samedi 10 mai 2014

Ronda 3

Départ de la course dans la catégorie duathlon sur l'anneau de vitesse du stade de Ronda. Les officiels, tous légionnaires, parmi lesquels de nombreuses femmes, vont devant. Viennent ensuite 800 cyclistes. Il est 10h00, il fait déjà 24 degrés. La population est amassée dans les rues. Nous formons le cortège pour un départ neutralisé, ce qui signifie que les trois premiers kilomètres ne font pas partie des 101 km que compte la compétition: ils permettent aux habitants de profiter du spectacle. Une demi-heure plus tard retentit un coup de feu, la cohorte quitte la route et s'engage sur un chemin. Grosse levée de poussière, terrain de cailloux et de sable rouge, passage entre des fincas, assaut de la première colline. Au trentième kilomètre, toujours vaillant, je m'inquiète : les 2900 mètres de dénivelé positif annoncés se trouvent-ils tous sur la deuxième moitié du parcours? Dans ce cas les montées seront vertigineuses. Frère crève un pneu. Je découvre un bombe d'air sous pression dans la sacoche qui accompagnait mon vélo le jour de son achat; nous voilà repartis. Au 70ème kilomètre, premiers abandons. Près d'un poste de ravitaillement, appuyé contre un citerne d'eau où les coureurs remplissent leurs bidons, une femme pleure. L'infirmerie évacue un blessé. Les Légionnaires distribuent des quarts de pommes, des morceaux de banane, des oranges, des gels. Le soleil tape. Nous repartons contre la pente. Descente d'un lit de torrent, sur les pierres, en direction du Cuartel de La indiana. Frère crie. Je pile sur les freins. Une guêpe l'a piqué. Il est allergique, la lèvre gonfle. Il renverse le contenu de son sac au sol, avale un anti-inflammatoire, la lèvre a doublé d'épaisseur. Nous repartons. Les militaires de l'hôpital du Cuartel lui font trois piqûres, fesse, bras, bras et le gardent vingt minutes en observation. Nous roulons sur la zone de transition. Il va être six heures. Nous accrochons les vélos, retirons nos cuissards. Je garde les mêmes chaussures mais passe un autre T-shirt et serre un bandana sec sur le front. La chaleur est à son comble. 34 degrés. Nous courons les premiers kilomètres du demi-marathon sur une route de village. Bientôt nous sommes de retour dans la nature, sur les sentiers, et je fais signe à Frère qu'il tient un rythme trop élevé. Première montée à la course et pour le première fois, j'ai un doute: vais-je tenir? Frère part devant, j'alterne la course et la marche. Mon bidon est vide. Prochain ravitaillement à 5 kilomètres. Beaucoup trop. D'après les calculs, nous venons de dépasser les 85 kilomètres. Pas de douleurs, mais une fatigue générale. Les abandons se multiplient. Dans les montées, les concurrents inscrits en catégorie VTT poussent leurs vélos. A chaque poste, les légionnaires crient des encouragements. Nous sommes moins nombreux à répondre, mais l'humeur est bonne, la courtoisie des participants épatante. A la moindre chute, chacun se précipite pour aider. Au crépuscule, la température baisse enfin de quelques degrés. Dans le fond de la vallée résonnent les sirènes des ambulances. Les sentiers filent dans les sous-bois, traversent des pâtures, escaladent le roc. Un cycliste bascule dans un ravin, on le relève. Je pers la conscience de l'environnement et me concentre sur la mécanique du corps, mettre un pied devant l'autre. Je ne cours plus dans les montées, je vais à marche forcée. Dans les descentes, petit pas, le buste devant.. Le demi-marathon s'achève en haut d'une colline. Dessous, le Cuartel d'où nous sommes partis il y trois heures. Nos vélos nous attendent. J'ai dû brusquement devenir livide car une femme se précipite.
- Vous avez besoin d'aide, nous avons des barres au chocolat ?
Je la remercie et je refuse - j'ai tort. De fait, je dois manquer de sucre. Dernière pente, à la course, jusqu'au vélo. Fatigue harassante. Chaque geste me coûte. Dès que je suis en selle, je vois ce qui m'attend: une montée à fort pourcentage, d'abord sur la route qu'empruntent camions et chars, puis à travers le mont. Au dernier ravitaillement, un quart d'heure plus tard, la sentinelle crie:
- Vous y êtes, il n'y a plus que de la descente jusqu'à Ronda!
Juste après commence l'enfer. Un chemin empierré appuyé sur le ciel. Il mène au pied d'une falaise rouge contre lesquels brillent les derniers feux du soleil, la falaise qui soutient Ronda. Plus un cycliste en selle. Un tour de pédalier me fait avancer de trois pierres. D'ailleurs ce n'est pas une pente, mais une verticale. Et l'abîme avale les cyclistes qui chutent. Tous marchent, bras allongés sur les guidons, la langue pendante. Mon voisin parle seul. "Je vais y arriver", "Bientôt je serai chez moi, dans mon salon...". Et ce souffle que j'entends, ces ahanements, ce sont les miens. Quand j'atteins le pied de la falaise, je n'ai plus de corps, je ne suis que fatigue, que brûlure. Je continue de pédaler, mais n'ai plus aucune forme : voûté, tremblant, à la fois tendu et mou, priant pour que cela s'arrête. Entre temps la nuit est tombée. Un réverbère apparaît. Il annonce les faubourgs de la ville. Je vois des familles groupées devant des maisons. Un paysan me pousse sur quelques mètres.
- Laisser aller! Je vous aide! Bravo! Vous êtes des champions! Vous êtes tous des champions!
L'énergie qu'il me donne me permet de poursuivre l'effort sur quelques mètres. En fait il reste deux kilomètres, sur route, puis sur la rue, et enfin sur cette avenue qui mène à la cathédrale où les badauds crient et félicitent. Je rejoins Frère et nous passons la ligne d'arrivée ensemble, les bras jetés sur les épaules. Le photographe rate son cliché. Sorti des barrières qui nous canalisent vers la place de taureaux, je me laisse tomber sur un parterre d'herbe et dresse les jambes contre un arbre. D'autres coureurs atteindront la ligne d'arrivée toute la nuit et jusqu'à 11h00 le lendemain matin, heure limite avant disqualification. Nous sommes environ 400ème sur 700 duathlètes, les autres ont abandonné. Nous avons mis 10 heures.

