samedi 10 août 2013

Chanteur hard

Chanteur hard: depuis que j'ai arrêté de boire, tout est plus réel.

Le poète

Le poète Désagulier, qui revient de ses expériences aéronautiques au Sénégal, m'envoie des clichés de gravures rupestres prises dans la vallée de Fontanalba et m'explique comment le rejoindre dans les montagnes en passant clandestinement par l'Italie.

Territoires

Un jour nos enfants nous demanderont pourquoi nous n'avons pas fui vers les territoires vierges lorsqu'ils existaient encore.
- Mais parce qu'on pouvait encore vivre ici.

Changer

Qu'un homme au bout d'une certain nombre d'années ait envie de changer de femme, rien de plus normal. J'ai plusieurs fois entendu dire cela. Ce que j'en pense? Je me le demande. Eh bien, je n'ai jamais eu envie de changer de femme. Peut-être est-ce lié au fait que tout change sans cesse, autour et en moi?

Eviter

Eviter que nos convictions, bien que battues en brèche, ne se muent en hostilité. Mais comment?

vendredi 9 août 2013

Intérêt supérieur

Difficile de trouver un intérêt supérieur. Quand le besoin taraude, on trouve. Si on ne le trouve pas, on le crée. Si on ne peut le créer, on se suicide. Mais qu'on le trouve ou qu'on le crée, peu importe. S'il exhausse la vie, il est vrai. Et si l'art ne suffisait pas, si les milliers de prières ainsi adressées allaient augmenter l'anxiété et relancer le besoin d'une intérêt supérieur auquel se consacrer corps et âme?

Visages.

Escrime, visages nobles. Football, visages populaires. Boxe, visages voyous. Haltérophilie, visages brutes.

Zone

Dans la zone piétonne, la vitesse maximale autorisée était de 100 km/h.

St-Gingolph

Port de St-Gingolph. Un gamin crie à ses camarades qui nagent dans le Léman:
- Il ne va pas pleuvoir avant 17h30!

Stiegler

La réalité sociale agit comme un révélateur sur les notions de court-circuit et de circuit long (désaffection de l'individu par les effets du marketing contre transmission de l'expérience et des connaissances) inventées par Bernard Stiegler et témoigne de son acuité intellectuelle.

Cinq jours

Cinq jours que je tente sans succès de faire savoir au propriétaire d'une cabane bâtie sur un terrain au sud d'Avila, au pied de la Sierra de Gredos, que je m'intéresse à son avis de vente. Les Espagnols sont formidables. Ils passent leur temps à répéter, c'est la crise, et sont sourds aux appels. Ils vivent d'espoir. Et, nul doute: l'espoir fait vivre.

Projets

Gala a des projets. Elle les dit et ne les a plus. Et ainsi depuis treize ans. Pas un qui n'ait vu le jour. En est-elle gênée? Aucunement. Quand un ami vous demande ce qu'il est advenu de tel projet autrefois formulé, je réfléchis, me figure ce que c'était et affiche un grand sourire.

Aplo

Aplo fêtait hier ses quatorze ans. J'en suis tout impressionné. Et inquiet. Il ne peut voir la médiocre qualité des chemins qui s'offrent à lui et, comme il se doit, refusera d'entendre ce que je peux lui en dire. Les séduction factices, destinées à fourvoyer les naïfs sont plus nombreuses que jamais. Que le caractère se trempe contre l'avis des parents, c'est chose reçue, et je m'en veux de ce sentiment qui s'apparente à un manque de confiance, mais c'est que, typiquement, je mesure la figure des forces contraires. Il est ces jours avec Luv, leur mère et leur grand-mère maternelle à Béziers et le savoir parmi des personnes aimantes mais désarçonnées et dupes aggrave mon inquiétude.

Envie

Envie de m'occuper d'animaux de ferme puis de m'asseoir dans un fauteuil, à l'air libre, pour regarder la journée finir.

Supports

De ce que nous enregistrons sur les supports numériques, rien ne subsistera. Pourra-t-on jamais se représenter, à l'avenir, notre époque de folle production?

