mardi 11 février 2014

Hélices

Avion à hélices de la compagnie Happy air au départ de Ranong. L'envol est prévu pour 13 heures. Il est midi moins cinq, un policier somnole devant le portique de sécurité. Il explique que l'aéroport va bientôt ouvrir, puis se rassied. D'autre voyageurs arrivent, deux femmes russes avec un bébé, un officier, un routard qui porte son passeport autour du cou. J'aperçois le pilote, un occidental. L'avion s'élance à grande vitesse et décolle en bout de piste au-dessus des méandres du fleuve. Vaste pans de mangrove, puis la mer, peut-être Chang où nous étions ces jours. Plus loin une vue spectaculaire sur les côtes de Surat Thani. A Bangkok, nouvel avion à hélices affrété par la Angkor Cambodian air. Mon siège est sous le moteur droite, l'hôtesse apporte un sandwich à la mayonnaise, américain, et un pain au chocolat, français; un résumé de la politique internationale du gouvernement cambodgien. A l'approche de Pnohm Pehn, premières vues étonnantes: vaste damier de champs terreux, ciel épais et chaud, véhicules qui soulèvent des traînées de poussière, hangars qui évoquent nos vieux bottins de téléphone et de l'eau, lente, vineuse, dans un système de canal complexe. Vient ensuite le passage de frontière. Militaires au corps de fourmi serrés dans des uniformes bruns. Les bottes sont cirées, les casquettes plates et plus larges que des assiettes de cérémonie. Les gradés ont le torse couverts de médailles. J'ai rempli trois formulaires dans l'avion. Les sept préposés qui tamponnent derrière le guichet me renvoient comme ils ont renvoyé les autres voyageurs. Le quatrième formulaire n'est disponible qu'ici, nous ne pouvions donc le remplir avant. Un chinois en chaise roulante hurle. Les militaires le fixent. Aucune expression sur le visage. Puis ils continuent de tamponner. Le chinois hurle. Même réaction mécanique puis il continuent de tamponner. Je sors ma plume, remplis le formulaire de Gala, attaque le mien en soupirant. Un gradé passe la tête sous mon bras.
- I do it for you, 5 dollars.
Une fois libéré, la chasse au taxi. J'ai deux millions de Rials sur moi. Un million dans chaque poche.
- Vous payez en dollars, me dit le chauffeur.

Nayan Hill

Sur la port de Ranong, une fois que tous les taxis sont partis, nous commençons à négocier les prix. Il est vrai que nous ne savons pas où nous allons. A en juger par les photographies, l'adresse est dans la montagne. Une bière à la main, l'air indifférent, nous attendons. Enfin une voiture nous embarque. Dix francs. Nous contournons la ville, traversons les faubourgs. Bientôt, une épaisse végétation envahit la route. Le chauffeur conduit la tête à l'extérieur. Avec le génie habituel des thaïlandais, mais aussi le calme, il désigne une baraque sans enseigne. Elle paraît inhabitée. Je paie. A l'instant où le taxi fait demi-tour, un jeune surgit.
- Mr Alexander?
Il jette les bagages sur le pont d'une jeep, nous fait monter, démarre. Il n'aura pas à passer la vitesse. L'hôtel est là, derrière de grands arbres, au-dessus d'une cascade, à quelques mètres. Je rouvre la portière que je viens de claquer. Endroit étrange et superbe, niché dans le creux d'une source. Le jeune homme court: il ouvre un bungalow énorme, apporte du thé, met l'électricité, apporte une stéréo, fait tourner un disque américain, appelle son amie. Je demande s'il y a de la bière. Il monte un escalier, disparaît par une porte basse qui donne sur la jungle, apporte des bouteilles. Et pendant ce temps, la fille me montre les clichés qu'elle a pris au Cowboy festival. Thaïs coiffés de chapeaux qui simulent des entrées en ville, avec chevaux, armes et guitares, villages de far-ouest reconstitués.
- Dans la vallée, dit la fille, nous irons ce soir si vous voulez!
Elle me montre un homme au teint mat qui porte des rouflaquettes. Lemmy en desperado.
- Mon oncle.
Puis elle s'inquiète de savoir ce que nous allons manger. Pas de carte, précise-t-elle, nous avons tout.
- Curry jaune?
Elle note.
- Pastèque...?
- Et... une soupe? Du riz? Blanc le riz ou frit?
Nous voici installés au bout d'une table de douze couverts sculptés dans un bois lourd. Les poissons nagent dans la cascade et chaque fois que je commande une bière, le jeune homme enfourche sa moto et va au stock.