vendredi 30 mai 2014

Information

Quand je m'intéresse à un sujet nouveau, l'information, à la faveur du sommeil, circule toute la nuit dans l'esprit comme si le corps travaillait à son assimilation.

Demande

Les masses et leurs dirigeants. Si l'on demandait à chacun d'entre nous à laquelle de ces catégories il appartient, pas un qui ne répondrait "ni l'une ni l'autre!"

Luxe

Avoir un ami, être son ami, c'est aussi supporter ses reproches. L'amitié ne perdure qu'à ce prix. Pour cela, il faut faire preuve de courage et de force. La lente érosion que subissent les relations d'amitié ne fait donc pas mystère. Débiles que nous sommes, le plus souvent nous confondons l'amitié et le partage raisonné de nos égoïsmes. Ce faisant, à la moindre remarque blessante, nous nous retirons du jeu. Nous le pouvons parce que, comme tout ce qui autrefois était naturel, la solidarité est aujourd'hui artificielle, un luxe. A cet égard, l'expérience vécu avec l'écrivain O.T. m'a servie de leçon. Un après-midi je croise sa femme en ville. Habituellement taciturne, elle ne touche pas terre. C'est le bonheur, m'annonce-t-elle, j'ai rencontrée un homme, je vais me marier! Je fais toutes sortes d'hypothèses sur son état. Or, je me trompe: elle persiste.
- Et qu'en dit O.T.?
- Oh, il est d'accord! Je ne vivrai plsu avec lui, mais je continuerai de l'entretenir.
Le lendemain, je suis l'invité du couple. O.T. est effondré, livide. Il fume cigarette sur cigarette. Sa femme danse plus qu'elle ne marche, joue avec leur enfant, mène trois conversations de front. Lorsque m'est donnée l'occasion de me retirer avec O.T. il m'explique avec une mauvaies foi évidente:
- Elle rejoint son amant après le repas, puis revient se coucher à mes côtés. C'est mieux pour le gosse.
Les jours suivants, je lui adresse une lettre où je lui déclare qu'être entretenu par une femme qui est mariée à un autre homme est une forme de prostitution. Qu'à la rigueur on peut vouloir vivre ainsi, mais que se laisser imposer pareille situation relève du suicide moral. On devine ce qu'il advint de notre amitié.
Qu'on ne juge pas que je joue les purs. J'ai eu des revers, et douloureux, que j'affrontais parfois bien mal. Ainsi avec Mara. La nuit où quittant le lit, elle me jeta à la figure:
- Tu me dégoûtes!
Au moral, va, on s'emploie à se grandir, on se rachète, mais au physique! Et le ton employé indiquait assez que la sentence était définitive. Or, j'éprouvais pour cette femme une passion dévorante. La fin de la relation me trouva à la fois hagard, furieux et désemparé. Ce que je ne pouvais  imaginer, c'est que mon dépit durerait plus de dix ans.

Plaisir

Le plaisir de n'ouvrir pas la porte. On laisse sonner et bientôt le silence revient.

Théâtre

Ce metteur en scène qui s'intéressait à moi pour que je m'intéresse à lui - ce que je ne compris pas aussitôt, étranger que je suis à ce travail de recrutement. J'assistais à la première de sa pièce sans arrière-pensée bien qu'avec ennui le théâtre étant souvent cela, de l'ennui et, particulièrement pour une protestant atavique de mon espèce, une forme mondaine d'obscénité. A la fin du spectacle, je ne dis pas un mot au metteur en scène choisissant de rester honnête plutôt que de le vexer. Jamais plus il ne me parla.

jeudi 29 mai 2014

Prendre date

A l'époque, la journée finie, venait l'heure de recevoir. Excellente tradition. Et qu'il serait mal venu de juger réservée à la bourgeoisie. Les paysans, les ouvriers partageaient leurs soirées sur le porche. Maintenant, pour user d'une expression surannée, il faut prendre date. Seulement personne n'est disponible. Pire, les gens font entendre leur enthousiasme à l'idée d'être conviés - à preuve qu'ils le sont peu - et au dernier moment, prétextant je ne sais quoi, se décommandent. L'échange va à veau-l'au.

Robots

Depuis que je lui ai demandé s'il pouvait me renseigner sur les robots de high frequence trading le banquier me bat froid. A moins qu'il ne s renseigne? Etonnants châteaux forts des compétences que tous défendent, y compris les plus amènes. Vous frappez à la grande porte, il consentent à vous recevoir - c'est leur rôle. Vous entrez par la petite porte, ils s'offusquent.

Dépôts en nature

Etabli en début de semaine une liste des biens situés à Lhôpital avec mention de ce que je prends, de ce que je vends et de ce que je donne. Le voisin se précipite, formule des demandes. Qu'eil aille prendre. Le futur propriétaire se prononce pour une série d'achats. Soit. Et ce qui restera? Moi qui me réjouissais de faire jeter, bloc par bloc, le canapé géant dans le champ du voisin, ce paysan syndical dont la moissonneuse arrête depuis trois ans sa lame à dix mètres de mon mur d'enceinte ce qui me vaut d'abattre deux fois l'an une gabegie de grimpants! Eh non, le futur propriétaire achètera volontiers le canapé 20 Euros. Je ferai jeter d'autre meubles.