Orage

L'orage menace lorsque nous enfourchons les vélos pour nous rendre à l'Augustiner Keller. Au passage, les fenêtres de l'Université éclatent. Le verre se brise sur la chaussée. Les piétons courent, les parapluies flambent. Des gouttes s'écrasent sur nos épaules. Au Biergarten, nous rejoignons des buveurs serrés sous un parasol. D'autres, ivres ou fatalistes, boivent à découvert. Les serveurs, et certains clients, portent la culotte de cuir à bretelles et la chemise à carreaux rouges. Au menu de la bière, avec cette mise en garde: nous ne servons en verre d'un demi-litre que de 9h00 à 17h00. En effet, tout le monde boit son litre. Derrière moi, une adolescent à peine plus âgé qu'Aplo trinque avec son grand-père, à mon côté un viellard.
- Savez-vous son âge? Il a 85 ans.
Nous buvons notre premier verre et la pluie se déchaîne. Gala veut visiter les salles. Elle me laisse sous le parasol. L'allemand parlé à Munich est difficile. Il est vrai que je ne fais pas grand effort.
- C'est votre femme? demande le vieillard.
- Oui.
- Comment?
- Oui, c'est ma femme.
Il réfléchit. Regard fixe, lent. Boit. Se penche vers son ami. L'ami plus jeune :
- Il a toujours eu des femmes qui avaient 40 ans de moins que lui.
Le vieillard approuve.
- Au minimum!
Puis l'orage redouble et nous gagnons les salles à boire. Dans la plus grande, quatre cent personnes et autant de chopes. Une famille installée dans un tonneau, des compagnons sur la scène, devant des fresques champêtres, dans les couloirs, les escaliers, les cuisines, les salles, partout un fracas étourdissant. Les serveuses en jupe verte et rouge courent. Elles portent quatre chopes dans chaque main. Gala empoigne un bretzel de la taille d'un volant de tracteur.

Englisher Garten

Englisher Garten à vélo. Parc agencé avec soin, mais sans excès. Un des plus vastes que j'aie vu au centre d'une ville européenne. Sentiment de sérénité. Aucun rapport avec ces tristes rues de l'ancien bloc de l'est, Budapest, Zagreb... Je me trompais. Ma première impression était due à la traversée d'une banlieue sans charme proche de la bretelle d'autoroute pour Dessau. Des oies par dizaines se dandinent aux abords du lac, plus loin des gosses jouent nus dans un ruisseau d'eau claire. Vers l'université, des étudiants sous les saules. Nous émergeons sur la place de l'Odéon. Au marché, éventaires magnifiques, monceaux de charcuterie, étalages de fruits, meules de fromage, et entre les marchands, des tables où boire et manger des bretzels. Ensuite, promenade dans les rues commerçantes. Ici comme ailleurs les enseignes planétaires ont colonisé. Je regarde les façades, les gens, mais comment éviter les Gap, Esprit, H&M, Zara? Dans la cathédrale, fortes colonnes le long de la nef, toit à des hauteurs vertigineuses, murs blancs, et dans les chapelles, des tableaux. Le tout sans grand effet. Ambiance peu spirituelle. En revanche, maçonnées contre la façade extérieure, les pierres tombales d'un ancien cimetière. Inscriptions en latin et gothique, sculptures de vanités. Nous mangeons de la saucisse devant le Dom. A la pause, les ouvriers descendent des échafaudages et commandent des canettes d'un litre. Parmi eux, un vietnamien. Il boit comme les autres. Gala est ravie
- Je ne voulais pas d'autre cadeau d'anniversaire.

