sur le lecteur rouge en dessous de la ligne verte puis vous placer l'index droite sur l'écran rouge en dessous de la ligne verte puis vous signez sur l'écran vert à l'aide du stylo rouge.
La voix redevient humaine.
- Avez-vous compris?







jeudi 12 juin 2014

Déménagement 2

Mon père m'annonce l'arrivée du camion pour quatorze heures. Autour de midi, il écrit: il y en a pour trois jours. Puis il pose des questions sur toutes sorte d'objets aberrants dont ma liste ne fait aucune mention. Seuze heures, dix-sept heures. Gala est sortie. Elle ne veut pas croiser mon père. En fin d'après-midi, je renonce à la boxe, met de la musique, reste vigilant derrière le bureau à surveiller la rue où je m'attends à voir surgir la camion de Hongrie d'un instant à l'autre. Une heure passe. Je me cherche des occupations. Deux heures passent. La nuit tombe. J'appelle Gala.
- Je bois de la bière et je mange des escargots.
- Il sont encore en France.
- Tu devrai venir?
- Tu as entendu?
- Comment?
De retour, Gala se barricade dans sa chambre.
- J'attends cinquante cartons en plus des meubles, il faut que j'aie accès à la chambre! Où veux-tu que je les mette?
- Débrouillez-vous! Personne n'entre dans ma chambre.
Au passage, je remarque que la chambre est devenue sa chambre. A vingt-et-une heures, ma belle-mère appelle:
- Ils auront faim, tu peux préparer quelque chose?
Je vais acheter du pain, trouve un saucisson, prépare un plateau de fromage. A vingt-deux heures trente, les trois gaillards, soixante ans à eux trois, s'attablent. Je décapsule des Budwar tandis que mon père leur fait une leçon sur le maniement du fusil d'assaut. Puis une fois requinqués ils débâchent le camion. Mardi, le quartier est silencieux, les oiseaux se sont tus. Les gaillards s'interpellent d'une bout à l'autre de la propriété, déposent dans l'herbe canapé, table de ping-pong, chaises, tronçonneuse, sommiers, bureaux et portent vaillamment à travers les étages des meubles qui sont destinés à Budapest, des bibliothèques qui devaient rester au magasin à Lausanne, mais pour l'essentiel, remplissent l'appartement des livres et bibelots qui devaient être rapatriés de France. Ceci pendant plusieurs heures. Autour de minuit, je les prie de faire moins fort. Mais comment réussir cette prouesse lorsqu'il faut tirer des malles de cent kilos sur le pont du camion, sangler des hauts-parleurs de salle de cinéma que mon père a décidé d'embarquer en Hongrie, consolider un vaisselier finlandais? Entre temps des adolescents pleins de rire se sont installés dans le préau d'école voisin et font la fête. A une heure du matin, mon père me demande de leur faire des lits.
- Ils vont dormir quelques heures avant de reprendre la route. Ils ont pris de l'essence en France et la machine leur a piqué 30 euros sur leur carte de crédit. Pourtant je leur avais expliqué: pas de carte, jamais! Du liquide! Tu leurs met juste des matelas au sol...
J'organise le salon, puis regarde par la fenêtre. Les cartons forment une barrière le long du chemin de dalles, mais je ne vois plus les Hongrois. Je mets du café à cuire et descend: ils ont assis  au milieu de la route fument et consultent leurs téléphones portables. Douze aller-retour plus tard, j'ai monté la moitié des cartons et j'ai les bras dur comme le bois. Mon père et sa femme qui ont commencé le travail il y a deux jours s'excusent. Je les accompagne à leur Mercedes 1980 qui contient un attaché-case à code 1980 et ma panoplie de luminaires en papier, fil cousu et verre - ils rentrent à Lausanne. Vers trois heures apparaissent les deux buffets qui étaient censés restés au dépôt. Ils remplissent la cave. A trois heures et demi, je vais me coucher. Eux continuent. Le lendemain, quand je me lève, les Hongrois ont disparus.

mardi 10 juin 2014

Ecrivain

Bouffonnerie de cet écrivain qui rédigeant un texte à l'attention d'une revue étudiante s'évertue à donner pour évidentes des remarques érudites.

