samedi 20 juillet 2013

Un homme

Chaque fois qu'un homme ou un peuple s'impose une mission qui dépasse sa mesure, ses forces se haussent à un niveau insoupçonné.
Magellan, Stefan Zweig.

L'univers se transforme

Toutes les fois qu'une génération ferme et résolue se met au travail l'univers se transforme.
Magellan, Stefan Zweig.

Augure

Augure - Pendant les sombres siècles d'ignorance et d'abrutissement qui suivirent la chute de l'empire romain, le Moyen-âge a oublié tout ce que les Phéniciens, les Grecs, les Romains, savaient en cosmologie. Magellan, Stefan Zweig.

A quatre heures

A quatre heures, après avoir mangé  des patates, de la semoule, de la salade, des saucisses, des palourdes, bu du vin et du feu, je me suis endormi sous le soleil. Le pont du bateau était cloué de planches. Je me suis demandé de quoi était fait la coque, mais le sommeil m'a pris. Nous naviguions sur un lac minuscule près de Navalperral et je ne doutais pas que ce lieu fut celui que Dieu nomme le labyrinthe muré.

J'aimerais

J'aimerais que l'on pense à moi. Cela a-t-il un sens? Que l'on m'aime. J'ai de la chance, je suis aimé. Alors, la reconnaissance. Cette vérification de l'existence dans l'espace partagé. La disparition, la production d'une invisibilité qui nous soustrait du champ de vision, voilà qui est sain. Mais il faut être senti, apprécié, aimé de ceux que l'on aime. Le reste n'est que supercherie et points de plus-value qui ouvrent au mitan de l'esprit, pour qui garde le bon sens, des abîmes.

Personne ne lit

Personne ne lit plus. Cela change-t-il quelque chose à ma fois dans l'écriture? J'ai écrit parce que je me sentais seul, puis, étant seul, j'ai écrit. Si à l'avenir je suis forcé de penser et d'agir avec le groupe, j'écrirai pour m'en distinguer. Si l'on me marque pour me ramener au destin collectif, j'écrirai pour me situer. La foi est la seule limite que rencontre l'écriture. Un espace de jeu plus vaste que domine le silence. La plume tombe, l'effort continue par delà le corps et l'esprit propres. Les hommes qui font le théâtre quotidien s'en retournent; il n'est plus besoin d'aucun artifice de construction entre soi et soi-même. Dieu apparaît comme géographie unique, sans matière et sans limite, il n'y a plus de chemin; la mort n'est plus qu'un moment sans conséquence dans un état déjà commencé.

Gala

La coquetterie de Gala est une réjouissance.

vendredi 19 juillet 2013

Impression

Impression angoissante que nous sommes en attente. Buvant, discutant, assis en groupe, nous mirant les uns dans les autres, le sourire composé, en attente d'un lever de rideau qui ouvrira sur une scène où tout demeurera à l'identique, sans nous.

Colombes de Gimbrède

Je garde des colombes de Gimbrède excellent souvenir. Rien de précis, mais une musique, une présence. Longtemps je pensais qu'elles étaient de passage. Lorsque je compris qu'elles étaient attachées au village, aux quelques maisons qui composaient la bastide, elles me devinrent précieuses. J'appris à les distinguer de ces grosse colombes au vol pataud que le voisin nourrissait pour en faire repas. Les unes ne quittaient guère la tôle ondulée de leur abri, les autres décrivaient des cercles dans le ciel et se posaient au gré des heures sur le clocher, la place ou sur ma fenêtre. Dans leurs déplacements, elles sifflaient. A l'aube, leur chant tirait le village du sommeil.

Entendre pleurer

Entendre pleurer un petit enfant quand vient de s'écrouler son monde me fend le cœur.

Jeune homme

Jeune homme qui se retourne avec nonchalance vers une fille, et celle-ci, avec la même lenteur, comme s'il y avait cause mécanique, approche la main de sa jupe et la tire sur ses fesses.

jeudi 18 juillet 2013

La glorification

La glorification des délateurs est d'ores et déjà au programme.