Janus

Les militaires sont inséparablement des outils de combat et des sommes de blessures.

Roman D.C.

Anxiété qui me saisit au moment de m'asseoir au bureau et de reprendre la correction du manuscrit de Roman D.C. Je louvoie, j'invente des tâches. Enfin je vais au charbon. C'est nouveau. Bien sûr, personne n'aime corriger. L'exercice est délicat, il perturbe et peut détruire le texte. Mais redouter à ce point le second regard? Du bout des doigts je manipule les premières phrases, puis la peine aidant la mélasse monte aux chevilles, à la taille et je perds toute distance, je me débats, alors et alors seulement, je fais du bon travail - peut-être.  

Espérance

Que peut-on espérer? Mais rien! Que l'ensemble des causes que nous avons produites avec soin produisent quelques-uns des effets escomptés... Quoi d'autre?

Ordres baroques

Dans ses toiles de Saints, Zurbaran capte à la fois la terre du corps, la foi et leur trait d'union, l'angoisse.

Chien

Le chien s'ébroua et tandis que sa maîtresse prenait il douche il déposa en bon ordre sa queue, ses pattes et retira sa fourrure.

Images

Et si Hollywwod était la tour de contrôle de l'impérialisme américain? Son lieu de fabrication. L'image précède son double: ici la réalité. Goebbels avait indiqué la voie.

Droit

Aller tout droit permet d'aller plus loin, pensait-il. Très vite il fut seul. Ne cessant pas de marcher il se rassura en songeant que la terre était ronde.

Mémoire

Le neurologue spécialisé dans les questions liées à la mémoire Treffert confirme que nous enregistrons tous les événements de notre existence mais n'y avons pas forcément accès. Prémonition extraordinaire de Leibniz (Discours de métaphysique, Monadologie). Ce fait exige que nous interrogions la finalité de notre conformation. Car à cette réserve absolue de souvenirs les savants prétendent que s'ajoute un savoir inné d'une richesse insoupçonnée. L'événement rapporté par Jung à propos d'un certain Noël passé chez des amis me revient ici en mémoire. Une enfant de six ans s'avance et récite sous le sapin la chanson que les parents lui ont fait répéter. Et voilà que brusquement elle profère des sons étranges que le psychanalyste identifie comme le texte d'un livre sacré rédigé dans une langue perdue dont il existe en tout trois manuscrits stockés dans les enfers des Universités.

Foire

A Aravaca dans les faubourgs de Madrid, lorsque je descendais avec les Américains à la foire foraine installée par les gitans sur le terrain vague de la nouvelle urbanisation, les autos-tamponneuses, trop usées, avaient perdu leur mousse de protection et les chocs fer contre fer produisaient des gerbes d'étincelles.

Noria

Projet d'installer en septembre prochain, au début de l'année scolaire, ceci parce qu'ayant à m'occuper de mon fils je ne voyagerai pas, un appareil photo ou peut-être une jumelle devant la fenêtre de mon bureau de Fribourg qui donne sur la rue Jean-Gambach. Ainsi cadrée le champ comprendrait une partie du jardin de notre immeuble, une section de la rue, une villa, l'école primaire et des arbres. Puis à l'horizon, l’Aula de Miséricorde et le quartier haut du Schönberg. Trois à quatre fois par semaine, de façon aléatoire, j'observerai les mouvements de détails à l'intérieur du cadre afin de rendre par l'écriture les variations sur lesquelles le cerveau d'un homme normal jamais ne s'attarde: lumière, ligne de fuite d'un oiseau, mouvement des branches, morceau de phrase entendue... Le texte serait intitulé Noria pour la référence aux roues à godets qui tournent dans les rivières ou les canaux, alimentant d'une eau toujours neuve des besoins constants.

Communication

Deux tiers des élevages de bétail des Etats-Unis ont été construits selon des plans de Tempel Grandin. Autiste de haut niveau, celui-ci a une parfaite compréhension des vaches. Alors qu'il ne parle pas, il  il communique avec elles.

Pendule

Si vous assoiffez les gens et brûlez leurs terres, confisquez leurs ressources et financez leurs tyrans, si vous envoyez des cargaisons d'armes pour qu'ils entretiennent le chaos, vous ne pouvez vous plaindre d'être envahis par des miséreux. ... décolonisation!

Devenir

A quel moment devient-on ce qu'on ne cessera plus d'être? Le sujet achevé, où commencent les variations?

Penser

Ce poète excellent qui, le moment venu de s'exprimer devant un parterre d'étudiants, pense avec les pieds. Mais aussi, pourquoi s'autoriser d'une légitimité dans un domaine pour intervenir dans un domaine séparé? Truc de journalistes, pour qui le monde est une forme de théâtre costumé.