jeudi 8 mai 2014

Ronda 2

Casas rurales Finca de Los Pastores. Propriété splendide sur une colline en direction d'Algeciras. Mais le portail est clos. Frère attend dans l'Audi de location, je sonne à l'interphone. Un kilomètre de chemin poussiéreux nous sépare d'un second portail à partir duquel commence l'ascension de la colline. Pas de réponse. Un panneau planté dans le pré indique que nous sommes au bon endroit. Je compose le numéro de téléphone qui apparaît sur le panneau. Une voix.
- Ce n'est pas le bon numéro. Prenez un stylo, je vous le dicte.
Je raccroche et compose le nouveau numéro: un standard indique qu'il y a erreur. Alentour, terre sèche, soleil, silence. Et Finca inaccessible. Cela le jour où sept mil sportifs convergent sur Ronda et se pressent dans les hôtels. Au bout d'un moment apparaît une voiture au niveau du second portail. Lorsqu'elle arrive à notre hauteur, le conducteur baisse sa vitre.
- Il vous faut un passe pour entrer, aller le chercher à la réception.
Un client venu pour la course. Il rejoint Ronda où les Légionnaires organisent un repas de pâtes. A la réception, la gérante s'excuse:
- L'électricité à lâché.
Et nous propose une chambre avec lit double.
- Nous sommes frères, pas amants. De plus, nous avons précisé qu'il nous fallait une chambre avec deux lits.
En fin de compte, nous obtenons dans une maison détachée un appartement complet avec salon, cuisine, chambre à coucher et second lit. Son nom: Cosaco. Nous tirons les vélos des sacs de transport, vérifions les freins, les pneus, les dérailleurs. Frère n'a pas fait réviser le sien, qui date de plus de quinze ans, j'ai acheté le mien il y a quelques jours et  ne l'ai encore jamais monté. Après le repas de pâtes à Ronda sous des tentes militaires à l'aplomb des falaises, nous éteignons et dormons. Il n'est pas dix heures. Rêve étrange, destiné à préparer le corps. Et qui semble durer toute la nuit. N. à qui pense rarement, que je n'ai pas vu trois fois en dix ans, m'apparaît comme la femme que j'ai toujours désiré. Elle m'accompagne à travers la ville. Quand je l'attaque au Krav Maga, elle se défend avec précision: elle connaît son art. Quand je lui parle littérature, elle répond avec talent. Enfin elle m'embrasse et après avoir mis en évidence ce que mon existence eut été si j'avais compris que nous étions faits l'un pour l'autre, me dit d'aller seul et sans regret. Un sentiment positif qui me tiendra une partie de la journée.

