mardi 4 juin 2013

Chambre sur la plaza mayor de Ségovie

Chambre sur la plaza mayor de Ségovie possédant son balcon en catelle et fer forgé. Aussitôt descendu de vélo, cent pompes, la douche puis la bière près de l'Aqueduc où la présence des touristes atténue la morosité des Espagnols. Frère fait réviser sa potence. Il lui en coûtera le prix d'un café en Suisse et encore, le mécanicien se justifie. Au moment de regagner l'hôtel, d'autres cyclistes, Munichois, venus de San Sebastian, qui pointent les défauts d'une France en perdition dont l'Allemand, une fois de plus, est le bouc-émissaire.

Jeu de pistes en ville

Jeu de pistes en ville où nous cherchons des chaussures de course haut de gamme ridicules et voyantes. Un magasin de sport de la périphérie en propose un paire destinée au Triathlon dont le garnissage fluorescent compte cinq couleurs et des motifs imprimés. Hélas la bonne taille manque. Commerçant, le vendeur envoie son cousin à moto à Ségovie. Le lendemain, nous sommes de retour. La taille correspond, pas le modèle. Le vendeur dépité nous regarde partir. Plus tard nous buvons de petites bières dans un bar où l'on nous offre calamars, salpicon de mariscos, tortilla, champignons à l'ail - un de ces endroits hors du temps où le calcul n'entre pas - puis poursuivons la recherche. En basse-ville, autre magasin de sport et autre attitude: les vendeurs sont incrédules. Nous essayons des chaussures, posons des questions, leur flegme indique qu'ils ne prennent plus les clients au sérieux, que d'ici quelques jours ou quelques heures, ils fermeront. Nous achetons les chaussures et des paires de sandales à prix bradés mais ils ne se départissent pas de cette attitude. Lorsque nous sortons, ils se tiennent debout derrière le comptoir, occupés à se convaincre qu'ils ont fait une vente.

Avilà sous la pluie.

Avilà sous la pluie. Rues mornes, bars dépeuplés, arcades borgnes. Le mauvais temps ajouté aux difficultés économiques transforme la ville. Jamais vu l'Espagne ainsi. Au Parador Nacional, hôtel de catégorie aux prix en baisse, réceptionniste frustré qui fait la moue lorsque vous sortez vos billets, attitude désormais commune en France et qui finit de ruiner le système. Contre les annonces de salut des gouvernants, il me semble évident que la richesse ne reviendra pas.

Basilique du Valle de los Caidos

Basilique du Valle de los Caidos près d'El Escorial. Le tombeau de Primo de Rivera entre deux chapelles, celui de Franco côté choeur. Le funiculaire qui monte à la croix est arrêté, le ciel orageux. Depuis le portail de fer qui clôt le site à la hauteur de la nationale six kilomètres d'une route sinueuse en forêt. A mi-distance un pont. Des légionnaires débarqués d'une camionnette de location nous demandent une photo. Nous échangeons nos appareils. Frère et moi vélos devant, maillots suisses et casques, eux groupés façon classe d'école. Paysage austère et sauvage, monument laid, creusé dans la montagne par les prisonniers de guerre républicains, que les socialistes du gouvernement Zapatero menaçaient il y a quelque années de démolir. Sur la visite, un jeune tatoué accompagné d'un chien et de vieilles dames dont les maris ont servi au front. J'avais 12 ans la fois précédente, nous habitions Madrid, le Général venait de mourir. Aujourd'hui, à l'époque du marché général, gardiens et vendeuses de la boutique des souvenirs sud-américains. Monument à la gloire d'une Espagne disparue, fasciste et victorieuse, dont l'Histoire est seule juge. Critiquable en revanche la présence sur les lieux d'un monastère franciscain en activité. Que des moines choisissent de prier Dieu et de diviser les hommes est incompréhensible.

Afin de satisfaire les lobbys industriels

Afin de satisfaire les lobbys industriels les bureaucrates bruxellois ont imposé un changement de plaques minéralogiques aux véhicules européens. Justification: l'uniformité. Entendre: la destruction du sentiment d'appartenance. Un Andalou doit ignorer que les occupants du véhicule voisin sont Basques, un Breton que tel véhicule vient d'Alsace. En France, devant les protestations de quelques députés en mal de discours, une directive autorise les détenteurs de plaques à indiquer le département de leur choix. Ce qui prouve que seul importe la création artificielle d'un marché.

lundi 3 juin 2013

Traversée d'une sierra aux contreforts poussiéreux.