Gestion

Le relativisme culturel est un danger majeur pour nos société libres. En plaçant sur le même plan des valeurs incompatibles il signe, contre la morale d'abord, contre la loi ensuite, le retour en force des règles. Or celles ci forment l'appareil des pouvoirs gestionnaires et sont par nature indiscutables.

Poésie

J'ai écrit dix-huit recueils de poésie qui ne valent peut-être pas une bonne cale de bois, puis plus rien, pas un vers.

Squat

Evacuation du squat de Can Vies dans le quartier de la gare de Sants à Barcelone. Des émeutes sont en cours. Insupportable politique de l'Etat. Il veut subventionner, paterner, embarricader et réclame en outre les applaudissements. Que la vie échappe à son contrôle, il se cabre et fait donner les forces de l'ordre. Mais cette fois les habitants ont rejoint les militants. Ensemble, ils ont bouté le feu aux bulldozers qui entreprenaient de démolir la bâtiment occupé. Quand on pense qu'un quart des logements d'Espagne sont vides ou à l'abandon.

vendredi soir

Chaque vendredi soir il repeignait les murs de son appartement en rouge vif.

Deux meubles

Tout à l'heure je tombe sur des plans de meubles réalisés dans les années 1990. Parmi ceux-ci, le lit double-simple. Monté sur rails, il permettait de joindre les deux matelas pour les moments d'intimité, puis, au moment du sommeil, de produire la séparation par glissement sans besoin de se relever. Cet autre, inabouti: un écritoire coulissant afin d'écrire ou lire confortablement sans quitter son lit ni avoir a disposer à nouveau ses affaires. C'était une sorte de table en forme de pont passant au-dessus de l'édredon et qui, le travail fini, retournait se loger au bas du lit, au-dessus des pieds.

Jalousie

La jalousie est un malheur. L'autre est ce que je ne suis pas. Que je le regarde et le fiel coule dans mon corps, pourrit mes moelles. A la longue, l'état devient chronique. Mes volontés se noient. Je deviens un être impersonnel, aliéné. Ici n'a de valeur que l'anarchie. Peu importe les autres. Qu'ils aillent dans leur direction et n'interrompent pas la mienne.

Illetrés

Que tant d’illettrés du tiers-monde arrivent sur la place permet l'inespéré: une partie de la population indigène jusqu'ici inéligible à la langue découvre qu'elle a le don de s'exprimer. En coulisse, les chefs d'orchestre coudoient et rient.

Chêne

Le chêne de la rue Verneil grandissait la nuit et à l'aube, juste avant le passage du postier, première personne à circuler dans l'avenue, rentrait dans son gabarit.

Feux de la rampe

Celui qui écrit sans peine bientôt ne se donne plus la peine d'écrire. Affirmant cela je pense à un auteur dont le premier livre m'a fasciné. J'allais partout et vantais ses mérites, je ne manquais pas une occasion d'engager à sa lecture. A Paris je connus l'auteur. Sa personnalité me déçut agréablement. C'était un homme joyeux, sans envergure ni morale, loin de toute recherche, désinvolte, opportuniste. C'est lorsqu'on entrevoit ce qu'on veut sans le pouvoir que les énergies affluent. Alors sont réunies les conditions pour faire l’œuvre. Celui qui écrit, peint ou compose sans peine et avec l'air de se jouer est loin de cette fois du créateur. Je ne pouvais me douter de quoi que ce soit avant que ne paraissent de cet auteur de nouveaux titres. Or, ce que j'avais réussit à son contact se vérifia: à grands renforts de sourire, ils se poussait sous les feux de la rampe.

Ne rien faire

Les rares fois où je réussis à ne rien faire, je me félicite.

Bidules

Vanité poussée jusqu'à l'hystérie par l'emploi des nouvelles technologies ancillaires et qui accroit la solitude augurant hélas d'une fatale reprise en mains.

Trémulation

Chanteurs de variété, bateleurs, comédiens, romanciers, peintres sans réelle foi dans l'art, ils 'agitent sur quelques mètres et ce faisant communiquent localement au groupe social une trémulation qui lui permet de percevoir de manière fugace comme se perçoivent les poissons par reflets lorsqu'un rai de lumière traverse l'aquarium.

Manwell 2

Sur cette façon heureuse de remarquer la nature et de la donner à voir aux autres en rehaussant ses qualités, ce que faisait hier, je l'ai dit, Manwell alors que nous courions sur les crêts de la Sarine, je puis dire que je n'ai pas ce talent. Quand je cours, lutte, me débats, je ne contemple pas. Et quand bien même je verrais ce ciel, sa lumière, son cortège de nuages, c'est sans vision; pour cela, il faut que je m'attarde, arraisonne le temps, perce les couches. Ainsi je vois jusque dans les grandes profondeurs. Plus possible alors de s'exclamer:
- Regardez, c'est joli!