Ronda

Retour à Malaga avec frère. Même hôtel sur le port, même restaurant italien que la veille du demi-marathon. Et beaucoup de prudence. L'an dernier à Sion, à la veille de la Cyclosportive, nous avons bu des litres de bière et mangé des sardines. Le lendemain, dans le vignoble, gravissant les côtes à vélo par trente-cinq degrés, je me maudissais. Cette-fois, j'essaie de faire juste: boire peu, manger des bananes et des pâtes, éviter le café, dormir. Le matin, nous faisons imprimer nos noms sur nos T-shirt de course puis roulons en direction de Ronda. En fin de journée, récupération des dossards auprès des Légionnaires. Partout dans la ville, des hommes poussent des vélos, vont en groupe, transportent du matériel. Cette course des 101 km de la Légion étrangère, l'une des plus cotées d'Espagne, est convoitée: vingt-cinq mil inscrits, sept mil acceptés. Dans un premier temps, nous avons été refusé. Frère a appelé, déclaré que nous avions déjà les billets d'avion, la réservation d'hôtel et la voiture.

mercredi 7 mai 2014

Porte

Avec le recul je puis dire que mon obsession est confirmée pour cet objet extraordinaire qu'est une porte.

Travail

Dans le train bondé qui ramène les pendulaires d'une ville à l'autre, deux anglaises utilisent pour désigner les voyageurs une formule brutale : "working trafic".

Jugement de soi

Les deux livres dans son œuvre qu'Henry Miller aimait le plus, Le sourire au pied de l'échelle et Le colosse de Maroussi, sont pour l'une insipide, pour l'autre dithyrambique.

Vie

Les sociétés d'individus orientées dans le temps par un pouvoir contiennent toujours leur lot de malheurs. Il n'y a que les agencements circonstanciels de personnes unis par la bonne volonté pour faire apparaître la vie.

Cornes

Ces pages de livres que je corne; quelque jours seulement après la lecture, je ne sais parfois plus trouver dans le texte ce qu'elles devaient me rappeler!

Energie

Si la quantité d'énergie dans le monde est constante, cette vie à l'économie qu'impose notre modèle social explique la fomentation continue, à titre compensatoire, de guerres au Sud et  d'exutoires au Nord: football, fêtes, jeux...

Aplo

Ma mère: j'ai réfléchi à la venue d'Aplo à Fribourg. Je l'ai fait après une longue conversation avec Olofso. Eh bien oui, il faut qu'il vienne et qu'il passe sa prochaine année scolaire loin de Genève. Ce n'est pas tant, m'a dit Aplo, sa mère qui lui manquera que sa sœur, mais ce que je voulais te dire, c'est que ce gamin à besoin d'un principe masculin, d'un homme à ses côtés.

Gala

Combat avec Gala. Menaces, cris, territoire. Elle menace de partir. Je lui dis de partir, elle fait sa valise et reste, occupe une autre chambre. Ainsi, nous sommes proches et séparés. Image de la situation de fin de course. Impossible de rejoindre l'autre, aussi proche soit-il.

Belle de jour

Dans le film d'Oliveira, Belle toujours, Michel Piccoli, épais et lent mais digne, rétorquant à Bulle Ogier qui, faisant dans son grand âge amende honorable de ses perversités sexuelles, annonce qu'elle va enfermer son âme dans le seul lieu convenable, un couvent:
- Moi j'ai mon couvent intérieur, l'alcool.

Manufacture

Si les grands peintres des désastres imminents, les Otto Dix, les Grosz ou pour l'équilibre précaire Schwitters architecte bâtissant le Merzbau, témoignent de la prescience des esprits bien explorés face à l'histoire, que dire aujourd'hui de ces installateurs ou accumulateurs d'objets manufacturés? Sont-ils complices? Annoncent-ils l'avenir par défaut? Ou, comme leurs prédécesseurs, sont-ils clairvoyants? Et alors, pas de désastre, un avenir.