Traversée d'une sierra aux contreforts poussiéreux. Sur le plateau les murs de pierres sèches ouvrent sur des prés à taureaux. Nous poussons les vélos pour ne pas effrayer les bêtes et enfourchons à la limite de la pinède. Sur l'ascension du col deux hardes de sangliers. Nous emportons un matériel de guidage sophistiqué mais faute d'avoir consacré du temps au mode d'emploi sommes incapables de l'utiliser. Frère montre une direction générale, si j'acquiesce, nous roulons. Pour la première fois depuis des années, nous allons sans but. Cinq jours au départ de Madrid, l'idée de séjourner à Ségovie, Avila, peut-être El Escorial, voilà l'intention. Vers Carcones, seuls au milieu de la lande, nous abordons un paradis: tapis de fleurs sauvages, glouglous des ruisseaux, cailloux blancs semés en flocons. A Braojos, dans le fond de la vallée, après une descente par les sentiers à plus de 50 km/h, une village arcquebouté autour de sa place. Le soleil vient de percer et darde un banc que se partagent un couple et leur fils, tous trois en béret, appuyés sur des cannes de berger, le regard tranquille. Nous cherchons notre direction quand survient une vielle femme habillée d'un fichu noir. Ses tons délavés, sa trame usée, indiquent qu'elle doit le porter depuis son veuvage il y a trente ans ou plus. Elle marche avec lenteur dans des espadrilles loqueteuses, son visage évoque les sculptures de sucre de la fête mexicaine des morts. J'ai le temps d'apercevoir ses dents, fichées au hasard, ses yeux tournés vers l'au-delà. Arrivée devant le banc, elle fait demi-tour. Le fils marque un silence, puis nous détaille notre itinéraire.
-... et après l'abreuvoir vous tirez tout droit. Vous ne pouvez pas vous tromper, il y a une chaîne tombée au sol.
Un heure d'une ascension exigeante par un vent léger et frais, puis la descente sur Acebeda.

Après trois heures à pédaler

Après trois heures à pédaler dans les cailloux d'un chemin qui longe l'ancienne voie de chemin de fer nous atteignons le col de Valdemanco. L'auberge tient des salles de fête pour noces de mariage. Pas de menu affiché, le garçon le récite à notre table. Nous buvons le vin et la limonade lorsqu'un couple de vieillards s'installe à la table voisine. Ils sortent d'un cabinet de médecin. La femme sanglote, l'homme parle fort pour donner de la vie à la vie. Paraît le serveur, ils l'entretiennent. Il part, la femme pleurniche.
- Je n'en peux plus...
- Tu ne vas pas pleurer!
- Je te dis que ça ne sert plus à rien.
- Ce morceau de cochon est excellent, profite!
Le garçon reparaît. La femme lui demande des nouvelles de sa mère, de son fils. Sitôt parti, elle repousse couteau et fourchette, tremble et gémit. Lui mâche et hausse le ton. Plus tard, ils parlent vite, au ras des assiettes, comme un couple qui au fil des ans et de l'intimité, a inventé sa propre langue. Tandis que la femme se bat contre un diagnostique, lui est venu manger et ne veut pas gâcher son repas.

dimanche 2 juin 2013

Sur le vol Genève-Madrid


Sur le vol Genève-Madrid, une femme à peau diaphane, aux yeux couronnés de longs cils. Port raide, gestes rares et mesurés. Habillement soigné, coûteux et modeste. Aucun snobisme. Ce qui frappe, c'est son détachement. Elle est assise à deux sièges et semble habiter un autre monde. Quand l'hôtesse propose une boisson, elle tourne son visage, mais le regard est intérieur et si elle nous voit, c'est avec la discrétion précieuse qu'imposaient aux femmes les moeurs du grand siècle. Plus tard, elle lit en russe un volume enchâssé dans une reliure de cuir décoré, fixe les pages où l'on devine en vignettes, entre les lignes du texte, des portraits d'aristocrates. Frère me signale qu'il l'a remarquée avant même l'embarquement. Elle est remarquable. Que dans cette société tonitruante il soit encore possible de se mouvoir avec tant de grâce laisse perplexe.

Liberté rassurante

Liberté rassurante de l'hôtesse de terre au départ de Genève qui admettant que le site de réservation en ligne de Swiss ne précise pas que le transport des vélos est payant nous recommande de les placer sur le tapis des bagages spéciaux en comptant que personne ne s'avisera de les facturer, et ainsi, nous les retrouvons à l'arrivée à Barajas, celui de Frère dans un sac de toile, le mien dans un carton que je découpe au cutter, avant de remiser le tout dans une consigne automatique et de prendre un train de banlieue pour Colmenar el viejo où vers 10 heures nous commençons de rouler.