Caravane

Je vais construire une caravane, ou plutôt, un cabane qui se puisse déplacer sans nécessité de démontage. L'intégration des parties dans le tout, la convenance esthétique, qui de plus est dans un milieu contraint. m'a toujours fascinée. Retour peut-être à l'organisation de la première chambre, lieu d'incubation des énergies vitales pour l'adolescent.

Manwell

Hier avec Manwel et deux gosses de bel allure, gravissant d'un pas accéléré le chemin de Lorette, alignant des exercices sur le parvis de la Chapelle puis zigzaguant sur les sentiers de la forêt du Bourguillon en bataillant à coups de pieds et de poings, équipée qui laissait interdits les rares randonneurs venus se balader en cette soirée de veille de fête. Or, ne voici pas qu'après ces débauches, Manwell, comme nous regagnions la basse-ville, ralentit le rythme et s'extasie sur la beauté du coucher de soleil, la forme des nuages, l'éclairage rougeoyant des édifices modernes qui se détachent au loin et lâche ce commentaire:
- Quand je pense qu'on a manqué rester à l'intérieur!

Pommes

Il ramassait des pommes, les distribuait sur un lit de carton dans l'ombre fraîche de la cave et, dès cet instant, redoutait la venue de l'hiver qui de l'intérieur agissait sur les fruits pour les diminuer et les noircir.

Innocence

Véritable cadeau qu'une nuit d'un seul tenant qui tôt commencée empiète sur le jour. Une relâche dans le rythme construit de l'existence. L'introduction d'un ailleurs qui permet, parce qu'elle rend à une provisoire innocence, de renouer avec la matière de la vie.

Envers-avers

Pourquoi tous ces efforts?
Oui, c'est entendu: pourquoi?
Mais à ceux qui posent la question:
Pour quoi cette absence d'efforts?

Igloo

L'hiver 1972, à Helsinki, le concierge de notre immeuble entassait des paquets de neige contre un mur du parking extérieur. Au fil des semaines, durcie par un froid constant, la masse devint glace et c'est avec des fourchettes et des couteaux pris dans le tiroir de la cuisine que Frère et moi creusâmes la surface pour fabriquer un igloo. Le travail était si pénible que je me crus, une fois la cavité ouverte, que jamais les paquets de neige ne fondraient. 

mercredi 28 mai 2014

Solidarité

La leçon de boxe comme substitut à la classe d'école au moment d'éclaircir par la métaphore le fonctionnement des sociétés - vécu hier. Dix personnes bataillent contre elles-mêmes tout en demeurant solidaires puisque présentes dans la même salle et coopérant pour la bonne réussite de l'exercice. L'un donne sa force en partage, l'autre son intelligence, un troisième sa capacité de concentration qui, en dépit de la fatigue, est intacte. Pratiquement, cela veut dire que le premier, durant les quelques secondes de récupération, réajuste les obstacles, que le second, doué d'une vision globale, se meut sans entraver les autres, que le dernier, renseigne ceux à qui échappent soudain la nature d'un exercice. Juste diffusion des moyens à l'intérieur du groupe qui permet l'entente et la stabilité sans lesquelles l'exercice deviendrait impossible. Mais l'égalité n'étant pas de ce monde, il y a nécessairement parmi les participants un boxeur qui réunit les trois qualités; la force, l'intelligence, la concentration. Que celui-ci, convaincu de s'en sortir mieux que les autres agisse en égoïste et survient un premier trouble au bon ordre. Qu'il s'allie avec un ou plusieurs autres boxeurs de sa trempe et tout en prétendant jouer le jeu de la solidarité dupe le groupe pour profiter de la situation à ses dépends et la société est en péril.

Assurance

Ouvrant les dossiers de la vie matérielle, je vois la semaine dernière que la maison de Lhôpital n'est plus assurée. Si elle brûle avant la date de vente fixée à la début août, je devrais quelques centaines de milliers de francs à la banque pour remboursement d'un tas de poussière. J'appelle et indique mon désir de renouveler séance tenante le contrat. L'assureur me donne du "Alexandre" et s'engage à m'envoyer à la minute les coordonnées bancaires de son compte. Le soir, rien, ni le lendemain ni le jour d'après. Je relance. Pas de réponse. Nouveau message. Même succès. Je rappelle.
- Je suis désolée, je crois que notre mail ne marche pas. Dés qu'il sera réparé, je fais le nécessaire.
Quelques heures plus tard tombe dans ma boîte de réception un mail contenant le scanner d'un document. Il s'agit du devis d'un artisan pour le remplacement d'une vitre à l'agence de mon assureur. En bas de page, tamponné, un ensemble de chiffres incluant un numéro IBAN. Tant bien que mal je déchiffre et introduis la référence dans mon système de paiement en ligne, jugeant un peu cavalière la méthode, mais mettant la chose sur la gabegie généralisée des Français. Or, le système refuse le numéro. Nouveau mail. Cette fois la dame répond: je ne comprends pas. Donc je prends le téléphone et lui parle de son vitrier. Ele s'excuse:
- C'est de ma faute, je dois m'être trompée de document.
Ainsi travaille la plus grande assurance du pays.