Routes

Routes étroites, encombrées, semée de panneaux, coupées de chantiers. Cinq cent kilomètres par Saint-Gall, la frontière autrichienne, Bregenz et Memmingen. Je n'aime pas la voiture. Ni conduire. D'ailleurs, conduire, on ne peut pas. Acheter une voiture, y mettre de l'essence, acquitter des impôts, payer des amendes, des frais d'entretien, prendre une vignette (dans ce cas-là, deux), mais pas conduire, rouler. L'histoire littéraire, particulièrement américaine, fait place belle à la voiture. Le mythe a vécu. Dans son roman Comme le temps passe... publié en 1937, Brasillach raconte un voyage en voiture dans les alentours de Paris. Aucun lecteur naïf n'irait imaginer qu'il relate ce qu'il voit. Trente ans plus tard, les grandes traversées est-ouest des Beats. Une liberté exaltée, dont il y aurait beaucoup à dire. Il y a deux ans j'ai roulé dans l'Utah. Le cinéma hollywoodien est à vocation thérapeutique. Aux Etats-unis, l'automobiliste est aujourd'hui traité comme un handicapé. Ma seule expérience d'espace ( je ne dis pas liberté) à bord d'une voiture remonte à une visite de Cuba en 1990. Sur l'autoroute, je klaxonnais pour que se lèvent les pique-niqueurs installés sur la piste.
Au milieu de l'après-midi, nous atteignons Munich. Sans plan, difficile de trouver l'hôtel. Gala se penche à la fenêtre, parle aux piétons. Ce sont des touristes. Nous contournons le Musée des Beaux-arts, débouchons sur Leopoldstrasse. Sentiment d'avoir sous les yeux une ville de l'est. Coloration des trams, façades droites et claires, avenues dégagées, sans apparat. A l'hôtel la réceptionniste m'indique un parking en sous-sol. J'entends le mot "lift", n'y prête pas attention. Une fois la voiture acheminée en sous-sol, je vois ce que c'est: des rails de métal pentus fixés contre le mur. Il s'agit d'y faire monter la voiture, de bloquer le frein à main et de sauter à terre. Un système plus poussé consiste à superposer deux voitures. Dans ce cas, une fois la voiture en place, on appuie sur un bouton qui la fait remonter de sorte que le suivant puisse glisser la sienne en partie basse. Avec cette conséquence: voulant un jour récupérer ma voiture dans un parking que je louais à Genève, une autre voiture dont le frein n'était pas bloquée m'est passée sous le nez. Nous voici donc Gala et moi dans un parking souterrain de Schwabing. Je renonce. Voilà ce que je dis. Mieux vaut payer une amende en surface que risquer l'accident. J'essaie de reculer. Difficile. Je persévère. En un dizaine de manœuvres je tourne la voiture. Je gravis la rampe de sortie. Rideau de fer abaissé. Je croise un turc dans les souterrains. Il ne sait pas. A la réception, on me tend une carte magnétique.
- Vous avez trouvé une alternative?

jeudi 8 août 2013

Le prisonnier

Croisé le prisonnier au bas de l'immeuble. Soit qu'il ait changé de coupe de cheveux soit qu'il soit méconnaissable, je ne le reconnais pas. Il se dirige sur moi, j'écarquille les yeux :
- Zut. le prisonnier!
Jovial mais quelque peu suppliant, il prend ma main, la serre, l'agite.
- Quand boit-on un café?
- Vous m'aviez donné votre numéro de téléphone?
- Allons-y maintenant!
- Vous ne m'aviez pas donné votre numéro?
- Non.
- Je pars à Munich dans un quart d'heure.
- Comment faire?
- Eh bien, glisser votre numéro dans ma boîte à lettres, juste là.
Au retour de Munich, j'ouvre la boîte. Entre les publicités, du courrier. Je jette le tout.

Dialogue

Dialogue entre représentants de la Libre pensée quant aux rapports entre arianisme et islam. L'histoire des religions dénouerait bien des passions inutiles. Reste, le retour du religieux est une calamité. Malraux, qui à mon sens était plus calculateur que clairvoyant, a vu juste lorsqu'il prophétisait une siècle spirituel. Mais à quel forme d'esprit a-t-on affaire? Un enrôlement des égarés sous des bannières?

Banalité

Banalité considérable dont on s'étonne qu'elle puisse demeurer obscure au commun et soit niée par les intellectuels. Le capitalisme n'a qu'une visée, l'argent. Faute de poursuivre son programme au moyen de la guerre dans les ensembles démocratiques, il a judicieusement compris qu'il pouvait instrumentaliser au nom des Droits de l'homme une gauche en déshérence depuis la fin des blocs afin d'accélérer la destruction de la culture en ouvrant nos territoires à des population illettrées dont l'idéal est l'esclavage économique.

Je me demande

Je me demande si les obsessions du père, d'abord rejetées, rejetées parce que connues à l'envi, comme autant d'expressions assommantes du pouvoir, ne deviennent pas, à mi-course, je veux dire à l'âge mûr, une position reprise simplement parce que, une fois jaugé par réflexion tout ce qui est donné et dit, parmi les positions figées, ces obsessions  n'apparaissent pas plus absurdes que les autres et plus avant, au moment du choix, en raison d'une certaine  familiarité musicale, prennent le pas sur leurs concurrentes.

Coups

Cinéma et coups de poings. Dans les films des années 1980, un coup, la victime est à terre. Dans les films de 2013, cent coups, la victime se relève.

Comportements

Comportements et bruits au centre de la villes de Fribourg. Machines, hommes bêtes, femelles hystériques. Un spectacle écrit par un scénariste sans fantaisie ni intelligence.