Toldo

Ces gens dont on est sans nouvelles, des amis. Aujourd'hui Toldo. Depuis 1986 j'ai échangé plus de deux cent lettres avec lui. Il est venu en Suisse, je suis allé au Mexique, nous avons voyager en France en famille, à Paris, à Saint-Etienne puis dans le Sud-ouest. Ce n'est pas tant la poursuite de l'amitié quant à a ses promesses qu'un pan complet de la mémoire partagée qui s'effondre. Propre à dramatiser; le mieux est de croire qu'il s'agit d'un retard ou d'une accroche, mais tout de même: deux courriers sans réponse.

Progrès

Des voitures que l'on ne peut pas pas garer, pas conduire, pas pousser à bonne vitesse; des cigarettes que l'on ne peut pas fumer; des alcools interdits à la consommation; des maisons que l'on achète  mais que l'on ne possède pas; des opinions que l'on ne peut pas proférer, des mots interdits; des choses que l'on ne peut porter sur soi; des outils que l'on ne peut utiliser certains jours, des fêtes que l'on ne peut célébrer que le week-end; des rues que l'on ne peut emprunter que dans un sens; des campagnes réservées; des enfants à qui l'on ne peut donner la fessée...

Extraordinaire

Fera-t-on quelque chose d'extraordinaire? Quand?

Mémoire de Paris

Le matin, encore au lit, M. annotait les équations qui lui étaient venues pendant la nuit. J'étais à son côté, couché à même le sol, fatigué de mes promenades dans Paris. L'appartement d'une pièce donnait sur la rue de la Butte aux Cailles. Un lavabo monté bas dans une armoire servait de receveur de douche. Les yeux au plafond, M. réfléchissait à haute voix.
- Vois-tu, je me suis demandé ce que je voudrais faire. Acheter une maison? Bah! D'ailleurs, je n'ai pas de famille à y mettre. Voyager? Non. Je n'ai plus le goût des longs déplacements. Il y a mon amie, je l'aime, ou je crois que je l'aime, et cette thèse sur Hegel, mais bon... Non, vraiment, je ne vois pas.
Le surlendemain, il mourrait dans une avalanche.

Vaisselle

A Torrevieja, je demande à Aplo de desservir la table du repas et de placer les couverts dans la machine à laver la vaisselle. Quand je constate qu'il a placé couteaux et fourchettes la tête en haut dans les casiers sans les avoir rincer, je l'appelle, les fait ressortir et j'explique la façon de les disposer. Le lendemain, comme je m'affaire dans la cuisine, j'entends Aplo sur la même ton qui fut le mien expliquer à son cousin, plus petit, que les têtes vont en bas, qu'il faut rincer et distribuer les couverts dans les casiers.

Contradiction

Avec le même degré d'adhésion de l'esprit je puis penser tout m'intéresse et rien ne m'intéresse.

Beauté 2

La production de laideur, justifiée par les nécessités de tout ordre, au premier rang économiques et sociales. Engloutissement du naturel. Perversion des comportements. Hommes-machines. Agressivité. Et à la moindre contestation, les tenants des nécessités s'insurgent: il n'y a pas moyen de faire autrement! Certains sont d'ailleurs de bonne foi, preuve qu'ils ont déjà du côté du diabolique. Rien de religieux dans ce que j'avance: la cupidité érigée en loi ou l'ambition portée à une certaine incandescence suffisent à vous transformer en un thuriféraire du laid. D'ailleurs, s'agissant de religion et donc d'amour, "il s'est sacrifié pour racheter le monde", "il sauvera celui qui se donnera à lui", je veux bien, je n'en ai pas l'expérience, mais si le croyant rétablit la lumière pour lui et pour son entourage, il est impuissant lorsqu'il s'agit d'empêcher la destruction de la beauté. La beauté: leçon simple, immédiate, qui rabat l'homme sur un centre.

Sortir

Cauchemar torturant dont je me tire par une décision:
- Suffit, je dois me réveiller!
Et en effet, je me réveille. Ma chambre est envahie de milliers d'insectes qui attaquent des papillons. Je répète la manoeuvre:
- Réveille-toi!

