dimanche 9 novembre 2008

Genève - quoi que vous demandiez, votre français n'y suffit pas. Peu le parle. Faire une phrase. Faute d'être entendu, la refaire. Opter pour le mot significatif de la phrase. S'apercevoir que cela ne marche pas. S'apercevoir qu'il en ira désormais ainsi: l'autre écoute, vous parlez, et chacun se tient à une distance absolue, bienveillant, imbécile.
La femme dirige son amour sur quelqu'un. Si celui-ci s'écarte, elle cherche sur les côtés, ailleurs, derrière. Elle avance. S'il s'en trouve deux pour arrêter son amour, elle tend l'oreille. Juge de la qualité de la résonance. Le vide lui fait horreur. Elle doit déposer sur la terre un fruit. Elle est pressée. C'est intérieur. Si cela ne se fait pas, la tristesse comble ses chairs. Il y a des femmes qui sont des hommes.
Croire à sa force et se montrer gentil, clefs du succès. A cette fin ne pas se demander ce que sont le succès, la force, la gentillesse.
L'étape supérieure du projet immobilier occidental consistera à ranger les familles dans des armoires.
Céder la place est ce qui pourrait arriver de mieux, mais si nous sentions le besoin de le faire, nous n'aurions plus besoin de le faire: les ressources seraient là.
Il y aura encore des belles pensées, mais elles ne seront pas le produit des individus, moins encore des situations. Elles nous effleureront. La plupart croira à un courant d'air.
Le projet secret de l'Etat est de nous désapprendre à agir seuls.
Ce qu'on admet pas, c'est qu'il n'y a rien à faire. La condition s'améliore - sans fin. La frustration demeure. Honorer la vie, c'est ça - vivre. Le mal vient de la représentation de la fin. Plutôt, de cette incongruité: un état final et vivant.
Le mur qui monte et l'échafaudage sans lequel il est impossible de monter le mur. Et chaque jour se lever plus tôt pour arriver au sommet de l'échafaudage, et chaque jour arriver plus tard au pied de l'échaufaudage où sont les vivants de la famille. Cependant, lorsqu'on aligne les briques, le ciel est en face, comme au premier jour.
Tout est dans la dépendance. Ne pas dépendre. Aider. Le politique est par principe la figure inessentielle: il dépend de tous.
Quand tous les actes ont été consommés une première fois, les saveurs senties, les caractères perçus. L'horizon se vide. Il faut attendre. Il va se remplir.
Et quand je rentre, l'oeil glauque, les jambes cotonneuses, ma femme se promène dans le jardin avec une bouteille de Champagne et un plat de foie gras, me retourne, embarque les enfants, nous pousse chez le voisin - lui et d'autres dévoués ont rechargé la batterie de sa voiture dont elle a laissé les phares allumés. Elle distribue les carottes à éplucher, rempli des bols de cacahouètes, renverse le poulet, hâche la coriandre, exige d'un breton qu'il débouche le vin. Il fait nuit dans le village, la pluie martèle sur les toits, la fatigue pèse, c'est lundi.
Par combien d'hommes chacun a-t-il le courage d'être détesté?
Il faisait froid. Pour lutter je mangeais des pâtes dans une maison laissée vide par un prorpiétaire qu avait de l'argent. Aujourd'hui, à mon tour, j'ai de l'argent et je laisse deux maisons vides. Dans une troisième, je lutte contre le froid et résoud des problèmes d'argent.
Tout commence avec le désespoir et on ne sait jamais quand il commence. Il indique qu'on a vu. Mais n'oublie pas : ce n'est qu'une première vue.
Tout en mémoire. Le reste est oublié. Parfois surgissent des figures, mais les voir ne suffit pas à les saisir. Simples reflets dans l'eau de la nuit.