Nestor

Nestor Makhno, révolutionnaire anarchiste qui combat les Russes blancs à la tête d'une armée de cinquante mille hommes lors de la guerre d'Ukraine, est finalement défait par les Bolchéviks et contraint de s'exiler. En 1925, il devient tourneur chez Renault à Boulogne-Billancourt.

Prendre une claque

Prendre une claque, au sens propre, est exactement ce qui m'est arrivé il y a trente ans devant la kiosque du passage souterrain de la gare de Lausanne. Je me tenais derrière un gaillard corpulent, faisant la file, lorsque celui-ci sans raison se retourne et m'assène une claque. Il aurait pu tomber sur une grand-mère, un enfant ou un policier n'ayant pas juger bon de se retourner avant de donner la claque. Comme je le regardais s'éloigner stupéfait, je reconnus X. un fils d'agriculteur en rupture de ban qui marchait aux acides.
Cette nuit, la scène est revenue sous la forme d'un rêve. Juste après que j'aie pris la claque, le gaillard s'enfuit dans les étages. Le décor est un grand-magasin pendant la nuit. Lumière, escalators, ascenseurs, tout fonctionne, mais il n'y a pas de clients. Habillé d'un pyjama et armé d'un couteau, j'appelle l'ascenseur. Je veux monter, il descend. Au sous-sol, des collectionneurs briquent des voitures anciennes. Décidé à retrouver mon gaillard qui a fui par le haut du bâtiment, j'appelle les quatre ascenseurs de la rangée. Mon compagnon fait alors remarquer:
- C'est comme dans un jeu!
- Oui, mais tu verras, je le tue vraiment!
Du coffre d'une voiture, un des garagistes tire une paire de Moon Boots dépareillée que j'enfile. Bien que mes mouvements soient ralentis, ma décision est inébranlable. Alors que l'ascenseur descend péniblement jusqu'à nous, mon compagnon désigne une fille:
- Tu es amoureux c'elle.
Sans me retourner :
- Je l'ai toujours été.

Habiter

Qu'on me juge intolérant, on fait bien: je le suis. Plus étrange, ce paradoxe qui apparaît évident à l'interlocuteur: toi qui a tant voyagé! Erreur de perspective, car si j'ai comme tout un chacun voyagé, j'ai surtout, ce qui est plus rare, habité. Expérience sans commune mesure avec le voyage, lequel est toujours un luxe.

Déménagement

Installé derrière mon bureau du Guintzet par une chaleur extraordinaire, je guette la rue où doit apparaître d'un instant à l'autre le camion des déménageurs hongrois qui rapporte de Lhôpital mes meubles. Mon père devrait venir en tête à bord de sa Mercedes, puisque c'est lui qui ces derniers jours a donné les ordres aux employés et les guide  à travers la Suisse. Jusqu'ici, je n'ai fait que répondre par "prendre" ou "abandonner" aux questions qui m'arrivaient pas SMS sous la forme: les skis? le buffet? Karcher grenier? Ecran? Baldaquin difficile, peut-on laisser?

Coquelicots

Ravi de voir dans les prés qui touchent à la zone alluviale de Derborence des coquelicots. Ils m'ont aussitôt rappelé les collines de Miraflores à la sortie de Madrid où nous pique-niquions dans les années 1975. Je croyais cette végétation rare car toute sauvage désormais disparue. Or, l'an dernier, comme je traversais la région à vélo en route pour l'Escorial, j'ai retrouvé la même sensation de bonheur lié à la profusion des fleurs.

lundi 9 juin 2014

Transformation

Que se passe-t-il et quelles transformations subissent nos vies lorsque toutes choses sont envisagées et vécues sous l'angle de la quantité?