Derniers beaux jours

La première planche de l'album de Tintin Les 7 boules de cristal montre le reporter installé dans une Micheline à destination de Moulinsart. Son voisin à chapeau melon, penché sur le journal annonçant l'expédition des archéologues pilleurs de momie en Amérique du Sud, déclare:
-  Cette histoire, ça finira mal, vous verrez...
Et Tintin:
- Qu'est-ce qui finira mal?
- Eh bien, cette histoire...
Dialogue qui a l'avantage d'installer immédiatement au centre du dispositif une tension narrative: dès lors, page après page, le lecteur se prépare à la catastrophe. Mais c'est bien la fiction qui singe ici le réel. Et sans tracer des parallèles faciles qui voulant établir la concordance minutieuse entre la réalité et son double ne feraient qu'instiller le doute, un titre tel que celui donné par Julien Green à son journal 1939-1945, Derniers beaux jours, évoque sans détour ce climat de tension qui précède les éruptions de l'histoire et, mécaniquement, se traduit dans toutes les activités de l'homme: sa parole, ses gestes, ses expressions, ses quêtes, ses amours. Un exemple notoire m'en fut donné hier comme je cotôyais pendant une quart d'heure, dans une pièce petite et close, une Africain et un Arabe dont je questionnais en silence la mine basse et le regard en voie d'intériorisation. L'un d'eux lança bientôt la conversation sur les résultats des élections européennes. Des banalités furent échangées qui n'appartenaient ni à l'un ni à l'autre mais aux fabricants d'opinions qui remplissent les colonnes de la presse. Quoiqu'il en soit, comme Tintin s'abreuvant naïvement dans cette Micheline aux nouvelles données par le quotidien du jour, les deux interlocuteurs marquèrent soudain un silence, puis l'un dit:
- Vous savez, ça va exploser
Et l'autre.
- Vous croyez?
- Oui, oui.
Alors le premier.
- Oui, je sais.

Tatlin

Tatlin, passionnée par le commentaire embrouillé que je tente de mon projet de livre sur le post-humanisme et le dépassement du schéma vivant, alors que nous nous éloignons dans la nuit pour regagner, elle son foyer d'étudiants, moi la maison sur la colline:
- Tu as ce livre sur le suicide dont tu m'as parlé? Avec les recettes? Si tu veux bien me le prêter dès que tu le rapatrieras de France. J'ai toujours été fascinée par le suicide!

Comédie

A la bibliothèque, où j'arrive une demi-heure avant fermeture, désireux de renouveler mon choix de films, je tombe sur l'actrice et dans un mouvement de générosité aussi désinteressé que distrait, l'ayant saluée de son nom, vais pour l'embrasser. Elle se retire, place ses mains haut devant son visage et s'écrie:
- Non, oh non, je suis pleine de microbes!
- Tu es malade? La grippe?
- Malade? Pense-tu! Si seulement j'étais malade!

Cheveux

Après un entraînement au combat qui nous trouve éreintés et tout de bleus marqués, un camarade retirant ses protections, dit:
- C'est aussi dur que se faire couper les cheveux!
Etant désormais acquis que je suis dur de la feuille, je le fais répéter.
- Oui, m'explique-t-il, j'ai fait venir une coiffeuse à domicile cette semaine. Deux heures! Tu imagines ça! Et elle n'a cessé de parler! Avant, après, pendant. Même quand je l'ai poussé vers la porte, elle continuait de parler. Et en plus, il a fallu que je ramasse tous les cheveux. Jamais plus! Je préfère encaisser des coups.

Femme

Jésus de Paris, que je rencontrais il y a quelques années dans un appartement du faubourg Poissonnière, était maître-expert en dynamite. Artificier à la solde des compagnies de cinéma il voyageait d'un plateau à l'autre en métro avec ses pains et ses systèmes de mise à feu, piégeait les décors et selon les jours faisait voler en éclats une maison, une rue ou une voiture. Son fils jouait de la batterie dans une petite pièce attenante à la cuisine tandis que nous dînions adossés à un poêle d'une tonne dont il ne cessait de vanter les mérites. Sa femme, tendre, maternelle, pythonienne, avait autant de bras que la déesse hindoue: elle jouait la comédie, mitonnait des plats, élevait les enfants, était rieuse et allègre. Puis un après-midi, comme je débarquais gare de Lyon, je la trouve hagarde, étrangement silencieuse. Elle n'a pas dormi de trois jours me siffle une amie qui la surveille de crainte qu'elle ne s'effondre. Nous mangeons cependant et dans le fond de la brasserie où nous sommes installés défilent trois, quatre, cinq enfants, de différents maris et de différents âges, les plus grands déjà musiciens, acteurs de série télévision, les petits, la bavette autour du cou, tous venus rassurer leur maman. L'année suivante, j'apprends comme il se doit que le mari a pris la poudre d'escampette et que l'excellente femme a filé vers le sud où, pleine de vigueur et de soleil, elle va épouser un homme dont elle attend des enfants.