Eden

Et dans cet éden, disponible et dont je vais disposer, vite j'espère, la nostalgie du revenir en ville, dans ce qui ne correspond pas et ne peut correspondre à aucun corps ni esprit.

S'il en a

S'il en a, l'homme n'est que circulation entre ses idées. De là qu'on ne puisse rien établir de clair à son sujet. Ce qui démontre assez l'arbitraire des idéologies. Mesures inhumaines.

Avec ça

Et avec ça, on ne fait jamais ce qu'on voudrait faire. La jeunesse elle-même a renoncé à cette formule.

Taureaux

Pensé à nouveau à ce champ de taureaux en Castille, dans les contreforts d'une colline aride, silencieuse, sans grâce, taureaux que j'aurais sous les yeux, dont je ne ferais rien mais qui m'enseigneraient ce que je suis, tête basse, sous le ciel, sans illusion mais non sans espoir. Gala dit que je suis fou, elle danse et lève les bras:
- Je ne veux rien entendre!

mercredi 7 août 2013

Propriétaire

A son habitude, il relevait des annonces de vente de maison qu'il n'avait ni les moyens ni la volonté d'acquérir. Il appelait le vendeur, s'intéressait au bien et obtenait qu'on lui envoyât renseignements et photographies. Il n'était pas vaniteux et n'en parlait pas à ses amis. Qu'on écoutât sa demande, qu'il puisse aiguiser son appétit, suffisait: ainsi avait-il l'impression d'être un peu propriétaire.

Chou

Assemblés sous le ciel les fidèles priaient un chou. La grande ferveur tenait à la dévotion de chacun mais elle était augmentée de la présence d'un Judas qui menaçait de s'emparer du chou pour en faire une salade.

Un peuple

Un peuple qui hausse à son rang un autre peuple qu'il a violé, pillé, dominé, ne peut le faire que par charité sauf à se damner.

Film

The place beyond the pines, film indépendant, présenté comme policier, pour lequel j'ai fait de l'affichage l'an dernier. Scénario flou aux rebondissements programmés, caractère maigres, effets conventionnels. Je dis à Gala:
- Le réalisateur sort d'une école de cinéma.
Produit typique dont l'équivalent serait le roman fabriqué en atelier d'écriture. Nous regardons jusqu'au bout. A la fin de la séance, drôle de sentiment. Comme si nous avions été floués. Comme si le contrat moral avait été unilatéralement rompu. Je cherche le nom du réalisateur sur internet. Derek Cianfrance, obtient un Bachelor of Fines Arts en réalisation à l'université du Colorado.

Effrayé

Effrayé à l'idée, mise en avant par Gala, qu'Aplo puisse ne pas comprendre pas que le langage pauvre, codé, ordurier, que revendiquent les immigrés et par contagion les adolescents, est entretenu afin de réduire ses possibilités sociales et de limiter son accès à la pleine existence.

Livres

Réunis à St-Légier pour la première fois depuis vingt ans après une rencontre de réconciliation à l'occasion d'une repas pris à Fribourg en octobre dernier, nous voici mon père, mon frère et moi au milieu d'amis proches, certains connus depuis l'adolescence. Quand j'arrive à la villa avec Aplo un groupe de personnes se tient dans la cuisine et pioche dans de belles assiettes des préparations salées et sucrées. Il pleut, les enfants sautent sur un trampoline au fond du jardin. Soudain mon père entreprend de raconter son achat d'une bibliothèque de 15'000 livres à Crans-Montana.
- Est-ce que ça pourrait être celle du père de ton ami, me demande-t-il?
J'en doute, celui-ci était champion de golf puis vendeur de cigares et que je me souvienne, jamais il ne m'a parlé littérature. Ayant donné cette réponse, je m'aperçois que la question ne la méritait pas car elle est arbitraire: simple hypothèse sur la foi du lieu. Et le voilà qui s'emploie à détailler le contenu de la bibliothèque. Le premier tiers, sans intérêt. Le second, des livres historiques que je pourrai revendre. Le reste, des romans, j'ai tout donné.
- Mais enfin, quelle sorte de littérature y avait-il dans ces rayonnages?
- Je n'en sais rien, là n'est pas la question.

Le blanc et le noir

Le blanc et le noir, soustraction et addition des couleurs, notés par Calaferte comme "inconnu spatial et souterrain".

