jeudi 24 avril 2014

Epicière

- Il y a vingt-huit ans, me confirme l'épicière, que je suis à ce coin de rue, nous ne vendons plus rien. Heureusement que les clients connaissent mes légumes, les patates tenez, je les fais dans mon jardin, elles n'ont pas ce goût comme dans les supermarchés. Nous sommes allés manger dans l'arrière-boutique de la librairie russe, il y a un restaurant caché là, eh bien ma fille a eu un menu de riz et de poisson pour 2,50 Euros.
Et sans transition:
- Moi, pour ce qui est de mon mari, vous savez, il est tellement jaloux, je le garde que pour ma fille.

Génie de la langue

Chez l'épicière. Elle n'a pas de change sur un billet de 20 Euros. Me laisse seul. Revient bredouille. Ni le voisin, ni la boutique d'habits n'a de change.
- Prenez tout, vous reviendrez payer demain.
- Non, non, je vais vous envoyer les enfants.
Entre alors une vielle dame, une habituée. Elle regarde mon billet de 20 Euros comme si je tenais un lingot d'or dans la main, et paie ses tomates avec du menu fretin.
- Vous comprenez, j'étais à l'église
- Ah, c'et bien ça, il faut sortir.
- Oui, oui.
- Et qu'est-ce que vous êtes venus faire?
- He venido a estar un poco (je suis venu pour être là un peu).

Creuser

Sur la petite plage des Baneras le père qui fait un trou dans le sable avec une pelle de plastique.
- Jusqu'où veux tu que je creuse?
- Jusqu'au fond, dit sa fille.

mercredi 23 avril 2014

Coifeuse russe

Ma coiffeuse que je prenais pour une Andine est une Russe. Fille sans beauté mais d'une exceptionnelle douceur. Même impassible, elle semble sourire.
- Oh la la, que vous êtes-il arrivé?
- Une chute.
Nous parlons des enfants.
- Je viens ici chaque année à Pâques et s'ils pouvaient faire quelques progrès, cela me ferait plaisir. Quand je pense que je leur donne des leçons depuis qu'ils ont quatre ans!
Je parle de l'Espagnol.
- Moi je ne leur enseigne pas la religion.

mardi 22 avril 2014

Dignité

Au supermarché, ce couple planté devant le frigidaire aux produits laitiers. Lui le cheveu gras, une veste de costume trop grande, les épaules constellée de pellicules, le regard morne, campé dans des mocassins sortis de poubelle; sa femme, vêtue d'une robe élimée qui fut élégante, accrochée au bras de son homme. Ils regardent fixement deux produits: un fromage et une barquette de beurre, soupèsent l'un, soupèsent l'autre. Ils ne peuvent acheter que l'un des deux. Quand on assiste à une telle scène, on sait parfaitement comment ces gens des sphères de la finance méritent d'être traités.