Décors

Nouveau décor pour mes rêves, fribourgeois. Molasse, églises, pavés. Le tout suggéré à la manière des arrières-plans chez De Chirico. Me voilà loin de Genève. Le même processus se répète. Autrefois c'était Lausanne. Quand je me rends encore à Genève, en général le matin et par le train, je n'ai plus que des objectifs: le bureau, une librairie, l'appartement d'un ami et je les rejoins sans tenir compte de la ville. Forme poussée de nostalgie? C'est possible. Le lot commun: ce que nous avons connu  n'est pas dévisagé, mais peuplé de souvenirs qui se superposent mal aux nouvelles ambiances, aux nouveaux sons, aux habitants fraîchement débarqués. Et après Fribourg?

dimanche 25 mai 2014

Fribourg le samedi

Course dans les gorges du Gottéron à l'heure de l'apéritif. Etrange et belle atmosphère dans ce vallon que partageait le dernier soleil. Des fêtes populaires à plusieurs endroits, sous les tentes du petit train puis le long de la pisciculture, mais aussi dans les jardins privés, des réunions de famille, des plaisanteries qui fusent, des larrons ivres qui me taquinent, des rires. Puis la route finit, remplacé par un sentier  qui sinue entre les arbres, emprunte un système de ponts et d'escalier pour gravir les falaises de la rivière et rejoindre enfin, quatre kilomètres plus haut une ferme nichée dans un repli de la  colline du Schönberg. Je craignais la fatigue mais n'ai eu aucune peine à courir le retour au sprint, puis faire quelques exercices dans l'herbe avant de remonter le Salden à vélo craignant par la même occasion - simple phantasme- de dévaler la pente raide si je venais à lâcher mon pédalier, ce qui eut pu se produire sur le coup du sentiment de ridicule qui m'envahissait et plombait mes forces, moi monté sur ce vélo neuf aux airs de tank parmi des badauds, des adolescentes embrassées et des mères retenant leurs poussettes. Peu auparavant, je venais de faire la connaissance d'un batteur rock, m'exclamant:
- Ah, c'est donc vous qu'on entend battre dans la maison à mi-distance! Vous êtes assidu! Chaque fois que je viens me promener avec mes enfants, je vous trouve à l'exercice.
Et lui de me féliciter de mon effort, de me prévenir que je dois veiller su mon vélo et de me signaler qu'il y a des Allemands au fond de la vallée qui, d'ailleurs, abrite un drôle de monde. De retour au Guintzet, Gala se prépare et nous rejoignons Gaspard sur la terrasse du Marcelo, fermée pour cause de cagnotte, ce que signale une ardoise posée au milieu des tables qui, en effet, sont toutes disponibles. Mai voici que la patronne (dont Gala prétend qu'elle serait la sœur de Jodie Foster) qui nous explique le sens de la cagnotte, son thème, le cirque, l'argent récolté, plus de 17'000 francs pour quelques 70 cotisants et nous voyons bientôt arriver des jeunes et des moins jeunes déguisés en clown, en chef de piste et en dompteur de tigres, tandis que la serveuse nous apporte de la Cardinal.

Armurier

L'an dernier, je marche trois kilomètres accompagné d'un ami pour me rendre chez l'armurier. Nous poussons la porte du magasin. A l'étalage, fusils-mitrailleurs, fusils de biathlon, armes de poings, stock de munitions, couteaux. Je salue. Aucune réponse. Au bout d'un moment, un homme qui graisse la culasse d'un fusil me toise:
- Vous êtes Suisse? Parce qu'avec toux ces gens qui rôdent par ici. Surtout des Serbes.
Puis il reprend son travail. Alors que nous achetons du matériel auprès de son collègue, un homme proche de la retraite, celui-ci, la mine grise, nous confie:
- Nous sommes tous sous le coup. Nous allons fermer cet après-midi pou aller à un enterrement. Quelqu'un est mort.

Changement

Ce camarade du club de sport qui, à l'heure de la douche, apprenant qu'un autre garçon habite Montreux:
- Ah, toi tu habites au bord du Lac? Tu connais le restaurant le Nautile?
Et il lui explique le décor de la salle, la terrasse, la vue, le lac. L'autre ne connaît pas, mais donne des détails sur sa ville.
- Eh bien j'y suis allé! C'est incroyable, ça change. Ici, à Fribourg, on est au bord de la Sarine, et là c'est le lac: ça change!