Coups

Soudain quelqu'un frappe à la porte. Quelqu'un de grand, de lourd, une chose, une énorme chose frappe à la porte de l'univers et les coups résonnent dans la tête de chaque individu d'un bout à l'autre  de la terre, et chacun comprend.

Drones

Pour la première fois cette semaine les médias officiels rapportent des combats opposant des robots et des hommes. Dans la forme: des drones (sous-entendu américains) ont à nouveau abattu quatre personnes hier au Yemen.

mardi 6 août 2013

Idée

Idée répandue dans la population immigrée formée par nos universités: il n'y aurait d'histoire que du malheur et nous n'aurions à opposer que notre réussite laquelle est sans histoire.

Goûts

Jusque dans un âge avancé nous traînons des goûts adolescents qui se combinent aux goûts plus sûrs, mieux approfondis, de la maturité, provoquant une joyeuse distorsion de la personnalité sociale mais occupant tout aussi sûrement l'esprit à des frivolité qui retardent sa capacité de pénétration. Effet du siècle à placer en regard avec l'extraordinaire et déconcertante fluidité  des limites qui séparent, et de fait séparent de moins en moins, le monde de l'adulte de celui de l'enfant, avec le problème évident que cela implique: notions mal établies chez l'enfant, infantilisme de l'adulte.

Jamais

Jamais on ne dira assez  le désastre qu'a représenté l'invention du téléviseur.

Fribourg

Fribourg, rue du Criblet. Gala dort dans le salon. Mes tampons de cire que je chauffe entre mes doigts puis enfonce dans mes oreilles me coupent du monde. Nous sommes samedi, jour des agités. Au bout de quelques secondes j'entends des coups sourds. Je retire un tampon, cherche leur provenance, me penche vers la rue, côté couloir, côté mur. Plus rien. Je remets mon tampon. Voilà que ça recommence. Bruit sourd, régulier, qui s'apparente au toucher des balais sur la caisse claire. Ce bruit, c'est mon sang. Il cogne dans la tête.  Je me concentre sur le cœur. Le bruit et les palpitations vont au même rythme. Puis non, tout compte fait, il y a un léger décalage. Le cœur d'abord, l'oreille ensuite.

Fiduciaire

Mon fiduciaire, bonhomme petit qui parle voix basse, me dit: ne mourrez pas avant Noël, l'Etat français hériterait de 47% de vos parts d'entreprise.

Feu

G.D., le brocanteur pour qui je décapais autrefois des meubles à l'acide derrière le Café du peuple m'accueillait dans son chalet de montagne auquel nous entreprenions aussitôt de mettre le feu. Et quand les voisins, les pompiers, les secours tentaient d'éteindre, nous rallumions.

Documentaire

Documentaire sur de jeunes espagnoles désargentés qui servent de mules à des maffieux colombiens. Interceptés avec leurs paquets de drogues à l'aéroport de Bogota, ils croupissent en prison pour cinq, sept ou dix ans. Recrutés dans les bars, engagés pour un seul voyage. Faire confiance à un criminel est un pari fou. Autant avoir confiance en soi et se faire criminel. Et le plus dramatique, la somme qu'ils escomptaient gagner: 10'000 Euros!

L'étiquette

L'étiquette collée sur mon balai en plastique précise: balai en plastique. Et sur le bac de poudre à lessive, figure un "A quoi ça sert?" assorti d'un tableau des réponses.

lundi 5 août 2013

Ludwig Hohl

Ludwig Hohl dont j'ai apporté autrefois le volume de notes De la nature non-réconciliée à un éditeur de Paris qui un temps m'avait semblé honnête, m'apparaît a posteriori comme fortement influencé par Nietszche. Je ne saurai dire si cela le rabaisse. Mon impression  de lecteur est mitigée : une forte curiosité, un début d'enthousiasme, puis la perplexité. Car ces recherches portant sur la morale, la philosophie, l'esthétique, servies par un langage péremptoire et obscur, échappent souvent à l'entendement. En revanche, sans que je puisse l'expliquer, leur caractère protestant, et peut-être suisse, me plaît. Le style hiératique et sans concession évoque une période révolue où l'artiste attaquait les problèmes avec la fougue de l'artisan. De même faudrait-il ajouter que la fonction spéculative de ces notes, vraisemblablement à usage propre et sans égard pour l’œuvre, en font un exercice plein d'enseignements. Autant dire que l'éditeur, une femme qui  m'a fait cadeau en échange du formidable John Barleycorn de London, n'a pas dû en faire grand cas. Par ailleurs, personne dans mon entourage ne semble pouvoir me renseigner sur la cave genevoise où dit-on l'écrivain aurait vécu. A la fin des années 1980 je la situais rue David-Dufour, au pied d'un immeuble squatté où je dormais parfois lorsque je préparais mon entrée à l'université.