Adolescence

Balade sur le chemin de Lorette avec les enfants. Voici venu l'âge des résistances. Ils n'osent pas s'opposer, mais rechignent. Dans la descente des escaliers du funiculaire déjà Aplo se tient avec ostentation à vingt mètres de distance, les bras ballants et l'air embêté. Luv que je tiens pas la main ne me fait pas meilleure grâce. Un instant la curiosité d'Aplo est éveillé par des adolescents qui ont gagné à la nage un  groupe de rochers au milieu de la Sarine, puis il se souvient et affiche sa fatigue. Le chemin de Lorette offrant une belle pente, cela n'arrange rien. Comme tout ceci est nouveau, je ne sais trop comment réagir et me contente de les inciter à presser le pas. Mais-  je m'en doutais - à mesure que nous nous éloignons de la ville, ils oublient leurs griefs, profitent de la vue sur le basse-ville, visitent la chapelle de Lorette et dans la forêt de Bourguillon s'intéressent à la piste d'obstacles. J'ai compté une heure et demie pour rejoindre la pisciculture du Gottéron; le calcul est arbitraire puisque je n'ai jamais fait la balade. Ainsi je dois m'enquérir auprès d'un couple sorti d'un champ de blé du sentier qui permettra de rejoindre la rivière ce qui ne manque pas de m'attirer des railleries sur la "petite marche". Vingt minutes plus tard nous traversons un plateau d'orges ondoyants avec pour seule limite les montagnes bernoises et le ciel: un endroit splendide. Cette beauté dont s'enthousiasme Aplo met fin à toute prévention et nous courons torse nu, moi devant, Luv entre deux, Aplo fermant le cortège, les quatre kilomètres d'escaliers et de passerelles qui jalonnent les gorges du Gottéron jusqu'à la place St-jean où dans un grand clame (les citadins ont déserté la ville pendant ce week-end de Pentecôte) nous buvons des limonades et  de la bière Cardinale servie dans un bock de grès.

Amsterdam

Sur la mezzanine dorment des routards parmi lesquels je me promène en culottes sanglé d'une ceinture de combats garnie de magasins, d'un couteau et d'une torche. Je cherche mes habits, lève toutes sortes d'obstacles dans une atmosphère de chambrée puis devine que ceux-ci ont été enfermés dans l'armoire forte qui occupe le fond de la pièce. Alors que j'avance, la vue se dégage et j'aperçois à l'étage inférieur des centaines d'adolescents nus, formant une groupe de corps lascifs, certains en position de coït, mais étrangement résignés, presque fatalistes. Le plancher finit dans l'eau et un instant j'imagine que nous sommes logés sur un ponton. J'atteins l'armoire fortifiée lorsqu'une main saisit mon bras.
- Je ne comprends pas. Comme nous tous, vous êtes descendus à l'auberge de jeunesse d'Amsterdam. Or, depuis trois jours vous ne l'avez pas quittée. Ne souhaitez-vous donc pas connaître la ville?
Remarque dont je ne tiens aucun compte tout en en pensant, "Il est hors de question que je visite Amsterdam!" 

Manger

Vision soudaine des épiceries de mon enfance à Saint-Jean-de-Luz: de fromages à profusion, des saucisses en tas, des terrines, des pieds de jambon et de la gelée, des boulangeries chaudes et lumineuses à chaque coin de rue. Arrivant d'Espagne, un pays qui n'a jamais eu la culture de la gastronomie, cette générosité des aliments était frappante. Trente ans plus tard, les ravages de la grande distribution sont visibles: boulangerie aux pains comptés, exposition des fromages interdite et faute de pouvoir d'achat, boucherie peu garnies et sans cochonnaille, disparition des étals de poissons. Dans le Lot-et-garonne où je me suis installé en 1997 se tenait sur la place d'Astaffort chaque lundi un marché de vingt stands. Dix ans plus tard, il en restait quatre. Les règles d'hygiène et de transport des marchandises imposées par Bruxelles avait porté le coup d'arrêt aux activités des producteurs locaux qui redevenus des consommateurs se fournissaient touts au supermarché local. Le fromager par exemple m'avait expliqué avoir à investir 20'000 Euros dans un frigorifique pour se mettre aux normes. Il avait jeté l'éponge. Efficacité de la politique des lobbies industriels.

Plongée

Comme je parle j'écris. En langage direct. Sans rien cacher. Tu peux en juger par le résultat. Regarde mon livre! Voici 14 heures qu'il est dans les mains de ce lecteur et pas une seconde il n'a relâché son attention. C'est simple, s'il s'agit d'un roman policier, le lecteur a la sensation d'accompagner l'inspecteur sur le terrain. A tel point que l'Etat vient d'interdire la vente des mes livres. Trop prenants.