Beauté

Le monde est beau. Manipulé au nom d'impératifs dont les tenants et aboutissants échappent il devient laid. Phénomène qui n'est pas neuf mais subit depuis une vingtaine d'années une formidable accélération. Or la laideur n'est pas un simple empêchement de participer à la beauté du monde, c'est une confiscation des ressources de l'être. Dans le laid, l'homme n'a plus accès à soi.

Fuite

Documentaire sur l'Irak. Familles de Kirkouk, Falloujah, Bagdad.
- Ici, tout le monde veut partir. Il n'y a pas un jeune qui ne veuille aller en Europe ou aux Etats-unis.

Ascenseurs

Une partie de la journée à l'hôpital cantonal occupé à installer des cadres d'affichage dans les ascenseurs. Les malades sourient, plaisantent, engagent la conversation. Le personnel est plus réservé. Ascenseurs à cage métallique et surchauffés. Regroupés dans deux ailes du bâtiment, six d'un côté, trois de l'autre. Ils vont et viennent. Une fois les cadres installés, notre travail consistera à changer les affiches deux fois par mois. En théorie, l'affaire de quelques minutes. Or je constate que nous nous trouvons face à une situation inédite. Lorsque nous commandons un ascenseur, il n'y a qu'une chance sur six pour que nous obtenions celui que nous avons commandé. En effet, la machine comprend que vous voulez monter ou descendre, mais ne peut comprendre que vous vouliez emprunter un ascenseur plutôt qu'un autre. Autre particularité, dont je fais remarque à mon collègue:
- Sais-tu ce qu'il y a dans tous les ascenseurs sauf dans ceux d'un hôpital? Des miroirs.

mardi 6 mai 2014

Avenir

"Les enfants, c'est l'avenir" est une drôle de formule. Il semble qu'on pense à l'adulte tel qu'il pourrait être plutôt qu'à l'adulte tel qu'il est. L'espoir est fondé sur la venue d'un avenir qui délivrerait du présent. Mais si nous avons, nous autres adultes, l'image d'un pareil avenir, pourquoi ne pas le mettre en œuvre? Pourquoi ne pas agir comme des enfants et l'incarner dès aujourd'hui?

Autorité

Aux enfant j'explique qu'ils ne doivent jamais obéir à un ordre parce qu'il émane d'un autorité. Pour avoir obéit à l'équipage qui leur intimait d'attendre les secours dans le cabines du ferry en voie de chavirer deux cent soixante enfants sud-coréens ont péri noyés hier.

lundi 5 mai 2014

Rentrer

Installé dans le bureau. Il pleut. De la maison, sensation agréable. Il y a moins d'espace. Le rideau que forme la pluie resserre la ville, l'enferme. Hélas, il me faut sortir. Pour la première fois depuis des années je renonce au vélo. Ayant négligé d'installé des pare-boues j'aurais vite le fond du pantalon détrempé. Je prends un parapluie. Je marche. Je voudrais rentrer. Je n'attends rien de cette scène qu'offre la ville. Tout se passe dans le halo réduit que la lampe projette sur la table de travail.

Anormal

Gala dit:
- Tu es fou!
C'est habituel.
- Tes amis pensent que tu es fou!
Habituel.
Quant à savoir ce qu'elle pense, je l'ignore.
- Tu es fou, répète-elle.
Désormais ces déclarations me laissent indifférent. Jusque là, tout est normal. Mais tout-à-l'heure, comme j'étais installé en compagnie de camarades de sport dans un fast-food turc, une sorte de salle de bains éclairée au néon dans laquelle tourne un pain de kebab, l'un d'entre eux, réagissant à l'un de mes propos qui n'était pas une provocation mais une opinion à contre-courant, dit:
- Tu es un psychopathe!
Il est jeune, agréable, je l'apprécie, je crois que c'est mutuel.
"Comment se fait-il que la situation devienne jour après jour aussi normale?", pensé-je alors à part moi.
Car à la différence de Gala et de ces jeunes, ce que je trouve fou, inquiétant, mortifère, est l'adaptation naïve des uns et des autres à une situation qui n'a rien de normale.