Tradition

Tradition du masque mortuaire. Existe-t-elle toujours? A lires les remarques que fait l'entourage sur son défunt se mêle à cette technique de fixation de l'autre une bizarre improvisation physiognomonique qui permettrait d'établir une sorte de portrait moral du disparu à partir  du visage qu'il offre au moment du trépas.

Un bon projet

Un bon projet serait d'apprendre le français. A intérêt égal, l'entraînement militaire et la retraite religieuse. Si on y ajoute le vélo, l'amour, la bière et le voyage, bref, ce qui fait la vie de chacun d'entre nous, il y a du pain sur la planche.

Conquête

Conquête, la fin des horaires. J'en avais peu, je n'en ai plus. N'ayant plus les enfants à charge les jours d'école depuis que j'ai quitté Lhôpital, je n'ai plus à consulter ma montre. En m'installant à Fribourg dans un studio qui a les dimensions d'une boîte à chaussures et parfois son odeur, j'ai brisé de supplémentaires liens de puissance, mais tout de même, combien il en faut pour s'extirper! Vivre  à la façon d'un animal parqué, au centre d'une ville riche, entre des murs.

La justice

La justice m'a toujours paru la plus dangereuse des institutions (et la police, mais quand on parle de troupeau on ne s'attarde pas aux piquets.)

Mon copain

Mon copain. Fatigué il établit un magasin et vend les articles qui lui ont permis de devenir ce qu'il fut: un combattant d'élite.

Jésus

Un homme devient Jésus. Par la pensée, la méditation, les paroles et les actes. La société le tue. L’Église ramène la paix parmi les hommes et recrée son efficace.

Sentiment

Brusque sentiment d'avoir "dépassé tout ça". Quant à savoir ce que ça veut dire.

La pluie

Quand la pluie s'arrête, c'est pire - les hommes sortent de sous la terre.

Content

Content d'avoir de l'argent mais écœuré. Que puisse s'effondrer le petit château confortablement matériel que j'ai érigé de mes mains depuis vingt ans, me procure un malin plaisir. J'en attend plus de liberté et sais qu'il n'en sera rien. D'ailleurs cela pourrait donner le départ d'une catastrophe générale. Quoiqu'il advienne, dans la société que nous avons, jamais je n'irai travailler au quotidien. Je le sais comme je le savais à l'âge de quinze ans. Certains préjugés orientent notre vie. Ce qui prouve que je ne suis pas tiré d'affaire. Romantique, excessif et raisonné, irréaliste, mal adapté, et convaincu d'assister, pour ce qui fait l'activité des hommes au jour le jour, à une comédie. Là n'est pas le sérieux. Et donc, je le cherche. Mais avec moins de force et surtout, moins d'espoir. Réapparaît alors le projet de la cabane. La cabane est un jeu pour l'enfant, un lieu pour l'adulte. Et un point de vue double: extérieur, intérieur.

dimanche 4 août 2013

Enfant

Enfant, lorsque j'avais soif, je ne buvais pas, j'attendais. Quel était le sens de la manœuvre? Je l'ignore. Une sorte d'expérience, ou de curiosité. Dans les situations typiques : nous marchons en famille, la réserve d'eau est épuisée, au bout d'une heure nous trouvons une fontaine.
- Alexandre, tu ne bois pas? Tu sais que nous avons encore du chemin à faire? Comme tu voudras!

Histoires

Raconter des histoires de viol, de poursuite, de meurtre, de meurtres en série; y a-t-il posture littéraire plus imbécile? Comme dans un atelier de sculpture, sur injonction d'un simplet, se détournant du modèle, tous les élèves se mettraient à sculpter le lavabo dans lequel ils se lavent chaque jour les mains. Et si ce travers qui consiste à manipuler un monde factice et infantilisé partagé entre bons et méchants était l'équivalent littéraire des bandes de couleurs que les peintres déposent au rouleau sur les toiles? Quand on songe aux processus de maturation de l'oeuvre, passionnant, révolutionnaire, d'un Malévitch ou d'une Mondrian...