Livres

Pour son anniversaire les enfants lui offraient des livres où les gros mangeaient les petits.

dimanche 8 juin 2014

Père

Dans une pizzeria de Lausanne en compagnie de mon père, sa femme et Frère. Le serveur a le physique de Milosevic.
- J'aime beaucoup ce restaurant, dit mon père, il appartient à la maffia.
- ...et la raison pour laquelle tu l'aimes?
- Oh, c'est simple. Ces Italiens sont de vrais malins. Ils trafiquent de la drogue comme font les Turcs, mais ils s'arrangent en plus que que le restaurant rapporte de l'argent.
Et  plus tard dans la conversation, suivant je ne sais quel raisonnement par devers-soi:
- La vérité est tellement précieuse qu'il faut beaucoup de mensonges pour la protéger!

Tintin

Frère m'apprend que mes albums Tintin se promènent dans le village de Lhôpital. Les passeurs sont les enfants du voisin, venus dans le maison et repartis avec les bande-dessinées. Tant mieux pour eux, et cependant, cela ne peut aller sans un pincement au cœur: ces albums ont beaucoup compté dans ma vision du monde au point que je m'offusque de ce qu'ils ne retiennent aucunement l'attention d'Aplo et Luv.

Soi

Pour accepter l'autre comme il est plutôt que comme on voudrait qu'il soit, il faut s'être accepté comme on est.

Vache

Dans le pré de l'Abbaye d'Hauterives, sous un ciel lourd et ensoleillé, une vache aux flancs tapissés de mouches. Sa robe brune et blanche est prise dans une armure tant est fournie la nuée. Comme je m'approche, elle se lève et use de tous les moyens pour chasser les parasites: coups de queues et de langue, tressaillements, bonds - rien n'y fait, les mouches s'acharnent sur la bête que je prends en pitié.

Synthèse

Force est de constater que je comprends aussi mal qu'autrefois ce qui à mon entendement se propose. Ceci vraisemblablement parce que ma capacité de synthèse, ou pour mieux dire sa particulière conformation, m'oblige à emprunter des voies secondaires, compliquées ou originales, tributaire que je suis d'un apprentissage à certains égards autodidacte. De même que je peinais à digérer en début d'études universitaires les grands systèmes philosophiques n'ayant pas été préparé par l'école, je m'étonnais ces derniers temps d'avoir tant de difficulté à assimiler les mouvements de base des sports de combat que d'autres élèves dès la première démonstration reprennent naturellement à leur compte. Au point que ce matin, jouissant d'une heure de loisir sur les bords de la Sarine, j'ai refait mes leçons seul, un livre ouvert à mes pieds, décomposant selon mon bon vouloir ces mouvements, ce qui n'a pas manqué porter ses fruits.

Vie matérielle

A l'instant Gala me rappelait une de nos premières soirées au squat IPI 2000 à Genève il y a quatorze ans et, disait-elle, "tu t'étonnais que je sache brasser une salade!" Bien entendu, je n'ai pas souvenir de la salade, la remarque agissant plutôt comme révélateur de l'état amoureux, mais en revanche la mémoire est précise en ce qui concerne les invités, le peintre Claude Sandoz et Frère, le lieu et son entourage, la cuisine brinquebalante, repeinte et graffitée, les poules dans le jardin, les arbres jamais taillés qui poussaient leur branchages contre les fenêtres vermoulues, l'abri à vélo et les seaux de colle fraîche servant à la pose des affiches de nuit et enfin les voisins dont la musique hurlait dans les étages. Ceux qui prétendent que nous ne changeons pas, parmi lesquels figurent quelques amateurs de mauvaise foi, ne me comptent pas dans leurs rangs: je ne doute pas d'avoir beaucoup changé, mais c'est surtout la situation matérielle qui a complètement changé ce que prouve assez ce souvenir, l'essentiel étant que nul ne peut espérer demeurer le même lorsqu'à quatorze ans d'écart il est confronté à des situations matérielles aussi aussi différentes.