Devenir le maître d'un animal

Devenir le maître d'un animal domestique. Que cherche-t-on à se prouver qui ne l'est déjà? Enfant, j'avais, comme ont les enfants, une affection enchantée pour le berger allemand que mes parents m'avaient donné. Puis un jour que j'étais en vacances en Suisse, de bon matin ma grand-mère décroche le téléphone. J'entends parler à mi-voix. Prononcé en français dans une conversation en bernois, le mot "mort". Ainsi distingué il atteint mon oreille de dormeur à cette époque déjà sensible au moindre bruit. Je me souviens d'avoir aussitôt pensé: papa est mort. Au petit-déjeuner, ma grand-mère ne dit rien. Je bois le café au lait, je mange le Gruyères, j'attends. Quand j'ai fini, elle  parle.
- Il est arrivé quelque chose à Ulysse.
Que je me souvienne cela ne m'a pas autrement affecté. Certes, j'ai regretté pour le chien que celui-ci soit mort en tant que chien, mais j'avais, et j'ai toujours dans l'idée, qu'il s'agit d'un règne différent, sans mesure commune, présenté comme tel du fait de l'empathie absurde de quelques hommes qui faute de trouver une réception humaine à leurs sentiments les déplacent dans une bête dont ils font une partie d'eux-mêmes.

La noblesse d'esprit

La noblesse d'esprit; ce que le siècle précédent à banni dans les faits et qui bientôt devait obliger le résistant à s'incarner dans la figure du héros, le XXI ème siècle  l'interdit au nom de l'égalitarisme et condamne les meilleurs à l'ignominie.

La constance

La constance, étrange qualité qui dénote l'obéissance, l'imbécillité ou le volontarisme. Dans le premier cas le fidèle s'accomplit en Dieu et s'épuise en tant que créature ou se sacrifie à une principe supérieur, en général politique. Dans le second la nature informe et pourvoit. Pour le volontariste, c'est un peu la théorie de la grâce protestante: faute d'y atteindre, on se détermine de façon arbitraire et on tient le cap.

mercredi 17 juillet 2013

Alexandertplatz

Alexandertplatz; nous étions tantôt au pied de l'Hôtel de ville de Berlin-est. Les fonctionnaires de l'Allemagne démocratique de Honecker croisent-ils dans la ville réunifiée leurs anciens administrés? Les arrestations, vexations, poursuites sont-elles pardonnées? Le sentiment de la liberté reconquise a d'abord dû favoriser l'oubli de la dette, mais ensuite, au moment de l'obligatoire et coûteuse installation dans le réel? Prétendre que les circonstances expliquent les comportements est une lâcheté. Elles ne les expliquent ni les ne les justifient. J'incline plutôt à croire que les caractères néfastes trouvent à s'exprimer lorsque les circonstances historiques leur fournissent un cadre légal. Or si les caractères sont pérennes, il y a dans la foule qui m'entoure des hommes et des femmes qui n'hésiteraient pas à se mettre dans l'instant au service d'une nouvelle entreprise. Caractères dormants qu'un meneur habile pourrait éveiller. Inquiétante alchimie qui plaide en faveur d'une histoire cyclique.

Alain Veinstein

D'après Etan, Alain Veinstein aurait dit à Peter Stamm qu'il comptait de radio parmi les quatre écrivains qu'il avait eu le plus de plaisir à recevoir dans son émission les Nuits magnétiques. J'aime Veinstein, sa justesse de ton, son talent critique, ses circonlocutions, j'achète Agnès de Peter Stamm. Petit roman, mal traduit, dont le seul mérite est de paraître raconter une histoire vraie. Absence de style, de profondeur, de recherche, texte sans poids. Ecriture en mode mineur qui agace. Naïveté de la phrase qui confine à la pose. Et si Veinstein avait voulu dire qu'il rêvait d'écrire un ainsi, lui chez qui une intelligence excessive condamne toute tentative romanesque?

lundi 15 juillet 2013

Parce qu'elle est orpheline

Parce qu'elle est orpheline l'Amérique a réussi ce tour de force de nous couper de notre héritage. Ce que je peine à comprendre c'est pour quoi les Juifs, peuple du Livre et de la transmission, a mis Hollywood au service de cette machine de guerre.

Plaisantes habitudes

Plaisantes habitudes du quartier de Prenzlauerberg; les habitants qui vivent autour du Wasserturm park descendent sur le trottoir fauteuils et livres, enfants et braseros, et pendant des heures discutent, mangent, somnolent. Le temps le permet - 35 degrés - et l'hiver sera rude. Ambiance bon enfant garantie  par une homogénéité sociale que je n'avais constatée nulle part en Europe, sauf quand elle n'existe par défaut, comme en Espagne, où, tout le monde, et avec joie, se ressemble. Dans le carré de terre où sont plantés les arbres municipaux, les voisins jardinent et l'on trouve pêle-mêle chardons, marguerites, fraises, fougères et tomates-cerises.