Dire

Tout ce que je peux raconter. Bien sûr, je pourrais mettre sur papier, enfermer ces papiers dans un carton. Mais à quoi bon? Pour mémoire? Peut-être. Quoiqu'il en soit, je m'inquiète. Est-ce une affaire d'âge ou une affaire d'âge de la société, d'évolution de sa nature? Mes opinions les plus certaines, ne peuvent plus prendre place ici pour des raisons d'opprobre, de déstabilisation financière, voire de loi; pour le même motif, une partie de mes actes doivent être tus; enfin, et c'est l'écueil central, je ne puis dire mes avis sur les gens de mon entourage sans que cela provoque des répercussions, bonnes ou mauvaises d'ailleurs. Intervient dans cette affaire, dont je ne sais comment traiter, toutes sortes d'exemples illustres et propres à aider la réflexion: la publication à quelques exemplaires de l'apologie de homosexualité de Gide, l'autofiction de Serge Doubrovski provoquant la mort de sa femme (Le livre brisé), le problème de la captation fictive d'une personne proche dans le cas du livre d'Henry Miller, Un diable au paradis, la question de la mise programmée à l'index de Jules Renard du fait de ses portraits au vitriol égrenés dans son Journal... le travail psychanalytique de Duras dans La vie matérielle...

Désordre

Rentré tard, je me couche. Incapable de trouver le sommeil, je fais selon mon habitude, je compose des textes. D'une phrase arbitraire, je tire une brève fiction. Lorsque j'ai la chose en main, j'hésite: vais-je en prendre note? Il en va comme des rêves, on croit se souvenir et la nuit emporte tout. Je répète mon texte phrase à phrase, puis cède - du moins en partie: je n'allume pas. J'écris dans la nuit. Et bien entendu, ce qui devait arriver arrive; aussitôt noté le premier texte, l'esprit libre, j'en invente un second que je note à son tour, puis un troisième. Cela me ravit car ce sont des textes de pure inspiration et au contenu aussi différent qu'il est possible de mes automatismes d'écriture. Passe une semaine. Je me promets de les mettre au propre, n'en fais rien. A l'occasion, les premières phrases de ces textes me viennent en mémoire et je me fais une joie de les reprendre. Hier enfin, j'ouvre le carnet et là, déception: j'ai sous les yeux une écriture illisible. Dans un premier temps je ne doute pas de pouvoir la déchiffrer et puis il me faut renoncer. Non seulement je ne peux espérer retranscrire, mais la calligraphie est si désordonnée que je n'ai plus accès à la moindre information concernant la teneur des trois fictions.

Voyage

Le voyage de l'homme ne doit pas être interrompu.

Ectoplasmes

Certains vitupèrent. François Châtelet, Pierre Drachline, Richard Millet ne seraient que rancœur. Retranchés dans les marges d'une société soumise à des convictions infantiles, ils crachent du venin. Confortable position quand l'anathème s'adosse sur une conviction aussi générale que vague. Car enfin, ceux qui vitupèrent contre ces auteurs coupables de prêter langue à l'hérésie s'abstiennent d'évoquer les sujets qu'ils condamnent. Ils n'en veulent tout simplement pas. Ce qui nous amène à un constat malheureux: cette condamnation  qui rejette a priori ces auteurs dans le camp du mal relève de l'idéologie. Et l'idéologie ne discute pas. Elle ne bataille ni ne nuance. Elle est. Et par nature, doit rejeter tout ce qui menace son hégémonie. Où l'affaire se complique, c'est que si les auteurs nommés se rejoignent peu ou prou sur la détestation que leur inspire notre société (il n'est que de noter la concordance de leurs titres: Penser et vivre comme des porcs, Pour en finir avec l'espèce humaine, L'être-boeuf), du moins sont-ils assez vaillants pour prendre parole en nom propre, tandis que leurs détracteurs aboient en meute. Ils le font d'ailleurs avec d'autant plus de force qu'ils se sentent soutenus et ne manquent pas de hérauts. Je me mets un instant du côté d'un Drachline: la veulerie des faux-pensants qui s'attaquent à son brûlot au nom de la morale (non pas une morale, mais bien la morale) lui confirment ce qu'il cherchait à établir en optant pour ton pamphlétaire, savoir que la liberté est gangrenée et que l'issue pourrait être fatale. Autre aspect de l'affaire, la grande collectivité des pourfendeurs de nos auteurs en révolte se contente d'annoner quand il faudrait dire le motif de leur rejet. Et pour cause: ils ont déjà vaincus et contrôlent le discours. Il n'est que d'écouter les naïfs : pas un qui ne cautionne leur eau tiède, pas un qui ne s'offusque lorsqu'on émet un jugement critique dérogeant a l'idéologie totalisante du politiquement correct. Les voici qui baissent les yeux et louchent de peur que quelqu'un n'ait entendu les propos blasphématoires et ne l'accuse de les partager! Lorsqu'il y avait encore un débat, les Albert Carco, Guy Debord ou Dominique De Roux ne faisaient pas rire. Lebovici fut assassiné. Les communistes Nizan ou Sartre agaçaient mais pouvaient servir la dialectique du pouvoir, pas les outranciers, les littéraires, les ascètes en solitude. Et ceux qui vitupéraient avaient du coffre: ils s'exposaient, ils croisaient le fer, y laissaient des plumes (Raymond Aron par exemple). Aujourd'hui, c'est une armée d'ectoplasmes incapables de faire des phrases seuls et qui marchent au coude à coude sans se retourner. Ainsi vectorisés, ils prétendent soumettre à loi des hommes qui, au-delà des torts et des raisons, défendent l'intelligence critique.

