dimanche 29 janvier 2012

Lectures à la librairie du Rameau d'or. Arrivé avec retard par suite d'une information erronée sur le lieu de la soirée je contourne les vitrines pleines de livres. L'écrivain qui lit debout pour l'audience me tourne le dos. Mon va-et-vient attire les regards des personnes assises. Enfin j'aperçois C, la représentante de l'Age d'homme. D'un signe j'essaie de faire comprendre que je vais dîner et reviendrai. Lorsque je reviens en compagnie d'un couple d'amis, il ne reste qu'un auteur, le libraire, deux amateurs et C. Nous gagnons un autre restaurant. Six à table, puis sept. Ma capacité d'écoute est vite frustrée. Les dialogues sont lents. Ils ne discutent pas, ne débattent pas, ne fusent pas, ils traînent. Il ne montent pas en intensité, ils s'accordent. A ma droite l'un  des auteurs. Il présentait son roman. Regard perdu, présence nonchalante. S'il s'exprime sur l'écriture, c'est sans entrain. Peu d'énergie, peu d'expression. Phrases sans métier, répliques molles. J'écoute à droite, à gauche, j'écoute le bout de table, je reviens à l'auteur. Qui boit en silence. Oui, il ne reste qu'une option, boire. Pour se couper de cette demande pressante d'un dialogue vif où jouer du fleuret. Ce que je fais. Je commande un tournée, èuis une seconde et une troisième tournée. La bière est tiède. Songe à , comme dit  Dans Le crépuscule des idoles Nietzsche fustige la bière. Elle est reponsable de l'esprit grossier des étudiants d'Allemagne Aplatissement des nerfs, qualités qui s'émoussent, je préfère les imputés  àa lachimie qu'à la démobilisation de l'esprit. Et encore, il me semble que je me noie avec trop de lenteur. Une heure, deux. Quand c'est fait, que je suis asez pâteux pour n'avoir plus toutes mes facultés de répartie, les gens se séparent, vonj se coucher, et je demeure seul.
Le caractère, qui est une force, amène à contrer les tendances assimilatrices de la société dont le but avoué est de détruire l'indépendance de ses sujets. Mais ces manoeuvres d'assimilation  ne sont pas contrées sans recours à une nécessaire agressivité, laquelle, bientôt organisée sous la forme d'un recours permanent, génère dans le sujet une méchanceté fondamentale.
Les enfants dressent le couvert. Pour faire face à cette obligation, ils la transforment en jeu. "On dit qu'on est dans un restaurant". Pour l'adulte, c'est l'argent qui joue ce rôle. Le travail, avec les peines qu'il impose, est sublimé dans la représentation de l'argent. Celui-ci ouvre sur un monde de possibilités. Et si l'argent produit par notre travail est en quantité insuffisante, son épargne permet aux plus mal lotis de spéculer sur la satisfaction de leurs désirs. Ce faisant le métier est transformé en travail: calculé en fonction de l'argent, il devient en effet quelconque.
Janvier, zone industrielle de Vernier à l'aube - un jeune homme en bermudes marche à grands pas lisant L'âge de l'accès de Rifkin, livre que je reconnais à sa couverture tandis que je suis bloqué dans l'embouteillage.