Repas indien

Repas indien sur une terrasse de la rue Kollwitz. Courtoisie jouée des serveurs qui en ce mois de juillet attirent le chaland, mais aussi trait de caractère de l'immigré qui insiste sur sa correction et ses bonnes mœurs afin d'échapper au statut servile auquel, de son point vue, le rabaisse le pays d'accueil.

Le couple

Le couple dont nous ne connaissons les visages que par les photographies qui décorent les murs de l'appartement a posé sur la table de la cuisine une bouteille de vin, des limonades, des fruits secs, des chips. Avant de partir pour Lhôpital, il a envoyé une page de conseils sur Berlin. A propos de Prenzlauerberg Paul écrit, cet ancien quartier de Berlin-est est aussi un peu notre histoire puisque Franka et moi sommes nés à l'est. Nous vivons ainsi dans deux appartements traversants que relie un escalier de bois. Au niveau supérieur, la chambre à coucher ouvre sur une terrasse qui supporte un arbre. De là, on domine des cours intérieures remplies de vélos. D'autres jardins sont aménagés sur les avant-toits. Les habitants sortent des chaises longues par les fenêtres et paressent dans l'ombre. Au milieu du quadrilatère que forme la réunion des quatre bâtiments un marronnier de trente mètres monte au ciel.

dimanche 14 juillet 2013

Les commentaires manquent

Les commentaires manquent, ou du moins je ne les connais pas, qui justifient le nom de peinture métaphysique attribué par la critique (a qui rien ne peut échapper) à l’œuvre de Giorgio de Chirico première façon et je le soupçonne d'avoir changer d'esthétique par simple provocation envers le  monde savant. Mais si le jeu pseudo-architectural des colonnades grecques, les statues célébrant le vide et les têtes brisées expliquent l'emploi imagé de l'épithète métaphysique il trouve pour moi son application idoine au moment de décrire l'ambiance qui fond sur les villages de la Manche espagnole après le repas de la mi-journée (vers 16h00), lorsque les mangeurs engourdis de sommeil se retirent, que le soleil brûle des rues aux perspectives élargies et qu'il suffit de battre le pavé sur un ou deux kilomètres pour aboutir au pied d'une colline que coiffe un moulin. Une image d'Epinal. Oui, mais aussi l'expérience d'étés anciens à Valdepenas, Soria, Mascaraque, Majadahonda ou Avila lorsque mû par une velléité spirituelle, sorte de mise en scène volontariste du corps solitaire, je me mettais en marche par quarante degrés, et quittai la ville, bientôt récompensé, comme ce fut le cas en 1987, par la rencontre d'un paria de la poésie, hélas quelque peu malmené des drogues, qui instinctivement prisait ces mêmes heures au talent marginal.

Au marché

Au marché aux puces de Mauerpark. Piques-niques assemblés sur une pelouse aux airs de terrain vague, désœuvrement festif. En 1970, près de Gdansk, les étals des marchands polonais offraient des objets de bois et de fer. Plus tard, au Rastro de Madrid, les gitans vendaient le fruit de leurs vols, cruches de terre blanche, licous, portillons rustiques. A Lisbonne l'an dernier, sur le dit Feira da ladra, des rues étaient ouvertes aux citadins frappés par la crise qui exposaient sur un bout de tissu. Mais le temps passe. Les générations qui possédaient des biens solides, transmissibles, sont enterrées et lorsqu'on déambule dans l'allée centrale du marché de Mauerpark, ce ne sont que babioles importées par des hippies des destinations chaudes où ils ont traîné savate pendant l'hiver: bracelets de Goa, batiks de Bali, patchs cousus main de Kathmandu, cuirs pakistanais.

Je ne saurais dire

Je ne saurais dire combien me réjouis sous la plume de Richard Millet ce mot de verticalité lorsqu'il fustige l'anti-humanisme galopant et son processus d'indifférenciation.

Etonnant

Etonnant quartier de Prenzlauerberg. Les vélos sont fleuris, les embrasures de portes peintes de couleurs vives. Les familles déjeunent à même le pavé et se bronzent à demi-nu dans les parcs. Les pères boivent de la bière au goulot en promenant leur poussette, les femmes sourient, s'habillent, se tiennent la main. Et cela dans une ambiance feutrée, pleine d'un bon sens et d'un sérieux mesurés.

En matinée

En matinée, femme qui ouvre fenêtre sur cours avant de se faire prendre par un amant à grand bruit. Puis elle sort la tête haute en saluant aimablement ses voisines.