mardi 20 mai 2014

Elite

Prononcez le mot "élite", l'interlocuteur prend peur et se récrie. Qu'il se rassure ceux qui en sont ne prononcent jamais le mot.

Romans-comédie

Commencé la réécriture de Roman D.C. Si j'avais le courage, j'enchaînerais à la fin de l'été sur les deux autres livres-comédies que j'attends depuis bientôt trois ans de reprendre, L'été de Btorgle et La visite du ministre des eaux minérales de Suède tourne court.

Polonais

Le Polonais dans sa salle de billard en sous-sol. Il est quinze heures, seul dans la pénombre, des coquarts sous les yeux, il sirote un café. Les bandits manchots et les flippers clignotent, les queues sont sur les râteliers.
"Non, moi ça va... Mes enfants sont grands, ils viennent me voir, nous mangeons, nous buvons un peu... Mais ce qui va se passer, si je savais... Tu vois j'ai cinquante ans et il n'y a pas d'argent à Fribourg. A Genève, à Lausanne, c'est autre chose, mais ici, rien que des étudiants et des vieillards. Et en plus, ils ont des examens. Le week-end, la salle est pleine, mais je ne fais que nettoyer, ils achètent de l'alcool en supermarché, boive dans des sachets en plastique, titubent et sont malades. Tu as remarqué? A Pérolles les boutiques n'arrêtent pas de fermer. Et le soir, c'est mort. Il y a tous ces Turcs et ces Albanais! Pas une once d'imagination. Ils s'installent dans la ville, ils s'assoient sur un tabouret et regardent tourner leur pain de viande, quelle ambiance ça peut mettre, hein? Nos enfants l'auront difficile. Et ils les étrangers continuent d'arriver de tous les côtés! Je ne sais pas, non vraiment, je ne sais plus..."

Conseil

Le médecin, les radiographies à la main:
- Tout va bien... juste de l'arthrose.
- Dans la nuque?
- Non, partout. Mais...
- Je sais: du calme.
- Oui, Monsieur Friederich: du calme!

Detroit

Adressé treize demandes d'hospitalité à des membres de Couchsurfing résidant à Detroit, Michigan. Pour l'essentiel des hommes, la plupart âgés. Au bout d'une semaine, voici enfin deux réponses. Un cow-boy de septante et un an, retraité de l'industrie automobile et un militaire dont la philosophie est "je suis passé de la violence à la sympathie". Dans mes lettres, je demande à dormir une ou deux nuits dans leur salon et à obtenir quelques conseil sur la ville que je veux parcourir à pied et à vélo.  Ces derniers jours, j'ai ajouté des photographies rassurantes à ma page de présentation. Moi avec Gala à Jérusalem, un portrait avec les enfants, un cliché pris au Vietnam avec Sorah, la Sud-Coréenne de San Francisco. Et j'ai précisé les dates. Puis, m'intéressant au billet d'avion, j'ai constaté que partir début juillet coûtait deux fois plus cher que partir fin juin. Le billet acheté, il me faut donc recommencer mes courriers.
 

Jeans

En avril j'achète un jeans au Corte Inglès de Malaga. Auparavant j'ai cherché dans les boutiques. La marque n'est pas disponible. Je ne possède qu'un jeans de cette marque, acquis six ans plus tôt à Las Vegas et qu'il me faudra jeter avant l'été. N'ayant aucune envie de passer en cabine d'essayage, j'ai noté le modèle, la couleur et relevé les mensurations sur l'étiquette. Manque de chance, la taille correspond pas la longueur. Tant pis: je fais emballer, je paie et rentre à l'Hôtel. Or, ma mère m'explique que le tissu est trop épais pour qu'elle puisse le reprendre à la main. Je retourne auprès de ma vendeuse. Magasin organisé à l'ancienne, le Corte Inglès compte des dizaines de vendeurs par étage et pour ce qui est des jeans, deux à trois préposés par marque. Le pantalon peut être repris sans frais, mais il faut compter trois jours. J'emporte le jeans en Suisse, le garde plié. En mai, je le dépose dans le fond de la valise, retourne au Corte Inglès de Malaga. Même étage, même vendeuse. Elle emballe le pantalon dans un papier cristal, me tend un reçu, me donne rendez-vous. Le jour du retour en Suisse, deux heures avant l'envol de l'avion, je m'aperçois que mon jeans attend. Frère reste sur le quai au près de la voiture, je pars en courant, gravit les escalators, tend ma quittance, la vendeuse amène le jeans, le déplie, me le montre, le replie, l'emballe et je repars en courant, le jeans sur la main, comme si je portais un plateau, le dépose dans ma valise, rentre en Suisse et l'égare.

Couteaux

Hôtel Atarazanas, face au marché couvert, où j'ai déposé des couteaux au mois de novembre faute de pouvoir les passer dans l'avion en cabine. La réceptionniste que je n'ai jamais vue, avant même que je formule ma demande, rit de plaisir, ouvre un placard, tire l'enveloppe sur laquelle j'ai écrit mon nom il y a six mois et me tend mes couteaux en se félicitant d'avoir pu me rendre service.