Arnolfini

Chez les Arnolfini, sur le plateau de Mossel. Le garagiste qui tenait son atelier près du Château d'Oron a à bâti sa cabane sur une parcelle entourée d'arbustes. Prés, forêts de sapins au Nord et une vue dégagée sur les Alpes. Nous sommes à deux kilomètres de la ferme familiale.
- Oh, aujourd'hui, ce n'est pas terrible, mais par soleil on voit le Mont-Blanc.
La dame a les cheveux gris ou violets.
- Tu veux leur montrer la maison, François?
Frère demeure en retrait, je flatte le chien, nous entrons. La construction est brinquebalante. Cela me rappelle le taudis organisé de l'ancien propriétaire de Lhôpital: trois ans d'ouvrage acharné pour y voir clair. Ici, les matériaux ne viennent pas de la décharge, mais l'ensemble n'a pas meilleure gueule: morceaux de toile, verrins de guinguois, planchers flottants. Je m'aventure dans un couloir. Il mène dans une salle à manger composée d'un banc qui sert également de coffre à duvets et d'une table n bois tendre.
- Nous l'avions commandée au menuisier de Semsales.
Frère qui est venu plus tôt dans la journée m'a averti: tu peux tout brûler. Mais le couple est touchant. C'est un musée des nostalgies que nous visitons. Aux murs, des photos.
- Là c'est le cousin Henri. Et là, le beau-frère. Et elle, là, c'était ma soeur. Il sont tous décédés.
Cependant, nous continuons de cheminer par de couloirs, nous poussons des portes, passons sous un toit de plastique ondulé.
- J'ai mis ça parce que ça soufflait fort à l'époque l'hiver. Maintenant, je sais pas ce qu'il y a . La neige tombe à peine. Et là, c'est une sorte de salle où je bricole.
Il me semble que nous sommes déjà passés par cette salle. Mais non, voici la chambre à coucher. Deux lits simples entourés de parois de lambris. La dame réapparaît.
- Tu leur a dis pour l'oncle?
- Ah, non. Ecoutez ça! Il faut que je te raconte quelque chose.
Arnolfini tutoie Frère à qui il loue un local ailleurs dans le village, il me vouvoie.
- Regardez ça...
Une ardoise pour noter les point aux cartes. Trois initiales sont notées à la craie.
- Voilà, on a joué pour la dernière fois il y a un mois et j'ai rien effacé. Ce "J" en haut, c'est pour l'oncle Jean et quand on a fini, j'ai posé l'ardoise ici comme je fais toujours.
Arnolfini pose l'ardoise au-dessus du banc de la salle à manger et recule d'un, deux, trois pas. Il est maintenant debout à nos côtés sur le seuil.
- L'oncle est resté deux semaines à l'hôpital de Cugy. Il est mort la semaine dernière. Et Jocelyne et moi on est pas revenu dans la maison depuis le soir où on a joué aux cartes. Eh bien hier, j'ai trouvé l'ardoise posée ici, tu vois où j'ai mon pied, tu crois que c'est possible toi? Elle était à exactement quatre mètres du banc, tournée du côté où il y a l'initiale de l'oncle.
Nous sortons dans les près. Arnolfini nous parle d'un droit d'eau. Le puits serait creusé à six mètres de profondeur.
- Je suis descendu dedans quand j'étais petit et j'ai mis mon bras jusqu'ici, on sent l'eau qui passe sur une pierre brillante et dure.
- Et il est toujours accessible ce puits?
- Oh, il faut croire, mais il est sous la maison du voisin maintenant.
Entre temps, nous avons fait le tour de la propriété par l'extérieur. Quelques tilleuls, une vielle caravane de l'armée datant de la deuxième guerre, un fruitier.
- Et là bas, c'est à qui?
- La maison? Ils vienennt de la vendre. Quatre cent cinquante mille. Et c'est encore le laitier qui a acheté. Il achète tout : les champs, les forêts, les maisons.
- Eh bien, ça rapporte le lait! Qu'est ce qu'il compte faire de tout ça?
La dame qui a entendu:
- Il faut voir qu'il a six enfants, et que tous travaillent. Pour ça, ils savent bosser. Le plus petit a pas sept ans, je l'ai jamais vu se reposer.
Alors que nous sommes sur le départ, j'essaie de gagner du temps:
- Ne sortez pas tout de suite votre panneau de mise en vente, nous sommes très intéressés.
- Quand même, je vais le mettre un peu, ça fait batailler. Mais si Pascal passe, on l'enlèvera.
- Celui-là, il nous surveille!